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Document
pédagogique :
Les Ateliers expérimentaux du goût,
une pédagogie active
qui réconcilie la science, la technique, la technologie et l’art.
Les protocoles expérimentaux et les
documents pédagogiques d’accompagnement qui constituent les Ateliers expérimentaux du goût décrivent
des séances expérimentales qui peuvent être mises en œuvre à l’école, à
un coût très faible.
Elles proposent deux parties
essentielles : un cheminent intellectuel qui conduit à la découverte
scientifique, technique, artistique, technologique…, et un ensemble
d’expériences choisies pour leur simplicité et leur richesse pédagogique.
Ces expériences proposent une
exploration de transformations culinaires courantes et de produits patrimoniaux
(pain, fromage, beurre, lait, vinaigre, vin...) du point de vue technique, technologique et
scientifique, et aussi, plus généralement du point de vue culturel (artistique,
littéraire…).
La pédagogie proposée est active, et sa
finalité est la promotion de la connaissance.
Ces études ont l’avantage de cadrer
l’espace de liberté artistique sans le limiter, au contraire : elles
montrent les possibilités d’innovation, et des liens constants avec les
considérations esthétiques peuvent être faits. Il est également important de signaler
que ces explorations expérimentales seront considérablement enrichies par des
travaux d’écriture, de lecture, d’histoire, de géographie, de calcul...
1. Le projet pédagogique
1.1.
Langage
1.1.1.
Curiosité
1.1.2.
Participation active
1.1.3.
Verbalisation
1.1.4.
Conclusion, synthèse
1.1.5.
Mémorisation
1.1.6.
Cahier d’expériences
1.2.
Sciences
1.2.1.
Science, Technologie, Connaissance
1.2.2.
Démarche expérimentale
1.2.3.
Découvrir quelques concepts chimiques ou physiques
1.3.
Citoyenneté
1.3.1.
Comprendre le monde
1.3.2.
Travail en groupe : intelligence collective
1.3.3.
Percevoir des applications citoyennes
2. Mode d’emploi
2.1.
Clés de lecture
2.1.1.
Menus
2.1.2.
Autres clés de lecture : durée,
notion, autonomie
2.1.3. Fiches
2.1.4
En tête
2.1.5
Fiche protocole
2.1.6
Commentaires pédagogiques
2.1.7
Pour aller plus loin
2.1.8
Références
2.2
Expériences
2.2.1.
Matériel
2.2.2.
Sécurité
2.2.3.
Hygiène
2.2.4.
Durée
2.3.
Livre de recette
3. Conclusion
1. Le projet
pédagogique
L’enseignement
du Premier Degré fait une large place aux trois notions fondamentales de
langage, science et citoyenneté. Il se trouve que les Atelier expérimentaux du goût sont très naturellement conformes à
ces recommandations.
1.1.
Langage
Le
père de la chimie moderne, le chimiste français Antoine Laurent de
Lavoisier (1743-1794) a écrit, dans l’introduction de son Traité élémentaire de chimie :
« L'impossibilité d'isoler
la nomenclature de la science,
et la science
de la nomenclature, tient à ce que toute science physique est nécessairement
fondée sur trois choses : la série des faits qui constituent la science, les idées qui les
rappellent, les mots qui les expriment [...]. Comme ce sont les mots qui
conservent les idées, et qui les transmettent, il en résulte qu'on ne peut perfectionner les langues sans
perfectionner la science,
ni la science
sans le langage ».
Lavoisier
n’est pas le seul à avoir développé ces idées. Avant lui, par exemple, Aristote
ou Gottfried Wilhelm von Leibniz,
inventeur avec Isaac Newton du calcul différentiel, avaient comme projet de
mieux lier la langue au calcul, et l’idée à la langue. Le physico-chimiste
britannique Michael Faraday, à qui nous devons les dynamos et les moteurs
électriques, puisqu’il fut le découvreur de l’induction électromagnétique,
n’avait pas de capacités de calcul, mais sa maîtrise de la pensée et de la
langue étaient tels que, après lui, le physicien James Clerk Maxwell, à qui
l’on doit les équations de l’électromagnétisme, a dit qu’il n’avait fait que
traduire en formules mathématiques les idées de Faraday.
Toutes
proportions gardées, les Ateliers
expérimentaux du goût ont l’ambition de montrer aux enfants que l’usage
convenable de la langue donne également les clés d’une saine pensée. En
conséquence, les Ateliers montreront
comment mettre en œuvre des capacités de langage qui seront développées au
cours des activités.
