Les perceptions des candidats : images et propositions

publié le 14 févr. 2012 07:41 par ANNIE-CLAUDE SALOMON   [ mis à jour : 14 févr. 2012 07:42 ]

S. Brouard, Centre E. Durkheim, Sciences Po Bordeaux (14 février 2012)


Les campagnes électorales ont comme fonction d’informer les électeurs sur les candidats ainsi que sur leurs positions. Elles sont donc susceptibles de modifier la perception des candidats et de leurs propositions. Pour analyser l’importance de la perception des candidats dans le choix électoral[1], l’enquête TNS Sofres – TriÉlec teste depuis octobre 2011 pour six candidats (J. L. Mélenchon, E.  Joly, F. Hollande, F.  Bayrou, N. Sarkozy, M.  Le Pen) l’évaluation de quatre traits d’image qui furent déjà étudiés en 2007[2] : 1. les craintes, 2. l’empathie et la proximité vis-à-vis des citoyens, 3. la capacité à exercer la fonction présidentielle ainsi que 4. le volontarisme politique associés aux différents candidats. La quatrième vague s’est également enrichie d’une nouvelle question analysant la capacité de conviction de ces candidats auprès des électeurs à partir de leur appréciation des propositions formulées.

 

La perception des candidats en février

 

Le graphique 1 synthétise, pour chaque candidat, les résultats de l’enquête TNS Sofres – TriÉlec de février 2012, à la question suivante :

“Pour chacune des phrases suivantes, dites-moi si elle s’applique très bien, assez bien, pas très bien, ou pas bien du tout :

Il / elle vous inquiète

Il / elle a l’étoffe d’un Président

Il / elle veut vraiment changer les choses

Il / elle comprend bien les problèmes des gens comme vous”.

Les réponses « s’applique très et assez bien », sont cumulées pour chaque trait d’image.

M. Le Pen et N. Sarkozy se distinguent toujours du reste des personnalités testées quant à l’inquiétude qu’ils suscitent chez une majorité de répondants (respectivement 63% et 53%) – avec un écart par rapport aux autres candidats s'échelonnant entre 21 et 44 points.

 

Graphique 1: Proportion de réponses “s’applique assez ou très bien” aux différents traits de personnalité en février 2012.

 

 Source: Enquête TNS Sofres - TriÉlec, février 2012.

 

Cependant, l’intensité de l’inquiétude est plus forte à l’égard de M. Le Pen que de N. Sarkozy : 42% des répondants déclarent que la phrase « Il/elle vous inquiète » s’applique « très bien » à M. Le Pen, contre 26% au Président. A l’opposé, F. Bayrou ne suscite guère d’inquiétude: seuls 3% le jugent « très » inquiétant et 15% « assez » inquiétant. Entre le candidat centriste d’une part, et d’autre part M. Le Pen et N. Sarkozy, les trois candidats de gauche présentent des profils très proches suscitant une inquiétude forte ou modérée parmi près de 30% des personnes interrogées.

 

Graphique 2: « Il/ elle vous inquiète. La phrase s’applique … »

Source: Enquête TNS Sofres - TriÉlec, février 2012.

 

 

« Comprend les problèmes des gens comme vous »

Pendant une campagne électorale les propositions des candidats entrent plus ou moins en résonnance avec les préoccupations des électeurs. Ce phénomène est particulièrement important à analyser dans  la période de crise actuelle où les inquiétudes vis-à-vis de l’avenir sont fortes. Les résultats de l’enquête dévoilent un tableau très contrasté. Environ 60% des personnes interrogées estiment que la phrase « il comprend les problèmes des gens comme vous » s’applique « assez » ou « très bien » à François Hollande et François Bayrou. Avec un profil similaire de réponses et 23 points d’avance minimum, ils se distinguent très nettement des leurs principaux concurrents (Graphique 3). La même réponse n’est donnée que par un tiers des répondants environ pour M. Le Pen, J.L. Mélenchon et N. Sarkozy.  Cependant, 40% estiment que ce trait ne s’applique « pas du tout » à M. Le Pen et N. Sarkozy, alors que J.L. Mélenchon se singularise par une forte proportion de « sans réponse ». On enregistre sans doute ici un déficit persistant de notoriété : son niveau de « sans réponse » est systématiquement le plus élevé de tous les candidats dans cette batterie de questions. Enfin, E. Joly, avec un quart d’approbation, près de 40% de forte désapprobation et un taux de sans réponse qui reste élevé apparaît comme la candidate la plus éloignée des préoccupations du moment.

 

Graphique 3: La perception de la compréhension des Français par les différents candidats en février 2012.

