"Philosophie" et "Arts martiaux" sont indissociables afin d'éviter, dans un premier temps, de nuire à autrui en employant à mauvais escient l'enseignement acquis.
D'autre part, la maîtrise de l'Art et sa pratique sur le long terme se révèlent étroitement liées à l'application de principes philosophiques. Le Wingtsun est le témoignage historique et culturel du mode de vie du peuple chinois, à 80% bouddhiste et éduqué selon les préceptes du Confucianisme. Le Wingtsun repose sur trois courants spirituels: il s'agit du Taoïsme, du Confucianisme ainsi que du bouddhisme.
Nombreux sont ceux qui connaissent ces trois religions mais peu de gens connaissent leurs applications concrètes tant sur le plan technicité martiale que sur le comportement inhérent à un pratiquant véritable.
Le Taoïsme
Le Taoïsme remonte à Lao-Tseu et à son œuvre "Tao Te King" datant de plus de 2000 ans. Il inculque à l'Homme des préceptes respectant la loi Universelle.
Selon le Taoïsme, se conformer au rythme universel est le fondement de la sagesse. L'être humain doit donc s'adapter rituellement et hygiéniquement à l'alternance des saisons, à la succession des nuits et des jours, du Yin et du Yang. Ceci lui permettant de préserver sa santé et de vivre en harmonie avec la nature ainsi que ses semblables.
Concernant l'art martial et plus particulièrement le Wingtsun, ces principes s'appliquent directement à l'enseignement technique. Par exemple, le Taoïsme est centré sur l'idée du "Vide" et du "non-agir". Cette attitude signifie l'absence de désir, de pensée et donc de toute agressivité ou émotion pouvant nuire à autrui ou troubler le calme de l'esprit. Ce concept permet de faire face à n'importe quelle attaque, l'esprit demeurant clair et la réaction spontanée.
Citons aussi le paradoxe "le souple et le faible l'emportent sur le dur et le fort". Un des symboles illustrant cette idée est l'eau.
"Rien ici-bas n'est plus souple, moins résistant que l'eau pourtant aucun rocher, aucune montagne qu'elle ne puisse traverser".
Dans ces préceptes, le Wingtsun développent cette idée de "non résistance", sur la fluidité afin de compenser les inégalités physiques des pratiquants.
Enfin, la culture du Chi et le travail respiratoire sont des méthodes physiques enseignées dans le Taoïsme. Au-delà de l'entretien de la santé, l'art martial utilise aussi cette "science" pour renforcer les muscles internes. Bref, la "voie" des taoïstes est en résumé de retrouver l'harmonie entre les êtres et les éléments de l'Univers.
Le Confucianisme
Le confucianisme est plutôt une morale politique qu'une religion. C'est en effet, une doctrine philosophique de la vie en société, qui tend à un maximum de justice sociale.
Confucius détermine les règles du devoir que se doit d'adopter un homme complet, Pour citer quelques-uns uns des fondements de son enseignement, voici quelques vertus incontournables : humanité, loyauté envers soi-même et envers les autres, fidélité à la parole donnée, discernement, courage, etc. Ces valeurs morales doivent guider le pratiquant, afin d'orienter de façon juste ses actions et décisions et de maîtriser son savoir martial. Confucius prône aussi le respect des Anciens, dans le sens où se souvenir du passé aide à comprendre le présent et à construire l'avenir. L'homme doit donc être reconnaissant de l'héritage culturel de ses Ancêtres.
Dans le Wingtsun, les techniques sont transmises depuis plusieurs générations.Il convient donc de respecter leur grande valeur, en évitant de les modifier ou de les adapter.
La doctrine confucianiste comporte aussi de multiples préceptes stratégiques, qui exerce également une influence déterminante sur la méthode d’enseignement du Wingtsun. Confucius décrit le comportement approprié, moralement correct, que chacun doit avoir vis-à-vis de l’autre et le respect mutuel qui doit prévaloir dans chaque situation.
La structure familière de la hiérarchie Wingtsun (Sifu, Sihing, Todai, etc.) est liée à la pensée du confucianisme. Il ne s’agit pas ici, d’une obéissance ''aveugle'' ou d’un respect injustifié, mais bien au contraire d’une relation de respect réciproque entre les élèves et l’enseignant.
Le principe qui prévaut est le suivant :
''Enseignes à tes élèves comme toi aussi tu aimerais être enseigné'' et réciproquement ''Traite ton enseignant comme tu aimerais être traité''.
Le Bouddhisme
Le bouddhisme joue un rôle important dans le Wingtsun. Il décrit le chemin à suivre, indique l’attitude à adopter par l’étudiant face à l'apprentissage et l’assiduité avec laquelle il doit suivre les cours. Selon les bouddhistes, « l’objectif, c’est le chemin » et, par conséquent, l’entraînement ne doit pas servir à atteindre un but prédéterminé, au contraire, il constitue déjà un but en soi.
C’est la seule façon d’être présent avec son esprit, ici et maintenant, et de ne pas gaspiller son énergie à l’avenir. L'aspect bouddhiste se retrouve par exemple dans les formes; tel que Siu Nim Tao qui possède une partie intitulée "la triple vénération de bouddha".
Selon le bouddhisme, la notion de devoir, est tout autre. Le devoir s'accomplit notamment par la bonté, la tolérance, l'amour de tous les êtres, la capacité de pardon, etc.
Il obéit à une logique de retour perpétuel. Au quotidien, on peut parler de "donner et recevoir", on récolte ce que l'on sème...Son influence dans l'art martial inculque au pratiquant la maîtrise de ses connaissances dangereuses pour autrui et tempère la notion guerrière de son Art.
L'état de certaines fédérations actuelles et les guerres internes qui s'y déroulent peux parfois laisser croire que le chemin à suivre ne constitue plus un but en soi.
- " Ne te soucie point de n'avoir pas de poste mais veille plutôt à t'en rendre capable. Ne te soucie point de n'être pas connu mais veille plutôt à t'en rendre digne"
- " Aller trop loin ne vaut guère mieux que pas assez".
Il y a 2500 ans, Confucius enseignait déjà ces règles de conduite.
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