Sergent-major du Bataillon de Tirailleurs Corses - Illustration de Daniel DIEU
LES TIRAILLEURS CORSES
OU
LES COUSINS DE L'EMPEREUR
Il n’est pas dans nos intentions en écrivant ces quelques lignes de réécrire les campagnes Napoléoniennes, tant d’écrivains l’ont fait avant nous, plus complètement et mieux que nous. Si nous avons tenu à écrire ces quelques lignes, sur le Bataillon de Tirailleurs Corses, c’est pour essayer de combler une lacune , les Corses, hommes rudes et courageux ont toujours été d’excellents soldats. L’île de beauté, souvent convoitée, souvent occupée, parfois conquise, jamais soumise, a du apprendre à se défendre contre les Barbaresques, les Vikings, les Maures, les Pisans, les Génois, les Espagnols, les Français, les Anglais. Ce peuple fier a passé une partie de son histoire à chasser les divers occupants avant de s’attacher définitivement à la République Française. De plus, cette île si belle , possède par elle-même peu de ressources, l’élevage et l’agriculture étant ses seules ressources. Les bandes Corses firent parler d’elles avec Sampiero Corso, qui fut l’un des premiers sur l’île à louer ses services au Roi de France (François 1er), d’autres suivront et loueront même leurs armes à d’autres puissances . Ces troupes étaient très prisées ( il y eut même une Garde Corse du Pape). Mais dans toutes ces troupes, la seule unité qui fut constituée entièrement et uniquement de Corses, est le Bataillon de Tirailleurs Corses, qui fut pendant les Campagnes de l’Empire connu sous le surnom de : LES COUSINS DE L’EMPEREUR On parle peu de leurs exploits ou on en parle mal, voici pourquoi, nous avons décidé d’écrire ce petit recueil. Nous tenons à dédier celui-ci à cet homme qui nous a poussé à le faire, nous aidant de sa science et de ses précieux conseils et surtout ses très nombreux documents , nous voulons parler du très regretté Médecin-Général SANTINI, c’est en sa mémoire que nous avons rédigé ces quelques lignes. (René Chauvin)
RECRUTEMENT – FORMATION – EFFECTIFS – UNIFORMES
Les diverses troupes levées en Corse depuis 1792 furent engagées tant en France qu’en Italie (Royaume de Naples) où même sous l’uniforme anglais Bataillons Royaux Anglo-Corses (1793-1796), Royal Corsican Rangers (1er Corps 1793-1802. 2ème Corps 1804-1817) ou même sur l’île, Voltigeurs Corses (1803-1814) ou Chasseurs Corses (1814-1815), mais nous nous intéresserons surtout à ces Corses qui ont servi l’Empereur de 1804 à 1811 sous l’appellation de Bataillon de Tirailleurs Corses.
1792 – LA PATRIE EN DANGER
La jeune République Française est attaquée de toutes parts, de l’extérieur et de l’intérieur. Les Nobles, émigrés ou pas, soucieux de retrouver leurs privilèges vont avec l’aide de l’Angleterre, de la Prusse, de l’Autriche et de la Russie, essayer de renverser cette nouvelle République. Les frontières sont menacées, l’ouest se soulève. La Patrie est en danger, et on fait appel à des Volontaires pour constituer des Bataillons de défense de la République. Séduits par les idées nouvelles de la Révolution, et pour certains, parce qu’ils y retrouvent les idées de Pascal Paoli, (U Babbu), de nombreux Corses vont s’engager dans les rangs de Volontaires, et iront se mettre au service de la République. Chose amusante, ils se présenteront à Marseille où on les dirigera sur Paris, avec un drapeau aux couleurs de la République, avec les inscriptions en Corse. A l’avers : REPUBLICA FRANCESE et au revers VIVER LIBERI O MORIRE.
Ce bataillon de Volontaires Corses fut d’abord incorporé dans la 4ème Demi-Brigade de Bataille, puis dans la 3ème Demi-Brigade Légère où ils formèrent le 3ème Bataillon.
LA GENESE
Par décret du 8 juillet 1802, (19 Messidor An X) Bonaparte, qui connaissait bien les défauts et qualités de ses compatriotes décida la création d’un bataillon d’infanterie légère ne comprenant que des natifs du Golo et du Liamone. Témoin, cette lettre de Bonaparte à Clarke :-« On me rend compte qu’on admet au dépôt du bataillon Corse des recrues qui appartiennent à des départements autres que ceux de la Corse. Cette transgression tend à dénaturer l’intention que j’ai eu de faciliter la conscription des deux départements de la Corse et de rendre le service militaire agréable aux conscrits, en les réunissant dans un cadre uniquement composé de leurs compatriotes. Je désire que vous donniez des ordres à cet effet. » Pour comprendre la pensée de Bonaparte il convient de citer également sa lettre au vice-amiral Decrès du 11 mars 1805. -« Que Morand fasse passer le plus de conscrits possibles, des hommes de bonne volonté ou qui voudraient faire partie du camp de Boulogne, cela a l’avantage d’avoir de bons soldats et de retirer des fainéants qui ôteront toute tentation aux recruteurs Anglais. Essayer aussi de vous procurer une centaine de matelots Corses. » Faciliter la conscription en Corse, rendre la vie agréable aux insulaires mais surtout tarir le recrutement Anglais en Corse. N’oublions pas qu’un certain Hudson Lowe intriguait pour recruter, surtout chez les anciens paolistes afin de compléter son « Royal Corsican Rangers » . Ce corps qui avait brillé pendant la Campagne d’Égypte (Canope et Alexandrie) et avait mérité l’honneur de porter le sphynx sur ses boutons. Le général Moore lui avait même confié : « Lorsque vos hommes sont au premier poste, je sais que je peux dormir tranquille ». Ce corps dissous en 1802 avait été reconstitué en 1804. C’est pour toutes ses raisons que Bonaparte a voulu regrouper les Corses dans un même bataillon. Pour leurs vertus guerrières et leur formation au combat de mouvement et de rapidité, qu’il a voulu les réunir en un bataillon d’infanterie légère. Le décret de formation en date du 19 Messidor An X ( 9 juillet 1802) spécifiait que le bataillon d’infanterie légère Corse formerait le 3ème Bataillon de la 3ème Demi-Brigade Légère avec un conseil d’administration spécial. L’article est à retenir :-« Il sera pris les mêmes mesures qui étaient prises pour le recrutement de l’ancien Royal Corse » la réunion des recrues et la formation des compagnies devrait s’effectuer à ANTIBES, mais il dispose également d’un dépôt à Ajaccio et à Bastia.
Qui commandera le bataillon ? Le 7 Vendémiaire An XI ( 30 septembre 1803), Berthier, Ministre de la Guerre soumet au choix du Premier Consul les candidatures des : Commandant POLI, sous-lieutenant en 1757 au régiment Royal Corse. Chef de bataillon depuis l’An V, et ayant fait toutes les campagnes de la révolution, tant en Europe qu’en Égypte. Commandant BONELLI, promu au grade de Major par l’ordre du représentant du peuple La Combe-St Michel. Et pourtant, c’est un troisième homme qui l’emportera. Il s’agit du chef de Bataillon CATANEO Pierre, originaire d’Ajaccio, chef de bataillon de la 3ème Demi-Brigade. Il provient des Cadets Gentilhomme de l’armée royale. Il faut dire qu’il habitait à Paris, rue du Faubourg Poissonnière et avait eu les moyens d’agir auprès du Premier Consul. Le 2 Pluviôse de l’An XI (23 janvier 1803), le Ministre lui fait part de sa nomination. Le bataillon à l’origine eut deux dépôts, le premier à Ajaccio pour le Liamone et le second à Bastia pour le Golo. Au fur et à mesure de leur enrôlement les jeunes recrues rejoignaient le dépôt de leur département. Le recrutement ne se fit pas sans difficultés malgré la diligence de Galeazzini, Préfet du Liamone et de Pietri, Préfet du Golo. Les Maires n’avaient pas réussi en mars 1803 à mettre en route les conscrits désignés. Un appel fut lancé à la population :-« Les conscrits doivent être incorporés dans un bataillon créé par le premier consul à l’instar de l’ancien régiment Royal-Corse, auquel il sera accordé des privilèges considérables. Le gouvernement a le droit de compter sur la bonne volonté, mais s’il se trouvait quelque lâche qui voudrait se soustraire au service militaire, il serait poursuivi rigoureusement et envoyé aux Colonies pour punition ». A la fin d’avril , les communes de Liamone à l’exception d’Ajaccio, Sartène, Eccicasuarella et Santa Maria Sicché étaient loin d’avoir fourni leur contingent. On eut recours à la Gendarmerie. A la demande du préfet, le général Radet, organise une colonne volante sous les ordres du capitaine Costa qui reçut des ordres très sévères : « Le capitaine Costa après avoir utilisé tous les moyens de persuasion demeure autorisé à placer des sous officiers comme garnisaire chez les parents aisés et à arrêter les parents pauvres des conscrits récalcitrants ou fugitifs .et les conduire à Ajaccio. Cependant il sera très prudent sur cette mesure qu’il n’emploiera qu’à la rigueur….Lorsque le capitaine Costa remarquera de la négligence, de la mauvaise foi ou de la partialité dans la conduite des maires ou adjoints de communes, il en rendra compte à son chef d’escadron, pour que le préfet en soit informé et il est de plus autorisé à signifier à ceux des maires ou adjoints, dans l’un de ces cas, de se rendre devant le sous-préfet pour rendre compte de sa conduite. Le capitaine Costa formera de sa troupe deux détachements au moins, il mettra le lieutenant Emily à la tête de l’un d’eux et marchera à la tête de l’autre. Il remettra copie de ses instructions à ce lieutenant et tous deux parcourront les communes récalcitrantes. Il pourra envoyer une brigade dans les communes les plus tranquilles ; à cet effet il fera le choix du sous officier le plus intelligent à qui il donnera ses ordres et copie des instructions du préfet. Tous les conscrits qui seront fournis ou arrêtés seront conduits à Sartène et de là à Bastia par les troupes de la 23ème Légère. Le capitaine Costa connaissant toute l’importance qu’attache le Premier Consul à la prompte levée de toute la conscription agira avec tout le zèle, la prudence et la célérité dont il est capable et informera son chef d’escadron de cinq en cinq jours de sa marche et des succès ou des obstacles qu’il obtiendra ou rencontrera dans ses opérations.(Général Radet au Capitaine Costa à Bastia le 27 Ventôse An XI). Les mêmes mesures avaient été prises dans le département du Golo. Toutes ces difficultés provenaient de l’arbitraire des maires, investis de pouvoirs étendus leur permettant notamment celui de désigner les conscrits, pratiquement sans contrôle. Un maire était tout de même assez mal qualifié pour décider de l’aptitude physique au service militaire de ses concitoyens. Ce mode de recrutement arbitraire s’opérait selon leur bon vouloir, protégeant ainsi leurs parents et leurs partisans, et trouvant là, un prétexte pour éloigner leurs adversaires politiques ou les simples particuliers qui leur portaient ombrage. Le recrutement en Corse fut la cause d’implacables inimitiés. Les conscrits étaient prélevés parmi les jeunes gens bien constitués, de la taille de cinq pieds minimum et après un tirage au sort. Ces obstacles furent assez rapidement balayés par les généraux Morand, Casalta et Radet, et en 1803 l’effectif du bataillon de Chasseurs Corses était presque complet. La concentration des dépôts de ces conscrits et de ces « volontaires malgré eux » était une source de perpétuels embarras. « On a la plus grande peine à les contenir lorsqu’ils atteignent le nombre de cinquante ». (Pietri à Radet).