Souvent,
c’est la curiosité suscitée par les expériences proposées qui conduit à
imaginer des les manipulations en vue de tester des hypothèses ; pour
mettre au point ces manipulations, un vocabulaire précis s’impose.
Évidemment,
l’enseignant devra canaliser les sections de verbalisation, par des temps
réguliers de discussion et des synthèses.
1.1.1.
Curiosité
L’objectif
principal, dans ces Ateliers, est le
développement du sens de l’observation et de la capacité de questionnement :
quand on casse un œuf et qu’on met le blanc sur une poêle, milles questions se
posent à qui sait regarder. Pourquoi le blanc d’œuf est-il nommé
" blanc ", alors qu’il est transparent et jaunâtre ?
Pourquoi le blanc d’œuf, liquide, devient-il solide quand on le chauffe ? Et
pourquoi... et pourquoi...
De
telles observations et de telles questions sont précieuses. On ne pourra pas
répondre à toutes, loin s’en faut, mais l’observation et la manipulation
éveilleront la curiosité. On propose d’encourager cette dernière quand elle se
matérialisera sous la forme de questions relatives aux phénomènes étudiés.
1.1.2.
Participation active
Les
enfants étant tous impliqués dans le
travail expérimental commun, souvent en binômes, devront communiquer pour que
les expérimentations aboutissent. Ces communications sont également importantes
pour la dynamique des séances, car les études expérimentales qui sont ici
proposées, si elles laissent –par modules- une part d’autonomie personnelle,
sont avant tout des séances pour les classes.
Chaque
enfant se pose des questions, mais il doit aussi être conduit à poser des questions
au groupe. L’activité est la base des séances.
1.1.3.
Verbalisation
A
l’occasion des expérimentations, il sera utile de faire décrire précisément les
résultats, observations, et aussi, voire surtout, les échecs.
La
science et la connaissance passent par la verbalisation. Les Ateliers ne seront parfaitement efficace
pédagogiquement que si les enfants n’hésitent pas à décrire leurs gestes et
leurs idées, au cours des séances.
Naturellement,
l’enseignant devra prendre soin de bien organiser les discussions collectives
et, notamment, de s’assurer que chacun puisse prendre la parole, apportant sa
pierre à la construction collective des séances. On sait que c’est là une des
grandes difficultés de la direction des groupes, mais les Ateliers, qui mettent
en œuvre des capacités très variées, seront l’occasion, par des discussions
dirigées vers les nombreux aspects des séances, de mettre en valeur tous les
élèves.
Évidemment,
les séances, qui conduisent à explorer des territoires nouveaux, sont aussi
l’occasion d’introduire un vocabulaire nouveau. Il n’est pas inutile que ces
séances expérimentales se fassent en compagnie d’un dictionnaire, auquel on se
reportera régulièrement, afin d’en promouvoir l’usage. Normalement, toutes les
notions sont toutefois présentées dans les « Commentaires
pédagogiques ».
Des
mots nouveaux étant introduits, l’idée essentielle des Ateliers est de
« mettre les mots en pratique », par les expérimentations.
On
pourra également organiser des séances de discussion à propos des termes employés
pour la description préalable des gestes (un geste expérimental est mieux
accompli s’il est bien pensé, et il est mieux pensé s’il est dit) et des observations.
1.1.4.
Conclusion, synthèse
Les
Ateliers expérimentaux du goût, originaux par leur démarche
expérimentale, s’intègrent absolument dans le cadre de l’école.
Les
documents pédagogiques permettent aux enseignants d’éviter que les enfants
s’égarent dans des expérimentations inutiles ou hors programme (le cas échéant,
les prolongements donnent toutefois des possibilités d’explorer d’autres
pistes). Ils conduisent toutefois les enfants à bien suivre intellectuellement
les chemins expérimentaux empruntés.
De
ce fait, les discussions de synthèse, en cours et en fin d’Ateliers sont essentielles. Plus spécifiquement, il s’agit de
synthétiser chaque module expérimental et d’élaborer une réponse à la question
posée initialement. Les enfants développeront ainsi leur capacité d’analyse et
de synthèse.
1.1.5.
Mémorisation
La
mémorisation est facilitée quand elle s’effectue au cours de manipulations ou
quand les notions sont mémorisées en association avec des données d’ordre
sensoriel.
Plusieurs
niveaux de mémorisation sont envisagés.
Lors
des séances de synthèse, on guidera les enfants pour qu’ils apprennent à se
débarrasser des détails et qu’ils mémorisent les principaux phénomènes et
observations.
