L'architecture singulière - NHÀ RÔNG

La Maison Commune Banhar

La maison commune ou nhà rông est spécifique aux populations môn khmer, groupe d’origine des Banhars, et malayo-polynésienne de l’Asie du Sud-est. Elle représentait, au temps où les montagnards étaient encore semi-nomades et déplaçaient leur village, le premier édifice construit, fondateur du village.

Non seulement la transmission des savoirs est organisée régulièrement par les patriarches du village, aux adolescents et aux jeunes dans la maison commune. Mais aussi l’apprentissage de leur métier, l’initiation au combat et aux autres traditions de la communauté.

Les chansons populaires (dont les plus répandus sont les airs hmon et roi), la musique des nombreux instuments à cordes, air et percussion, les danses, les longs poèmes et les contes rassemblent à l’occasion de fêtes le village autour et dans la maison.


Une hache ou des hanches?

La forme du toit de la maison commune représenterait pour certains une hache mais pour d’autres, les hanches d’une femme. Chaque maison de chaque village est différente et révèle l’habilité de ses habitants.

La charpente est composée de bois durs. Le toit et les parois sont tressés de manière d’immenses paniers en bambous. Le haut du toit ; qui culmine à plus de 15 mètres au dessus du sol, est décoré d’une fresque de bambous tressés, colorée de façon naturelle. Chaque village décorera le faîtage ou le toit d’un motif particulier.




Multi- fonctions


A l’origine, la maison commune avait une fonction défensive puisqu’elle constituait un abri pour toute la population lors des attaques


d’ethnies voisines ou de fauves.

Elle avait surtout et a encore, de nos jours, une fonction sociale majeure. Elle est le lieu de résidence des jeunes hommes non mariés (et des visiteurs de passage) mais aussi le lieu où l 'on passe les soirées à discuter, à chanter, à jouer de la musique, à écouter les légendes autour du feu.

Par ailleurs, elle est un atelier de fabrication des ustensiles de travail ou de jeux (arbalètes, flèches, filets, hottes et autres vanneries,...) et une remise où sont entreposés des instruments de travail.






Mode de construction

La construction de la charpente nécessite l’abattage de grands arbres. Puis les poutres sont taillées et assemblées. Des bambous géants sont débités en lanière et tressés pour la confection des murs.

Les planchers sont composés de bambous coupés en deux puis aplatis et écrasés. La toiture est composée d’une chaume élaborée à partir des herbes coupées dans les champs (en janvier).

Les différents étapes de la construction sont rythmées par des fêtes et des repas collectifs.




La construction d’une maison commune peut nécessiter quatre mois à un an. Le travail se fait au moment où les habitants sont libérés des travaux des champs ou le week-end.La construction débute après la récolte de novembre, où après les travaux de moissons.





Structure 










Les piles sont disposées suivant les deux axes principaux (longitudinal et transversal). La travée au centre est plus petite, encadrant la porte et permettant un rayon de courbure plus grand.











La panne faîtière correspond a l’orientation du vent dominant. La maison commune ainsi que les maisons d’habitation du village suivent cette logique du lieu. Les bois en diagonales assurent la rigidité et le contreventement de la toiture dans sa totalité.

Le lieu d’implantation de la maison commune ainsi que des modalités d’éxécution sont décidés par les anciens du village. Les habitant sont les seuls maîtres d’oeuvre de la construction.

La construction de la maison commune est une affaire collective : du plus vieux au plus jeune, la contribution de tous est requise. Chacun participe dans la mesure de ses forces, de ses compétences, de ses richesses. Les jours de travail collectif pour le réalisation de la maison commune sont des moments de retrouvailles, de fêtes, qui permettent parfois de retrouver le sens de la communauté.






Références

Voyage Association Kontum
Novembre 2002 - F.-X. Hlarbea, N.Nguyen
Rapport Association Kontum
Texte F.-X. Hlarbea
Carte de l’ouvrage Mosaïque culturelle des ethnies
du Vietnam, sous la direction de NguyÔn V ̈n Huy,

 Maison d’édition de l’éducation, 1999






L'habitat montagnard est sur pilotis, avec des matériaux végétaux, chaume, bois, bambous, rotins. Pour se préserver des fauves, des bestioles en tous genres, de la pluie et de son humidité; tout est construit en hauteur. Avec cet type d'aération, l'habitat devient plus sain et agréable à vivre dans ce type de climat tropical voire subtropical. En revanche, pas d'intimité mais en une seule et grande pièce, cuisine en guise de foyer à feu, salle à manger et dortoir ou chacun a sa natte. Pas de toilette ni d'eau. Tout se fait dehors avant d'arriver au village.

Puis la maison commune avec cette forme de lame de hache, qui n'existe que cette région, représente la fierté du village, son savoir faire hérité des "kra polei", des anciens du même village. Ce qui caractérise une architecture typique à chacun des villages. Seuls les garçons célibataires avaient droit d'y dormir. Sinon elle fait office de la mairie, salle des fêtes, tribunal et de longues palabres. D'ailleurs tous s'appellent par "kon" qui veut dire "enfants de...", ou "Polei" qui veut dire fruits de...

Exemples:  kon tum: enfants de la mare, du lac.
                  Kon doxing: enfants des arbres de "doxing",
                  Kon Long buk, enfants du bois pourris,
                  Kon Klor, enfants de l'arbre kapotier.
                  kon komo, enfants de la saleté etc.