Le général Joseph MORAND ( 1757-1813) gouverneur militaire de la Corse lui-même doit négocier avec plus de cent insoumis du Liamone réfugiés dans le maquis. Il doit transiger et les admet dans un Bataillon de Voltigeurs Corse qui sera sédentaire. Mais Bonaparte qui connaît bien ses compatriotes, s’en méfie, les veut sur le continent : « c’est le meilleur moyen de les organiser et de les discipliner. » C’est pourquoi un arrêté du 2 mai 1803 prescrivit l’envoi du Bataillon de Voltigeurs Corses qui renforcera le 3ème Bataillon de la 3ème Demi-Brigade Légère devenue entre-temps le 8ème Régiment d’Infanterie Légère depuis peu. Dans le courant du mois de juin, les Chasseurs Corses furent réunis à Antibes et organisés en 9 compagnies à 100 hommes chacune, dont une de Carabiniers, il n’y eu pas de voltigeurs. Bien que rattachés à la 8ème Légère, le bataillon avait une administration particulière. Le 16 Prairial An XI (6 juin 1803) l’organisation du Bataillon de Chasseurs Corses s’établissait comme suit :
Composition du Bataillon de Chasseurs Corses au 06 juin 1803 (16 prairial An XI) :
Chef de Bataillon : CATANEO Pierre Quartier Maître : LANDINELLI ( Capitaine) État-major : Adjudant Major : MAZZA (Lieutenant) Officiers de santé : STEPHANOPOLI et Sous aide major, puis aide major, du 31 mai 1803 jusqu'au 11 avril 1809, Jean Baptiste Alphonse Jules ORNANO. Cie de Carabiniers : Capitaine ; MORANDINI Antoine-François Lieutenants : ANTOMMARCHI G - RAMOLINO J.A. Sergent major : FOURNIER Ch. Sergents : SANTUCCI P.P., GIACOMONI A. Baptiste, GRAZZIANI D. Fourrier : MORELLI A.M. Caporaux : 8
Compagnies de Chasseurs
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Grades |
1ère Cie |
2ème Cie |
3ème Cie |
4ème Cie |
Capitaine |
MATTEI |
CAMPANA J.F |
LAMOTHE |
NATALI J |
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Lieutenant en 1er |
SILVESTRI A.M |
CASABIANCA |
VERSINI P |
LECCIA J |
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Lieutenant en 2nd |
MATEI A.J |
ALBERTINI L |
MUCCHIELI A.B |
ARRIGHI J |
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Sergent major |
MATTEI A |
CAMPANA J.A |
LUCCHINI R |
PULICANI J.M |
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Sergents |
BONETTI P.D
PERETTI D
SANTUCCI A
? |
CASANOVA J
OLIVETTI A
SANTOLINI Ph
? |
ROMANI J
ORTOLI D
POZZO di BORGO
MORONI |
BRANDISI S.B
SALICETTI J.V
POLI Y
? |
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Fourrier |
OLIVIERI L |
AMBROSI F |
RAIBALDI A |
PINELLI J.M |
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Grades |
5ème Cie |
6ème Cie |
7ème Cie |
8ème Cie |
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Capitaine |
AMBROSINI M |
MAJORCHINI J.A |
BATTINI A.B |
SEBASTIANI |
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Lieutenant en 1er |
RISTORI |
ABBATI F |
MATTEI Ch. |
GIUDICENTI |
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Lieutenant en 2nd |
MUCCHIELLI L |
FRENELLI B |
BUTTAFUOCO J |
AMBROSI X |
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Sergent major |
OLLAGNIER B |
? |
? |
RISTORI |
|
Sergents |
SALVETTI F
SIMONI
PAOLI |
FILIPPI A.F
GIOVANMARCHI SUZZARINI |
RICCI D
RAFFAELLI J
GIOVANNACCI |
COLOMBANI J
ANDREI D
CALENDINI A |
|
Fourrier |
CUNEO J |
LEONETTI L M |
PETRIGNANI A |
PIANELLI |
C’est sous cet ordre qu’il se met en route en octobre 1803, pour rejoindre le Camp de Boulogne. En arrivant au camp d’Ambleteuse où il est cantonné, le bataillon est affecté au Corps du Centre de l’Armée de l’Océan, placé sous les ordres du général SOULT . En avril 1804, le bataillon devient autonome et prend le nom de Bataillon des Tirailleurs Corses. En Juin 1804, une nouvelle compagnie du Liamone est incorporée aux chasseurs Corses pour y former une compagnie de Voltigeurs. Le 16 Août 1804, ( lendemain de la Saint Napoléon) a lieu une immense cérémonie au Camp de Boulogne, où l’Empereur vient distribuer les croix de la Légion d’Honneur. Le commandant du Bataillon Philippe d’Ornano est fait chevalier dans cet ordre.
Uniforme de chirurgien du Bataillon de Tirailleurs Corses. Reconstitution - Crédit photo - René Chauvin
Le 21 décembre 1804, a lieu au Camp de Boulogne la remise officielle des Aigles aux régiments présents, qu’une délégation de chaque corps était venue chercher à Paris, 15 jours plus tôt. Les Tirailleurs Corses perçurent le leur. Le 14 Fructidor de l’An XIII (1er Septembre 1805), l’unité prend officiellement la dénomination de Bataillon des Tirailleurs Corses. Son commandement est confié à Philippe d’Ornano. Le Bataillon se compose d’une compagnie de Carabiniers, d’une compagnie de Voltigeurs, et de huit compagnies de Chasseurs.
L’UNIFORME
Les troupes Corses ont toujours cherché à se singulariser. Or il est difficile de le faire lorsqu’on est intégré dans l’armée impériale et qu’on est assimilé à un Bataillon d’infanterie légère. Les Tirailleurs Corses perçurent la tenue bleue impériale comme tous les régiments de ce type, il apportèrent une modification dans la couleur du collet de l’habit, des parements et des pattes de parements qui fut « vert pomme », ce sera la seule unité à porter cette couleur. Pourquoi le choix de ce vert ? Il y a deux hypothèses. Ils sont issus on le sait du 8ème Léger, or la couleur distinctive des musiciens de ce régiment était le vert. Ou tout simplement Philippe d’Ornano s’est il souvenu que Catherine de Médicis avait offert à son homonyme, le maréchal Alphonse d’Ornano, dix drapeaux verts à croix blanche portant la devise Pugna Pro Patria, depuis il semble que le vert soit devenu la couleur militaire de la Corse. Et puis l’Empereur n’aimait-il pas le vert ! Le fait est que nos Corses vont se singulariser par cette couleur distinctive, et de plus ils porteront la giberne sur le ventre « à la Corse ». Les Tirailleurs Corses portent l'uniforme de l'infanterie Légère Française distingué de vert au collet, parements et pattes de parements. L'habit de drap bleu impérial est à retroussis courts et véritables, passepoilés de blanc et ornés de cors de chasse en drap blanc découpé. Revers bleus passepoilés de blanc. Boutons plats en étain sans numéro, estampé d'un cor de chasse.
Les Tirailleurs Corses - André Jouineau
Chasseur - Sergent major - habit de carabinier - Habit de voltigeur - Carabinier - Drapeau - Fanions de Compagnies - Tambour - Officier - Sapeur
Les Chasseurs portent les épaulettes vertes à franges vertes et tournantes jaunes. Rien de connu pour les Carabiniers. On peut supposer toutefois qu'ils se distinguèrent par des épaulettes de couleur rouge et par le port d'un bonnet d'oursin. Toutefois, d'après le général SANTINI, l'uniforme est identique à celui des chasseurs, ils auraient porté les cors aux retroussis au lieu de grenades. Shako du modèle de 1801, dont voici la description : Cylindre en feutre haut de 6 pouces 7 lignes, largeur du haut 8 pouces, recouvert d'un cuir de mouton noir, garni d'un cuir autour portant 3 pouces de largeur, visière en cuir bouilli et estampé large d'1 pouce 10 lignes, longue de 6 pouces 1/4 et garnie de 3 agrafes pour l'attacher au feutre, orné sur le devant d'une plaque en losange de fer blanc estampé d'un cor de chasse. Les Tirailleurs Corses ne porteront pas d'autre modèle de plaque. Cordon vert non tressé avec raquettes, passant devant.
Culotte de drap bleu, coupée à la hongroise, à pont et canons de jambes fermés par agrafes au dessus de la cheville. Gilet ou veste de drap bleu, porté sous l'habit veste, et fermant devant à l'aide d'une dizaine de petits boutons d'uniformes. Guêtres noires, courtes, ornées d'un passepoil et d'un gland vert. Boutons en bois. Giberne de cuir noir, elle est ornée sur le devant d'un cor de chasse en métal blanc. Elle se porte à la ceinture sur le ventre. Les sous officiers portent de part et d'autre une paire de pistolet dans des fontes. Par le décret du 25 février 1806, l'Empereur accorde à toute l'infanterie de Ligne, le shako pour le renouvellement de 1807. Cette coiffure qui existait déjà dans l'infanterie légère subi quelques modifications. L'article 29, stipule que les corps hors ligne, recevront les shakos de l'arme à laquelle ils sont assimilés, en observant que la plaque sans numéro et la jugulaire seront de la couleur du bouton. Pour nos Tirailleurs, la tenue n'est pas modifiée, la plaque de shako est inchangée, seule la coiffure subie quelques modifications. les guêtres sont noires, courtes, découpées en cœur et ornées d'un passepoil et d’un gland jonquille.
Plaque de shako de troupe in Aigles et Shakos
Plaque de shako d'officier d'infanterie légère
CHASSEURS
Le shako de feutre noir, renforts en V de cuir noir, calotte de cuir noir, visière cousue, orné d'un cordon natté jonquille, passant sur le devant seulement, avec une raquette. La cocarde et le plumet vert se portent à gauche. Jugulaires de métal blanc à 18 écailles. Les épaulettes sont vertes à franges et tournantes jonquille.
VOLTIGEURS
La coiffure est identique dans ses formes à ci-dessus. Le shako est orné d'une tresse de laine jonquille sur le sommet et au bourdalou ainsi que sur les chevrons de renfort. Cocarde tricolore et plumet jonquille à gauche. Cordon natté jonquille passant devant et une raquette jonquille. Jugulaires à 18 écailles de métal blanc. Les épaulettes sont entièrement jaunes.
CARABINIERS
La coiffure est identique dans ses formes à ci-dessus. Le shako est ornée d'une tresse de laine rouge sur le sommet et au bourdalou ainsi que sur les chevrons de renfort. Cordon tressé rouge passant devant et une raquette. Plumet rouge et cocardes tricolores à gauche. Jugulaires en écailles de métal blanc. Les épaulettes sont entièrement rouges.
CAPORAUX & SOUS OFFICIERS
Les marques de grade sont identiques aux autre troupes d'Infanterie légère. Les galons de manche sont en argent. Ils portent la coiffure de leur compagnie. Leur shako se différenciant par un galon de laine blanche sur le pourtour supérieur. Épaulettes de leur compagnie, avec deux traits argent sur le corps de l'épaulette et franges et tournantes mêlées avec 2/3 d'argent mélangé. Les sous officiers font usage d'une paire de pistolet, qu'ils portent dans un étui de part et d'autre de la giberne.