Une
séance de conclusion, organisée le lendemain d’un Atelier, permettra d’autre part de comparer des idées retenues à
vif et avec du recul. On pourra en profiter pour montrer aux enfants comment
l’intellectualisation conduit à une meilleure compréhension.
On
pourra ainsi mettre en œuvre une « mémoire collective », en demandant
aux enfants ce qui les a marqués dans les activités de la veille. Chaque enfant
ayant retenu un aspect différent du travail, on aura une bonne vision
d’ensemble de ce qui était important et la classe sera plus à même de tirer des
conclusions.
Ces
idées pourront être reprises et valorisées par divers travaux supplémentaires (dessins,
dictées, calculs…), au cours de séances ultérieures.
1.1.6.
Cahier d’expériences
Afin
de prolonger les descriptions verbales, on pourra inviter les enfants à tenir
un « cahier d’expériences », en y consignant –sous une forme libre,
la mieux appropriée aux capacités individuelles de chaque enfant :
dessins, textes…- les observations effectuées au cours des séances
expérimentales.
A
ce sujet, il est important de signaler que, même dans le monde scientifique, la
tenue des cahiers de laboratoire (document officiel) est très difficile :
l’expérience prouve que l’on parvient très difficilement à simultanément se
livrer aux expérimentations et consigner dans les cahiers les observations.
C’est notamment la raison pour laquelle le monde scientifique n’a eu de cesse
de mettre au point des systèmes automatiques d’enregistrement (des
températures, etc.). Cela démontre qu’il serait insensé de vouloir imposer aux
élèves la tenue d’un tel cahier : le cahier d’expériences ne doit pas être
un cahier de laboratoire.
En
revanche, il est bon que les enfants aient progressivement le recours à l’écrit
quand ils font des observations, quand ils obtiennent des résultats, quand ils
ont proprement verbalisé des idées. Autrement dit, le cahier doit être
personnel : une sorte de registre intellectuel que les enfants devront
s’approprier. L’idée n’est pas, ici, de faire un compte rendu d’expériences,
mais de garder une trace qui, par associations d’idées, conduise à rendre les Ateliers mémorables.
En
conséquence, le cahier d’expériences ne devra en aucun cas être un moyen
d’évaluation mais plutôt un moyen, pour l’enfant, de garder une trace
personnelle du travail fait en classe. Il ne devrait jamais être consulté par des
adultes, à moins que les enfants, fiers de leur production, en manifestent
l’envie.
Enfin,
on évitera de confondre les objectifs : celui de ces Ateliers est essentiellement expérimental ; le risque est grand
que, par facilité, on se ramène au cahier au lieu de faire les expériences.
1.2.
Sciences
1.2.1.
Science, technologie, connaissance
L’objet
des Ateliers expérimentaux du goût n’est
pas de recruter pour les filières scientifiques, mais de promouvoir la
connaissance, et l’esprit de recherche, indispensable pour n’importe quelle
activité humaine.
Malgré
la teneur scientifique notable des Ateliers,
ceux-ci ne font pas l’hypothèse naïve que les enfants seront tous
scientifiques, et ils ne considèrent pas la science et la technologie comme
la seule clé du monde.
En
revanche, les Ateliers expérimentaux du goût veulent montrer que
la connaissance est nécessairement pluridisciplinaire, mêlant les sciences à la
littérature, l’histoire à l’art, etc. C’est la « connaissance », au
sens large, qui est promue lors des expérimentations proposées.
Le
socle dont partent les Ateliers est
l’activité culinaire, laquelle est à la fois technique, artistique et
sociale :
·
technique :
un soufflé qui ne gonfle pas est « raté », par exemple ;
·
artistique :
un soufflé sans goût n’est pas « bon », de sorte qu’il n’est pas
consommable et que, de ce fait, ce n’est pas un produit admissible de l’activité
culinaire ;
·
sociale :
un soufflé bien gonflé et qui aurait bon goût ne serait pas bon, donc
admissible, s’il était servi sans considération du convive
L’activité
culinaire fait partie des « arts chimiques », et sa composante
traditionnelle reste considérable. L’étude de produits patrimoniaux sera
l’occasion de montrer que cette tradition peut être questionnée, en vue
d’innovations.
Évidemment,
il ne sera pas question de faire la distinction entre science, technologie et
technique, lors des Ateliers, mais on
pourra donner, sur des exemples, une idée de ces différences :
-
la
science produit des explications des phénomènes étudiés ;
-
la technologie utilise ces connaissances pour
perfectionner la technique ;
-
la technique est une activité de production.
