L'Union Européenne, construite par et pour les capitalistes, n'est pas un cadre démocratique qui permet l'expression de la majorité. Elle est l'exact inverse d'une union des peuples et des travailleurs d'Europe, mais bien plutôt un cadre de collaboration entre impérialismes rivaux, impérialismes qui dominent les pays les plus pauvres du continent. Le Parlement européen est largement soumis à une Commission et un Conseil européens tous puissants, eux-mêmes expressions des intérêts antagoniques des diverses bourgeoisies européennes. Les élections européennes ne changeront donc rien à la situation des classes populaires et travailleuses, durement touchées en France et partout en Europe par la crise capitaliste et la politique du pouvoir bourgeois. Mais ce qui est vrai des élections européennes l'est tout autant des élections à l'échelle nationale, puisque c'est l'ensemble des institutions qui sont au service de la classe dominante dans l'actuelle Europe capitaliste. Le désintérêt massif des travailleurs pour ces élections reflète, d'une certaine manière, cette prise de conscience qu'elles ne changeront rien. La forte abstention prévisible sera un des signes de cette défiance. Néanmoins, voter peut présenter cet intérêt d'exprimer une opposition au mode de production capitaliste et à ses gouvernements en France et en Europe. En France, parmi les listes qui prétendent parler au nom du monde du travail, le PS est évidemment complètement discrédité parmi les ouvriers les plus conscients, tant les dirigeants de ce parti défendent un programme capitaliste. Leur projet de SMIC européen est une vaste plaisanterie, puisqu'il excédera à peine le seuil de pauvreté. Leurs discours sur le « changement » sont le cache sexe de l'acceptation fondamentale par ce parti des dégâts de la crise économique inhérente à l'économie capitaliste, de son soutien à l'impérialisme français. A l'image de Cohn-Bendit, les écologistes des Verts soutiennent eux aussi le capitalisme; ils ne peuvent donc en aucune façon envisager sauver l'écosystème du désastre, puisque les grandes entreprises capitalistes, sources de la pollution, continueront à avoir les mains libres. Mais la veille recette du « Front populaire » à la sauce Front de gauche, cette coalition du PCF et du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélanchon, ne doit pas non plus faire illusion. Les mesures qu'ils défendent n'ont rien de fondamentalement anticapitaliste; surtout, les dirigeants de ces partis respectent les institutions « républicaines » de la bourgeoisie, l'impérialisme français. Ils ne peuvent mener nos luttes à la victoire, et n'ont rien fait, ces derniers mois, lorsque les conditions en étaient réunies, pour avancer vers la grève générale, ou même seulement pour faire trébucher Sarkozy et son gouvernement – bien au contraire. Un vote PS, Verts et même Front de Gauche doit donc être exclu par les travailleurs soucieux de défendre leurs intérêts. En refusant de poser ouvertement la question de l'instauration en France et en Europe de régimes socialistes issus d'une mobilisation révolutionnaire des travailleurs, LO et NPA se condamnent, pour l'heure, à l'impuissance. Leur mot d'ordre principal de « redistribution des richesses » est profondément utopique, tant qu'ils refusent de poser de manière franche et concrète la question du pouvoir politique et de la propriété des moyens de production. Soit la référence au communisme est trop lointaine et abstraite, chez LO; soit elle a purement disparu, chez le NPA. Ces partis se cantonnent à faire du syndicalisme électoral. Mais, parmi les listes qui se présentent à nous, seules celles de Lutte Ouvrière et du Nouveau Parti Anticapitaliste avancent des revendications anticapitalistes un peu précises. Ces partis ont, de plus, le mérite de ne porter aucune responsabilité majeure dans la cogestion de l'impérialisme français et du système, à la différence des dirigeants des Verts, du PS, du PC et du PG. Les travailleurs et les classes populaires peuvent, sans se trahir, voter LO ou NPA ou s'abstenir. Dans les trois cas ils marqueront, avec des nuances différentes, leur opposition à l'Europe capitaliste actuelle et à ses gouvernements. Dans le contexte d'aujourd'hui, tout autre vote, même de gauche, profiterait au capitalisme et à ses soutiens. Le
cirque électoral ne permettra pas éternellement aux bourgeois de
faire patienter les classes populaires. Inévitablement, c'est sur le
terrain de la lutte de masse que s'affronteront les deux classes
fondamentales de la société, la bourgeoisie et le prolétariat, pour décider de l'issue de la crise. Les tâches immédiates du prolétariat conscient se situent bien ailleurs que dans la participation ou l'abstention aux élections; en particulier dans la construction ou la reconstruction des instruments politiques et organisationnels, du parti et des syndicats de classe, qui lui permettront de mener ses luttes à la victoire, d'avancer vers une solution communiste révolutionnaire face à la crise capitaliste.
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