 

 Source: Enquête TNS Sofres - TriÉlec, février 2012.

 

 

« A l’étoffe d’un Président »

L’image d’un candidat qui « a l’étoffe d’un président », s’applique d’abord à N. Sarkozy. Avec 60 % de réponses positives, il reste en tête mais ne précède que de très peu François Hollande (59%), et distance, plus clairement, François Bayrou (49%). Toutefois une analyse plus fine montre que N. Sarkozy garde l’avantage sur son principal rival. Le graphique 4 souligne le niveau plus important d’approbation forte de l’étoffe présidentielle de N. Sarkozy (26%) que de F. Hollande (19%). Au-delà, la comparaison des réponses relatives à l’étoffe présidentielle de N. Sarkozy et de F. Hollande fait apparaître que 38% des répondants attribue plus d’étoffe présidentielle au président sortant qu’au candidat socialiste, 31% évaluent plus positivement l’étoffe présidentiel de F. Hollande que celle de N. Sarkozy, et, enfin 26% les place au même niveau. 

Des trois traits  positifs de l’image des candidats, la capacité à gouverner est la seule où N. Sarkozy devance F. Hollande, mais l’écart reste faible. Le contraste est patent avec les trois autres candidats pour lesquelles la désapprobation forte atteint ou dépasse la majorité absolue – E. Joly 63%, M. Le Pen 52% - ou s’en approche  (J.L. Mélenchon 45%). Au-delà de ce point commun et compte tenu de l’importance des sans - réponses pour les candidats du Front de gauche et d’EELV, M. Le Pen se distingue par le niveau significativement supérieur de répondants lui reconnaissant une étoffe présidentielle (25%, contre respectivement 17% et 10%). Sans doute est-ce là l’indice que les sympathisants de M. Le Pen voient en elle beaucoup plus qu’une candidature de protestation ou de témoignage mais une véritable alternative politique.

  

Graphique 4 : La perception de l’étoffe présidentiel des différents candidats

 

Source: Enquête TNS Sofres - TriÉlec, février 2012.

 

 

«  Veut vraiment changer les choses »

L’incarnation de la volonté de changement constitue une autre illustration de ce phénomène. M. Le Pen en effet obtient le plus fort pourcentage de réponses « S’applique très bien » (Graphique 5)  à la phrase « Il / elle  veut vraiment changer les choses » » (26%).  Avec 58% de réponses positives, elle est avec F. Hollande (65%) et F. Bayrou (56%) parmi les trois candidats symbolisant le plus le changement. A l’inverse N. Sarkozy (45%,) est au même niveau qu’E. Joly globalement, mais en terme d’approbation forte, il recueille le score le plus faible des 6 candidats testés. Ce fait est sans nul doute la conséquence d’être le Président en exercice mais également de ne pas encore être entré officiellement en campagne.

Sur cette dimension comme sur les deux autres, F. Hollande devance N. Sarkozy de vingt points au moins et il talonne N. Sarkozy sur la dimension clé pour un Président sortant en période de crise, la capacité à gouverner. Réussir à modifier substantiellement les perceptions actuelles des citoyens constitue un rude challenge pour la future campagne de N. Sarkozy. Dans cette perspective, il est particulièrement intéressant d’analyser l’évolution de ces perceptions depuis fin octobre. D’autant que la campagne a eu des effets significatifs sur l’image des candidats. 

 

Graphique 5. « Il/Elle veut vraiment changer les choses. La phrase s’applique …  »

Source: Enquête TNS Sofres - TriÉlec, février 2012.

 

Des perceptions des candidats en évolution

Le second temps de la campagne de F. Hollande (discours du Bourget et présentation de son programme) lui a permis de stopper le recul constaté fin 2011 mais également de rétablir une partie du crédit engrangé avec la victoire à la primaire socialiste. Les courbes en V du candidat socialiste sur trois des quatre traits d’image (graphique 6) mettent en évidence un rebond  dans la perception de sa capacité à gouverner et de sa volonté de changement qui avait particulièrement souffert notamment après les polémiques relatives à l’accord Verts-PS sur le nucléaire et les candidatures aux élections législatives. De ce point de vue, la relative stabilité des traits d’image du Président présente un net contraste. Si depuis décembre 2011, les évolutions de N. Sarkozy sont toutes positives, elles restent de faible ampleur. 

 

Graphique 6 L’évolution des traits de personnalité entre octobre 2011 et février 2012.

Source: Enquête TNS Sofres - TriÉlec, octobre 2011, décembre 2011 & février 2012.