Les
trois champs sont indissociables, et chacun a son intérêt propre. Il est
important de rappeler que science, technologie et technique sont des activités
culturelles, au même titre que l’histoire, l’art, la littérature… Aussi les
enseignants enrichiront-ils considérablement les séances expérimentales en y
ajoutant des connaissances de leur propre champ disciplinaire.
1.2.2.
Démarche expérimentale
Au
cours des Ateliers, les enfants s’initient
à la méthode expérimentale à partir de l’observation de faits culinaires. Une
observation, une questions initiales sont toujours au début du
cheminement : « pourquoi l’huile flotte-t-elle sur
l’eau ? », « pourquoi des bulles apparaissent-elles au fond
d’une casserole d’eau que l’on chauffe ? », « pourquoi cette
même casserole finit-elle vide quand l’eau bout ? », « pourquoi
des végétaux verts brunissent-ils quand on les coupe ? »,
« pourquoi des pommes tallent-elles quand elle sont
heurtées ? », « pourquoi les gnocchis flottent-ils quand ils
sont cuits ? », « comment
faire passer du lait liquide à l’état solide ? »…
Pour
répondre à aux questions suscitées par les observations initiales, les enfants sont
invités à proposer librement des
hypothèses. Ce sont les idées de mécanismes qui, a priori, pourraient répondre à la question.
Toutefois,
il est bien rare que ces idées soient justes, et, de toute façon, l’expérience
effectuée pour tester ces idées s’impose, non seulement parce qu’elle évite le
doute de l’hypothèse, mais, aussi, parce qu’elle donne de nouveaux éléments qui
peuvent s’intégrer dans l’explication proposée.
En
conséquence, on cherchera toujours à mettre au point un système expérimental
qui testera les hypothèses, soit une expérience de pensée, soit une
expérimentation réelle. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les
documents pédagogiques qui accompagnent les protocoles des Atelier sont si volumineux : il a semblé important de ne
jamais négliger les capacités imaginatives des enfants.
D’autre
part, nous avons évoqué des discussions de classe, soit en début de cheminement
expérimental, soit aux diverses étapes, soit en conclusion : ces
discussions peuvent qui être interminables : une fois que les enfants ont
pris l’habitude d’imaginer des solutions, les discussions gagnent à être
cadrées par des expériences. Rapidement, les enfants apprennent ainsi à éviter
des hypothèses qui les exposeraient à des réfutations simples par leurs
camarades, et à proposer des hypothèses testables.
On
cherchera à bien mettre en valeur le mouvement général des Ateliers :
-
observation d’un phénomène
-
description précise
-
proposition d’explication
-
expérience pour tester l’hypothèse
-
retour à la formulation d’hypothèse
-
et ainsi de suite.
C’est
ainsi que les Ateliers peuvent ne pas
avoir de fin. Pis, il serait néfaste que, pour les plus scientifiques d’entre
eux, une fin soit envisagée.
En
revanche, il sera toujours utile que les enfants apprennent à se situer dans le
mouvement général de l’expérimentation.
1.2.3.
Découvrir des concepts chimiques, physiques, biologiques
Les
Ateliers expérimentaux du goût sont
l’occasion d’aborder des notions de base de chimie, de physique ou de biologie.
Ces notions peuvent faire partie intégrante du programme de l’enseignement du
premier degré (la matière, le corps humain…) ou n’être qu’une partie de
l’exploration du monde qui entoure les enfants. En tous cas, ce seront des clés
de la compréhension de leur environnement quotidien, d’où le choix des études
qui sont proposées
Le
plus possible, les questions culinaires qui fondent les divers Ateliers sont familières, et les
phénomènes explorés le sont aussi. C’est l’angle du questionnement qui permet
aux enfants de progresser sur la voie de la connaissance, notamment chimique, physique,
biologique...
Souvent,
aussi, les études permettent de mettre un nom sur des concepts ou sur des
phénomènes connus. De ce point de vue, les séances expérimentales sont de
bonnes préparations, en vue de réexploitations ultérieures.
- Aborder
l’infiniment petit
Les
classes ne disposant généralement pas d’outils pour explorer le monde
microscopique ou moléculaire, il a été nécessaire de faire imaginer aux enfants
les phénomènes qu’ils ne peuvent pas observer.
On
se fonde pour cela sur une idée pédagogique mise en œuvre par de nombreux
scientifiques, tel Albert Einstein, qui a dit avoir découvert la théorie de la
relativité parce qu’il s’était posé la question : « Que verrais-je si
j’étais assis sur une fusée qui irait à la vitesse de la lumière ;
verrais-je cette lumière, alors qu’elle ne pourrait pas me rattraper ? ».
