Cours CIE


LES COURS INTERENTREPRISES SOUS LA LOUPE

publié le 23 avr. 2012 à 10:18 par Simon Schmidig   [ mis à jour : 23 avr. 2012 à 10:39 ]

texte de Marie-Christophe Ruata-Arn, paru dans Interface 15, février 2012

En 2010, l’entreprise Implenia a accueilli les premiers cours CIE architecture sur le chantier dit « coupe Gordon Benett ». Les locaux de réunion de chantier ont été gracieusement mis à disposition des élèves et de leurs professeurs, qui ont pu ainsi alterner cours « à la table », visites et relevés.

Bilan au terme de la première année des cours CIE.

Les liens entre associations professionnelles et monde de la formation ne font que de se renforcer. Depuis 2010 ces liens ont pris une nouvelle ampleur, avec l’entrée en vigueur de l’Ordonnance fédérale sur la formation professionnelle initiale, et l’obligation, pour les associations professionnelles, d’organiser les Cours InterEntreprises, ou cours CIE.

Des cours pratiques organisés par les associations professionnelles pour les apprentis, c’est une tradition qui fait date, du moins chez les ingénieurs et les géomaticiens. Les architectes eux, ont petit à petit abandonné cette prérogative qui a été, ces dernières années, entièrement prise en charge par les écoles professionnelles.
Depuis 2010, avec l’entrée en vigueur de l’Ordonnance fédérale sur la formation professionnelle initiale, les cours CIE font partie intégrante de l’apprentissage, pour les apprentis dual uniquement, au même titre que les cours théoriques ou le travail dans les bureaux formateurs. Ils sont une condition sine qua non pour se présenter aux examens du CFC. La fai, respectivement
sa Commission Ecole et Formation (CEF), a donc dû rapidement mettre en place une structure adéquate pour répondre à cette obligation légale, tout particulièrement pour les cours liés à la formation de dessinateurs en architecture.

Le temps des cours CIE est réglé par l’Ordonnance : quatre jours pour les apprentis de 1ère année, 8 jours pour les 2ème et 4 jours pour les 3ème année. Un plan de formation précise quels points (planification, sécurité, visualisation…) doivent être abordés lors de ces années. Quant à la nature des cours et à leur déroulement, tout est laissé à la responsabilité des associations professionnelles.

La prise en charge des cours reflète la diversité des associations qui forment la fai. 

Les géomaticiens n’ont jamais cessé d’organiser des cours interentreprises, dispensés sur le canton de Vaud. Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle Ordonnance, le nombre d’heure a sensiblement augmenté. Mais globalement, le modus operandi demeure le même. Les cours sont gérés par la CRAG, Commission Paritaire Romande d’Apprentissage de Géomaticiens, Cette commission intercantonale apporte une aide logistique et coordonne le dialogue entre les différentes associations professionnelles des cantons. Le plan de formation lié à l’Ordonnance fédérale décrit précisément le contenu et les buts des cours. Il s’agit principalement de cours pratiques, ou l’on exerce l’usage d’instruments ou de logiciels. Ces cours font l’objet d’une collaboration régulière avec l’école, afin d’en harmoniser et d’en compléter les contenus en fonction des plans d’études.

Les cours CIE en génie civil pour les apprentis genevois sont dispensés dans les locaux du Centre de Formation Professionnelle (CFP-C). La gestion en est coordonnée par le secrétariat de la fai. L’AGI a nommé deux enseignants : Gary Bosset, dessinateurs en génie civil pour les 1ère année, et Elder Cardoso, ingénieur, pour les 2ème année. Cours DAO, principes de base de l’armature, projet de route et projet hydraulique; le programme est en partie construit à partir d’un cours d’introduction au génie civil dispensé dans canton de Vaud depuis une vingtaine d’années. En attendant, vœux émis par Gary Bosset, un programme de cours CIE commun à toute la Romandie.