OFFICIERS
Les officiers portent la tenue des officiers de l'infanterie légère. Ils ont conservé les basque longues. L'uniforme est confectionné dans un drap plus fin que la troupe. Leur fonction est distingué par le port d’un hausse col portant soit les motifs impériaux, soit ceux de leur arme. Ce qui est blanc pour la troupe, est argent pour les officiers. ( passepoils, épaulettes, cors des retroussis, boutons, jugulaires, plaque de shako ). L'aigle est porté par un lieutenant en second, encadré par deux adjoints porte aigle, pris parmi les sous officiers le plus valeureux.
TAMBOURS, FIFRES & CORNETS
Les revers et les retroussis de l'habit veste deviennent verts, passepoilés d'un galon de laine blanc large d'un pouce. Galon blanc au collet, revers et parements. Shako et épaulettes de leur compagnie, plumet vert à sommet jaune, sauf pour les carabiniers qui est rouge. Il existe un document montrant un fifre, portant une tenue identique à celle des tambours, mais avec en plus 7 galons en V inversé de drap blanc sur chaque manche. Un plumet jaune à sommet vert, alors qu'il semble qu'il n'y ait jamais eu de fifres au bataillon.

L’histoire n’a retenu que le nom d’un seul de ces tambours, il s’agit de Jean-Noël SANTINI , né le 17 juillet 1790 à Lama. Engagé à l’âge de 14 ans en 1804, où il vint se proposer à Bastia, au Bataillon de Tirailleurs Corses, qu’il rejoint au camp d’Ambleteuse. Il fit toutes les campagnes de l’Empire jusqu’à Moscou. Lors de la retraite il quitta l’armée pour passer à l’Etat-Major Impérial comme estafette. SANTINI se trouvait à Fontainebleau lorsqu’il sollicita d’accompagner l’Empereur à l’île d’Elbe sur les recommandations du général d’Ornano. Pendant les Cent-Jours il fut nommé Ministre du Portefeuille Impérial. Napoléon le désigne pour l’accompagner à Ste Hélène qu’il dut quitter le 19 octobre 1816, proscrit par sir Hudson Lowe. Etroitement surveillé par toutes les polices européennes. Sa surveillance ne se radoucira qu’à la mort de l’Empereur. Après la Révolution de Juillet il obtint une modeste place dans l’administration des Postes, puis obtint de Jérôme Bonaparte le poste de gardien du tombeau des Invalides en récompense de son dévouement. Philippe d’Ornano, étant nommé Gouverneur des Invalides en octobre 1853, Santini se retrouva à nouveau « sous ses ordres ». Jean-Noël SANTINI décède à Paris le 23 juillet 1862, et sera enterré dans la fosse commune au cimetière du Montparnasse le 25 juillet. Aucun monument ne sera élevé à sa mémoire et sa sépulture n’existe plus. Dans son 5ème codicille, Napoléon lui léguait 25 000 F.
Tambour du Bataillon de Tirailleurs Corses.
Reconstitution - Crédit photo René Chauvin.
SAPEURS
Ils portent la même tenue que les musiciens, avec en plus deux haches croisées de drap rouge sur le haut du bras et les épaulettes rouges. Ils sont coiffés d'un colback à flamme rouge., galonné de jaune, pompon jaune. Jugulaires à écailles de métal blanc. Plumet écarlate sur le devant.
Dans l’armée impériale, les compagnies se distinguaient et venaient se regrouper autour de leur fanion de compagnie. Dans toute la Légère, sauf rares exceptions, les fanions de compagnie étaient ornées du cor de chasse, soit un grand cor au centre, soit quatre petits disposés dans chacun des angles, soit encore la combinaison des deux. Au centre du fanion trônait le numéro du régiment. Les Tirailleurs Corses, n’étant pas enrégimentés, constituait une unité autonome. Ne pouvant donc pas mettre de numéro, ils placèrent au centre d’un grand cor d’argent, une tête maure, emblème de la Corse, mais une tête assez rustique et assez simple. Copie sans doute de la tête Maure que mit sur son drapeau Sampiero Corso. Les fanions étaient faits de serge de couleur différente suivant les bataillons. Couleur pure ou tranchée, de 60 cm x 60 cm, bordé d’une frange de laine sur trois côtés ( pas de franges côté hampe). La hampe est de bois non peint d’un diamètre de 18 mm pour une longueur de 1.65 m, et surmontée d’une petite pique en laiton. Cette hampe s’enfilait dans le canon du fusil, et était porté par un sergent. Pendant la bataille, il empêchait le tir. Il était retiré avant le combat et porté dans le dos, coté opposé au briquet. ( documentation Gal Santini)

LES CHEFS DE CORPS
Les Tirailleurs Corses sont commandés par Philippe d’ORNANO, cousin de l’Empereur, né à Ajaccio en 1784. Beau, jeune, d’une taille élevée.
« Joli cavalier, fringant, tout le soldat de l’épopée, il incarnait toutes les males vertus d’une race de guerriers, son geste et sa parole respiraient le feu et la hardiesse, et il possédait au suprême l’art d’entraîner les hommes ». (H. Bouchot). Il quittera le bataillon en janvier 1807, quand il sera nommé Colonel du 25ème Dragons. Général de brigade en 1811 au soir de la bataille de Fuentes de Onoro, divisionnaire après la Moskowa. Gravement blessé, il est laissé pour mort à la bataille de Krasnoë. Il est nommé en février 1813, Commandant du Régiment des Dragons de la Garde. Une blessure au ventre consécutive à un duel, le tient éloigné du champ de bataille de Waterloo. Il épousera Marie Waleska en 1816, devenant de ce fait beau-père du fils de Napoléon. Nommé Maréchal de France, et gouverneur des Invalides, il s’éteint à Paris le 13 octobre 1863 à l’âge de 79 ans.
L’adjudant major, Antoine François MORANDINI, est un enfant de Moïta. Son père avait été capitaine dans l’armée de Pascal Paoli pendant la guerre d’indépendance. Sa famille avait embrassé le parti Français, et son oncle Antoine ANDREI (1755-1821 ) avait été envoyé à la Convention par ses compatriotes. De grande taille, bien fait de sa personne, il excitait l’admiration sur son passage. Il était entré en service en 1786 au Régiment Royal-Corse. En 1788, le régiment est dissous et ses deux bataillons constituent le 3ème Régiment de Chasseurs Royaux Corses, et le 4ème Régiment de Chasseurs Corses. Il passe au 4ème Chasseurs. Caporal Fourrier en 1791, Sergent major le 21 janvier 1794, Adjudant le 9 mai 1794, et Sous-lieutenant le 2 juin 1794. Le 6 août 1794, le 4ème devient Demi-brigade Légère. Il est nommé Lieutenant le 22 septembre 1795. Aide de camp du Général Gentili, il le suit en Italie, à Corfou, où il est aide de camp de l'adjudant-général Rozé, et en Corse. Le 22 décembre 1800, il est nommé capitaine à la 4ème demi-brigade Légère, et passe aux Tirailleurs Corses le 10 janvier 1802, où il commande la compagnie de Carabiniers. Chef de bataillon surnuméraire le 25 novembre 1806, il est confirmé dans son grade le 1er février 1807. Il commandera le bataillon jusqu’à sa dissolution en 1811. Il passera au 11ème Léger, mais sera nommé Commandant d’armes de 4ème Classe le 1er Novembre 1811. en non activité à la fin de cette année, il sera employé à la suite de la Grande Armée le 24 juin 1812, comme commandant d’armes à Merseburg. En Novembre 1813, il commande le dépôt des conscrits réfractaires de Wesel évacué sur Maëstricht. Rentré en France à la fin de l’année 1813, il est placé en non activité en juin 1814. Retraité en janvier 1815. avec le retour des Bourbons, il reprend du service, et commande la 2ème Compagnie de Gendarmerie d’Ajaccio en Corse. Il sera définitivement admis à la retraite le 1er janvier 1816. Antoine Morandini a été nommé Chevalier d’Empire le 15 août 1809, par lettres patentes du 02 septembre 1810. Il a été nommé Chevalier de la Légion d’Honneur le 16 mars 1806, et Chevalier de St Louis le 9 avril 1817. Il avait été blessé à Austerlitz (1805), Eylau (1807), Heilsberg (1807) et Ebersberg (1809) où il est fait prisonnier. Il s’éteint à Moïta le 29 avril 1831 à l’age de 65 ans.
Le capitaine CASABIANCA Pierre François, fils du général et sénateur Raphaël Casabianca. Il assurera l’intérim du bataillon après la bataille d’Ebersberg (3 mai 1809) pendant la captivité et la convalescence de Morandini. A la dissolution du bataillon, il commandera le 11ème Léger, dont les Tirailleurs Corses constituent le 1er bataillon. Il mourra de la suite de blessures le 11 août 1812 pendant la campagne de Russie. Il est à noter que le 11ème Léger aura l’insigne honneur de porter dans les soies de son drapeau les batailles auxquelles les Tirailleurs Corses ont participé. Mais ceci est une autre histoire.
EN CAMPAGNE
Les Tirailleurs Corses font partie du IV° Corps de la Grande Armée sous les ordres du Maréchal SOULT, La 1ère Division, Généraux SAINT HILAIRE, THIEBAULT, MORAND & VARE, comprend le 10ème Léger, les 36ème , 43ème & 55ème de Ligne. La 2ème Division, Généraux VANDAMME, SCHINER, FERREY & CAUDRAS, comprend les Tirailleurs Corses, le 24ème Léger, les 4ème , 28ème , 46ème & 57ème de Ligne. La 3ème Division, Généraux LEGRAND et MERLE, Brigade MERLE, comprend les Tirailleurs du Pô commandés par le Commandant HULOT, le 26ème Léger, Colonel POUGET, le 3ème de Ligne, du Colonel SCHOBERT, le 18ème de Ligne, Colonel PELLEPORT, et le 75ème de Ligne, Colonel LHUILLIER.
L’artillerie est commandée par le Général LARIBOISIERE, la cavalerie par le Général MARGARON, et comprend les 11ème & 26ème Chasseurs et le 8ème Hussards, commandé par un Corse, le Colonel FRANCESCHI, qui sera nommé général après Austerlitz, le génie par le Général POITEVIN. L’Angleterre qui ne supporte pas la suprématie française sur le continent, rompt la fragile paix d’Amiens. Cette armée massée face à ses côtes l’inquiète au plus haut point. Avec son or, elle pousse l’Autriche et la Russie à s’armer. Seule la Prusse adopte une position d’attente. Attendant de voir le déroulement des opérations pour s’engager. La guerre est déclarée. Par une manœuvre audacieuse et longuement préparée, l’Empereur va démontrer dans cette campagne tout son génie. Par un habile mouvement à 180°, l’armée du camp de Boulogne entre en campagne.