Cette
même idée a été largement utilisée par le physicien ukrainien George Gamov
(1904-1968) dans une série de vulgarisation scientifique qui eut, à l’époque,
un succès considérable. Elle est aujourd’hui largement mise en œuvre dans le
réseau des Maisons vertes (maisons
d’accueil de la toute petite enfance), créé par le Dr Bernard This, pédopsychanalyste,
qui recommande que les enfants rapportent les phénomènes à leur propre corps.
C’est
ainsi que, devant l’impossibilité de « démontrer » l’existence des
molécules, les Ateliers expérimentaux du goût ont préféré proposé
aux enfants des « danses des molécules » (voir les fiches), où, jouant à être des molécules, ils se
familiariseront avec les états de la matière, des concepts tels que le
mouvement brownien, les tensioactifs...
Les
phénomènes observés au cours des Ateliers nous amènent à aborder les
notions de molécule et d’autres concepts qui ne figurent pas dans les
programmes du premier cycle. Cependant, les enfants ont évidemment entendu ces
mots bien des fois (à la télévision, à la radio, dans la rue…), et les Ateliers sont une façon d’aborder ces
notions par une activité expérimentale, qui évite une théorisation inutile à ce
niveau.
Les
« danses des molécules » préalablement évoquées ont l’intérêt de ne
pas donner d’idée fausse sur ces objets qui nous constituent, ainsi que notre
environnement. Contrairement à des représentations anthropomorphiques, qui
prêtent donc une pensée aux molécules, les « danses des molécules »
sont à la fois :
-
une
introduction à l’idée de molécule
-
une façon
de rectifier d’emblée les idées fausses que les enfants pourraient se faire sur
les objets du monde moléculaire
-
une façon
d’intérioriser des comportements.
L’objectif,
avec ces « danses des molécules », n’est pas de théoriser, mais de
montrer aux enfants que des notions élémentaires permettent, si l’on en fait
l’hypothèse, de trouver des mécanismes à des phénomènes macroscopiques.
1.3.
Citoyenneté
1.3.1.
Comprendre le monde
Les
questions culinaires et l’observation des phénomènes qui découlent de l’étude
expérimentale de ces questions donnent une meilleure compréhension du monde et,
surtout, promeuvent l’idée que le monde est intelligible, notamment par le
questionnement et l’expérimentation. Les Ateliers
expérimentaux du goût
sont un pont entre les travaux de l’école et la vie quotidienne, hors de l’école. C’est aussi,
pour les enfants, une possibilité de maîtriser mieux le monde où ils vivent et
de prendre des décisions fondées sur des faits, et non sur des opinions.
Par
la rationalisation, le questionnement, la verbalisation, la discussion, le
travail collectif… les Ateliers
visent à communiquer des comportements citoyens que les enfants pourront mettre
en œuvre dans d’autres circonstances que les seuls Ateliers.
1.3.2.
Travail en groupe : intelligence collective
Les
travaux font intervenir toute la classe, avec une alternance de discussions
collectives et de travaux en binômes, ou seul. C’est le travail de chacun, et
aussi la dynamique du groupe, qui permet de résoudre les questions posées.
D’une
part, les enfants apprennent le travail en groupe : ils doivent s’organiser,
à l’intérieur des groupes. D’autre part, ils découvrent l’intérêt d’un travail
collectif, dans les échanges d’idées et les séances de mémorisation collective.
1.3.3.
Percevoir des applications citoyennes
En
gardant un lien permanent entre le travail fait en classe et la vie de tous les jours, on
pourra comprendre comment bien s’alimenter, comment prendre soin de
l’environnement, comment économiser des denrées…
En
enseignant la cuisine aux enfants (autrement que par l’application de
protocoles techniques !), on donne de la valeur à la notion d’aliment. Ce
n’est pas seulement un objet qui fait envie, qui fait plaisir… et qui fait
grossir ; c’est aussi une manière d’exprimer les traditions, la
convivialité, et le sens artistiques.
2.
Mode d’emploi
2.1.
Clés de lecture
2.1.1
Menus
Les
séances expérimentales que constituent les Ateliers
sont présentées sous forme de « menus ». Six menus sont aujourd’hui
proposés : printemps, été, automne, hiver, couleurs et Rhône-Alpes.