 

A l'inverse, tous les traits de personnalité associés à François Bayrou connaissent de nouveau une évolution positive, avec en particulier, une progression de six points  de la perception de sa capacité à gouverner et de quatre points à propos de sa compréhension des problèmes des citoyens (graphique 6).  Début 2012, l’image de F. Bayrou continue de se renforcer dans l’opinion, répliquant l’évolution constatée cinq ans auparavant. En effet, son image présente à trois mois du premier tour une grande similarité avec la situation de février 2007 (graphique 7). La dynamique positive est commune même si le rythme diffère. L’évaluation de la capacité à gouverner et de la compréhension des problèmes des Français est la même. Néanmoins, en 2012, il suscite moins d'inquiétude et incarne moins le changement qu’en 2007. Ce dernier point peut constituer un handicap sur le plan électoral. L’enquête TNS Sofres – TriÉlec de février 2012 atteste donc que la dynamique  générée  autour de la candidature de  François Bayrou depuis fin novembre perdure dans l’électorat même si les sondages d’intentions de vote n’indiquent plus de progression. Incontestablement cette candidature s’est consolidée et retrouve un potentiel comparable à celui de 2007.

 

Graphique 7: L’évolution des traits de personnalité de F. Bayrou (2006-7 et 2011-12).

 

Source: données 2006 et 2007, Baromètre Politique Français (BPF), Cevipof, Ministère de l’Intérieur ;
données 2011 et 2012 : Enquête TNS Sofres - TriÉlec, octobre 2011, décembre  2011 et février 2012.


La comparaison avec 2007 des évolutions de l’image des candidats socialistes est également très instructive (graphique 7). En décembre 2011, les quatre indicateurs soulignaient la similitude des situations de S. Royal et de F. Hollande, ce dernier étant pris dans une dynamique négative trois fois sur quatre. A cinq mois du second tour de l'élection présidentielle, la situation est sensiblement différente (graphique 3). L’évolution positive de l’image du candidat du PS en février 2012 coïncide avec le recul de celle de S. Royal constatée en février 2007. En particulier, les évolutions contraires de l’appréciation de l’étoffe présidentielle des deux candidats socialistes placent F. Hollande avec un avantage de 17 points sur la candidate socialiste à la même période. Sur les trois autres indicateurs, la perception de F. Hollande est significativement meilleure que celle de S. Royal : -12 points pour l’inquiétude, +6 pour la volonté de changement, +9 points pour la compréhension des problèmes.

 

Graphique 8: L’évolution des traits de personnalité des candidats PS (2006 et 2011).

Source : données 2006 et 2007, Baromètre Politique Français (BPF), Cevipof, Ministère de l’Intérieur ;

données 2011 et 2012 : Enquête TNS Sofres - TriÉlec, octobre 2011, décembre  2011 et février 2012.


Des propositions « globalement convaincantes » ?

Au-delà de la mobilisation de leur camp, les candidats font campagne pour convaincre le plus grand nombre d’électeurs. L’analyse de l’appréciation de leurs propositions montre que le résultat est très inégal. On constate tout d’abord un niveau important de méconnaissance déclarée des propositions des candidats. En effet, pour respectivement 40%, 33% et 31% des répondants, les propositions de J.L. Mélenchon, E. Joly et F. Bayrou ne sont pas assez connues pour qu’ils puissent se prononcer. Parmi l’électorat sans préférence partisane et l’électorat FN, deux des cibles revendiquées de sa campagne, les propositions de J.L. Mélenchon sont méconnues par plus de 50% des répondants (graphique 10). Parmi les sympathisants PS, d’où est originaire politiquement J.L. Mélenchon, plus du tiers des répondants ne connaissent pas ses propositions. Pour les propositions de F. Hollande, le niveau de méconnaissance est minimale mais loin d’être marginal (15%) alors que celles de N. Sarkozy et de M. Le Pen sont méconnues par près d’un électeur sur 5. Les répondants sans préférence partisane sont systématiquement sur-représentés parmi ceux déclarant ne pas connaître suffisamment les propositions des différents candidats, ce qui reflète leur éloignement de la politique. Il est patent qu’à ce stade de la campagne présidentielle, nous ne sommes pas dans une situation où de l’avis même des citoyens, ceux-ci ont une information incomplète sur les propositions des principaux candidats.

 

Graphique 9: La méconnaissance des propositions des candidats selon la proximité partisane.

Source: Enquête TNS Sofres - TriÉlec, février 2012.

 

Lorsque les personnes répondent, l’avantage de F. Hollande est à nouveau très net. Ses propositions sont considérées comme « plutôt ou très convaincantes » par 50% des personnes interrogées alors que celles de F. Bayrou et N. Sarkozy ne recueillent que, respectivement 39% et 33% de réponses positives (graphique 8).

