La formation des Militants

La Formation des Militants


par M. le Chanoine CARDIJN,

Aumônier général de la JOC


Compte-Rendu de la Semaine d'Etudes Internationales de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, 25-29 août 1935, pp. 153-164.

27 août 1935

Je rappelle d'abord le problème que nous avons étudié hier celui de l'Action Catholique des jeunes travailleurs et les trois vérités fondamentales qui sont à la base de ce problème.

PREMIERE VERITE DE FOI, Dieu de toute éternité a appelé chacun et tous les jeunes travailleurs de 14 à 25 ans, comme tous les hommes à une destinée éternelle et temporelle, destinée qui les appelle à être dans l'éternité et dans le temps, les collaborateurs du Créateur et du Rédempteur à cette oeuvre d'union complète de toute l'humanité – unis dans le Christ - à la vie de la Très Sainte Trinité.

Tous les jeunes travailleurs sans aucune exception, ont cette destinée ; c'est leur raison d'être, c'est la fin de leur existence. Ils ne sont pas des machines, ni des bêtes de somme, mais des fils, des collaborateurs, des héritiers de Dieu.

DEUXIEME VERITE D'EXPERIENCE .- Les conditions de vie de l'immense masse des jeunes travailleurs de 1935 sont en contradiction absolue avec cette destinée éternelle et temporelle. S'ils restent abandonnés à eux-mêmes dans leurs conditions de vie, devant les problèmes de vie, devant l'avenir qui leur est réservé, il leur est quasi impossible d'atteindre leur destinée éternelle et temporelle. J'y reviens: destinée éternelle qui n'est pas à côté, a distance de leur destinée temporelle, mais destinée éternelle qui est incarnée, qui croît, qui se développe déjà ici bas dans leur destinée temporelle.

TROISIEME VERITE DE PASTORALE - Pour conquérir cette masse de jeunes travailleurs à leur destinée, il n'y a qu'un moyen, c'est au sein de l'Eglise Catholique, l'organisation de la masse des jeunes travailleurs qui entre eux, par eux, pour eux, s'entraînent, s'aident, se servent mutuellement en vue de cette conquête de leur destinée.

C'est là toute la JOC, c'est là le but de la JOC et aussi longtemps qu'on ne veut pas regarder si haut, mais en même temps rester avec les deux pieds dans la réalité, on n'a pas compris la JOC.

La JOC veut être une école pour la conquête de la destinée des jeunes travailleurs ; elle veut être un service, elle veut être aussi un corps représentatif, qui veut faire des démarches et qui veut crier au monde cette destinée, et qui veut obtenir les moyens nécessaires pour pouvoir l'atteindre. C'est une organisation, qui ne se contente pas d'un enseignement général, mais qui prend la vie des jeunes travailleurs toute la vie, la vie individuelle, familiale, sociale, sentimentale, professionnelle, la vie économique, publique, qui prend toute leur vie dans sa totalité, qui apprend à voir, à juger, à vivre une vie conforme à cette destinée éternelle et temporelle, c'est une organisation qui a en vue le cadre de cette vie. Pour les poissons, le milieu naturel, c'est l'eau; pour les arbres c'est la terre, pour les jeunes travailleurs c'est le milieu social, on l'a trop oublié, et on a ainsi empêché les jeunes ouvriers d'atteindre leur destinée. C'est pour cela que la JOC plantée dans le milieu naturel prétend aider les jeunes travailleurs à atteindre leur destinée.

En fin de compte, la JOC n'est pas pour quelques bons petits garçons, de nos oeuvres de piété, mais pour la masse, pour les derniers entre les derniers, parce que le royaume de Dieu est pour tous, et surtout pour les malheureux, pour les petits.

Il faut pour cela, les organiser en vue de la conquête, parce qu'il s'agit ici de conquérir. Pour cette conquête, nous ne séparons pas LES DEUX PROBLEMES FONDAMENTAUX : le problème de la conquête et de la formation de la masse avec le problème de la conquête et de la formation de l'élite.

