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Mon EB 2019

publié le 27 août 2019 à 11:35 par Membre Bgsa   [ mis à jour : 27 août 2019 à 11:36 ]
Bizarrement, cette EB commence pour moi au pied du col du Tricot, début juillet, alors que la course à laquelle je participe est arrêté pour cause de risque d'orages. Frustré (pas seulement parce que dits orages n'ont jamais éclaté…), il faut que je me trouve un autre objectif cette année. L'idée germe alors, même si je me dit que c'est pas raisonnable et que j'avais prévu ça pour 2020...

La suite, on la connait, me voilà ce vendredi 23 aout dans le parc de Vizille en compagnie de Pierrot, Charles, Fifi, SebM et d'un paquet d'autres coureurs, partis pour en découdre avec le plus beau et le plus caillouteux massif du monde.

Malgré les mots de Florent (1/2 ne verra pas l'arrivée et gestion x gestion x gestion), ça part comme des cadets après le décompte. Dans cette longue (et un peu chiante) montée sur l'Arselle, on reste groupé avec Pierrot et Charles, en racontant des conneries, pendant que des wagons de coureurs nous passent, en relançant aux moindres faux plats. Il faut chaud, humide, nuit, le sentier est bof, bref, vivement l'Arselle que la course commence vraiment.
2h40 après le départ, je passe le ravito, pas loin de la 140eme place. J'en vois déjà assis sur les bancs ou en train de s'étirer…
Le moral remonte en flèche maintenant que nous voilà en montagne. Le sentier qui même à l'Echaillon en passant par les lacs Achard et Roberts et les cols de l'Infernet, la Botte et les Lessines traverse mes terrains d'entrainement de cet hiver, lors de la préparation de la Pierre. Je croise quelques connaissances qui encouragent au bord du chemin. Il fait frais, les sentiers sont bons, je suis content d'être là, même si je sens les jambes lourdes et sans jus. Pas grave, je me dis que ça passera plus tard!
A ce rythme, le ravito de la Pra arrive vite (passage à 10h40, 85eme). Comme à l'Arselle, plein rapide des flasks, banane, cajou, cake et ça repart.


Direction une belle section, avec le passage des Doménons, la montée à la Croix et la descente sauvage du col de Freydane. Les jambes sont toujours aux abonnés absents, mais malgré les sensations très moyennes le rythme reste correct, en tous cas à peu près dans les temps prévus. Rapide tour d'horizon au sommet, toujours aussi beau, une petite pensée pour la reco avec Pierrot et Fifi il y a 3 semaines et la fabuleux couché de soleil ici même et c'est parti pour la première vraie descente. Je trouve un rythme pas trop rapide, pas trop usant, aperçoit Pierrot dans la montée et rejoint rapidement le col de Freydane. La moraine n'est pas si terrible et pas très longue, le sentier qui longe le lac Blanc permet de trotter. Jean Collet apparait au loin, le single en balcon qui y conduit est un régal! Le ravito est mini, en plein cagnard, les bancs au soleil, bref, je ne traine pas ici non plus. Flasks, banane, cake, cajou, c'est reparti!
Il est 13h, je suis pointé 46eme, je suis dans mes temps prévus à peu de chose près.
La section qui suit est un beau morceau: d'abord le col de la Mine de Fer, ni très long ni très technique, mais en pleine chaleur. Je réduit un peu la voilure au niveau de l'allure pour ne pas y laisser des forces. Comme à chaque fois que je viens ici, le col arrive finalement vite. Petite descente puis on attaque le premier col-chantier: Brèche de Roche Fendue. Ici non plus, c'est pas bien long, mais la progression se fait souvent dans des gros chaos de blocs, il faut chercher son chemin, faire des grands pas, chercher l'équilibre… Mais ça va pas trop mal, je rejoints deux coureurs juste avant de basculer dans la descente. Une belle vacherie, raide, technique, longue, elle finit par nous déposer dans la grande traversée vallonnée qui conduit au Pas de la Coche. J'ai fait une petite erreur en pensant que la source derrière le col coulait, ça n'est pas le cas, je suis donc à sec. Fort heureusement, je croise un copain au bord du sentier qui me dépanne d'un peu d'eau. Je suis rejoint ici par un golgoth italien (qui ne parle pas un mot de français) et qui descend comme une brute… en se mettant une boite toute les 10'! Il saigne de partout, a les chaussures complétement défoncées, avec la semelle arrachée, mais visiblement il s'en fout. On arrive ensemble au pas de la Coche, il se gamellera encore trois fois avant d'arriver au ravito!
Le ravito, parlons en! Un beau point d'ancrage pour moi depuis quelques heures! C'est Loic qui le tient, je suis trop content de voir sa trogne et de l'entendre gueuler quand j'arrive!
Sam aussi est là, avec Guylaine et Célestin. 