LA CAMPAGNE DE 1805
DEPART DE BOULOGNE
La levée du Camp de Boulogne a lieu le 30 août 1805. Le IV° Corps de SOULT se dirigea sur le Rhin. Il arriva à Landau le 25 septembre. Faisant étape par Saint Omer, Béthune, Douai, Cambrai, Avesnes, Mézières, Sedan, Verdun, Metz, Sarrebourg, Saverne et Strasbourg. On fit à Saint Omer, une distribution d’effets de campement qui eut pour effet d’alourdir le « barda », et l’on fit trois séjours à Douai, Mézières et Metz pour reposer. La 2ème division traverse le Rhin dans la nuit du 26 au 27 septembre et prend la route d’Heilbronn où elle cantonna le lendemain occupant Spire, Burhausen et Walosee. Le 4 octobre, la proclamation de l’Empereur à l’armée était lue au bataillon. -« Soldats, la guerre de la troisième coalition est commencée…Votre Empereur est au milieu de vous. Vous n’êtes que l’avant garde du grand peuple. S’il est nécessaire, il se lèvera tout entier à ma voix, pour confondre et dissoudre cette nouvelle ligue qu’ont tissé la haine et l’or de l’Angleterre. Mais, soldats nous aurons des marches forcées à faire, des fatigues et des privations de toute espèce à endurer. Quelqu’obstacles qu’on nous propose, nous les vaincrons et nous ne prendrons le repos que nous n’ayons planté nos aigles sur le territoire de l’ ennemi".
Le 6 Octobre, la 2ème Division se met en marche à 6 heures du matin et se dirige sur Nordlingen et vient prendre position en avant de Golburghausen. Les Tirailleurs Corses sont en avant garde. La division VANDAMME atteint Donauwert le 6 vers huit heures du soir. Le lendemain elle s’établit en avant du village de Genderkingen et à la pointe du jour se remettait en marche vers Aichach. Les évènements se précipitaient. « Ne donnez aucun repos et songez que de jour ou de nuit il faut que vous m’enleviez le corps qui est à Augsburg. Le moins que vous puissiez m’envoyer c’est 3 à 4000 prisonniers ».(Lettre de Napoléon à SOULT)
Tous les corps étaient épuisés par ces marches et la faim, et au bivouac pendant que les chemises sèchent, on colporte la relation des brillants succès du Prince MURAT. On se représentera l’enthousiasme des soldats de l’arrondissement de Bastia à l’annonce de l’action d’éclat de SEBASTIANI, et la joie des Cortenais en apprenant que le Colonel ARRIGHI, commandant le 1er Dragons s’est couvert de gloire le 8 au combat de Wertingen.
Le 9 octobre à 4 heures du matin, la division VANDAMME se mettait en mouvement pour se diriger vers Augsburg par un temps affreux sur des chemins détrempés, des ponts coupés, vers midi la division souffrant de fatigue et de faim s’installa entre Augsburg et Gôgglingen, tandis que les Tirailleurs Corses qui avaient ordre de rejoindre la 3ème division continuaient leur route vers Haunstetten. A la suite d’un incident survenu entre le général VANDAMME, très entier et très vif, et le commandant des Tirailleurs Corses, Philippe d’ORNANO, le bataillon fut affecté par SOULT à la division LEGRAND, Brigade Légère MERLE. C’est à compter de cette date, que les Tirailleurs Corses seront associés à ceux du Pô.
Officier et Chasseur - D'après un dessin de Boisselier
Le 11 octobre, au lever du jour, la 3ème division levait le camp, les Tirailleurs en avant garde, sous le commandement de MERLE. Après une terrible journée de marche sous la pluie et les rafales de neige, la division atteignit Landsberg et venait s’établir en arrière de Holtzhausen, sur la route de Mildelheim. Dans la journée SEBASTIANI et ses dragons avaient vigoureusement chargé le Régiment de Ferdinand-Kuirassier et avait fait 40 prisonniers.
Sur ordre de SOULT, le 12 octobre avant le lever du jour, le général SEBASTIANI envoyait une reconnaissance de deux régiments de dragons sur Wilheim à l’effet d’y enlever un convoi d’artillerie, en même temps la division LEGRAND, formant la tête de colonnes se dirigeait vers Mildelheim et portait son avant garde ( toujours la légère ) sur la rive gauche du Mindel. -« Nos braves soldats «étaient exténués de fatigue ; c’est avec des vêtements mouillés et par une neige abondante qu’ils se mettaient en route sur des routes tellement boueuses et défoncées qu’ils préféraient se jeter à travers champs .pour faire 20 kilomètres on marchait jour et nuit, et j’ai vu dans cette campagne dormir en marchant, ce que je n’aurai pas cru possible ; on arrivait ainsi à la position que l’on devait occuper, sans avoir rien mangé et sans y avoir trouvé des vivres. » (Souvenirs du Général LEGENDRE).
Telle était la situation matérielle de la Grande Armée. les Officiers réussissaient néanmoins à maintenir le moral de leur troupe. Nous reproduisons ici la belle proclamation du général VANDAMME aux officiers et soldats de la division à laquelle les Tirailleurs Corses avaient appartenu. Le général s’est peut-être souvenu en la rédigeant qu’il avait été souverainement injuste envers ces braves exténués de fatigue. -« Landsberg le 20 vendémiaire an XIII (12 décembre 1805) Messieurs, La position dans laquelle nous nous trouvons, me force à en appeler à toute votre attention. Les marches forcées faites ou à faire pour compléter la plus belle campagne connue dans l’histoire, les privations auxquelles nous sommes exposés tout, messieurs exige de notre part des soins particuliers pour maintenir la troupe dans la discipline, conserver la santé des braves que nous commandons et entretenir l’armement et l’habillement en règle. Je vous conjure au nom de l’honneur, au nom de l’amour que nous portons à notre Auguste Empereur, occupez vous constamment de vos brigades, régiments, bataillons et compagnies, que je me préoccupe autant que possible de vous tous. Je sacrifierai ma santé et ma vie pour le bien-être de ma division, mais je ne puis rien sans le concours de ceux, qui comme moi ont juré à l’Empereur de bien le servir et de tout faire pour son glorieux règne. Nous sommes à la veille de grands évènements militaires. Toute une armée est presque entourée par la Grande Armée que le grand Napoléon commande en personne. Préparons nous à nous battre, et sous peu, la victoire la plus signalée terminera cette campagne pénible et glorieuse. C’est dans les circonstances difficiles que l’homme de cœur prouve qui il est. Si notre métier n’était pas si pénible, s’il n’y avait pas souvent des dangers et des maux à supporter, quel honneur y aurait-il d’être militaire ? L’élite de la Nation ne composerait pas les armées et nous ne serions plus les citoyens distingués de la grande Nation. Content jusqu’ici de la presque totalité de ma division je me félicite de la commander. Je vois les chefs attentifs, les soldats patients et disciplinés, et j’ose d’ avance me convaincre que de brillants succès couronneront nos généreux efforts. Soldats ! continuez à être patients. Croyez que, moi et tous vos chefs, nous n’avons rien tant à cœur que de vous conduire au chemin de la Victoire. Le temps est affreux, les chemins difficiles, mais nous sommes français ; notre Auguste Empereur marche à notre tête ; d’éclatantes victoire seront lez prix de tant d’héroïsme. La campagne ne sera pas longue ; tous savent que notre souverain ne combat que pour les vaincre ; ils ne peuvent l’avoir oublié. Je compte toujours sur votre valeur, sur votre discipline et sur votre patience. Comptez sur ma sollicitude pour alléger vos privations, vos souffrances et obtenir qu’on mette un peu plus de régularité dans la distribution des vivres. Je sais vous apprécier. Continuez à m’accorder votre confiance. Donnez m’en la preuve par votre bonne conduite et je serai tout entier à vous. VANDAMME.
Que les belles paroles et les théories morales étaient faciles à cette époque ! Le 13 octobre, à la pointe du jour, la Division LEGRAND se mettait en route. Il fallait exécuter les ordres de l’Empereur qui écrivait à SOULT : « Si je n’avais voulu que battre l’ennemi, je n’ai pas eu besoin de tant de marches et de fatigues, mais je veux le prendre et il faut que de cette armée, il ne reste pas un seul homme pour emporter la nouvelle à Vienne ». Pour arriver à ce résultat, il fallait que SOULT s’emparât de Memmingen pour assurer l’investissement d’Ulm. A midi, la division LEGRAND était devant Memmingen. A 3 heures, l’avant garde reprenait sa marche en avant pour se porter sur le pont d’Ingelsee en passant par Steinheim. Le général MERLE qui conduisait l’infanterie, 26ème Léger & Tirailleurs Corses et le général MARGARON, avec deux régiments de chasseurs et le 8ème Hussards avaient l’ordre de s’emparer du pont et de jeter de suite des troupes sur la rive gauche de l’Iller. En arrivant à Steinheim, le général MERLE devait diriger un détachement d’infanterie sur le pont de Kelmung. Dans la soirée l’avant garde rencontre l’ennemi, le culbute et fait quelques prisonniers. A la nuit la 3ème division était placée, la gauche vers le village de Steinheim, et la droite vers l’Iller vis à vis du pont d’Ingelsee. La brigade de cavalerie et l’infanterie légère prenaient position sur la rive gauche de l’Iller, près du pont, surveillant les mouvements des Autrichiens d’Ulm pour les empêcher de passer la rivière. L’investissement de Memmingen était complet grâce à l’habile manœuvre des généraux WALTER et SEBASTIANI. Le 14 octobre, nos troupes restent en position, attendant la capitulation de Memmingen, laquelle fut signée dans la journée. Le général SEBASTIANI qui se trouvait avec le général SALLIGNY lors des négociations, contribuait avec un régiment de dragons à faire accélérer l’évacuation. Les Autrichiens commandés par le général SPANZEN laissaient entre nos mains 5 000 combattants, 10 pièces de canons attelés et leurs caissons à munitions et 10 drapeaux. Dans la soirée la 3ème division se rend en toute hâte à Ochsenhausen où les troupes prennent une journée de repos, mais dès le lendemain SOULT qui veut se rapprocher le plus possible de Ulm, donne l’ordre de mise en route et les marches reprennent toujours sous la pluie et le débordement des rivières, surtout la Rottun, obligèrent les troupes à passer dans l’eau, en ayant jusqu’à la ceinture. Dans la journée du 16 octobre, les marches furent si pénibles que quelques cas d’indiscipline se produisirent dans les 1ère et 2ème divisions du IV° Corps. Le 18 octobre, Ulm capitulait, une garnison de 36 000 hommes, 60 pièces de canon et 50 drapeaux tombaient entre nos mains. Il est difficile de se faire une idée des souffrances que l’armée avait du endurer pour exécuter les ordres de l’Empereur pendant les 48 heures qui avaient précédées la capitulation d’Ulm. L’Armée n’avait vécu que de pommes de terre et de fruits sous une pluie continuelle qui trempait les troupes et alourdissait les équipements. Après la capitulation de l’infortuné général MACK à Ulm, la Grande Armée avait à pousser les Russes et à marcher sur Vienne. Le 19 octobre, la division LEGRAND quittait Lauphein et se dirigeait sur Memmingen. Quatre jours après, le IV° Corps était réuni à Landsberg. La 3ème Division cantonna en arrière du village de Schöffelding sur la route de Munich. Le 25 octobre, à 06 heures, la division LEGRAND se met en route, se dirigeant vers Munich. A 9 heures du matin, la division LEGRAND doit s’arrêter aux portes de la ville afin de permettre au reste du IV° Corps de rejoindre et ainsi entrer dans la capitale de la Bavière en bon ordre. Vers 1 heure de l’après-midi, le IV° Corps regroupé, en tenue de parade, traversait les rues de la ville, derrière la cavalerie légère marchaient le 26ème Léger, les Tirailleurs Corses, et les Tirailleurs du Pô. Tout à coup, on annonce aux soldats que l’Empereur est là pour les voir défiler. Aussitôt les rangs se serrent, les traînards se rallient, les têtes se relèvent, les fusils se redressent et l’on fait des efforts surhumains pour se présenter avec dignité et fierté devant l’Empereur. Napoléon connaissait toutes les misères endurées par son armée et savait aussi : « que cette file d’éclopés, de traînards et de pillards était un mal inévitable, un résultat des marches forcées et subites, au moyen desquelles l’ennemi partout prévenu et déconcerté se trouvait à demi-vaincu avant de combattre. Qu’ainsi les jambes épargnaient les têtes. » (SEGUR Mémoires).