C'est ce que nous avons appelé l'Action Catholique des Jeunes Travailleurs, c'est ce que Notre Saint Père le Pape demande quand il parle de l'Action Catholique. C'est là le laïcat dressé contre le laïcisme. Nous voulons conquérir l'immense masse des jeunes travailleurs dont les conditions de vie sont actuellement en contradiction avec leur destinée éternelle et temporelle et qui néanmoins doit atteindre cette destinée. Tout le jocisme se réduit à la solution de ce problème, qui est la clef du mouvement, de l'action, de l'organisation jociste, le point central de la formation des militants.

Les militants composent l'état-major, le noyau stable de chefs, noyau local dans les paroisses, noyau dans cette usine, dans ce quartier, dans cette rue, dans cette cité; noyau non seulement local, mais régional, qui réunit l'état-major de tous les entraîneurs à la conquête de chaque région, qui forment un front commun, et enfin, au sommet le noyau national de militants,. de conquérants, tous laïques du premier jusqu'au dernier. Tous ces noyaux forment le centre, le coeur du jocisme, je dirais presque tout le jocisme. Tels militants, telle JOC paroissiale, régionale, nationale.

Mais remarquez le bien, il n'y a ni militants locaux, ni régionaux ni nationaux sans le prêtre. Le rôle du prêtre dans la JOC, c'est d'être celui qui, ayant en mains, de par son caractère sacerdotal, la doctrine, les grâces, les sacrements, en est le canal, le dépositaire. Il doit susciter des militants, les armer, les former, eux qui sont le noyau du jocisme, qui sont la tête du jocisme, le centre du jocisme, sans lesquels il n'y a pas de conquête possible. Le prêtre leur donnera la foi dans la conquête, si c'est nécessaire il en fera des martyrs. Il leur donnera aussi non seulement l'esprit, mais la tactique de la conquête.

Et c'est pour cela qu'il mettra son coeur, sa doctrine, les moyens sacerdotaux dont il dispose, au service de ses militants dans la JOC, au service du laïcat jociste, milice de l'Eglise militante, dont il a la paternité spirituelle.

Si nous disons : tels militants, telle JOC, nous pouvons dire à peu d'exception près, tels aumôniers, tels militants. Mais ici il s'agit de bien nous entendre: dans notre conception de la formation, il ne faut pas vouloir séparer la formation de nos militants de l'organisation du mouvement et de l'action jociste par laquelle, dans laquelle, au moyen de laquelle, ils reçoivent leur formation de militants en collaboration avec le prêtre.

La formation de nos militants ne doit pas se faire à côté de l'organisation jociste, pas à côté de l'action jociste, mais dans l'organisation et l'action jociste, ce qui fait que l'organisation elle-même, que l'action jociste elle-même est pour les militants, cette école, ce service, ce corps représentatif.

Et maintenant, qui appelons-nous militants. Il y a des militants un pour cent et des militants cent pour cent; ne croyons pas trop facilement qu'il nous faut de suite des militants cent pour cent. Qui oserait dire que nous sommes des cent pour cent ?...

Nous devons commencer toujours par prendre les militants tels qu'ils sont; sont-ils socialistes; sont-ils communistes, peu importe. Servante, forgeron, cordonnier, peu importe; mais nous devons dire : de ce type là, je dois faire un militant. Il ne faut pas chercher des militants tout faits, on ne les trouve pas, on les forme.

Nous entendons par militant, quelqu'un qui d'abord et avant tout, pour toute sa vie de jeune travailleur, se conquiert lui-même, et conquiert les autres à leur destinée éternelle et temporelle.

Nous dirons : d'abord la conquête de soi avant d'aller à la conquête des autres; pas une priorité de temps mais une priorité d'intention sur laquelle il faut toujours revenir. On n'est pas un militant par la parole et la déclamation. Un jociste qui parle magnifiquement à la tribune, et sait susciter l'enthousiasme, mais qui cinq minutes après se méconduit avec une jeune fille, n'est pas digne d'être militant, c'est un Judas.

