Bienvenue à la classe relais

La rédaction d'Ado Chevreul a eu la chance de rencontrer Mme Sylvie Lalanne, professeur de la classe relais, ainsi que ses élèves de la 2e session 2013-2014. 



Ado Chevreul : Qu'est-ce que la classe relais?
Sylvie Lalanne : La classe relais est une structure de l'Education nationale réservée aux élèves décrocheurs, c'est à dire aux élèves qui sèchent, qui ont des problèmes de comportement et sont exclus de cours, qui sont tout le temps dans les couloirs et fuient les cours ou bien qui font office de "plantes vertes" en classe - ceux-là on ne me les propose pas souvent car les professeurs ne s'en plaignent pas, ils se font oublier... J'aime définir la classe relais comme le "lieu de tous les possibles". Après, ça dépend des sessions, parfois ça marche très bien, parfois moins.

Ado Chevreul : Pouvez-vous nous parler de votre parcours?
Sylvie Lalanne : J'ai d'abord obtenu un DEA de lettres, tout en travaillant à côté. Je suis spécialisée en littérature médiévale. Cependant, je n'avais pas spécialement envie de devenir prof. J'ai ensuite travaillé à la librairie du vieux campeur puis chez Brentano's (librairie américaine) pendant quelques années.
Parallèlement, j'ai fondé une famille et quand j'ai eu mon deuxième enfant, j'ai demandé un aménagement horaire à Brentano's. Cette demande a été mal perçue et j'ai été licenciée. Je suis alors devenue bénévole, pour l'association AIDES à la Salpêtrière, afin d'accompagner les personnes en fin de vie.
Il a ensuite fallu retrouver du travail. J'ai répondu à une annonce et suis devenue formatrice en français pour des personnes en réinsertion. Puis j'ai été formatrice Vie sociale et Professionnelle pour les 16-18 ans sans solution. Au début j'avais un statut de vacataire, ce qui était difficile, puis je suis devenue contractuelle et ai continué quelques années avant qu'une vague de licenciements ne m'oblige à me remettre en recherche d'emploi.
 J'ai alors envoyé mon CV à l'Education Nationale et trois jours après j'ai reçu un coup de téléphone de l'inspecteur d'Académie qui me proposait de travailler en classe relais à Champigny. J'y suis restée cinq ans. Nous étions deux enseignants pour dix élèves. 
J'ai ensuite fait deux ans à la classe relais de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse) de Créteil. Le travail me plaisait. 
Cependant, un jour, je reçois un coup de téléphone de l'Inspecteur d'Académie qui me propose de prendre en main un atelier relais (6e-5e) en phase de devenir classe relais (4e-3e) à L'Haÿ-les-roses. Il y avait moins d'adultes encadrants, moins de financement, mais le challenge m'a plu!
J'ai fait la rencontre du principal du collège Chevreul, avec qui nous avons bien travaillé, et au mois d'août 2013, j'ai obtenu les palmes académiques.
Je suis à présent contractuelle en CDI et c'est beaucoup plus confortable.
Un article sur ma classe relais a été publié sur le site Rue89.


Je communique beaucoup sur ce que nous faisons avec les élèves. C'est mon expérience dans le commerce et le privé qui veut ça mais je pense que ça les valorise et que ça permet aussi de mieux faire connaître les classes relais.
Mon expérience en hôpital m'a également beaucoup aidée, notamment à prendre de la distance.

Ado Chevreul : Quelles sont les difficultés et les joies de votre métier?
Sylvie Lalanne : Il faut savoir s'adapter/ improviser. ça ne marche jamais comme on prévoit. Tout dépend des sessions. J'ai souvent des jeunes qui ont des difficultés à accepter l'autorité de l'adulte. De plus, je n'ai jamais de pause, je vois mes élèves tous les jours pendant 8 à 9 semaines (le temps d'une session). Ce sont mes "petits vampires".
En même temps, c'est aussi comme ça que je crée des liens privilégiés. Souvent, ils m'appellent "maman" ou ils me disent que je vais leur manquer en fin de session. Un jour, les élèves discutaient sur des bandes de filles, qui peuvent  être très violentes. Un de mes élèves a lancé : "Y'en a une qui touche Mme Lalanne, je l'envoie à l'hôpital!" Je ne m'ennuie pas mais je suis fatiguée (sourire). C'est chronophage! Cependant je suis bien, je ne me vois pas faire autre chose.

