Le 24 janvier 2010,
Mendelssohn était à Pornic par la grâce de L'Orchestre Symphonique Universitaire de Brest, dirigé par Jean-Philippe Brun et du choeur ALTERNANCE de Challans, dirigé par Paul Craipeau qui ont offert un programme splendide : le Psaume 42 et la Symphonie N°3 "écossaise". 50 musiciens et 80 choristes ont touvé place dans le choeur de l'église Saint-Gilles. Il a fallu pour cela faire beaucoup de place et se tasser un peu. Près de 230 auditeurs sont venus en ce dimanche de janvier, malgré la concurrence de la Folle Journée en Régions.
 
                                                                     
 
          
 
Félix Mendelssohn-Bartholdi

                        Psaume 42, " Wie der Hirsch schreit " (op. 42)                       

Schumann vit dans cette œuvre le chef d'œuvre de la musique religieuse de Mendelssohn et, plus généralement, de la musique religieuse de son temps.

Le 28 mars 1837, Mendelssohn épousait Cécile Jean Renaud, fille d'un pasteur de la communauté huguenote de Francfort. Le Psaume 42 fut le fruit du voyage de noces du compositeur, effectué en pays rhénan. De retour à Leipzig, Mendelssohn ajouta un chœur (daté de décembre 1837), dont les paroles " Preis sei dem Herrn, dem Gott Israels " ne font pas partie du Psaume 42. Cette première version fut créée à Leipzig le 1er janvier 1838, avec la cantatrice anglaise Clara Novello. Aussitôt après, Mendelssohn ajouta encore quatre morceaux assez éloignés du recueillement initial (les n° 3, 4, 5. et le chœur final, où interviennent trompettes, trombones et timbales). Cette seconde version fut donnée le 8 février 1838 dans un concert de charité. Mendelssohn la dirigea encore lors du concert du 21 mars 1839, où fut créée la Symphonie en ut majeur de Schubert.

Le choix de ce Psaume - l'appel au secours d'une âme désespérée, assoiffée de Dieu - peut surprendre chez un jeune marié. Il s'agit, en réalité, d'un présent religieux offert à la jeune épouse. " Le pathos tendre et passionné qui règne dans toute cette composition a vraiment sa source dans une confiance exclusive en Dieu et dans un sentiment d'absolue soumission à sa volonté " (F. Hiller). Ces sentiments assourdis, une tendre mélancolie, une nostalgie de Dieu s'accordent bien avec le bonheur parfait que le compositeur vivait alors. Mendelssohn ne pouvait trouver les accents déchirant de l'âme en quête de Dieu, et sa version de la plainte du psalmiste est tendrement voilée. Cette couleur particulière, propre au tempérament de Mendelssohn, n'est cependant pas étrangère au sens du texte: en choisissant la tonalité de fa majeur (dont le caractère traditionnellement pastoral est accentué par la présence de quatre cors en fa). Mendelssohn illustre surtout le caractère bucolique du premier verset.

1.       Chœur " Wie der Hirsch schreit " (lento e sostenuto, en fa majeur).

Ce lent poème pastoral s'ouvre sur un cheminement méditatif, une lente montée orchestrale, dont le balancement " à la guitare " annonce le " Lacrymosa " du Requiem de Verdi. Les retards créent un halo harmonique d'où s'élève la plainte des altos, dans un paysage de brouillard automnal:

Cette calme mélodie, diatonique, est reprise en imitations qui s'élèvent calmement. La partie centrale (la mineur), plus chromatique et tourmentée, s'apaise bientôt .

2.       Air de soprano " Meine seele " (adagio, en mineur).

Le troisième verset du Psaume est placé sous le signe de Bach. La plainte encore plus tendre du I soprano, portée par les accords des cordes, dialogue dans le goût baroque avec le hautbois obligato.

3. Récit et choeur " Denn ich wollte gern hingehen " (aIlegro assai, en la mineur).

Le récit (verset 4) en style de cantate introduit le solo de soprano avec chœur féminin (verset 5), hymne d'actions de grâce, en forme de marche. La mélodie du soprano, gracieuse et pleine d'allant est accompagnée par les accords des bois et les entrelacs des violons en doubles croches qui évoquent le "Pèlerinage" vers la maison de Dieu (comme dans l'Andante de la Symphonie " Italienne ", ou dans Harold en Italie).