On est d'abord militant par sa vie de travail, en se préparant bien au mariage, en étant un ouvrier d'élite, en étant un bon fils en famille et un bon camarade pour ses copains d'atelier. Celui qui porte le titre de dirigeant jociste, qui fait de beaux discours et qui tient une belle comptabilité, peut bien rendre certains services, de cette façon, mais si dans sa vie privée, il n'est pas honnête, il fait peut-être un tort immense au mouvement et à l'Eglise. Cela nous ne cessons de le dire : nous voulons une jeunesse nouvelle qui a une vie nouvelle, une conception nouvelle de l'amour, du travail, de la famille, de la société et, qui tout d'abord veut la réaliser pour elle-même. N'allez pas à la conquête des autres, si vous ne voulez pas aller à votre propre conquête.

Je dis des vérités banales et d'ordre général, mais on les oublie parfois et c'est pour cela qu'on n'arrive nulle part.

Un militant est donc un conquérant de sa propre destinée. C'est en même temps, quelqu'un qui se Conne pour la conquête des autres à cette destinée éternelle et temporelle.

Le petit noyau de militants avec lequel nous commençons une section, se forme en réalisant sur place une section locale, en faisant de la propagande, en faisant des visites à domicile, en se mettant en contact avec la direction régionale et par la direction régionale avec la direction nationale; ayant toujours devant les yeux la conquête du milieu de travail, de cette masse de jeunes travailleurs dont ils aspirent à devenir les militants en acceptant devant Dieu et devant le mouvement jociste la responsabilité d'aider cette masse de jeunes travailleurs à atteindre leur destinée éternelle et temporelle.

Et c'est pour cela que le plus petit groupe de JOC, le plus petit groupe local, régional et national suppose d'abord et avant tout un noyau de militants pris dans la masse. Les membres viennent après, la masse vient après; mais l'essentiel c'est un noyau en union intime avec la régionale, par laquelle elle est formée, dont elle a reçu la compréhension de la conquête, la tactique de la conquête, la persévérance, l'enthousiasme toujours plus grand pour la conquête.

C'EST CE QUE NOUS APPELONS UN NOYAU DE MILITANTS.

L'ambition de la JOC, doit être d'arriver à avoir au minimum : UN MILITANT PAR 5 OU 6 MEMBRES, un militant qui forme ses membres, à l'esprit jociste. Les aumôniers, les dirigeants, doivent toujours avoir cette préoccupation et cette passion dominante : la recherche et la formation des militants. On doit toujours former davantage ses militants, on doit les multiplier et surtout

quand il s'agit d'un mouvement de jeunesse on doit toujours recommencer. Nous avions au début un magnifique état-major, dans la JOC wallonne, le plus beau qu'on puise rêver, il a aujourd'hui complètement disparu. Je rends hommage aux Tonnet, Meert, Garcet, en passant. Il n'y a rien à faire, les militants passent, la JOC reste. Aujourd'hui ils sont vingt militants, demain ils se marient et ils doivent passer dans le mouvement des adultes, là aussi on a besoin de militants. Je dois les céder, car si on a assez reproché à l'école d'abandonner ses élèves après l'école, à l4 ans, alors nous, nous ne voulons pas recommencer ce système, d'abandonner les travailleurs à 25 ans.

C'est toute la classe ouvrière de demain, ce sont les foyers de demain pour les familles de demain que nous voulons relever par les militants. Il faut toujours renouveler le noyau des militants jocistes. Il faut donc les donner aux oeuvres d'adultes.

Il y a une seconde vérité, à mettre en lumière chez nous : la formation doctrinale de nos militants doit être très profonde. Cette formation doit se faire petit à petit, l'espère que petit à petit elle se fera également dans la masse de nos membres. Mais elle ne se fait surtout pas par des discours, par des leçons qu'on donne et après lesquelles on pourrait peut-être passer un brillant examen mais aussi on n'apprend pas nécessairement à vivre cette vérité doctrinale, à la transposer dans sa propre vie. Une vérité doctrinale est une vérité à conquérir.

Pourquoi démontrer l'existence de Dieu ?..

Parce que je dois conquérir Dieu et me laisser conquérir par Lui, je dois en vivre, le méditer et il ne suffit pas pour cela d'avoir entendu parler des orateurs de Dieu.

