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Voyage dans Belledonne : Echappée Belle Intégrale

publié le 30 août 2017 à 02:46 par Membre Bgsa   [ mis à jour : 31 août 2017 à 03:53 ]

Tout a commencé le 12 avril dans le parc du château de Vizille au hasard d’une rencontre avec Pierre Gagnière vidéaste de l’Echappée Belle qui m’a sollicité pour m’inviter sur la course et être le parrain de l’épreuve.  Le 24 avril, après une montée en ski à la Croix de Belledonne la décision est prise d’accepter l’invitation. Je n’avais aucun projet ou défi sous le coude, hormis peut-être la tentative des 14 sommets des Bauges et il était temps de remettre la machine en route. Depuis mon arrivée dans la région, il y a 4 ans, cette course m’intrigue et me fascine un peu, les copains du BGSA évoquaient souvent cette course avec des récits parfois épiques.



J’ai choisi de ne participer à aucune autre course afin de me concentrer sur cet objectif unique et de prendre le temps de faire un repérage méthodique du parcours à partir du mois de juin. Ces repérages m’ont permis de confirmer deux choses : d’une part la brutalité, la beauté et la technicité du parcours et d’autre part que la forme et les sensations allaient monter crescendo pendant l’été.

Le vendredi 25 août au petit matin nous sommes au départ de la traversée intégrale avec Mo et Jé. On est bien motivés et affûtés, avec des préparations différentes mais beaucoup de dénivelé au compteur et de nombreuses sorties en montagne, et avec pour seule sortie en commun la traversée de la Chartreuse de Chambéry à Grenoble  le 2 juillet.




Le départ est donné à 6h et je pars prudemment afin de ne pas faire trop monter le cœur dans les premières rampes au dessus de Vizille, une bonne cinquantaine de coureurs doivent être devant moi et je ne vois déjà plus les premiers. J’alterne marche rapide et course en discutant avec quelques coureurs que je connais, on commence déjà à transpirer… Au bout d’une demi-heure il fait jour mais je ne vois plus personne devant moi, à ce moment de la course je n’ai pas envie d’être déjà seul. Je me résigne à faire l’effort et à recoller à un groupe d’une dizaine de coureurs en arrivant au col de la Madeleine, je n’ai aucune idée du nombre de coureurs qui sont devant moi. Le groupe avance par à-coups, je salue l’Ardéchois Sébastien Goudard rencontré sur une reco il y a quelques semaines. Je me laisse finalement un peu décrocher avant d’arriver à l’Arselle.

Ravito 1 – l’Arselle – 9ème en 1h59

Dans la zone de ravitaillement j’aperçois Sylvain Court et je comprends que je suis dans le groupe de tête. Je prends mon temps et je repars avec le japonais Shogo et le sympathique pyrénéen Nahuel Passerat qui semble se balader, c’est aussi l’un des rares coureurs qui n’utilise pas de bâtons. On quitte progressivement la forêt et les paysages deviennent magnifiques avec les premiers lacs et différents panoramas qui défilent. Je garde en point de mire des coureurs devant moi avant d’arriver au refuge de la Pra.

Ravito 2 – La Pra – 9ème en 3h49

J’ai toujours une dizaine de minutes d’avance sur mon tableau de marche mais je me concentre surtout sur l’hydratation et l’alimentation, deux points clés de cette chaude journée. Les parties roulantes sont derrière nous et c’est maintenant parti pour 90 kilomètres d’anthologie dans Belledonne. En attaquant la montée aux lacs des Doménons, je rattrape un coureur qui n’a plus qu’un seul bâton et qui semble avoir le moral dans les chaussettes. La montée finale à la Croix de Belledonne se passe bien, mais à ce moment de la course tout le monde est encore fringuant ! Dans la descente je croise Jérôme avant de bifurquer vers le col de Freydane, il a l’air pas mal et sûrement dans les 20 premiers. La descente du col de Freydane est un bon test pour mon fragile pied gauche que j’ai essayé de ménager depuis 3 semaines. En arrivant au Refuge Jean Collet, tous les voyants semblent au vert pour passer une belle journée en montagne.


Ravito 3 – Jean Collet – 5ème en 5h52

Je retrouve pour la première fois Matthieu mon assistant de choc et je vois la tête de course qui est juste quelques minutes devant, Vivien Reynaud suivi de près par Sylvain Court, et pas loin derrière Nahuel Passerat et le japonais Shogo. Matt me met en garde sur le fort vent du sud très sec et qui risque de provoquer des déshydratations. Ai-je assez bu ? Cela fait déjà 6 heures de course et en faisant le compte des flasques vidées je pense que je dois déjà être en dette hydrique. Il faut lever le pied et laisser filer la tête de course. Après le Col de la Mine de Fer on arrive dans certaines des portions les plus chaotiques du parcours, Samuel Vergès m’a rattrapé et il a l’air particulièrement solide, je m’accroche derrière lui jusqu’au Pas de la Coche, je commence à être beaucoup moins bien…

