La vie comme elle va

Texte et dramaturgie de Tarek Essaker




Première donnée 
le 3 juin 2005
au Théâtre Le Café
à Bruxelles



Dans une mise en scène de Yasmine Laassal
Sur un travail de Maïa Chauvier et Julie Istasse
 Lumières de Manu Dache
Durée : 45 minutes




Version pour deux voix off
Dans une mise en espace sonore de Tarek Essaker
Sur un travail de Maïa Chauvier et Julie Istasse
Prise de son d'Olivier Crabé et Anouk Devillers
Durée : 15 minutes

Donnée dans le cadre du festival international
Voix de femmes
Centre culturel de Seraing
Halles de Schaerbeek – Bruxelles
L'Aquilone – Liège
Octobre – novembre 2005



































Photos de la première de

La vie comme elle va

3 juin 2005 

Théâtre Le Café

Bruxelles






 Extraits

Pour Radhia N.



Travail théâtral en chantier qui chemine au cœur même
de ce chantier qu'est la vie.
 Aboutissement d'un inabouti qui prend racine ici
et cheminera ailleurs encore.


Deux infatigables femmes marchent dans la vie,
peu importe d'où elles viennent, où elles se trouvent, ce qu'elles sont, ce qu'elles auraient pu ou dû être.

Elles s'unissent dans l'instant étrange.

Elles habitent l'incertain, l'imprévisible.

Des patiences écartelées, des souffrances apprivoisées.

Éclats de rires et houles d'émotions… et l'envie de surprendre la beauté après avoir vécu l'horreur.




•  Je m’appelle Lenka. J’ai été torturée, violentée, séparée de mes proches, de mes parents, de mes enfants. J’ai vu mourir les autres. J’ai vu pleurer, supplier. J’ai vu s’agenouiller plus d’un vieillard, les mains tombées vers le ciel. J’ai vu plus d’un embrasser la terre avant que les feux des soldats ne riment abondamment avec l’éternité de la nuit. Puis plus rien. Quelques sanglots. Maigre nudité. Maigre beauté qui déborde des ailes de la nuit. Maigre silence d’une flûte par terre.

Ils sont venus la nuit à la hâte et ont ordonné aux femmes et aux hommes de sortir.

• Bonjour. Je m’appelle… Je ne veux rien prendre, je n’y suis pour rien. Si, pour peu de choses. Je m’appelle…  et j’ai peur. Je suis votre voisin ou voisine. J’ai eu toujours peur, de rien et de tout. Je n’y peux rien. Peur des hommes. Peur de tous mes semblables. Peur de la tendresse. De l’amour. Peur de vivre et de mourir. Une fine larme me bouleverse, un sourire m’effrite, un regard attendrissant me brise.

• Je m’appelle Lenka, Maïmouna, Yasmine, Paloma, Aïcha, Haydire, Loyko, Mitsu, Maïa, Maroussia…

[…]

• J’ai peur. Chaque matin, je m’oblige à revenir à la vie…

[…]

• À la fin, je pense qu’il y a le silence… une coulée de silence.

Peut-être… presque là encore… la mer sourde… blanche… légère… fragile… vive à… moins que…

• Il y a peut-être dans chaque vie… un moment particulier… l’extrême limite… au fil du chaos, de là l’extrême fragilité… l’insoutenable… l’intarissable… tout cela… accepté… reconnu… perdu… retrouvé… à peine effleuré.
  
• Je voudrais pouvoir voir… ne rien perdre ou plutôt ne rien saisir… ne rien savoir … il y a encore pire… je le sais.
 
C’est encore comme si quelqu’un marchait dans le jardin… Tu entends ? Un corps lointain… léger de fatigue… un oiseaux égaré… chantant… une mésange ou un rouge-gorge… un visage… un filet de nuage… un ruissellement d’eau… une eau qui ronronne… des lèvres fraîches qui vont vers la nuit… pour toute la nuit.

[…]

• Peut-être qu’aimer…


Comme quand à la fin d’une guerre…

• Un sursaut inésperé se devine…

Comme un hoquet permanent…

• Comme une convulsion de paix dans cette chienne de vie…

De liberté qui vient à bout de toute domination…

• Une bouffée de rêve… qui essaye de nommer l’amour.

• Le baiser de l’enfance…

• Voilà…

• Oui…

• Voilà… l’enfance… celle que l’on dresse…

• Camisole…

• Viole.. 

• Qu’on assassine…

• Qu’on enterre hâtivement… Rien qui ne soit accompli ne suffira à apaiser ce qui lancine..

• Au fond de moi… ce qui erre en devenir dans des transes de hasard… ce rien que je voulais offrir…
[…]


Tarek Essaker
[Tous droits réservés]