Notre programme d'études est inséparable de notre programme d'action. Toute étude doit être suivie par des réalisations immédiates. Nous avons déjà passé ainsi en revue toute l'étude des sacrements; concernant le baptême, par exemple, nos militants avaient à côté d'eux des jeunes ouvriers qui n'étaient pas baptisés; ils ne s'étaient jamais posé la question : mon voisin est-il baptisé ? Nos jocistes sont allés à la conquête de ces non-baptisés. Dans les ateliers on dit des bêtises énormes contre la confession, on dit des choses monstrueuses à l'égard des prêtres. Nos militants ont dû conquérir la doctrine de la confession, ils ont appris à posséder la joie divine du coeur qui se manifeste par le renouveau de la vie spirituelle qui s'opère dans le sacrement de Pénitence.

Et à l'occasion de la campagne de Pâques dans la caserne, les soldats sont allés à la conquête de leurs camarades. Ils sont si beaux dans leur simplicité, ils sont si grands par leur naïveté, parce qu'ils sont restés si près du Bon Dieu. Et on les voit se préparer pour la confession dans les usines, dans les casernes et on voit des fils amener père et mère, toute la nichée, à la confession. Et comme cela il y en a par centaines qui sont allés à la conquête.

Et quand on vient me dire nous donnons autant de cours de liturgie, d'apologétique, etc... si la formation se réduit à des leçons, on peut dire les 9/10 des jeunes ouvriers n'y comprennent rien. Vous avez peut-être fondé une université, mais vous n'êtes pas une organisation d'Action Catholique.

Ah ! Messieurs, il y a des saints dans la JOC. La JOC est une école de sainteté. C'est étonnant comme nos jocistes vont jusqu'au bout; quand ils travaillent la nuit dans les hauts-fourneaux, ou du matin au soir à l'atelier, à la fabrique, ils parviennent à y vivre unis à Notre-Seigneur pendant toute la journée. Leur table, leur métier, leur machine, devient un autel. Ils ont parfois la prière jociste devant eux et de temps en temps disent : « Jésus je m'unis à vous » et ils offrent leurs sacrifices au Père Céleste; « je suis prêtre avec vous, Jésus, et que tous les métiers, que toutes les tables deviennent autant d'autels. Que Jésus-Christ, Créateur, Rédempteur, Fin dernière, soit glorifié, Lui qui s'est donné passionnément pour toute la Classe Ouvrière et toute l'humanité. »

La formation des militants se fait par des contacts personnels. On ne forme pas des militants en série, ce n'est pas possible, parce que la formation des militants est une formation d'âmes, c'est une conquête personnelle.

Les contacts doivent vraiment être les plus profonds possibles, mais sans aucune indiscrétion. Toutefois, dans certaines consciences il faut laisser agir la grâce toute seule. Il faut les laisser s'épanouir et les jeunes viennent nous trouver au moment voulu par la Providence. Donc contacts avec l'aumônier et aussi contacts personnels avec les autres militants.

L'aumônier seul ne forme pas un militant; il faut aussi cette amitié, cette simplicité entre militants.

On ne peut s'imaginer ce que ces jeunes gens vont se dire entr'eux, avec quelle naïveté, quelle vérité; c'est inouï ! Ils sont les contrôleurs, les uns des autres. Ils se stimulent réciproquement, etc...