Ravito 4 – Habert d’Aiguebelle – 6ème en 7h55

C’est mon ami Julien que je retrouve au Habert d’Aiguebelle ainsi que de nombreux supporters du BGSA, mais je ne suis pas au mieux profiter de ce moment sympa. Mes doutes se confirment rapidement en attaquant la montée vers le col de l’Aigleton. Je n’avance plus, je ne peux plus rien avaler et je commence à avoir un peu la nausée. Au lac du Vénétier, je dois m’arrêter
 quelques minutes pour faire le point : je suis clairement déshydraté, et si je vomis il y a de grandes chances pour que tout soit fini ! Je commence à me maudire en me disant que je vais tout gâcher par un départ trop rapide et un manque d’attention évident sur des détails de base, d’autant plus que je savais que cette portion pour rejoindre le Pleynet était redoutable. Je me repose quelques minutes et je me badigeonne de crème solaire pour passer le temps. Julien qui m’a suivi dans la montée doit avoir pitié de moi vu l’ampleur du chantier qui m’attend par la suite.  J’attaque les dernières rampes du col de l’Aigleton et je serre les dents en attendant d’aller mieux. Au col je salue Pierre Gagnière (« monsieur drône ») et Yannis Améziane, j’ai un court répit avant d’attaquer le terrible col de la Vache. Nicolas Prin est revenu à 50 mètres de moi mais je semble aller un peu mieux. Au loin je vois que Samuel Vergès a fait la jonction avec Passerat et Shogo. Le moral n’est pas top mais je me concentre sur le cheminement chaotique pour monter au Col de la Vache : il n’y a aucun sentier et l’on doit trouver le meilleur passage possible dans les blocs. Des randonneurs me saluent et m’encouragent dans la montée. La descente est assez redoutable aussi et l’on bascule sur les lacs des 7 Laux où la progression sera plus facile. Je me force à boire en remplissant mes flasques dans des ruisseaux plus ou moins douteux, il n’y a personne devant, personne derrière, les jambes vont beaucoup mieux, les pieds semblent nickel et j’essaie de faire un point sur ce que je dois faire en arrivant au Pleynet, il va y avoir du monde et de l’animation, je ne dois pas me disperser.


 Ravito 5 – Pleynet – 6ème en 11h15

Je suis maintenant en retard sur mon tableau de marche mais tout va mieux, il est même tombé quelques gouttes pour rafraîchir l’atmosphère. Je retrouve Matt et François, mon pacer pour la nuit, qui va entrer en course à partir de Gleyzin. J’arrive à me ravitailler et à manger quelques pâtes. Regard complice avec François qui a compris que la machine de guerre de 55kg est

désormais lancée ! Je repars en essayant de faire assez vite la descente vers Fond de France et de rejoindre le pied de la longue montée vers le refuge de la Grande Valloire. Je connais bien cette montée en forêt, je suis de nouveau efficace et au détour d’un lacet j’aperçois un groupe de 3 coureurs : le trio Shogo/Passerat/Vergès est déjà là ! Je ne tarde pas trop à les doubler et je pointe en troisième position au refuge de la Grande Valloire. Sur les balcons qui mènent au lac du Léat j’ai l’impression de flotter et je savoure cet état de grâce, d’autant que l’on m’annonce qu’un des coureurs de tête est en souffrance quelques minutes devant moi. Je sais que cela ne durera pas et que la nuit s’annonce difficile…

Ravito 6 – Gleyzin – 3ème en 13h48

Tout le monde est surpris de me voir arrivé, je reconnais en arrivant le stand de crêpes-galettes bio ambulant qui était aussi à Val Pelouse cet été ! Pour l’instant je n’ai pas trop faim mais je dois me poser quelques minutes avant d’attaquer le gros morceau qui nous attend, puisque l’on doit remonter environ 1500D+ pour atteindre le col de Morétan. François m’informe que Vivien Reynaud est arrêté et ne repartira pas, Sylvain Court est à environ 15 minutes devant. Julien qui m’a quitté à moitié agonisant au col de l’Aigleton doit certainement halluciner s’il suit le déroulé de la course… Il y a aussi les copains du Team FMR

qui sont venus m’encourager : Julien Moncomble et Clément Valla, qui revient des USA après avoir pris une belle 7ème place aux championnats du monde de raids aventure ! Il faut rester concentré, dans une heure il fera nuit, François m’accompagne désormais il est devant moi et il doit trouver le rythme juste car il est frais comme un gardon, alors que j'ai déjà plus de 6000m de D+ dans les pattes… On allumera les lampes à partir du refuge de l’Oule en espérant désormais voir aussi celle du leader au dessus de nous. François a désormais un rôle important, me trouver le meilleur cheminement possible dans les blocs pour accéder au col de Morétan. Au passage au col on est toujours 15 minutes derrière Sylvain Court, j’enfile une paire de gants pour profiter des centaines de mètres de corde fixe installée sur la moraine qui plonge vers le vallon de Périoule. Un grand moment cette portion de nuit, je dis à François de savourer et qu’il n’est pas prêt de retrouver ce genre d’ambiance dans une autre course en France !

