La médecine, entre le Charybde des marchés et le Scylla de la technocratie sanitaire Appel à la vigilance critique et à l'ingérence organisationnelle
"Le médecin n'est pas au service de la science, de la race ou de la vie. C'est un individu au service d'un autre individu, le patient. Ses décisions se fondent toujours sur l'intérêt individuel." Théodore Fox, ancien rédacteur en chef du Lancet
"Les économistes sont présentement au volant de notre société, alors qu'ils devraient être sur la banquette arrière." John Maynard Keynes "La parole dépourvue de sens annonce toujours un bouleversement prochain. Nous l'avons appris. Elle en était le miroir anticipé." René Char
Guide du parfait ubulogue"Les réformes managériales dans le secteur de la santé ont en elles deux potentialités qui correspondent aux deux grandes interprétations qui en ont été faits jusqu'àprésent: la maîtrise des dépenses et l'optimisation de la production des soins d'un coté, la réduction de la couverture sociale de l'autre." Nicolas Belorgey - L'hôpital sous pression: enquête sur le Nouveau Management Public Cliquer sur le nom de l'auteur pour avoir accès à la présentation des livres (document en pdf) La cohérence des réformes : le Nouveau Management Public Machiavel est-il meilleur gestionnaire qu'Hippocrate? "La politique, c'est l'art d'empêcher les gens de s'occuper de ce qui les regarde." Paul Valéry Introduction rapide"Dès lors qu'une organisation promet le bonheur en échange d'une confiance totale dans ses méthodes et ses dirigeants les notions de manipulation et d'emprise ne sont jamais loin." Michela Marzano Le contrat de défiance Hôpitaux démunis d'infirmières, salles privées de soignants, malades chroniques laissés immobilisés au lit sans secours dans le plus grand désarroi des soignants eux-mêmes et livrés à la précarisation fonctionnelle, malades que l'on fait de plus de plus souvent sortir sans l'accompagnement social requis au domicile, locaux dégradés et repoussants faute d'investissements, afflux de toutes les vulnérabilités à l’hôpital face à la dégradation voire la désertification des soins de ville et des alternatives sérieuses à l'hospitalisation, engorgement des urgences alors même que l'on incite, par un pseudo-marché artificiel, chaque maillon de la chaîne de soins d'aval à lutter pour sa propre survie économique, restructurations bureaucratiques absurdes faute de concertation, désenchantement des médecins et de l’ensemble des acteurs de santé, ... Le rationnement des soins est en marche. Pas de tous les soins, mais essentiellement de ceux qui relevaient d'une protection sociale équitable, accessible et solidaire aujourd'hui menacée par la crise de l'Etat-Providence. La Nouvelle Gestion Publique déploie partout le discours mythique de l'entreprise, sous des formes variées en fonction des pays, notamment en ce qui concerne le degré de marchandisation des services d'intérêt général. La propagande officielle doit en premier lieu faire accepter un modèle industriel de la fonction de production des soins, impensable sans la complicité des acteurs sociaux que l’on amène à y adhérer. Ensuite seulement, derrière le masque de la rationalisation industrielle, il devient possible d'appliquer à ce produit inconsistant une méthode de gestion et de ré-ingénierie qui conduit à l'asphyxie économique et financière de l'hôpital, et au-delà, de pans entiers des secteurs sanitaires et sociaux. Ce produit, pur output industriel représenté par un groupe standardisé de malades auquel sera dès lors appliqué un tarif, ne peut par construction prendre en considération les facteurs de complexité qui interfèrent avec ces prises en charge standard. Ces facteurs sont d’autant plus intriqués que la maladie est chronique. Quoique leur prise en compte soit indispensable à l’outcome ou résultat de santé à long terme, ils sont par construction exclus des fonctions réglementaires de l’hôpital réduites à une conception trop étroite des activités diagnostiques et thérapeutiques. Il faut y voir l’effet des lois de 1970 et 1975 de séparation des secteurs sanitaire et social, puis l’aggravation de cette fragmentation par les lois de décentralisation, le sanitaire étant déconcentré et le social décentralisé et territorialisé. La fabrique du produit « santé » est de plus en plus segmentée, et l’Etat, malgré les réformes successives de 1996, 2002 et 2005, ne parviendra jamais à réduire la fragmentation institutionnelle, culturelle et financière, qu’il tente de masquer par le cache-misère des réseaux, "machins" peu pérennes et compliqués à mettre en œuvre sur un système défaillant que l’on a renoncé à améliorer. Il est peu probable que l’extravagante bureaucratie autoritaire mise en place par la loi HPST avec les Agences Régionales de Santé y réussira mieux. Le produit hospitalier est ainsi une pure représentation gestionnaire de plus en plus éloignée de ce que l'action des cliniciens voudrait pouvoir viser pour leurs patients dont ils doivent pouvoir rester les avocats. Mais cette fausse réalité, sans cesse martelée par la "COM" officielle, permet alors ce tour de passe-passe qu'est l'application des principes de la théorie de l'agence et de la concurrence encadrée au système de soins. Le médecin devient alors "agent double" pris entre l'injonction de servir deux "principaux", le gestionnaire qui l'emploie et le patient, qu'on le nomme malade, usager, ou client qui lui a fait confiance. La rhétorique managériale, en confrontant les acteurs de la santé au sentiment quotidien de la perte de sens, par la valorisation d'indicateurs myopes au détriment du résultat de santé à long terme, se fait progressivement "sophistique managériale". L'objet de ce site est la déconstruction point par point de ce discours mythique qui n'a qu'un objectif, la faisabilité politique de l'ajustement brutal des dépenses de santé au cadre contraignant d'enveloppes budgétaires fermées, en dépit de la complexité croissante des besoins et au détriment de l'accessibilité aux soins. Des auteurs clés pour la détection de balivernes et de "sophistique managériale" en santé André Grimaldi - "L'hôpital malade de la rentabilité"
Ubulogie clinique en imagesPrécis de décomposition organisationnelle - Guide de débricolage cognitif
Sophisme: Raisonnement qui n’est logique ou vrai qu’en apparence, mais qui est délibérément conçu pour tromper ou faire illusion. Le sophisme est à distinguer de paralogisme qui est un raisonnement incorrect sans intention de tromper. Hypostase: Entité fictive, abstraction faussement considérée comme une réalité. (Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie) Rappel: en termes de Médecine, il se dit du Sédiment des urines. |