En sortant de Munich, la 3ème Division s’arrêta à Riem où elle reçut l’ordre de se rendre à Ottendichel sur la route de Mülhdorf où elle cantonna. Les ordres du quartier général ajoutaient que la division LEGRAND séjournerait le 27 Octobre dans ses cantonnements pour y recevoir du pain pour deux ou trois jours. Mais un nouvel ordre reçu par la suite prescrivit que la division partirait à la pointe du jour, pour se rendre dans les environs de Hohenlinden avec pour mission d’appuyer la réserve de cavalerie sous les ordres du Prince MURAT. A 7 heures du matin, par un brouillard épais, la division reprenait sa marche en avant sans qu’il ait été procédé aux distributions prévues. En remplacement de viande et de pain, les troupes reçurent un nouvel ordre, il s’agissait de se rendre à grandes marches sur Muhldorf, et le 29 octobre, la division cantonna en avant de cette ville dans les villages de Töging et Mössling. Une maigre collation put leur être fournie.
Le 30 octobre, la division LEGRAND franchit l’Inn et alla bivouaquer sur les hauteurs, en arrière de Burghausen. Le lendemain par un temps affreux, à la pointe du jour, la division LEGRAND passait la Salzach et s’arrêtait à Riedham Le général LEGRAND reçut l’ordre de prendre le pain pour trois jours à Branau, on en profita même pour faire une distribution de chaussures….il était temps. « des régiments étaient entièrement pieds nus. 210 Tirailleurs Corses n’avaient plus de chaussures et attendaient toujours celles qu’on leur avait promises. Un ordre du 26 octobre annonçait que les souliers étaient enfin arrivés et allaient être distribués ultérieurement ». (SALLIGNY aux chefs d’État-major du IV° Corps, 26 octobre).
Tirailleur Corse par Rigo in les Corses au Combat sous 3 drapeaux par Dominique Buresi. Avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Le 1er novembre, la division atteignait Ried, le 2, elle était à Kalham, la légère s’était installée au bivouac en avant de Neumarkt. Le 3 novembre, le général LEGRAND, passait la Traun à Wels et après un marche pénible sur une route montagneuse, encaissée et boisée, installait ses régiments au bivouac sur les hauteurs de Schleissheim. Les avant postes comprenaient deux bataillons d’infanterie légère à Lambach, les Tirailleurs Corses étaient à Schleissheim, ce qui permettait de couvrir les routes de Kremsmûnster à Ebersberg, ainsi que les communications de Geschwend. Dans la soirée le Maréchal SOULT instruit que nos troupes étaient aux prises avec l’ennemi du côté d’Enns, donnait ordre au général LEGRAND de se porter sur la route de Neuhofen.
Après une marche de nuit dans et sous la neige, la division installait son bivouac en arrière de Neuhofen. Le 5 novembre, elle se portait sur Kronstorf et bivouaquait en avant de cette ville, prête à favoriser l’établissement d’un pont sur l’Enns. Elle devait rester sur cette position toute la journée du 6 pour prendre un peu de repos, mais vers 14 heures, un ordre de l’Empereur lui prescrivait de reprendre sa marche en avant. Les bataillons se mettaient en marche, et à une heure avancée de la nuit, s’établissaient entre l’Enns et Strenberg.
Le 7 novembre, la division continuait son mouvement pour établir son bivouac près de Zeilborn. Le 8 novembre, la marche continuait, et au soir la division s’installait à Erlaz.
Le 9 novembre, à la pointe du jour, la marche reprenait et la division allait cantonner dans les villages de Sirnig, Markersdorf, Haunolstein et Hainsdorf. Le lendemain matin, départ vers Sankt Pölten. Nouveau bivouac et nouveau départ à 7 heures du matin en direction de Sieghardskirchen où elle reçoit l’ordre de s’établir à Ried, Ollern et Wienzierl. Toutes ces séries de marche se font sous des rafales de neige et de pluies mêlées, dans des chemins détrempés où la neige cache des ornières et des obstacles en tout genre. Cependant, MURAT s’était remis en marche de Stockerau, le 15 novembre au matin, avec la réserve de cavalerie et venait se heurter vers 11 heures aux avant-postes de l’armée de KOUTOUSOV, commandés par le prince BAGRATION. Ce dernier avait fait occuper Schoengraben comme position avancée pendant que le gros de ses forces se retranchait dans le village de Grund. MURAT lance immédiatement les grenadiers d’OUDINOT contre le centre des Russes et dirige SUCHET contre leur flanc gauche. En même temps, il appelle à lui les 2ème et 3ème divisions du III° Corps.
SOULT reçut l’ordre vers 13 heures, les deux divisions cantonnées près de Goblersdorff se mettent en marche, dépassent Hollabrunn et viennent se déployer derrière le Corps du Maréchal LANNES. Il était environ 17 heures. Le village de Schoenbrunn était en feu et les Grenadiers d’OUDINOT faisaient des prodiges pour rester maître de leurs positions. Le village pris et repris plusieurs fois resta aux mains des Français. Le Maréchal SOULT charge alors la 3ème division de marcher sur l’aile gauche de la ligne ennemie établie en avant du village de Grund.« Je fis diriger la division LEGRAND par la droite de Schoengraben sur le flanc gauche de la ligne ennemie établie en avant du village de Grund. La division était en deux colonnes, celle de droite composée d’infanterie légère (26ème, Tirailleurs du Pô et Tirailleurs Corses) avait ordre de déborder l’ennemi et de venir s’installer en arrière de Grund pour lui couper la retraite, celle de gauche (3ème de Ligne) devait marcher sur Grund, le 18ème et le 75ème restaient en réserve ».(lettre de SOULT).
La nuit était déjà avancée lorsqu’en avant à hauteur de Wuilersdorf, le général MERLE s’aperçoit que le 3ème de ligne, surpris par un retour offensif de l’ennemi fléchissait et se repliait sur la route d’Hollabrunn. Jugeant la situation critique, il dirige sa brigade sur Grund. Les Tirailleurs Corses qui formaient son aile gauche abordent les Russes à la baïonnette. Jusqu’à 10 heures du soir on se battit avec un acharnement incroyable dans les ruelles, les cours et les jardins de Grund, où le corps Russe laissait plus du tiers de son effectif. A la faveur de la nuit, BAGRATION put se retirer sur Brünn. Les Tirailleurs Corses bivouaquèrent sur le champ de bataille au milieu des morts et des blessés. La nuit bien que belle était très froide et la température avoisinait les –6 ou –7 degrés. Le baron POUGET écrit : « On coucha sur des cadavres Russes rapprochés les uns des autres sur lesquels on avait étendu du foin. Le spectacle était horrible. Les blessés principalement ceux des Russes s’étaient réfugiés dans les habitations où l’incendie les avait bientôt atteints. Tout ce qui pouvait encore marcher s’était enfui à l’approche de ce nouveau danger, mais les estropiés ainsi que les hommes gravement frappés avaient été brûlés vifs sous les décombres…. Les cadavres des hommes et des chevaux tués pendant le combat avaient été aussi grillés, de sorte que l’infortunée citée d’Hollabrünn répandait plusieurs lieues à la ronde une épouvantable odeur de chair grillée qui soulevait le cœur. » Le 17 novembre au grand matin, le maréchal SOULT visita le champ de bataille, en passant devant les compagnies des Tirailleurs Corses, il s’arrêta un instant pour adresser un mot d’encouragement au Lieutenant RAMOLINO qui venait d’être pansé. S’adressant au Commandant d’ORNANO, le Maréchal demanda le nom de cet officier blessé. - Lieutenant RAMOLINO, Monsieur le Maréchal. - RAMOLINO ! Et le maréchal qui était aussi fin courtisan qu’habile général, s montra d’une amabilité exceptionnelle. Il complimenta l’officier blessé et termina en disant. RAMOLINO ! mais vous êtes parent de l’Empereur. - Il le prétend, Monsieur le Maréchal. - Et SOULT partit en riant.
Dès le lendemain, après que tous les blessés furent pansés, que les ventres fussent remplis, la 3ème division se mettait en route … en direction de….AUSTERLITZ qu’on atteignait le 20 novembre. La marche avec plusieurs étapes fut moins pénible, on marchait moins, la pluie ne tombait plus, le temps même s’était radouci, la neige fondait. On restait au bivouac jusqu’au 28. on eut le temps de se refaire une beauté, les chemises lavées, les accrocs raccommodés. Dans un ordre du 26 novembre, SOULT, prescrivit une revue de détail pour le 27. Ainsi lorsque pour le 29 on se remit en route pour une courte étape, le bataillon de Tirailleurs Corses et d’ailleurs toute la brigade se déplaça pour aller bivouaquer devant Mardorf dans une tenue impeccable et avec un moral au beau fixe. Le 30 novembre, l’Empereur fit une reconnaissance générale du futur champ de bataille. C’est là qu’il voulait attendre l’ennemi, c’est là qu’il voulait le battre. Il indiqua à ses maréchaux les dispositions à prendre pour la bataille qui allait s’engager sur ce terrain coupé de lac et de collines et jalonné par les villages d’Austerlitz, Kobelnitz et Telnitz. Le 1er décembre, la division LEGRAND s’installe sur ses positions. Le Général MERLE (1ère Brigade) occupe Kobelnitz avec les Tirailleurs Corses, Sokolnitz et Telnitz avec le 26ème Léger et le défilé de Sokolnitz avec les Tirailleurs du Pô. Le Général LEVASSEUR (2ème Brigade) avait disposé ses troupes ( 3ème & 18ème de Ligne) au dessus de Telnitz en arrière du Goldbach, de manière à pouvoir combiner ses mouvements, soit avec la 1ère brigade soit avec la division VANDAMME formant le centre du IV° corps. La brigade de cavalerie légère du Général MARGARON était en arrière de l’infanterie, et 6 pièces d’artillerie légère étaient attachées à la Brigade MERLE. L’Empereur avait placé fort peu de monde sur cette partie du champ de bataille, afin d’attirer les Russes sur le terrain marécageux où il avait prévu leur défaite. Dans son esprit la Division LEGRAND qui avait ordre de tenir les villages de Telnitz & Sokolnitz, devait retenir l’ennemi jusqu’à ce que celui-ci soit contourné, puis pris par derrière. Alors la brigade devrait se laisser poursuivre par l’ennemi afin d’attirer celui-ci derrière le Goldbach, dans les marécages où sa perte serait rendue plus certaine. Tout en s’installant sur leurs emplacements, les troupes de la 3ème division fêtaient l’anniversaire du couronnement de l’Empereur. Les officiers lisaient aux compagnies rassemblées l’ordre du jour annonçant la bataille. Une phrase surtout vint électriser les troupes. Celle où l’Empereur proclamait que si elles justifiaient ses espérances, il se bornerait à diriger les mouvements, mais que dans le cas contraire, il s’exposerait aux plus grands dangers. -« A 11 heures du soir, l’Empereur visita les différents bivouacs de son armée; sa présence électrisa toutes les têtes; une illumination aussi subite que merveilleuse eut lieu à l’instant même. Au moyen de torches de paille liées au bout de grandes perches chaque soldat avait la sienne, et le camp se trouvait éclairé comme en plein midi. Les cris de Vive l’Empereur ! retentissaient de toutes parts ». (St CHAMANS). Nos Tirailleurs Corses étaient encore plus à la fête, imaginons leur enthousiasme et leur fierté de voir un enfant d’Ajaccio acclamé par la Grande Armée toute entière. Le 2 décembre, l’Empereur était à cheval bien avant l’aube et procédait à une visite des avant-postes suivi du Maréchal SOULT. -« L’Empereur questionna lui-même les commandants des postes avancés. Ils s’accordèrent tous à dire que l’ennemi faisait un grand mouvement par la gauche, pour se porter sur notre droite. Nous entendions effectivement le bruit des voitures d’artillerie et des chevaux en marche dans cette direction. - A vous la balle, Maréchal SOULT, dit l’Empereur en se retournant vers lui. - Sire je m’en félicite, répondit le Maréchal en saluant sa Majesté ». (St CHAMANS).