Il faut ménager des contacts entre militants locaux, régionaux, nationaux; et non seulement pour apprendre le travail à faire, les réalisations à opérer, mais ce qui est beaucoup plus nécessaire pour se communiquer ses expériences réciproques. Il faut aussi des réunions spéciales de militants, mais des réunions de vrais militants, où se sont les militants qui s'entraînent, s'éduquent mutuellement en vue de la découverte et de la conquête de la vérité morale, religieuse, sociale, de leur destinée éternelle et temporelle. Et c'est surtout pour cela que nous avons changé ce mot de « Cercle d'Etudes » où l'on parlait parfois de la lune, des étoiles, de tous les animaux préhistoriques. On y oubliait une chose : c'était l'étude de la vie journalière de ces pauvres petits malheureux qui assistaient au Cercle d'Etudes. Chez nous tout cercle d'études n'est qu'une réunion de préparation doctrinale à l'action. C'est pour cela que nous les nommons des réunions de militants. De même pour la formation doctrinale de la masse; chez nous elle se fait aussi en partie par des discours et des leçons mais de nouveau pour la formation de la masse ces méthodes expositives, ne sont pas suffisantes. Elles existent, nous les employons mais elles ne sont rien à côté des méthodes actives employées avec la masse, et dans la masse, même en ce qui concerne la formation doctrinale. Quand les jeunes gens ensemble, ornent leur salle pour leur Assemblée Générale, pour la fête de Noël ou de Pâques, pendant qu'ils dessinent ensemble les fonts du baptême, ou une hostie, ou font des inscriptions pour le milieu du travail, ou des peintures, tout en étant occupés à cela dans leur famille, par petits groupes, ils se forment doctrinalement, beaucoup mieux que par une leçon à laquelle ils feraient semblant d'écouter. On apprend par les yeux, par tout ce qu'on fait et petit à petit, on comprend la raison d'être de tout cela, c'est une révélation continuelle. Nous réclamons aussi les contacts personnels de nos militants avec les membres chaque militant devrait aussi à sa façon être un catéchiste laïc. Nous en avons des dizaines dans les usines, et les familles pour étendre l'évangile. C'est comme cela que se fait la formation doctrinale.

Nous arrivons maintenant à la partie la plus intime de la formation : la formation religieuse qui en fin de compte est l'âme, le coeur, le centre vraiment de toute la formation; et pour cette formation religieuse, nous ne serons jamais trop ambitieux. C'est extraordinaire comme on doit changer de mentalité à ce sujet. La sainteté est pour les religieux, pour les prêtres, croit-on. Mais la sainteté est nécessaire à la caserne et dans les usines tout autant que dans un couvent. Comment voulez-vous que l'on chasse le démon de ses antres, si nous n'y avons pas des saints. Homme de peu de foi! Je me dis souvent cela à moi-même, et c'est vrai. Quand nous réfléchissons, à ce qu'on peut obtenir des jocistes, c'est merveilleux ! Et pour cela, il n'y a pas une formule, qui convienne aux âmes, car il n'y a pas deux âmes qui soient semblables. Il y a d'abord la science de la formation religieuse et puis l'art, et l'art est personnel, il doit être adapté à chaque âme. Mais pour cela il faut être humble, parce qu'il faut plus regarder celui qu'on éduque, que soi-même, qui prétend éduquer. De cette façon l'éducateur est d'abord plus éduqué que celui qu'il doit éduquer.

Comme méthode nous commencerons par ce que nous appelons l'apprentissage de la charité. Nous les entraînons à aimer leur prochain. On commence par cela. On leur dit, aimez vos camarades, respectez cette jeune ouvrière, ils comprennent cela très vite, même des communistes et des socialistes le comprennent.

Quand on leur a dit : « Aimez vos camarades comme des frères, ce sont vos frères de travail »; ils nous demandent alors pourquoi cela ? Vous voyez, nous y sommes, nous sommes sur le chemin.

Parce que ce sont les frères de Jésus-Christ, Notre Seigneur qui a aimé les âmes, qui s'est tué pour vous, qui se donne encore dans son Eglise. Alors ils apprennent à servir Dieu dans le Christ, et ils servent les âmes comme le Christ les sert et ils veulent les conquérir. Per ipsum cum ipso in ipso. C'est extraordinaire, comment des jeunes gens qui ne comprenaient rien à la Messe, qui n'avaient jamais entendu parler de méditation, ce que petit à petit on obtient d'eux. Tous les aumôniers peuvent raconter les transformations religieuses étonnantes obtenues par cette méthode.

Notre prière jociste nous a beaucoup aidé pour cette formation. Pendant la campagne pascale, elle a été récitée par des papas et des mamans, et aussi dans les usines. « Que votre règne arrive dans nos usines. Je vous offre mon travail, mes peines, etc... »

La vie sacramentelle se développe, la vie spirituelle aussi et la direction de conscience la plus profonde, sans que jamais il puisse y avoir d'indiscrétion.