Pour la première fois depuis le début de la course, je pose mon cul sur une chaise (à l'ombre!) et tout se fait tout seul, le top! Je repars refait, rafraichi, nourri et encouragé, bref c'était top!
Il est un peu plus de 15h, je suis pointé 38eme. J'attaque ici ce que je considère comme le plus gros morceau de la course.
La chaleur est forte dans le vallon des Vénétiers. La première partie de la montée passe bien, je profite des points d'eau pour bien me mouiller. Je cale un peu dans le très raide col de l'Aigleton, mais il est très court. Je reviens doucement sur 1 duo et 4 coureurs devant. Je profite du passage du torrent après l'Aigleton pour refaire le plein et me mouiller, puis c'est parti pour le col de la Vache. La première partie est confortable et assez roulante. Même si les jambes ne sont toujours pas revenues, je monte correctement et je continue de revenir sur les gars devant. La fin du col est du même acabit que Roche Fendue: gros blocs, pas de sentiers, pas mal d'énergie dépensée pour choisir le meilleur cheminement et le bon équilibre. Je fais la jonction au col et on bascule côté 7 laux. Le soleil décline doucement, il fait une température très agréable sur ce versant, la paysage est grandiose...et le Pleynet se rapproche! Bref, malgré une descente encore bien technique, le moral est bon. Un nouveau plein au torrent et me voilà aux lacs. Ca fait bien longtemps que je ne suis pas passé ici à pieds et je pensais que c'était plus roulant. De plus, les coureurs que j'ai rejoins doivent penser la même chose, il y a une espèce d'ambiance morose qui s'installe dans le groupe, pas très positive. Le dernier lac arrive enfin, le petit coup ravito surprise qui va bien et ça enchaine dans la descente du Cul de la Vieille. Bien costaud aussi celle là, pleines de marches sur la première partie. Je fais cette section avec Luca Papi, avec quelques arrêts framboises (excellente excuse pour grapiller quelques secondes de pauses!). Enfin la bifurq, le Pleynet est à portée de main, on distingue les paroles du speaker, mais il faut encore se fader toute la traversée. Elle n'est pas si terrible et malgré quelques coups de cul bien sentis, elle passe assez vite. Dérouler sur la piste avant le Pleynet, pas trop raide, est un vrai plaisir! Le Pleynet est là et il n'est pas tout seul! MatthK m'y accueille, Stéph aussi est là et surtout JB est en tenue, chaud bouillant!
Je me pose est enclenche le protocole que j'avais révisé dans la descente: d'abord je change de T shirt pour la nuit, colle deux bouts de straps sur mes orteils du pied droit qui chauffent un peu, recharge la bouffe et met la frontale sur la tête. Ensuite, à table: excellente soupe, des fruits à gogo qui me retapent, fruits secs. JéV, SebP et Erwan pointent leur nez, je m'accorde quelques minutes supplémentaires à discuter avec eux. 
Après 30' de pause, il est 19h40 quand je repars (43 eme place), accompagné de JB. Initialement prévu au Gleysin, il est motivé pour attaquer tout de suite. Ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre!

C'est trop bon d'avoir quelqu'un pour discuter et qui fait la nounou! La descente, le détour par Pissiou, la traversée jusqu'au Cley passent vite et nous voici au pied de la montée à la Grande Valloire. Mine de rien, ça fait un moment que je n'ai pas monté quasi 1000m d'un coup, les ascensions précédentes n'étaient finalement pas très longues. La première demi heure passe bien, on allume la frontale et me voilà dans la nuit. Peu avant le chalet, je cale un peu. Je sais que le café sera au rendez vous, ça me motive. Effectivement, il est là! Ca fait du bien, mais ça laisse aussi filer des minutes… On repart, je suis assez lent, je décide que je ferai une pause au Gleysin, pour essayer de dormir un peu. Je n'ai pas spécialement sommeil, mais je suis les conseils de Steph: le Gleysin c'est top, l'Oule c'est pas très confort et Périoule c'est glacial (et très loin!). Nouveau coup de mou dans la traversée du Léat, on ne court quasi pas, enfin la descente, elle permet de trottiner. La partie plus raide fait un peu mal aux jambes, mais passe assez vite. JB est toujours au top, attentif à garder mon rythme et bien bavard.