Ravito 7 – Périoule – 2ème en 16h37

C’est en arrivant à Périoule que j’ai compris que je ne reverrai probablement jamais Sylvain Court. Il semblait faire les montées à sa main et de creuser les écarts dans les descentes, même sans pacer ! Pour me consoler un peu j’ai mangé une pomme de terre au ravitaillement de Périoule et profiter quelques minutes de cette ambiance chaleureuse dans ce coin de montagne loin de tout. J’ai prévenu François que la montée vers le refuge de la Pierre du Carré n’était pas très drôle alors on en a profité pour papoter de tout et de rien pour tromper l’ennui. Bonne nouvelle,  pour arriver à Super Collet on ne passe pas par l’arête de l’Evêque, cette partie m’avait paru bien sauvage pendant les reconnaissances… On voit la lampe de Sylvain qui est au loin, déjà vers le haut des pistes, il creuse encore un peu plus les écarts, environ 30 minutes d’avance à Super Collet. Aucune idée sur les écarts avec mes poursuivants.

Ravito 8 – Super Collet – 2ème en 18h44

C’est Matt notre assistant qui semble avoir un coup de bambou mais il assure comme un chef, il essaie de trouver des idées de nourriture solide qui me ferait envie, mais pour le moment il n’y a que la soupe, le coca et les gels énergétiques qui passent sans soucis. Cela commence à m’inquiéter un peu car la partie qui arrive est le dernier gros morceau de la course avec la montée aux Férices et au col d’Arpingon, jusque Val Pelouse cela devrait aller, mais il restera après plus de 30 kilomètres pour finir et j’aimerais bien mettre un peu plus de carburant dans la machine !

Après avoir vu de nombreux éclairs au loin, on finit par prendre des orages et un peu de pluie vers le col d’Arpingon ce qui complique un peu la descente vers le refuge de la Perrière.

Ravito 9 – Val Pelouse – 2ème en 23h06

François me quitte à Val Pelouse, il fait encore nuit, il n’aura pas vu grand-chose de Belledonne, il faudra qu’il revienne voir ça en plein jour ! Je continue désormais seul pour affronter les dernières difficultés du parcours. Il n’y a plus de parties techniques mais l’arrivée est encore loin et c’est maintenant le mental qui prime. Dans un scénario de course idéal je me voyais basculer au col de la Perche aux premières lueurs du jour et de réussir à enclencher la machine jusqu’à Aiguebelle sur les parties roulantes… Mais j’avais aussi annoncé que rien ne se passerait comme prévu, et force est de constater que je suis dans le rôle du gibier et non pas du chasseur. J’ai d’ailleurs vu des lampes derrière moi dans la descente du col de la Perrière… Et je commence à trouver toutes sortes d’excuses pour faire des micro-pauses, heureusement que François ne voit pas ça…

Ravito 10 – Le Pontet – 2ème en 26h25

Je dois sûrement avoir une drôle de tête en arrivant au Pontet. Je m’assois quelques minutes près d’une table et je vois passer Fabrice Arène avec une foulée aérienne, il ne s’arrête même pas au ravitaillement en voyant que je suis là. Il court avec sa

copine Fanny et il doit être sacrément euphorique. Il s’excusera même après la course, mais franchement j’aurais fait la même chose si j’avais eu ses jambes à ce moment là. Je le regarde passer et je me dis que la priorité est de finir ma soupe. Je finis la course au mental (et avec le bide en vrac) c’est Matt qui m’accompagne sur cette dernière partie. Jérôme vient nous saluer en haut de la dernière montée, il a malheureusement abandonné un peu plus tôt dans la course… Je ne dois plus être vraiment lucide car quand Matthieu me dit que l’on aperçoit Aiguebelle et même l’arche d’arrivée au loin dans la vallée je lui dis que ce n’est pas là… Quand on traverse le village de Montgilbert on a vraiment la sensation d’être sur une croupe à l’extrémité du massif de Belledonne. Je suis surpris de ne pas voir revenir d’autres coureurs mais finalement tout le monde doit être plus ou moins carbonisé… Je me dis aussi que le corps humain est une belle machine car je ne lui fait pas de cadeau depuis le départ de Vizille.

Arrivée – Aiguebelle – 3ème en 28h29

J’ai quand même pu savourer dans les derniers kilomètres car les jambes sont un peu revenues. Mon bilan de la course est largement positif, j’ai trouvé ce que j’étais venu chercher : un défi mental et physique au format XXL, des rencontres, des moments de partage, de belles émotions, des images qui resteront gravées pour longtemps… Fier de ce podium pour le BGSA, un club qui entretient une relation particulière avec l’Echappée Belle depuis sa création.

Merci à Matt, François, Julien, tous ceux croisés sur le parcours, Florent Hubert et son équipe de bénévoles.

C'est une grande fierté d'avoir été le parrain de cette édition 2017.


 


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