ACAP 2011‎ > ‎Premier semestre 2011‎ > ‎

"Les voix célestes"

Musique de salon au temps du second empire.

Le 17 avril en l'église Saint-Gilles de Pornic, magnifique concert pour faire revivre l'harmonium à travers un programme splendide,
avec des œuvres de Gounod, Guilmant, Lefébure-Wély, Franck, Leybach, Elgar, Durand, Massenet, Bizet, Offenbach.




Un groupe musical unique en France
Martine Rottier, soprano - Marie-Françoise Moreau, mezzo-soprano
Corinne Massé, Violon - CFécile Grizard, violoncelle - Pascal Auffret, piano
et François Dupoux, harmonium.



De l’harmonium…

 

Au risque d’en surprendre certain, l’harmonium est tout sauf un instrument d’église. Il fut inventé par le français Alexandre Debain qui en déposa le brevet en 1842. A l’origine, il fut conçu comme un instrument de salon et a triomphé dans la musique de chambre de la deuxième moitié du 19ème siècle en faisant les plus belles heures des salons musicaux les plus huppés du Second Empire. Il y est devenu alors le remplaçant attitré de l’orchestre. Courageusement, notre instrument a assumé son rôle et avec sa « petite caisse », avec ses « petites anches » et avec seulement les deux mains et les deux pieds d’un harmoniumiste chevronné, il s’est vu confier de nombreuses réductions d’orchestre et d’importantes parties en solo. Que de notes pour notre pauvre instrument ! Mais à l’époque, il n’avait pas l’étiquette qui lui colle à la peau encore aujourd’hui, loin d’être pauvre, il était riche, riche par ses qualités expressives, par sa musique et par les compositeurs éminents qui s’étaient penchés sur son berceau alors qu’il venait tout juste de naître. Lorsqu’il dialogue avec d’autres instruments ou avec les voix, il devient tout de suite merveilleux, irremplaçable, tant ses sonorités sont belles et ses harmonies sont pleines. Ce répertoire de musique d’ensemble est son répertoire, celui pour lequel il a été inventé et dans lequel il a excellé.

Puis, il est rentré à l’église et ce pour plusieurs raisons : du fait de sa petite taille, de son prix bien inférieur à celui d’un grand-orgue et de par ses possibilités à produire des sons tenus adaptés à l’accompagnement du chant, il s’est vu rapidement désigné comme le petit frère du grand orgue et a remplacé celui-ci dans de nombreuses paroisses n’ayant pas les moyens ou la place d’accueillir son grand frère. Le problème est que sa conception est très différente de celle d’un orgue et qu’il n’en est pas le frère mais plutôt un cousin très éloigné. De plus, grâce à son clavier transpositeur, il permettait de transposer automatiquement un cantique dans n’importe quel ton et si l’on ajoute à tout cela, le fait qu’il n’avait pas besoin d’être accordé, il devenait presque l’instrument idéal. Cependant, il y fut souvent mal joué par des musiciens qui n’avaient pas les capacités techniques suffisantes pour le mettre en valeur. Cela le desservi énormément et lui donna une image négative.

L’harmonium est un instrument à vent. Ce dernier est produit par des soufflets actionnés par les pieds de l’harmoniumiste. Ce vent met en mouvement les anches, fines languettes de laiton battu, qui sont ainsi l’organe essentiel de l’instrument. En fonction de l’importance de l’harmonium, les anches peuvent se compter par centaines. Toutes ces languettes de laiton peuvent avoir des tailles, des longueurs et des épaisseurs différentes donnant ainsi à chacune un son différent apte à imiter tel ou tel instrument ou telle ou telle sonorité. Par parler clairement, l’harmonium est en quelque sorte le synthétiseur du 19ème siècle. Le musicien dispose de ce fait d’une palette sonore étendue et variée et peut donc orchestrer à sa guise telle ou telle pièce pour en faire ressortir un trait ou bien pour lui donner une couleur particulière.

Mais le plus important est sa capacité à pouvoir émettre un son plus ou moins fort sans en modifier la tonalité, ce que l’on appelle l’expression : ce qui le rend vivant. Telle la voix du chanteur, tel le souffle du trompettiste, tel le frappé d’un pianiste, telle la force du coup d’archet du violoniste, l’harmoniumiste, en pédalant plus ou moins fort ou plus ou moins vite, peut modifier le son de son instrument. Cette qualité essentielle de l’harmonium le différencie de l’orgue et lui vaut même d’être désigné sous le nom « d’orgue expressif ».

Alors arrêtons d’avoir une opinion négative de ce fabuleux instrument mais écoutons-le dans son répertoire joué par des musiciens qui savent le mettre en valeur. A cette condition, nous allons le redécouvrir et nous ne pourrons plus l’oublier. Longue vie à l’harmonium !

 

Patrick-Alain Faure

Président de L’harmonium français

 

 

 



Comments