AUSTERLITZ
Quelques engagements préliminaires ont lieu près de Telnitz le 1er décembre vers 19 heures 00. Un détachement de chevau-légers O’Reilly qui formait l’avant garde de Kienmayer s’était présenté devant le village. Il n’y avait point de lune et l’obscurité de la nuit était augmentée par un épais brouillard qui rendait la visibilité et la surveillance difficile. Les avant postes des Tirailleurs Corses sont refoulés et quelques cavaliers arrivent à pénétrer dans les rues de Telnitz, disputant le terrain à nos Tirailleurs et au 1er Bataillon du 3ème de Ligne. Le Commandant ORNANO et deux compagnies de réserve résistent énergiquement à la lisière de la position et donne au général LEGRAND le temps d’envoyer les 2° et 3° Bataillons de Ligne. Au même moment le commandant HULOT et ses Tirailleurs du Pô, étaient engagés sérieusement à la lisière du village de Sokolnitz où ils réussirent à se maintenir par un opiniâtre et continuel combat.
Vers 2 heures du matin, une colonne d’infanterie soutenue par de nombreux partis de cavalerie se présenta devant Telnitz et prononça une violente attaque. Mais s’étant heurtée à une vigoureuse résistance de la part du 3ème de Ligne, des Tirailleurs Corses et des Tirailleurs du Pô, elle vint prendre position en face du village pour attendre le jour. Le bruit de cette fusillade soutenue ne manqua pas de préoccuper l’Empereur qui, dans la nuit, envoya le général SAVARY pour lui rendre compte de la situation. Les ordres nouveaux arrivèrent de suite à la division : Il ne fallait pas céder Telnitz et Sokolnitz avant qu’on occupa le plateau. La division SAINT HILAIRE (IV° Corps) ne débouchera pas sur Jirzikowitz, derrière celle de VANDAMME, mais se portera sur Puntowitz, où elle franchira le ruisseau. Le Maréchal SOULT enverra le 3ème de Ligne en entier à Telnitz, le colonel SCHOBERT mettra le point d’appui en défense. La Brigade LEVASSEUR (18ème & 75ème de Ligne) et les Tirailleurs Corses du Commandant d’ORNANO seront portés en avant de Kobelnitz, en réserve. Le reste de la Brigade MERLE (26ème Léger) au sud de ce village. Les Tirailleurs du Pô resteront à Sokolnitz. Les Chasseurs de MARGARON et leur artillerie à cheval, vers Telnitz. La masse de manœuvre participe à ce mouvement vers le sud, le 1er Corps au lieu de se rassembler derrière le Santon, se rendra à Jirzikowitz afin de déboucher derrière VANDAMME. Le Vème Corps, la cavalerie, les grenadiers réunis, la Garde seront maintenus sur leurs emplacements.
A cause de la faiblesse des Divisions FRIAND et BOURCIER l’Empereur renonce à l’attaque du flanc gauche de l’ennemi, confié jusqu’ici à DAVOUT. En conséquence le IIIème Corps se rendra non à Turas, mais à Sokolnitz. Le Maréchal est désormais détaché avec la division LEGRAND étirée le long du Goldbach, avec celles de FRIAND et de BOURCIER. Leur délicate mission est sinon d’arrêter, du moins ralentir la marche des Alliés, de les maintenir sur le ruisseau pendant l’attaque de leur flanc gauche et la manœuvre sur leurs arrières. Le soir du 1er décembre, l’Empereur , visitant une dernière fois les lignes, se porta sur Telnitz à la rencontre du bataillon qu’il salua du fameux : «Vous voilà mes cousins corses». A la pointe du jour de ce 2 décembre le dispositif était prêt, la 3ème division sous les armes, l’œil aux aguets et l’oreille tendue, car il faisait un froid assez vif, mais surtout un épais brouillard suivait les sinuosités de la vallée du Goldbach comme pour protéger et camoufler l’approche de l’ennemi. Tout à coup, vers 7 heures, des coups de fusil se font entendre sur l’extrême droite. Trois colonnes Russes sous les ordres des généraux DOCTOROFF, LANGERON et PRIBYRIESKI se portent à l’attaque de Telnitz et de Sokolnitz en profitant de l’épais brouillard qui dissimule leur avance. Devant Telnitz, le combat s’engage avec KIENMAYER qui de son côté lance cinq bataillons Autrichiens que l’on a pas entendu venir sur le village, tandis que sa cavalerie forte de quinze escadrons filait à gauche le long de l’étang pour contenir les cavaliers de MARGARON. Les Autrichiens devaient franchir à la fois le ruisseau , coulant ici dans les fossés, puis une hauteur couverte de vignes et de maisons, et couronnée par le 3ème de Ligne et les Tirailleurs Corses embusqués derrière les accidents du terrain. - "Ces adroits Tirailleurs ajustant avec sang froid les hussards qu’on avait envoyé en avant en abattirent un grand nombre. Ils accueillirent de la même manière le régiment de Szeckler (Infanterie) et en une demi heure couchèrent à terre la moitié de ce régiment". (A.Thiers) - "Les feux de bataillon sont suivis d’une charge à la baïonnette mais nos Tirailleurs tenant bon, on s’éloigna les uns des autres à demi portée de fusil et à cette distance on combattait avec acharnement sans que l’un ou l’autre des partis céda un pouce de terrain". (Corbureau) Renforcés par les Russes, les Autrichiens reprennent l’offensive et parviennent à pénétrer dans Telnitz. Le général LEGRAND porte alors en avant le 26ème Léger et après une vigoureuse attaque à la baïonnette reste maître du village.
Vers 08 heures, le Maréchal SOULT envoya le capitaine de SAINT CHAMANS porter au général LEGRAND l’ordre de se tenir au mieux de ses positions. –« Je trouvais le général Legrand fortement attaqué par une grande masse d’infanterie Russe, mais il soutint parfaitement le choc et se conduisit là, comme dans toutes les occasions où il s’était trouvé en bon général et en brave soldat ». (SAINT CHAMANS). -« On le voyait tantôt à la tête des Tirailleurs Corses, ou de ceux du Pô, tantôt à la tête du 26ème Léger ou du 3ème de Ligne, encourager ses soldats et leur donner l’exemple d’un dévouement héroïque ». (Vicomte de Pelleport)
Les troupes étaient dignes de leur chef , elles parvenaient à faire croire au double de leur nombre. Cependant entre 8 et 9 heures, une colonne Russe forte de 24 bataillons reprenait l’offensive avec acharnement. C’est à un contre quatre que l’on doit se battre, le commandant d’ORNANO et le capitaine MORANDINI ne cessaient de parcourir la ligne des Tirailleurs Corses. Dressé sur ses étriers, le commandant d’ORNANO ne recommandait de faire feu qu’à bout portant. La fusillade éclate et fait des ravages dans les rangs des Russes qui reculent, remis de leur surprise, ils s’élancent à nouveau, poussant des cris de rage, une nouvelle salve les reçoit mais ils sont trop nombreux et il faut reculer. Le général MERLE a son cheval tué sous lui. Sa brigade forcée d’évacuer, pas à pas en faisant face à l’ennemi, le village de Telnitz, est rejetée au delà du Goldbach, du côté d’Ottmarun. L’artillerie ennemie placée sur les mamelons qui dominent fait subir à nos Tirailleurs de lourdes pertes et la droite française se serait trouvée débordée et même compromise si BUXHOWDEN eut passé le ruisseau sur le champ. Mais il est vrai que les Tirailleurs Corses pourtant sous la mitraille de l’artillerie ennemie continuaient à faire le coup de feu, et qu’il ignorait que pendant ce temps le général Langeron s’emparait de Telnitz, bravement défendu par les Tirailleurs du Pô et le 26ème Léger et débouchait dans la plaine.