Bien
que chaque menu soit composé d’une entrée, d’un plat, d’une boisson et d’un
dessert, on ne considérera pas qu’ils soient de véritables menus, mais plutôt
des menus intellectuels. Ce ne sont pas des considérations culinaires ni diététiques
qui ont conduit à cette organisation en menus, mais plutôt des considérations
pédagogiques ; notamment, la répartition est la garantie d’une cohérence de
la démarche expérimentale proposée.
La
répartition des travaux expérimentaux en menus tire également partie de
l’attrait inné de la nourriture pour les enfants. Proposer des menus permet
d’aborder plusieurs thèmes scientifiques en conservant l’approche culinaire qui
conduit aux expérimentations.
De
plus, l’organisation des menus par saison, pour certains d’entre eux, permet de
montrer aux enfants que, même s’il est aujourd’hui facile de se procurer
n’importe quel aliment à n’importe quelle période de l’année, les fruits et les
légumes sont plus abondants et moins chers à certaines saisons. Ainsi, la soupe
est proposée en hiver, alors que les pommes sont présentées dans le menu
d’automne. Le menu Rhône-Alpes permet de présenter quelques spécialités culinaires
régionales, à titre d’exemple. On peut d’ailleurs proposer des menus analogues
pour d’autres régions.
Notons
qu’à l’intérieur d’un menu, plusieurs notions scientifiques et technologiques
sont abordées. Dans le menu des couleurs, la notion de couleur en cuisine est
explorée sous plusieurs aspects.
Signalons
enfin que les menus sont conçus de façon que l’enseignant soit libre
d’organiser ses séances de travail comme il le souhaite. L’organisation en
menus n’est qu’un découpage pédagogique, qui regroupe des modules
expérimentaux ; l’indépendance des expériences, le plus souvent, permettra
aux enseignants de ne faire que quelques recettes d’un menu, ou bien de choisir
des recettes dans différents menus.
2.1.2.
Autres clés de lecture : durée, notion, autonomie
Les
enseignants qui ne voudront pas utiliser les fiches sous formes de menus
pourront se référer aux autres clés de lecture. Ils pourront notamment choisir
la notion scientifique principalement abordée dans un Atelier.
En
effet, les Ateliers sont conçus de
sorte que chacun d’entre n’aborde qu’une ou deux notions principales, et
quelques notions complémentaires. L’enseignant pourra donc choisir de présenter
une notion à la classe par un Atelier
et de réutiliser les découvertes de ce premier Atelier au cours d’autres expériences suggérées par d’autres
fiches.
On
pourra aussi choisir un Atelier pour
sa durée ou pour la facilité de ses manipulations.
2.1.3. Fiches
Chaque
Atelier est présenté sous forme d’une
fiche. Pour chaque fiche, on a rassemblé de façon concise l’objectif
pédagogique, le matériel nécessaire et le protocole expérimental. Ces
indications sont suivies par une description pédagogique, qui donne des
informations permettant de bien organiser les Ateliers et de répondre aux questions des enfants.
A
noter que des questions qui ne trouvent pas de réponse dans les documents
d’accompagnement pédagogique ici présents pourront être posées sur les sites du
Rectorat ou de la Main
à la pâte.
2.1.4.
En-tête
L’en-tête
des fiches apporte des informations pratiques, qui permettront de déterminer
rapidement quelle fiche est le mieux adaptée à la classe et au projet de
l’enseignant.
On
trouve tout d’abord un titre sous forme de question. Cette question, qui repose
sur des observations faites en cuisine, est là pour donner envie aux enfants
d’y répondre. C’est ce que nous nommons une « question étincelle ».
Sont
ensuite présentés les objectifs pédagogiques de l’Atelier, qui sont les notions et méthodes que les enfants
appréhenderont, découvriront ou comprendront au cours de la séance
expérimentale. Ces objectifs pédagogiques sont synthétisés par les rubriques
« notion principale » et « autres notions ».
L’en-tête
des fiche donne aussi des informations pratiques sur la durée approximative de l’Atelier, l’autonomie que l’on pourra
laisser aux enfants au cours des manipulations. L’enseignant ne prendra
évidemment ces informations qu’à titre indicatif, et ils pourront adapter la
durée en fonction de la classe, de la période de l’année, du cadre pédagogique
où les enseignements s’inscrivent…
Enfin,
l’en tête donne une liste du matériel nécessaire au bon déroulement de l’Atelier.
2.1.5.
