ZEN & DZOGCHEN
L'état naturel du corps de la parole et de l'esprit

Zen et dzogchen désignent un état d'être, l'état d'être normal et naturel correspondant à la réalisation de la nature des choses telles qu'elles sont, par opposition à l'état d'être habituel qui relève de la réaction. Nous croyons vivre alors que nous sommes vécus par un enchaînement d'actions et de réactions. Nous croyons disposer d'un libre-arbitre alors que notre vie est gouvernée par les causes et les effets. La Vue - satori dans le Zen et rigpa dans le Dzogchen -, correspond à la réalisation de cet état naturel. Le dzogchen est le pendant tibétain du zen japonais (ou du chan chinois). Ce ne sont pas des écoles au sens habituel du terme, car on ne peut pas s'entraîner à la liberté naturelle de l'esprit. On n'y trouve donc ni maître ni disciple. 

Par contre, les écoles, et en particulier le bouddhisme, se sont emparées de l'un et de l'autre en créant hiérarchie et corpus de connaissance. Dans le bouddhisme, le chemin est progressif et mène là où s'arrêtent les capacités du "maître". Il y a donc maître, disciple et chemin: action éthique, méditation et réalisation. Le maître montre le chemin, le disciple le suit et le résultat est au mieux une pacification de l'esprit et au pire une impasse que le disciple prend pour l'Eveil. Dans le zen et le dzogchen, au contraire, il n'y a pas de maître pour indiquer le chemin, mais des circonstances qui peuvent prendre les traits d'une personne, d'un événement ou de commentaires.                                                                        

INTRODUCTION
Les pages qui suivent ne sont pas le fruit d'une volonté littéraire, philosophique ou spirituelle, mais une simple correspondance qui s'est installée d'elle-même sur internet peu après la publication d'un texte intitulé "Nourris aux Saints". Ce texte avait pour objet de bousculer les esprits en exposant le fossé séparant le bouddhisme de l'esprit de Bouddha. Il se voulait tranchant, aussi tranchant que l'épée de sagesse de Manjushri, mais ni ironique ni cynique.

Tous les sujets sont abordés, du quotidien à l'existentiel. La correspondance avait été initialement publiée telle quelle et par ordre chronologique, mais considérant la longueur et la récurrence des questions, il a paru préférable de la décliner en trois grands chapitres: corps, parole et esprit. Le premier est consacré à l'environnement et la santé, le second à la psychologie et le dernier à l'existentiel ou ontologie. 

                                                                        BOUDDHA & BOUDDHISME

"Bouddha" est un adjectif signifiant "réalisé", "passé sur l'autre rive". L'homme que l'on a qualifié ainsi se nommait Siddhartha Gautama. issu d'une famille aisée, sa seule vraie fortune fut de réaliser la nature des choses telles qu'elles sont, et sa seule "religiosité" de d'indiquer aux autres les écueils ayant retardé cette réalisation. Nous reprendrons cet adjectif ou ce nom comme symbole de l'état naturel de l'homme réalisé. Dans son cheminement figurait l'abandon de toute religion, de tout dogme, de toute pratique, de tout ascétisme et plus généralement de tout enfermement spirituel, moral ou physique. En d'autres termes il était comme tout un chacun et démontra que la réalisation est possible pour tous . 

A l'inverse les religions ont établi des dogmes et nous font accroire qu'il faut impérativement passer par une pratique pour atteindre un état décrit comme "supérieur" alors qu'il s'agit d'un simple retour à la normale. On instrumentalise ainsi les paroles du Bouddha pour en faire un système, mettre au point des rituels, une hiérarchie, construire des temples, en faire un chemin, une psychologie, une méthode de développement personnel ou un art de vivre, mais tel n'était pas l'esprit de Siddhartha. Son message était d'exposer l'illusion à laquelle la culture, l'éducation, les religions, la peur et l'espoir nous soumettent.    

La vérité n'appartient à personne, et certainement pas à une religion, une superstition ou tout autre groupe d'influence, aussi notoire soit-il. C'est au contraire en échouant dans les religions que Bouddha a trouvé la réalisation. C'est en renonçant aux systèmes et autres courants philosophiques qu'il a reconnu la liberté. Les cinq ascètes avec lesquels il avait pratiqué l'ascétisme le vilipendèrent de les avoir quittés, car il y voyaient un échec, un manque de persévérance, un esprit faible. Mais Siddhartha ne cherchait que la vérité, pas à plaire. En échouant des les religions, il a réussi dans la réalisation. C'est le discours inverse de celui des gourous. Les religions ont au moins cet intérêt, sans doute le seul: c'est en réalisant le piège des pratiques que l'on se libère; car les pratiques font en sorte d'éluder le plus important: l'observation de notre propre esprit. Elles nous permettent seulement de nous évader de la question qui dérange l'ego: "qui suis-je ?". 

Pour autant, nous ne sommes pas interdits de vie sociale, de rituels et de philosophies. Zen et dzogchen sont clairs à ce sujet: on peut épouser toute religion et toute culture sans en être la victime. C'est précisément cette capacité à vivre dans le monde sans être du monde qui constitue la liberté naturelle de l'esprit.