Les candidats qui visent la victoire doivent convaincre au-delà de leur famille politique. Le graphique 9 montre que le candidat socialiste sait s’adresser aux différentes composantes de la gauche : ses propositions sont jugées « très ou plutôt convaincantes » par 83% des sympathisants PS et radicaux, par plus de 60% des sympathisants d’extrême gauche et écologistes. Mais son discours porte au-delà de la gauche puisque 48% des sympathisants du Modem le jugent « convainquant ». A ce stade de la campagne, F. Hollande réussit à mettre en œuvre une dynamique de rassemblement sur ses propositions qui va de l’extrême gauche au centre. Il fait mieux que N. Sarkozy qui convainc 77% des sympathisants de l’UMP,  46% du centre droit, 35% du Modem, 30% du FN et 27% des électeurs sans préférence, soit à peine plus que F. Hollande (26%). Les propositions de F. Bayrou sont convaincantes pour environ trois centristes sur quatre (Modem et centre-droit) puis au minimum pour un répondant sur quatre dans l’ensemble des autres segments électoraux, exception faite des sympathisants écologistes (10%). Quant à M. Le Pen elle obtient la plus forte adhésion au sein de son propre camp (86%) mais peine à convaincre les électeurs des autres familles politiques (23% à l’UMP, 20% des électeurs sans préférences politiques, 16% de l’extrême gauche ou 3% chez les écologistes). Son discours s’adresse à des électeurs tout acquis à ses propositions, mais il ne porte guère au-delà. De fait il provoque le plus fort taux de rejet avec 44% qui jugent ces propositions « pas convaincantes du tout », devançant E. Joly (36%) et N. Sarkozy (28%).

 

Graphique 10: L’évaluation des propositions des candidats.

Source: Enquête TNS Sofres - TriÉlec, février 2012.


Les propositions de J.L. Mélenchon sont jugées convaincantes par près des deux tiers des sympathisants d’extrême-gauche et 30% des sympathisants PS et radicaux ainsi qu’écologistes. Celles d’E. Joly ne trouvent guère d’échos favorables dans l’opinion à l’exception d’à peine trois électeurs écologistes sur quatre (71%) et un tiers des répondants d’extrême gauche.

Toutefois pour conclure, il faut souligner la faible proportion de répondants jugeant « globalement très convaincantes » des propositions, le maximum  étant atteint par  F. Hollande avec 9%. A ce stade de la campagne, la méconnaissance, le scepticisme et la méfiance l’emportent nettement sur l’enthousiasme et la conviction.

 

Graphique 11: L’évaluation des propositions des candidats selon la proximité partisane.

Source: Enquête TNS Sofres - TriÉlec, février 2012.

 

 

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Dans l’absolu ou comparativement, à 3 mois de l’élection présidentielle 2012, le candidat socialiste est dans une situation favorable. Il affronte comme en 2007 la concurrence de F. Bayrou qui bénéficie d’une dynamique favorable. Cependant, la période présente se distingue également de celle de 2007 sur deux points cruciaux. En premier lieu, l’image de N. Sarkozy s’est sensiblement dégradée dans les dernières années en termes d’incarnation du changement et de compréhension des problèmes des Français. En second lieu, la candidate du Front National est perçue de manière beaucoup plus positive qu’il y a 5 ans, ouvrant la possibilité à M. Le Pen de réaliser une meilleure performance électorale que son père en 2007, à condition qu’elle soit en mesure de recueillir les 500 signatures nécessaires à sa candidature. L’entrée en campagne de N. Sarkozy et le lancement de la campagne officielle pour l’élection présidentielle modifieront-ils encore substantiellement les évaluations des différents candidats et de leurs propositions, comme nous l’avons constaté pour F. Hollande ? Réponse mi-mars, après la prochaine vague d’enquête !



[1]Vincent Tiberj, « Compétence et repérages politiques en France et aux Etats-Unis : une contribution au modèle de ‘l’électeur raisonnant’ », Revue Française de Science Politique, 2004vol. 54, n°2, p. 261-287; Boy, Daniel & Chiche, Jean, « L’image des candidats dans la décision électorale », Revue Française de Science Politique, 2007, vol. 57, n°3-4, pp. 329-342.

[2] Voir le Baromètre Politique Français (2006-2007) CEVIPOF-Ministère de l'Intérieur et le Panel Electoral Français 2007 CEVIPOF-Ministère de l'Intérieur.

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ANNIE-CLAUDE SALOMON,
14 févr. 2012 07:41
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