On rentre au Gleysin à 23h30, je lui laisse mes flasks à remplir et lui annonce 20' de repos, départ à minuit max. Le dortoir est calme, propre et j'y suis tout seul. Le top! Je me couche et ferme les yeux. Les jambes tressaillent dans tous les sens, c'est assez bizarre (et vaguement inquiétant!), je dois sombrer 3-4' pas plus mais ça fait du bien. 20' plus tard, une bénévole adorable vient me réveiller. Je retrouve JB en meilleur état et les jambes un peu plus fermes. Le solide passe un toutt petit peu moins bien, alors je prend de la soupe aux pates (trop bonne) et surtout me régale d'une purée de fruits! J'en prend 4 fois! A minuit pile, on ressort, direction le Moretan! Après le relâchement de la sieste et la chaleur du ravito je prend la fraicheur extérieure de plein fouet. En 2" je suis mort de froid, je tremble, claque des dents… J'enfile la veste, un buff et marche vite pour me réchauffer. 20' plus tard, je suis à température, je profite de poser la veste pour une pause technique (libératrice!), et on continue vers l'Oule. Le refuge est atteint (un peu moins d'une heure), rapide plein des gourdes, tout va bien alors on trace. Je relâche une petite cartouche dans la raide montée au dessus du refuge mais JB est impeccable pour mettre une rythme régulier et trouver le bon cheminement. On traverse le plat en levant les yeux vers la voie lactée, magnifique...et les frontales du col, qui paraissent loin! Les derniers 200m sont plus compliqués mais nous sommes enfin accueillis au col. Respect aux bénévoles qui passent la nuit ici! Un peu moins de 2h15 depuis le Gleysin, c'est pas la folie, mais vu l'état du bonhomme on va pas se plaindre. 

La descente du col passe bien: le névé fait gagner du temps, la moraine n'est pas pire que celle de Freydane, on atterrit assez vite sur le replat du vallon de périoule. C'est le seul coin de la course où je n'ai jamais mis les pieds. Bon, en fait, j'aurai dû. Je voyais ça long, mais pas autant! Rejoindre le ravito de Périoule me semble interminable, j'en ai un peu marre et hâte d'y être. Après un dernier détour, nous y voici enfin. Malgré le coin perdu, l'heure, la nuit, l'ambiance y est extra et chaleureuse! Nous voilà assis et dorloté par les bénévoles. Soupe à nouveau, patates, fruits, quelques mots échangés avec Julien et on repart. 
Je n'ai plus trop de souvenirs de la suite jusqu'au pied de la montée de la Pierre du Carre, juste l'impression d'un long sentier qui n'en fini pas. Finalement, au bout d'une piste, de la lumière! Ce sont les signaleurs au pied de la montée. Virage à droite donc et c'est parti. La montée est chiante, raide, sans trop d'intérêt, mais elle ne fait que 500m, c'est pas non plus la mer à boire. On papote, on avance, on voit des frontales devant, on se motive et on rejoint un solo et son pacer juste au sommet. La traversée vers le refuge, puis vers le col de l'Evêque est longue, je fais le dos rond et attend que ça passe. Au col, coup de bambou! Au lieu de plonger à droite et de rejoindre Super Collet en 10', j'ai l'impression de tourner en rond pendant 3/4 h sur l'arête de l'Evêque! Je râle et je bougonne, mais on y arrive finalement (c'était pas si long, en fait!). On rentre dans les tentes à 6h du mat' (37eme). L'ambiance y est terrible! Les suiveurs sont défoncés de leur nuit, les rares coureurs effondrés sur les tables, les bénévoles ont eux aussi le coup de mou de la nuit. Si on ajoute le froid qui y règne et le vent qui balaie les barnums ouverts, on n'a qu'une envie: se casser! Heureusement, Thierry est là et nous prend en main. Je suis pas très efficace mais j'utilise mon sac d'allègement: changement de t Shirt, recharge en bouffe, je prend un sandwich, range la frontale. Je mange un peu, déception avec la soupe qui est sincèrement dégueulasse (on est exigeant après 24h de course ;-)) et on fait le point avec JB. Il tient à m'accompagner jusqu'aux crêtes, après il fera demi tour.

On attaque la montée au petit jour, dans un froid glacial! On remet la veste, on hésite pour les gants, mais à l'Occiput, ça se calme. Je reprofite d'enlever la veste pour une autre pause technique (toujours aussi libératrice!). Deux coureurs nous posent bien proprement au col, on finit tranquille et on profite du levé de soleil sur les crêtes. Ca fait trop du bien de retrouver la lumière et la chaleur! Bon ça fait aussi un peu flipper d'avoir les Férices en face… Les adieux ont lieu au col de Claran, merci JB, tu auras été au top toute la nuit! Sans toi je ne serai clairement pas ici à ce moment.
Me voilà à nouveau tout seul. Au loin devant les deux coureurs qui nous ont passé il y a 15', derrière, personne… Je tente de recourir dans la descente vers le refuge et là, miracle! Les jambes, épargnées par le rythme d'escargot de la nuit répondent et je peux courir! Le moral remonte en flèche, la descente jusqu'à Pré Nouveau n'est qu'une formalité, je repasse les deux coureurs. La montée au refuge des Férices passe bien, c'est pas très long et régulier. Au refuge, bonheur! Il y a du Quatre Quart et du chocolat! Petit déj parfait! J'attend un des deux coureurs qui a fait une belle montée (Boris), on fera les Férices ensemble. C'est long, c'est dur, c'est interminable, mais on arrive à Arpingon, J'annonce à Boris la petite blague du col qui monte encore et on arrive finalement en haut de la descente. Toute cette partie s'est faite à l'ombre, on retrouve ici la chaleur. Début de descente prudente, les jambes tiennent le coup, je me lache un peu. Chalet de la Perrière, le balcon jusqu'à Val Pe, toutt passe pas trop mal. Je croise Steph quelques minutes avant le ravito, où j'entre à 11h25 (32eme). Même si les sensations ont été pas mal depuis Super Collet, j'étais en fait scotché sur cette portion! 