Fiche protocole
Les
fiches protocoles peuvent être distribuées aux enfants quand ces derniers
maîtrisent la lecture. Bien que rigoureuses et précises, elles sont écrites
dans un langage suffisamment clair pour être comprises par les élèves. De toute
façon, elles sont conçues pour une utilisation en groupe, guidée par
l’enseignant.
Le
protocole commence par un résumé des manipulations qui auront lieu au cours de
la séance expérimentale, afin de mieux faire comprendre l’ensemble des actions,
de montrer leurs relations
On
trouvera ensuite le protocole détaillé en actions simples.
2.1.6.
Commentaires pédagogiques
Les
commentaires pédagogiques sont volontairement volumineux : on a réuni le
plus d’informations possible, afin que l’enseignant n’ait aucune difficulté à
mettre en œuvre les protocoles.
Notamment,
on y trouvera des détails, conseils et des explications pour chaque point du
protocole. Des variations expérimentales sur le thème de l’Atelier sont également proposées.
Les
commentaires pédagogiques
expliquent également les phénomènes mis en évidence par l’expérience dans ce
point de protocole. L’enseignant décidera de transmettre ou non ces explications
aux enfants, selon la dynamique de l’Atelier
et les nécessités d’interprétations propres à chaque séance. C’est notamment
pourquoi les commentaires comportent des photos et des schémas explicatifs que
l’on pourra présenter aux enfants.
Enfin,
les commentaires proposent aussi de petites expériences complémentaires, des
notions culturelles ou des précisions de vocabulaire qui prolongent
l’expérience. Ces informations sont volontairement exhaustives, de manière à ce
que l’enseignant puisse choisir le domaine qui l’intéresse le plus
personnellement ou qui est le plus susceptible d’intéresser sa classe.
2.1.7.
Pour aller plus loin
Pour chaque séance, quelques
prolongements sont décrits, mais bien d’autres sont possibles, car la cuisine,
avec ses ustensiles et ses ingrédients, est l’occasion de mille
expérimentations simples, à portée des enfants et à coût très réduit.
2.1.8.
Références
Afin
de permettre à l’animateur d’aller plus loin dans la compréhension des notions
ou dans les manipulations facultatives, les fiches donnent une liste de
références bibliographique plus ou moins spécifiques.
De
manière générale, l’enseignant pourra se reporter :
-
à des
ouvrages de vulgarisation scientifique ;
-
au site
« La main à la pâte » ;
-
aux
magazines de vulgarisation scientifique (Pour la science, Science et vie junior,
etc.) ;
-
aux diverses
sources de documentation pédagogique (cassettes Côté
cuisine/côté labo, du CNDP…)
2.2.
Expériences
2.2.1
Matériel
Au
début de chaque fiche, figure la liste du matériel nécessaire à la réalisation des
expériences principales. Notons cependant que certaines expériences
facultatives nécessitent du matériel supplémentaire. On prendra donc soin de
lire l’intégralité de la fiche pour s’assurer d’avoir tout le matériel.
Une
partie du matériel est présent dans une mallette pédagogique proposée par le
CCSTI de l’Ain. Les utilisateurs veilleront à en prendre soin et à signaler
tout problème à la personne qui aura prêté la mallette
Une
partie est à apporter ou acheter par l’école, mais un effort a été fait pour
minimiser les dépenses.
Enfin,
certains ustensiles devront être présents en grande quantité : selon les
besoins, on demandera donc aux enfants d’apporter de chez eux des saladiers,
des bols, des fouets… (évidemment, on leur conseillera d’apporter des matériels
qui ne cassent pas). Parfois, aussi, on pourra emprunter le matériel de la
cantine.
Signalons que l’usage d’un microscope
est recommandé dans certaines fiches. Avec un thermomètre (ou thermocouple) et
une balance, les possibilités d’exploration technique, technologique ou
scientifique de la cuisine sont immenses.
2.2.2.
Sécurité
Au
cours des séances, les enfants devront parfois manipuler des objets dangereux
comme des couteaux à bout rond. De surcroît, les enseignants auront souvent à
utiliser une plaque chauffante, en présence des enfants. On prendra donc les
précautions nécessaires afin d’éviter des accidents.
Évidemment,
il est très nuisible de commencer une séance expérimentale par une leçon de
morale ou par une longue mise en garde. D’une part, les conseils donnés sont
rarement suivis, et, d’autre part, les avertissements conduisent même certains
enfants à prendre le contrepied des conseils donnés, au risque de se blesser. On
préférera donc des expériences qui montrent, de façon bien circonscrite, le
danger de certaines manipulations.