4. Chœur " Was betrübst du sich, meine seele " (allegro maestoso assai, en fa majeur).

Un récitatif choral plein d'élan (verset 6) exprime la consolation apportée à l'âme inquiète (chœur d'hommes, cordes et cors). Le chœur "Harre auf Gott" (più animato), accompagné de puissantes fanfares de cuivres, annonce le premier chœur des prêtres de Baal dans Elias (v. plus loin).

5. Récitatif " Mein Gott, betrübst ist meine seele " (Versets 7 et 8).

6. Quintette " Der Herr hat des tages verheisen seine güte " (allegro moderato, en si bémol majeur).

Morceau favori du compositeur. La plainte du soprano, qui conserve le dessin nerveux des violons du récit précédent, alterne avec le quatuor des solistes (ténors et basses) en écriture homophone, sur un accompagnement doux et sombre des cordes graves. Ces deux éléments finissent par se fondre dans un ensemble d'une rare beauté.

7. Chœur final (maestoso assai, en fa majeur, - molto allegro vivace).

Le chœur reprend d'abord les thèmes du n° 4 : le second, " Harre auf Gott ", assorti d'un flot continu de doubles croches, est fugué. Mendelssohn ajoute " Preis sei dem Herrn, dem Gott Israels ", élargissement de la petite doxologie qu'il utilisera également dans les Motets op. 69. La coloration très profane, qui finit par s'imposer, annonce curieusement le finale du premier acte de Lohengrin (composé dix ans plus tard). Ce Psaume fut publié par Breitkopf et Härtel à Leipzig en 1839.

 

Symphonie n° 3 de Mendelssohn (op. 56)

La symphonie n° 3 en la mineur « Écossaise » de Felix Mendelssohn est une symphonie composée entre 1826 et 1842.

Le jeune musicien en a eu l’idée lors d’un voyage en Angleterre où il se fit apprécier par l’entourage de la future reine Victoria. Une histoire raconte que c’est en voyant la chapelle mortuaire de Mary Stuart, envahie par les herbes et le lierre, qu’il eut l’inspiration de la symphonie.

Interrompu dans sa composition par un voyage en Italie, il ne reprend cependant la partition que douze ans plus tard, pour finalement l’achever en 1842 à Londres. La nouvelle symphonie, qui en raison de sa naissance datant de 1826, porte le numéro 3 dans la liste des symphonies de Mendelssohn, fut créée le 3 mars 1842 à Leipzig où elle remporta un franc succès et fut applaudie par la reine Victoria, couronnée en 1837, et à qui l'œuvre a été dédiée.

Aujourd’hui, la Symphonie écossaise est l’une des œuvres orchestrales les plus connues de Mendelssohn.

Analyse

La tonalité principale de la Symphonie écossaise est du mineur (1er mouvement et début du 4 e), mais le Finale maestoso ainsi que le 3e mouvement sont dans la tonalité plus lumineuse de la majeur. Elle s’inspire des paysages des highlands et des brumes nordiques. Les quatre mouvements relativement imposants (respectivement 667, 273, 150 et 490 mesures) s'enchaînent et ont une durée théorique d'environ 38 minutes (15' + 5' + 8' + 10')  :

  1. Andante con moto - Allegro un poco agitato - Andante come I°
  2. Vivace non troppo
  3. Adagio
  4. Allegro vivacissimo - Allegro maestoso assai

L’introduction, un andante con moto, part sur une mélodie lyrique qui se perd rapidement dans les chromatismes et le jeu « brumeux » de l’orchestre. Elle est suivie d’un allegro (noté un poco agitato, ce qui ne spécifie pas une vivacité trop prononcée du tempo) qui respecte la forme sonate bi-thématique des symphonies de Mozart, à ceci près qu’il éclot d’une cellule initiale dont le motif oriente toute la symphonie. Le premier mouvement s’achève sur l'évocation de l’Andante primo.

Le deuxième mouvement, Vivace ma no troppo en fa majeur, est un scherzo assez heureux, léger. Le thème évoqué à la clarinette rappel la cornemuse, élément pouvant avoir donné la qualification écossaise à la symphonie ; l’Adagio cantabile (bien chanté) en la majeur est quant à lui plein de méditations interrogatives profondes. L’instrumentation se rapproche de l’atmosphère du premier mouvement. Le début du 4e mouvement est un Allegro guerriero torturé, puissant, préoccupé, tel un orage écossais ; la Finale maestoso en forme de coda casse avec ce climat descriptif en exaltant la grandeur et la majesté de la cour britannique - rappelant sans doute la dédicace de cette symphonie à sa « Majestät der Königin Victoria von England ».