Ado Chevreul :Que vous apportent vos élèves?
Sylvie Lalanne : A chaque bilan pédagogique, en fin de session, je les remercie. Ils font de belles choses. Parfois... WHAOU! J'aime leur faire faire des choses dont eux-mêmes ne se croyaient pas capables.
Chaque session a une thématique autour de laquelle j'anime un atelier d'écriture : dernièrement j'ai eu des nouvelles policières remarquables et des poèmes engagés magnifiques. A la fin de la session je passe chez l'imprimeur et je fais éditer des petits recueils de leurs oeuvres. Il y a aussi une lecture publique de leurs textes devant leurs familles, leurs professeurs et les personnels des collèges.
Je leur dis souvent 

Ado Chevreul : Quel votre meilleur souvenir?
Sylvie Lalanne : Il y en a beaucoup! Je pense notamment à une visite de l'inspecteur. Un élève a dit à cette occasion "Il faut adapter son langage à la situation de communication." (c'est une phrase que je leur répète souvent!). L'inspecteur était bouché bée!
Une autre fois, nous étions en sortie sur Paris pour aller visiter le Musée de l'assistance publique, dans le cadre d' une session sur le thème de la santé. Nous sommes passés tout à fait par hasard devant la librairie Avicenne (rue Jussieu) et mes élèves (à qui j'avais fait lire des textes de ce savant durant la session) se sont arrêtés devant la librairie et ont récité tout ce qu'ils savaient à ce sujet. Deux dames âgées qui passaient par là se sont émerveillées. Et moi aussi!


Nous passons ensuite à l'interview des élèves pendant laquelle Mme Lalanne décide de gagner son bureau pour les laisser libres de s'exprimer au sujet de leur expérience en classe relais.


Ado Chevreul : Pouvez-vous vous présenter et nous dire comment vous êtes arrivés à la classe relais?
B. : Je viens du collège Liberté de Chevilly Larue. Je suis arrivé en classe relais à cause de ma joie de vivre communicative (je suis aussi modeste et intelligent!). Plus sérieusement j'ai du mal à me concentrer et à ne pas faire le clown. Après un conseil de discipline, j'ai été exclu avec sursis. On m'a donc conseillé de monter un dossier classe relais pour progresser.
S. : Je suis le 3e de mon nom. Je viens du collège Victor Hugo à Cachan. C'est l'équipe enseignante et la CPE qui m'ont dit que la classe relais me conviendrait bien. J'ai du mal à m'intéresser aux cours et je fais beaucoup le pitre. J'ai eu une commission éducative et après je suis parti en classe relais.
L. : J'habite l'Haÿ-les-roses et je vais au collège Eugène Chevreul. J'avais un gros problème d'absentéisme. Je séchais les cours de plus en plus régulièrement et quand je venais je faisais rire (même les profs!). Au début je n'étais pas d'accord pour aller en classe relais et puis quand j'ai vu mes notes... J'ai plein de projets alors il faut que je fasse des efforts.
C. : Je viens du collège Jean Moulin. Ce sont la CPE et l'assistante sociale qui m'ont proposé la classe relais. Au début j'ai dit non puis après j'ai cédé parce que je m'absentais vraiment trop.
N. : Je viens du collège Jean Perrin au Kremlin Bicêtre. J'avais aussi un problème d'absentéisme. En classe je m'ennuyais et je trouvais les horaires beaucoup trop lourds. C'est l'assistante sociale qui a constitué mon dossier classe relais. 

Ado Chevreul : Qu'est-ce que vous avez fait en classe relais?
Tous : En ce moment on travaille sur la poésie engagée. On écrit des poèmes et on se prépare à les lire à l'occasion du Printemps des poètes.
[Nous vous invitons d'ailleurs à aller lire leurs poèmes, à partir de la page Belles Plumes du journal qui vous met en lien avec le site de la classe relais :
Avec Madame Lalanne on fait plein de choses : des maths, du français, de l'Histoire-géographie et même de la philo!
Pour la physique-chimie, c'est M. Pichard qui vient nous voir le lundi après-midi. On a fabriqué de l'arôme de banane et même du dentifrice pour éléphant. Lundi prochain on testera le mélange coca-menthos, il paraît que ça fait un effet geyser de ouf!
On fait aussi du sport avec M. Meunier : du ping-pong, de l'escalade,... c'est trop bien!
Grâce à Mme Coligny (ancienne enseignante de technologie à Chevreul, elle s'occupe du dispositif classe relais), on a aussi fait des mini-stages d'une demi journée chacun.
B. : Moi j'étais en boulangerie et restauration-cuisine. ça m'a beaucoup plu. Je crois que j'ai trouvé ma voie!
L. : Moi c'était pâtisserie et chaudronnerie (travail de l'acier).
N. : Moi c'était restauration-cuisine et chaudronnerie.

Ado Chevreul : Que vous aura apporté la classe relais?
B. : Je me déconcentre moins. Et à la maison aussi ça va mieux, il y a moins de disputes.
L. : ça m'a apporté du calme. D'habitude je suis énervé tout le temps. Dans mon cerveau il y a parfois ce que j'appelle le "pioupiou". ça n'arrête pas de parler et ça me déconcentre. Je vous assure! (rires)
C. : Je suis plus calme. Avant, en cours, je faisais n'importe quoi pour "faire mon show". Ici il n'y a pas beaucoup de personnes, c'est mieux.
N. : ça m'a apporté beaucoup : plus d'attention, plus de temps pour nous expliquer les choses, des horaires plus souples. On nous fait plus confiance. Le retour à la normale va être difficile...

Ado Chevreul : Avez-vous un petit mot pour conclure cette interview? 
B. : Rien n'est impossible!
L. : La vie est belle!
N. : La classe relais c'est trop bien!






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