Par
exemple, faire observer comment un couteau coupe de la viande permet
d’expliquer que le même couteau peut entailler un doigt ; montrer qu’une
plaque chauffante est très chaude et qu’on peut se brûler…
2.2.3
Hygiène
Les
enfants ne pourront pas manger ce qu’ils ont produit au cours des Ateliers, notamment en raison d’une
directive au Journal Officiel (Bulletin
Officiel de l’Éducation Nationale, Circulaire N°2002-004 DU 3-1-2002). De surcroît, les ingrédients que les
enfants utilisent sont, dans la
salle de classe, considérés comme des « réactifs ».
Cela n’est pas gênant, car même si le titre des Ateliers expérimentaux du
goût comporte explicitement le mot « goût », un
des objectifs de ces séances est de découvrir et de comprendre des phénomènes
qui se produisent lors des transformations culinaires. Si l’on fait le lien
avec la cuisine, en rappelant que les enfants pourront utiliser ce qu’ils ont
compris pour faire quelque chose de comestible, en rentrant chez eux, la relation
avec le goût ne sera pas usurpée.
Signalons,
d’autre part, que les enfants n’ont pas de raison de faire attention à
l’hygiène tant qu’ils n’en ont pas compris l’intérêt : un des Ateliers propose des expériences pour
faire comprendre aux enfants l’existence des micro-organismes et que le lavage
des mains permet de bien s’en débarrasser (contamination de pommes de terres
avec mains sales, mains propres et mains gantées).
On
remarquera aussi que les préparations qui sont laissées plusieurs jours dans un
coin de la classe ont tendance à moisir : les moisissures sont des
champignons qui ont besoin, pour se développer, de nourriture, d’humidité et de
chaleur. La plupart du temps, un aliment laissé à température ambiante dans la
classe réunit ces trois conditions et moisit donc assez rapidement.
2.2.4
Durée
Les
durées des Ateliers portées sur les
fiches ne sont qu’indicatives : selon les expériences effectuées, selon la
façon de les effectuer, selon les détours expérimentaux empruntés, etc. les
séances durent entre une heure et plusieurs jours, au choix de l’enseignant (on
peut ainsi considérer une séance comme une sorte de récréation, ou bien comme
un fil directeur qui guide le travail de l’année, à l’opposé). Si la durée des Ateliers est libre, il est toutefois conseillé
de faire durer les expériences de manière à ce que chaque enfant ait le temps
d’expérimenter et de verbaliser : préparation d’expériences, observations,
conclusions, synthèse…
Si
un Atelier devait s’étaler sur
plusieurs séances, on demanderait, en début de chaque nouvelle séance, à un ou
plusieurs enfants de raconter ce qui a été vu à la séance précédente.
2.3
Livre de recette
Puisque
la consommation de produits alimentaires est interdite à l’école, en dehors du
cadre particulier de la restauration collective, on pourra proposer de
poursuivre le travail fait en classe par une séance de cuisine à la maison.
Ainsi les enfants pourront raconter leurs expérimentations à leurs parents et
éventuellement, contribuer à une éducation nutritionnelle de leur environnement
familial.
Les
informations obtenues lors des expérimentations conduisent, lors des modules
conclusifs des séances, à des « recettes raisonnées ». On pourra les
consigner dans un cahier (évaluation du dispositif pédagogique « Ateliers » et non évaluation des
élèves), ou bien les faire consigner dans le cahier d’expériences, ou bien
encore distribuer les recettes polycopiées afin que les enfants les rapportent
chez eux. On veillera évidemment à ce que ces recettes ne tombent pas dans les
travers habituels des recettes de cuisine qui donnent, sur un ton impératif,
des précisions souvent inexactes. On pourra faire comprendre aux enfants qu’une
recette permet de transmettre une manière de préparer un plat, mais que le
cuisinier doit aussi utiliser son intelligence technique et son intelligence
artistique.
3. Conclusion
On l’a vu, le dispositif pédagogique
décrit dans les Ateliers conduit les
enfants, même les plus démunis du point de vue de l’écriture, de la lecture, ou
de la formalisation, à se retrouver à égalité devant l’expérience.
Les enfants apprendront que les faits
ont toujours raison, et que les interprétations conduisent à des discussions
qui, pour n’être pas stériles, doivent être confrontées au réel.
C’est évidemment une leçon de vie, qui
est sous-jacente, au cours de toutes les séances proposées.
On le répète ici : ces Ateliers expérimentaux du goût sont
avant tout une proposition culturelle, qui entre absolument dans le cadre des
missions de l’Ecole.
Vive la connaissance !