Sur ces entrefaites arrive DAVOUT, accourant de Raigern, avec la division FRIANT. Le 1er Régiment de Dragons est envoyé au secours de MARGARON, qui depuis la retraite du général MERLE arrivait à peine avec sa cavalerie légère à contenir la tête de colonne Austro-Russe. Les quatre régiments de BOURCIER (10ème , 15ème , 17ème & 18ème Dragons) vont se positionner entre Ottmarun et Moenitz pour soutenir la droite. Bientôt la Brigade HEUDELET de la division FRIANT s’avançait au pas de charge et après un combat rapide et violent reprenait Telnitz. Les Tirailleurs Corses et le 26ème Léger se reportent en avant, poussant dans les reins les Russes qui ne savent plus où donner de la tête. Alors eut lieu une terrible méprise, le 26ème Léger toujours à la poursuite des Russes, dans la vallée couverte de brume du Goldbach ouvre le feu sur des ombres compactes qui se profilent devant elles ….il s’agissait du 108ème de Ligne de la brigade HEUDELET. Un moment de confusion se jeta dans les rangs français, moment dont profita la général Autrichien NOSTITZ pour faire charger ses hussards. Une nouvelle fois, nos troupes furent chassés de Telnitz, mais la brigade de Dragons BOURCIER , alertée par la fusillade se présenta, empêchant l’ennemi de déboucher du village, et pendant plusieurs heures, on lutta sur place avec un furieux acharnement. Du côté de Sokolnitz, la lutte continuait, le commandant HULOT soutenait un combat opiniâtre avec une valeur et un dévouement des plus brillants, reculant pas à pas devant les 5.000 Russes qu’il avait devant lui. DAVOUT dirige alors FRIANT de ce côté avec les Brigades LOCHET et KISLER. Sokolnitz fut repris, puis reperdu, FRIANT jugeant froidement la situation, laissa alors les colonnes Russes passer le village, puis s’avancer, alors il les fit charger de flanc avec l’aide de la cavalerie légère de MARGARON. Il les rompit et les rejeta de l’autre côté du ruisseau. Là, ils retrouvent les restes des fusiliers de Boutyrki, de Narva, d’Azov poussés par le général WIMPFEN et appartenant à la colonne PRIBYRJESKI, mélangés aux bataillons de la 2ème colonne (les Tirailleurs Corses sont intervenus contre eux tout à l’heure). Les Russes essaient de se reformer, quelques débris de corps Autrichiens se sont ralliés à eux. Mais FRIANT, MERLE, DAVOUT continuent de les harceler, le feu se ralentit, les unités ennemies sont de plus en plus enchevêtrées, mélangées, parfois sans commandement. Tout est prêt pour en profiter. Aussi pendant que la division LEGRAND soutenait ce combat de géant, attirant sur elle de plus en plus de troupes ennemies, les Maréchaux LANNES, SOULT, BERNADOTTE, MURAT et la Garde, écrasaient le centre et la droite Austro-Russe, en rejetaient les débris au delà du village d’Austerlitz. Il était 13 heures, et à ce moment là, la victoire ne fait aucun doute. L’Empereur descendant alors du plateau de Pratzen avec les corps de SOULT et de toute sa Garde, cavalerie, infanterie, et artillerie, se précipite vers Telnitz, où il prend de dos les colonnes ennemies, que DAVOUT, MERLE et FRIANT attaquent de front. -« Un rude et dernier combat s’engage près du village tant disputé, entre nos troupes et celles qui restent du général DOCTOROV; la division LEGRAND marche sur l’artillerie ennemie en chasse les servants et s’empare de 36 pièces de canons avec leurs caissons, elle a eu l’honneur et la gloire d’avoir commencé et terminé cette bataille dans laquelle elle avait pris 12 drapeaux, fait prisonniers 4 généraux, 5 colonels, 60 officiers et 3000 hommes ».(Comte de Persan). -« Dès ce moment, les nombreuses et lourdes masses Austro-Russes entassées sur les chaussées étroites qui règnent le long du ruisselet de Goldbach, se trouvant prises entre deux feux tombèrent dans une confusion inexprimable. Les rangs se confondirent et chacun chercha son salut dans la fuite ».(Journal du Général JAUBIN DES ODOARTS). Peu après 13 heures, poursuivant leur offensive, les divisions SAINT HILAIRE et VANDAMME accentuent leur mouvement de conversion. La première se dirige vers l’angle sud-ouest du plateau, et est peu après rejointe par les Tirailleurs Corses et la Brigade LEVASSEUR (18ème et 75ème de Ligne). Sa mission de flanc garde étant terminée, le Général appelé par l’Empereur, a quitté Kobelnitz pour monter sur la hauteur et s’est placé à gauche de SAINT HILAIRE. Les trois brigades refoulent rapidement les régiments très affaiblis de KAMENSKI et les bataillons épuisés de KOLLOWRATH. Menacés d’encerclement par la conversion de VANDAMME et l’arrivée des Dragons de BOYER, ils s’échappent en toute hâte vers Hostieradeck en abandonnant leur artillerie. Parvenu au chemin de Sokolnitz où la fusillade est violente, les éléments Français de tête aperçoivent deux bataillons Russes précédés de Cosaques et appuyés de quelques canons. LANGERON est à leur tête. Ce sont les fusiliers de Koursk. Arrachés par le général de la cohue de Sokolnitz pour renforcer KAMENSKI, ils arrivent trop tard. Isolés, attaqués de front avec leur impétuosité coutumière, par les Tirailleurs Corses qui étaient en avant garde, de flanc par LEVASSEUR, bousculés, cernés, ils sont sabrés par les Dragons de BOYER. Les Tirailleurs Corses ramèneront leur drapeau à l’Empereur. Les hommes de VANDAMME & BOYER, vont continuer le ratissage vers le mamelon. La lutte devient farouche contre un ennemi écrasé, se battant jusqu’au désespoir. A terre, les blessés rechargent leurs fusils, des groupes de prisonniers qui n’ont rien à perdre ramassent des armes et tirent sur les nôtres, les assomment par derrière. Tout ce qui vit encore est immédiatement abattu ou cloué au sol aux cris de : Pas de prisonniers ! on continue le ratissage vers le mamelon. A mi-hauteur, on s’arrête et on laisse reposer les hommes pour l’assaut final. De l’autre côté du Goldbach, ceux de DAVOUT, de FRIANT, de LEGRAND, tiennent au bout de leurs baïonnettes les Russes qui ne sont plus que gibier à l’hallali. Tirailleurs Corses à droite, puis 18ème et 75ème de la Brigade LEVASSEUR, qui retrouve à peu près ses emplacements de la matinée. Ensuite MORAND et le 10ème Léger, puis la Brigade THIBAULT renforcée par le 55ème de Ligne et la Brigade FERRAY (46ème & 57ème ), à l’extrême gauche le 3ème de ligne et le 26ème Léger de LEGRAND. Tout cela est en place depuis un quart d’heure lorsque SAINT HILAIRE apporte l’ordre d’enlever le château de la Faisanderie et de poursuivre les Russes. Ceux ci se replient alors après un court mais terrifiant combat, sur Aujetz, de là, un nouveau combat s’engage, les Russes essayent de résister de leur mieux, mais les Français ont trop nombreux… Les troupes de DAVOUT, de SOULT, et même la Garde mènent l’assaut, les Russes sont rejetés vers l’étang gelé de Satschan. C’est à Hollabrunn que les Tirailleurs Corses ont reçu le baptême du feu, c’est à Austerlitz qu’ils s’affirmèrent comme troupe d’élite. Le Maréchal SOULT écrit sur eux : -« les Tirailleurs Corses ont rivalisé de bravoure avec les corps les plus aguerris de l’armée ». Le lendemain matin 3 décembre de bonne heure, l’infanterie légère et la cavalerie se mirent en mouvement pour poursuivre l’ennemi en déroute, l’Empereur bivouaquant comme ses soldats. Ce fut à son premier bivouac qu’il reçut un envoyé de François II, venant négocier une paix séparée. Le 4 décembre 1805 au matin, ce fut en plein air et au bivouac que l’Empereur reçut de l’Empereur d’Autriche des propositions de paix. Les préliminaires furent signés. L’Empereur s’installe au château d’Austerlitz, là il baptise sa victoire et lance sa fameuse proclamation :
Soldats, je suis content de vous ! Vous avez à la journée d’Austerlitz justifié tout ce que j’attendais de votre intrépidité. Vous avez décoré vos Aigles d’une gloire immortelle. Une armée de cent mille hommes commandée par les Empereurs de Russie et d’Autriche a été en moins de quatre heures dispersée ou coupée. Ce qui a échappé à votre fer s’est noyé dans les lacs. Quarante drapeaux, les étendards de la Garde Impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt généraux, plus de trente mille prisonniers sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Soldats, lorsque tout sera accompli, je vous ramènerai en France, là vous serez l’objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie et il suffira de dire : J’étais à la bataille d’Austerlitz, pour que l’on réponde : Voilà un Brave.
Deux jours après l’armée rétrograda sur Vienne par la route de Nikolsburg. Au moment où les Tirailleurs Corses entraient dans Vienne, le Maréchal SOULT qui regardait l’armée défiler, s’approchant du Commandant d’Ornano le félicita et lui dit : « Votre bataillon s’est couvert de gloire, l’honneur vous en revient en grande partie, je suis heureux de vous le dire et l’Empereur connaît votre belle conduite ». Le quartier général de la 3ème division s’installa à Baden, les Tirailleurs Corses furent cantonnés à Kottingbrunn. Le 6 décembre, la paix est signée après que le Tsar ait donné l’assurance d évacuer le territoire Autrichien « par le chemin le plus court ».
Sergent major. Avec l'aimable autorisation de Del Prado Editeurs.
Le 24 décembre, l’Empereur passa en revue la 3ème division du IV° Corps sur la route de Vienne à Baden, à hauteur de Laxenburg. Les corps étaient rangés en bataille, à la droite des Tirailleurs Corses, étaient placés les officiers et sous officiers qui devaient être présentés à Napoléon pour y recevoir la croix de la légion d’honneur. Le Général LEGRAND ordonna au Commandant d’ORNANO de se placer à la droite des candidats, car il voulait demander pour lui la croix d’officier. ( qu’il obtint le 26 avec le grade de Major ) Le 26 décembre, la paix de Presbourg est signé, la 3ème coalition avait vécu. Le 28 décembre, Napoléon regagne Paris d’où il est parti il y a à peine trois mois pour réussir une «campagne modèle » et faire entrer le «soleil d’Austerlitz» dans la légende. Le 31 décembre l’Empereur écrivait à BERTHIER : « Faites mettre à l’ordre du jour ce qui suit : L’Empereur a passé la revue de la division du général Legrand. Il a été content de la belle tenue de cette division et lui a témoigné sa satisfaction, sur la bonne conduite que les bataillons qui la composent ont tenu à la bataille d’Austerlitz ». Conformément au Traité de Presbourg, la 3ème Division quitta les environs de Vienne dans le courant du mois de janvier 1806 et vint établir son quartier général à l’abbaye de Saint Florian, près de Linz. Où se trouvait déjà SOULT. Les Tirailleurs Corses, alors cantonnèrent dans la ville d’Enns. Quelques jours plus tard le Maréchal transporta son quartier général à Passau et la Division LEGRAND cantonna dans cette ville. -« Tous les différents corps de l’armée étaient cantonnés de la manière la plus avantageuse dans ses provinces si fertiles. Nos soldats étaient parfaitement bien vus des habitants. Chacun d’eux dans son logement était l’ami de la maison. L’instruction et la discipline gagnaient tous les jours. Les recrues et les effets d’habillement venant des dépôts établis en France arrivaient exactement. L’armée se renforçait au physique et au moral, et il est aisé de prévoir que si l’occasion s’en présentait de nouveau, elle aurait les mêmes succès qu’à Austerlitz ». (SAINT CHAMANS). Ce repos bien mérité dura jusqu’au mois de Septembre 1806.