Au ravito, je suis totalement inefficace! J'y glande au moins 15', en merdouillant pour remplir les gourdes et manger. L'appétit est vraiment revenu avec le jour, je recharge bien car la nuit a été assez light niveau calories. Tout passe nickel, je me régale!
La courte mais très raide montée en sortie de ravito me scotch complément, les crêtes passent mieux. La descente de l'Arbret Neuf passe à nouveau pas mal, plein des gourdes et mouillage en règle aux sources du Gargoton. La montée vers le col de la Perche est poussive, il fait chaud, je suis vaguement cuit. Quelques mètres après le col, le panorama s'ouvre jusqu'au Grand Chat. Pouha! C'est méga loin! Je m'assois une minute au bord du sentier, mange du cake glané au ravito. Je repars décidé à courir tant bien que mal, sinon je vais y passer des heures! Je trotte autant que possible, marche vite dans la montée, les pieds chauffent, il fait chaud, c'est officiel, je suis cuit et j'en ai marre! Mais comme le début de la course, j'ai une espèce de mode automatique qui fait que le sommet fini par arriver, puis je fini les crêtes et descend enfin sur le Champtet. N'en déplaise aux autochtones, la descente qui suit est juste abominable: longue, chiante, sans intérêt, pleine de détours… J'en bave moins que l'an passée, mais putain que c'est long! Le ravito fraises Tagada sauvage au mileu me redonne du baume au cœur, et je fini par déboucher sur l'interminable faux plat qui mène aux Granges. j'y entre à 15h45, après avoir encore bien lambiné depuis Val Pelouse.

Au ravito, il y a Manu, et ça, ça change tout. Très pragmatique, il me laisse manger 2' minutes et me met un coup de pied au cul pour repartir et ne pas trainer ici . Je repars donc pour la dernière montée: j'avale à mon petit rythme le roulant, le très raide tout droit, à nouveau le roulant, la saloperie de piste qui monte à gauche, le roulant, la tourbière et enfin la piste! J'y suis rejoints par un coureur (ça faisait longtemps, je n'avais plus croisé personne depuis le Gargoton!). Il 'annonce qu'il en a marre, mal aux pieds et qu'il marche jusqu'au bout maintenant. Je fais avec lui le kilomètre et demi de piste, on papote, c'est sympa. Je veux en finir vite, alors je file dans la descente en courant. Les jambes couinent pas mal mais je peux cependant trotter, ça s'enchaine pas si mal, j'arrive vite à la vieille route, la vallée se rapproche, puis le bitume, les coupes dans les virages et d'un coup, c'est tout plat. Depuis le parc de Vizille, ça faisait un moment qu'on avait pas fait autre chose que monter ou descendre! La route est longue, je m'en fout, je suis tout seul, je vais finir l'Echappee Belle t j'aurai même pas besoin de rallumer la frontale!

Je savoure les derniers mètres et passe la ligne à 18h23 (29eme en 36h23), quand même bien loin de ce que j'avais prévu...

Le tête à tête avec la cloche est à la hauteur de ce que j'avais imaginé!

Je suis un peu satellisé et le corps se met soudain en mode pause, après tous ces efforts. Les allers retours à la voiture, la douche, le ravito, la bière sont laborieux, Pierrot arrive lui aussi, on fête ça, on mange, puis c'est au tour de Sam (sur le 85). C'est minuit passé lorsque je m'écroule dans ma voiture! Au réveil, je jette un coup d'œil dans le coffre de la voiture d'à côté: excellent, Charles est là! Au final, tout le monde sera rentré à la maison: Pierrot, Charles, SebM, Sam, Amaury! Trop fort le BGSA!

Après m'être juré toute la course que plus jamais ça, deux jours après j'ai déjà regardé si les dates de l'année prochaine était fixées: je reviendrai, c'est sur!

SebY

PS: j'ai un peu raconté ma vie mais c'est que c'est long l'EB!

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