Les architectes ont tout repris à zéro pour l’organisation des cours CIE. A commencer par la nomination de deux enseignants : Nicolas Gerdil, architecte ETS et Simon Schmidig, architecte IAUG. Tous deux ont développé le plan d’étude des premiers cours CIE autour d’une proposition du président de la CEF Frank Herbert: la nécessité d’emmener les apprentis sur un chantier. Les raisons en sont multiples. L’intérêt de voir et de rendre concret des éléments de construction et les différentes étapes de mise en œuvre présentés en cours, ou dans les bureaux. Mais aussi la réalité d’un tel lieu, ses exigences en matière de sécurité, de coordination de différents corps de métier. De plus, ce choix permet de pallier un manque avéré: de nombreux apprentis duals arrivent aux examens CFC sans jamais avoir été sur un chantier. Les cours dispensés en alternance par Simon Schmidig et Nicolas Gerdil ont très vite trouvé le rythme, chacun ayant abordé la matière selon son éclairage particulier. Nicolas Gerdil, plus qu’un cours, a proposé une « expérience hors cadre ». Il s’est adressé aux apprentis pour leur parler technique « comme un directeur de travaux », selon une approche pragmatique où il s’est agit de comprendre et d’analyser. Une approche – un type de dialogue – que les apprentis n’ont peu, voire pas du tout, la possibilité d’expérimenter durant la formation.
Simon Schmidig lui, s’est attaché à montrer aux apprentis comment un professionnel réagit devant un problème. Une réaction motivée autant par des impératifs techniques que par une « vision » du projet. Le but : montrer «l’ ouverture d’esprit et l’éventail de possibilités que propose cette profession. »
La deuxième année des cours CIE architecture se déroulera sur plusieurs chantiers : le chantier Gordon-Benett pour les 1ère années, le chantier de l’OMC et celui du musée d’Ethnographie pour les 2ème année.

Un bilan positif et des questions pour l’avenir

Le temps a été compté pour organiser toute l’infrastructure administrative inhérente à ces cours. Convocations, courrier, mais aussi procédures d’évaluation, voire de discipline. A ce stade, le réseau existant entre les acteurs de la formation et la CEF a permis de maintenir un dialogue nécessaire entre école, bureaux formateurs et familles des apprentis. Frank Herbert tire un bilan positif de cette première année de cours CIE: l’investissement des enseignants et la disponibilité des partenaires, publics et privés, ont participé à sa réussite, même si les effets paradoxaux liés à cette nouvelle Ordonnance sont déjà visibles.

Désormais, le plan d’étude des apprentis dessinateurs au CFP-C comporte beaucoup moins d’heures d’enseignement de construction, passant de 13 heures à 5 heures par exemple pour les dessinateurs orientation architecture de deuxième année, et de 12 heures à 5 heures pour le génie civil au même degré.

L’AGG de son côté, regrette également les heures de mathématiques qui manquent désormais dans le cursus des apprentis en géomatique.

Autre constat: seuls les apprentis « duals » peuvent suivre les cours, alors que les apprentis «plein temps», ceux qui font toute leur formation dans les écoles, n’y ont pas droit. Même si le statut d’apprentis « plein temps » est une exception genevoise due au manque de bureaux formateurs sur notre canton, on peut se demander pourquoi ces cours pratiques sont réservés à ceux qui bénéficient déjà d’une expérience pratique.

La complexité de la structure administrative exigée par Berne pose d’autres sortes de problèmes. Il faut, pour être en accord avec la loi fédérale: être inscrit au Registre du Commerce, avoir des statuts, une comptabilité, un réviseur des comptes. Non seulement la demande est chronophage, mais la moitié du budget octroyé par la confédération pour l’organisation des cours CIE y passe. Il faut souligner que sans l’appui logistique de la FER, et la présence d’un comptable spécialisé, il serait impossible de poursuivre l’exercice.

Cette situation ne lasse pas de poser des questions sur les reports de charges du public au privé, des raisons qui ont prévalu à cette situation, et des conséquences qui en découleront. Le bilan devra être tiré dans quatre ou cinq ans, lorsque les premiers CFC issus de cette nouvelle donne arriveront sur le marché de l’emploi.
Il est vrai que la discussion sur les conséquences et les résultats de ces nouvelles prérogatives ne fait que de commencer et Frank Herbert, qui quittera la CEF en 2012, appelle de ses vœux un investissement beaucoup plus large de la profession, et un engagement de la fai, pour renforcer encore le partenariat existant au plan cantonal pour améliorer la tenue de ces cours CIE. « Car cet engagement, souligne Frank Herbert, est tout simplement indispensable pour assurer une formation en adéquation avec les besoins de nos professions. »


CEF – INTERFACE

La Commission Ecole et Formation de la fai : Président : Frank Herbert (SIA), Lucas Amos
(SIA), Dominique Boymond (AGG), Jean-Noël De Giuli (AGA), Jiri Horsky (AGI), Laurent
Kreutschy (SIA), Juan Madrinan (GPA-SIA), Raphaël Niogret (SIA). Coordination : Marie-
Christophe Ruata-Arn (SIA)

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