C'est pourquoi à la base de notre vie d'apostolat, il faut cette vie d'union avec le Christ, avec Dieu, avec l'Eglise. Et pour cela, chaque jour, la messe, même si nos propagandistes doivent commencer leur travail de propagande un peu plus tard, d'abord Dieu, d'abord la messe, la méditation, leur disons-nous.

Formation individuelle d'âme à âme, formation collective en plus grand groupe, en récollection, en retraite, en semaine d'études.

Même notre camp de jeunes chômeurs, nos semaines d'Etudes, sont regardées par nous, comme les meilleures retraites spirituelles adaptées aux jeunes.

On ne saurait pas obtenir dans une autre retraite ce qu'on obtient dans nos camps de chômeurs.

Nous préparons le congrès depuis un an, toutes les réalisations même matérielles, tout cela est mis sur pied en vue de servir à la formation des militants.

Nous disons,. que même si le congrès pour un motif qui ne dépendait pas de nous devait être supprimé, il aurait quand même donné les 99% de son rendement, le jour du Congrès ne représentant que la centième partie de l'effort; ce n'est que le feu d'artifice, et ce n'est que passager, ce n'est qu'un coup de fouet qui nous aurait fait perdre beaucoup de temps, si nous n'avions pas conçu la préparation du congrès pendant toute l'année comme le meilleur moyen de formation jociste en vue du Congrès. Et c'est très simple. Toute l'organisation du congrès, dans lequel rien n'avait été oublié, tout était prévu. Tout cela avait pour base cette formule :

« Au congrès, il y aura des rangs de 9. »

On doit arriver à Bruxelles par 9. Chaque rang de 9, c'est l'équipe. Pour chaque rang de 9, un militant responsable et un ad joint. Ce responsable devait veiller au ravitaillement, à la carte de boisson, aux tickets de chemin de fer, etc. Pour la propagande, pour les répétitions toujours on doit agir par groupe de 9. Et pendant tous ces mois de préparation, la masse trouvait dans les répétitions jocistes, dans la préparation du Congrès, la formation.

Pour former des militants, il faut l'optimisme. On doit croire que des militants on en trouve partout.

Sans doute ils ne sont pas militants cent pour cent au début. PARFOIS ILS SONT MEME ANTI -MILITANTS. Ne craignez rien, ceux-1à sont parfois les meilleurs, on en fait des saint Paul. On en trouve partout, parmi les humbles ouvriers, même parmi ceux qui ne savent pas lire.

Quand j'ai commencé la première équipe de jeunes travailleurs, j'ai dû commencer par leur apprendre à écrire, à écrire une lettre d'excuse à leur patron. Pour cela je le répète, il faut de l'optimisme, mais de l'optimisme réaliste, les prendre tels qu'ils sont.

Et permettez-moi de vous dire : tout cela, sans que l'en retranche rien, tout cela est confié à l'aumônier.

Je ne dis pas quelque chose est confié à l'aumônier, et quelque chose est confié au mouvement, TOUT EST CONFIE A L'AUMÔNIER PAR LE MOUVEMENT DANS LE MOUVEMENT.

L'aumônier doit s'intéresser à toute la vie des jeunes travailleurs, à tous les milieux où vivent des jeunes travailleurs. 

Et je termine en insistant sur la multiplication de nos militants. Nous en avons 6.000, il nous en faut le double, le triple. Pour nos 25.000 jocistes féminines, les militantes sont au nombre de 4.000, mais il nous en faudrait plus encore.

Voilà, Messieurs, vous avez devant Dieu et devant les hommes cette paternité spirituelle, que Dieu vous a confiée. Voilà la jeunesse ouvrière du monde qui vous supplie de lui montrer le chemin de sa destinée.

Ecoutez la voix des jeunes ouvriers vous dire :

- Vous avez notre sort en mains, notre éternité en mains, à nous Jeunes Travailleurs. Nous vous avons peut-être méprisés jusqu'ici parce que nous ne vous connaissions pas; faites-vous connaître à nous par la JOC, par les jocistes.

Ainsi le Christ apparaîtra de nouveau devant la Jeunesse ouvrière, comme le Rédempteur, et la Classe Ouvrière reviendra à Notre Seigneur.

- Joseph Cardijn



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