LA CAMPAGNE DE PRUSSE - 1806
Ce repos bien mérité dura jusqu’au mois de septembre 1806, époque à laquelle on commençait à parler des préparatifs considérables que faisait le Roi de Prusse (débordé par son épouse, la belle et belliqueuse Reine Louise ) pour mettre son armée en campagne. Côté Français, on arrêta immédiatement la marche de retour vers la France et tous les jours arrivaient à Passau de nouveaux conscrits, les ordres de SOULT étaient précis : « Le contingent du dépôt doit marcher sur le champ, ignorant ou instruit, habillé ou non ; les effets suivront l’armée ». Le 22 septembre, le maréchal SOULT passe en revue toutes les divisions, entrant dans les moindres détails, comme il convient à la veille d’une entrée en campagne. A cette date le Bataillon de Tirailleurs Corses compte dans ses rangs 26 officiers, 623 hommes de troupe, dont 31 hommes à l’hôpital, et parmi ces soldats on comptait, cent conscrits venus du dépôt, qui pour tout uniforme avaient reçu une veste blanche et pour toute manœuvre avaient fait la route d’Antibes à Passau. Ces braves garçons furent entraînés au maniement des armes et au pas cadencé dans leurs cantonnements pendant leur marche triomphale de Passau à Berlin. Ils rivalisèrent d’endurance avec les Tirailleurs d’Austerlitz parce qu’ils étaient bien encadrés et avaient le soutien sans faille de leurs anciens. Les cadres avaient été complétés, tous les sous officiers qui en avaient la capacité avaient été promus, ils avaient bravement conquis leurs épaulettes. Depuis la journée d’Austerlitz, la discipline avait fait des progrès considérables, dus surtout au fait qu’une confiance aveugle régnait envers leurs chefs. Il faut dire que le Corse, guerrier par instinct se plie mal à l’obéissance passive, et qu’il n’est pas le dernier à se rebeller contre un problème de subsistance ou d’habillement. Pendant la campagne de 1805, il s’était produit dans l’armée quelques cas d’indiscipline dus au manque constant d’approvisionnement indispensable à la vie quotidienne et à la bonne marche du soldat, et il avait fallu toute l’autorité du Major d’ORNANO et toute la grande bienveillance du Capitaine MORANDINI, pour faire plier et assouplir sa tendance aux éternelles récriminations. En 1806, on remédia à tous ses inconvénients, chaque tirailleur fut pourvu de deux bonnes paires de souliers dans le sac, plus une au pied, deux chemises plus celle qu’il portait sur le dos. Les armes étaient en parfait état et les munitions au complet, les approvisionnements en vivres étaient bien assurés. Le bataillon avait un fourgon portant deux jours de vivres, de l’eau de vie pour deux distributions. De plus, chaque soldat eut constamment sur lui deux jours de pain. Le 27 septembre, la division leva ses cantonnements de Bavière, tambours et fifre en tête. On pris le pas cadencé, et nos Tirailleurs Corses eurent l’honneur d’ouvrir la marche de cette belle colonne qui allait à la rencontre de l’armée de FREDERIC-GUILLAUME. Derrière eux, toujours les mêmes camarades de combat, le 26ème Léger, les Tirailleurs du Pô, les 18ème et 75ème de Ligne, seul le 3ème de Ligne est resté à Brannau. « Elle formait une unité compacte. On remarquait avec plaisir, dans cette grande famille militaire une noble émulation sans prétention, ni vanité. Le Général LEGRAND, après s’être assuré qu’il n’existait dans ses rangs que des hommes valides en état de faire campagne, donna les ordres de route » . (Vicomte de PELLEPORT). Le 2 octobre, après un court bivouac à Ratisbonne, la division LEGRAND marche sur Amberg, qu’elle atteint le 3 en court de matinée. Les Tirailleurs Corses et ceux du Pô s’installent immédiatement aux avant-postes. Le 4 octobre, la division s’installe en avant de Thumbach, surveillant la route de Kemmat à Trämesdorff et emploie les deux journées suivantes à serrer sur la cavalerie de MARGARON, afin de laisser place à la division LEVAL qui devait se rassembler en avant de Haag. Le 7 octobre, le IV° Corps entra à Bayreuth sans avoir encore vu l’ennemi. Dans cette ville riche, on frappa quelques réquisitions pour les besoins de l’armée. La division passe la nuit au bivouac en arrière de Bindloch. Le 8 octobre, au chant du coq, le général LEGRAND met ses troupes en mouvement et règle sa marche de façon à rejoindre la cavalerie légère de MARGARON sur les hauteurs de Beineck à 08 heures 30. A partir de leur jonction, les Tirailleurs Corses et ceux du Pô marchent en avant garde, précédant le 8ème Hussards pour éclairer le gros de la colonne, engagé sur une route se déroulant dan un pays très accidenté. Le soir, les régiments son regroupés au bivouac en avant de Munchberg, couverts à quatre kilomètres par des avant postes fournis par le 26ème Léger et les Tirailleurs Corses qui prirent position. Les Tirailleurs du Pô restant près du 8ème Hussards. « Les Tirailleurs Corses et le 26ème Léger prirent position à la tête du bois qui est à la droite de la route de Hoff, et au delà de la vallée, de manière à fournir des postes pour surveiller les débouchés de Maräersreuth et de Weissdorf ». (FOUCART) Les vivres ne parvinrent que très tard dans la nuit et la distribution était à peine finie qu’il fallut se remettre en marche sur la route de Hoff, pour aller bivouaquer sur les hauteurs de Gross-Zöbern non sans avoir au passage enlevé tous les magasins de l’ennemi et lui avoir fait quelques prisonniers. La journée du 10 octobre fut assez pénible, la pluie ne cessa pas de tomber sur des chemins détrempés et des champs transformés en bourbiers. Les Tirailleurs Corses marchèrent difficilement et pour se reposer vinrent installer leur bivouac en avant de Plauen. La marche pourtant très dure se fit avec un cœur léger et on se rappelait de la proclamation lue la veille à la tête des compagnies. « Soldats ! il n’est aucun de vous qui voulez retourner en France par un autre chemin que par celui de l’honneur. Nous ne devons y entrer que sous des arcs de triomphe. » Pendant ce temps, le corps de LANNES est au contact de l’ennemi pour qui c’est la déroute. Le chef de l’avant garde, le prince Louis-Ferdinand, le héros de la société berlinoise, est tué par le maréchal de logis GUINDET. A LANNES, qui reproche au sous officier de ne pas l’avoir pris vivant, celui-ci répond : il n’était pas d’humeur à se rendre… et montre les deux coups de sabre qu’il a reçu à la tête. Le 11 octobre, les Tirailleurs Corses prenaient la tête de la 3ème division et entamaient une marche des plus pénibles, les voitures traînées par des bœufs s’embourbaient et nos braves soldats accouraient pour pousser à la roue. « Nos troupes sont exténuées, la division LEGRAND est en position en arrière de Weyda, la marche que j’ai faite aujourd’hui quoiqu’elle n’est pas été longue, a un peu déprimé et fatigué les troupes, les mauvais chemins qu’il y a à parcourir, quelque direction que l’on prenne, empêche de faire de grands progrès pendant la nuit. » (lettre de Soult à l’Empereur) ou encore cette lettre de SOULT à BERTHIER. « Les routes sont épouvantables demain je réunirai tous les corps d’armée à Gera. Il me serait impossible de faire en ce jour davantage, car la marche d’aujourd’hui (11 octobre) quoiqu’elle ne soit pas longue a été extrêmement fatigante pour la troupe. ». Cependant il ne faut pas songer à prendre le moindre repos. « Demain 12 octobre le Général LEGRAND mettra sa division en marche à la pointe du jour et se dirigera vers Gera". (lettre de SOULT). Le soir en effet, la 3ème division bivouaquait à Naulitz près de Gera. Le 13 octobre, le Major Général écrit à SOULT : « l’armée prend repos aujourd’hui, on en profitera pour procurer des vivres, remplir les cantines, rallier les traînards et mettre les armes en état ». Les Tirailleurs respirent, on va pouvoir se reposer. Un jour de repos après 17 jours de marche, sac au dos et sans arrêt, est une véritable aubaine même pour les rudes gaillards que sont les Corses. Des petits détachements vont réquisitionner de la viande et diverses victuailles à Gera, à Ronneburg et Altenburg. La marmite est au feu, le soldat retrouve sa gaieté lorsqu’à midi, les tambours battent la générale. « Nous étions à Gera et nous nous attendions à rester quelques jours dans cette ville. On savait bien que l’armée prussienne était très près de nous, mais on ne connaissait pas positivement la position qu’elle occupait pour faire un mouvement décisif. Lorsque le 13, vers midi nous reçûmes l’ordre de partir précipitamment pour nous rendre à Iéna avec injonction d’y arriver le soir même ou dans la nuit. » (St CHAMANS). La 3ème division se mit en route à 13 heures et atteignit Kloster-Lausnitz vers 18 heures. « La route était extrêmement mauvaise et encombrée de voitures qui obstruaient la passage. La cavalerie et la division du Général SAINT HILAIRE purent seulement arriver à minuit à Iéna. » (Journal du IV° Corps) La division LEGRAND ne put reprendre son mouvement en avant qu’à deux heures du matin. Dans la nuit, nos troupes avançaient difficilement, s’arrêtant à tout moment, sac au dos, énervées par l’obscurité et les brusques arrêts des attelages embourbés ou fourbus. Enfin le soleil se leva, et malgré le brouillard très épais qui couvre la campagne, la marche devient plus alerte et plus rapide. Vers 9 heures du matin, les divisions LEGRAND & LEVAL étaient à 15 km d’Iéna. Les officiers et les soldats commençaient à respirer, espérant arriver à temps pour la bataille qui se préparait….
Tout à coup le bruit de la canonnade lointaine se fait entendre … la bataille d’Iéna était engagée. Dès ce moment on marche au canon. Les bataillons pressent le pas, sous le regard impatient des officiers qui font serrer les traînards. Le Major d’ORNANO est partout galopant de la tête à la queue de ses Tirailleurs. Le Capitaine MORANDINI les électrise : « Allons ! Soldats, la bataille ne peut se faire sans nous. » Et pourtant malgré tous ses efforts, la 3ème division ne put arriver à temps pour moissonner les lauriers que glanèrent le IV° Corps et la Grande Armée dans cette immortelle journée. Plus fatigués que s’ils avaient combattu, les hommes de la 3ème division s’installèrent à Ulrichshalben. Ils avaient parcouru 82 km en 32 heures consécutives, dont 5 ou 6 seulement de repos. En 7 jours, les Tirailleurs Corses avaient couvert 216 km, pris deux fois les avant postes, et le tout par un temps épouvantable. L’armée Prussienne était vaincue, mais non détruite, et dans la retraite précipitée qui suivit la bataille d’Iéna, l’armée se divisa. Une partie se porta sur Berlin, pour couvrir la capitale et BLUCHER avec un corps de 30 000 hommes descendit l’Elbe pour attirer la Grande Armée et dégager Berlin. Le Maréchal SOULT fut chargé de sa poursuite. Instruit qu’une colonne ennemie dans laquelle se trouvait le Roi de Prusse se trouvait à Gross-Sömmern, à la pointe du jour la poursuite recommença. L’infanterie légère de la 3ème division, toujours en avant arriva à Gross-Sömmern, lorsque les Prussiens en sortaient précipitamment, laissant entre nos mains de nombreux canons et bagages. Le mouvement repris avec une activité incroyable, à 4 heures, le général LEGRAND, attaque la position de Creussen. Les Tirailleurs Corses et les Tirailleurs du Pô chargent l’ennemi à l’entrée de la ville et forcent la position, s’emparent des équipages et font 300 prisonniers. Ces braves soldats ne s’arrêtent qu’à la nuit tombante ayant fait plus de 40 km dans la journée. Le 17 octobre, à la pointe du jour, la division lève le bivouac et se dirige sur Nordhausen. Elle y rencontre les Prussiens en position, immédiatement le Général LEGRAND lance sa brigade légère en avant, tandis que sa brigade de ligne est chargée de tourner la ville. Les Tirailleurs Corses et les Tirailleurs du Pô chargent avec intrépidité, et renversent tout devant eux. Ils ne purent cependant faire que 300 prisonniers et prendre 3 pièces de canon qui étaient en batterie et n’avaient cessé de faire un feu des plus vifs. La nuit vint encore sauver l’ennemi. A Nordhausen, on trouva des magasins considérables tant en pain, qu’en farine ou en fourrage, ainsi qu’une caisse du Roi de Prusse remplie d’argent. Les Français avait une cinquantaine d’hommes et 4 officiers hors de combat. Le 18 octobre, les troupes se remettent en route et par étapes serrant de près l’ennemi, elles traversent le 19 Quedlinburg, serrant toujours de plus près l ‘ennemi, elles lui font encore plus de 100 prisonniers. Le 20 octobre, on cantonne à Grappenstadt. Le 21 octobre, marche sur Magdeburg.

Le Bataillon des Tirailleurs Corses 1806-1811 par Alexis Cabaret.
« La 3ème division arrivant devant la ville au moment où l’arrière garde du général KALKREUTH du corps de BLUCHER allait y entrer. Cette troupe fut obligée de se jeter dans un camp retranché en dehors des murs. Après trois engagements sérieux le 18ème de ligne, réuni aux Tirailleurs Corses et ceux du Pô, la força à mettre bas les armes. Cette affaire fut menée très brusquement, toute résistance depuis la victoire d’Iéna irritait les soldats et même les généraux ». (Comte de Persan). La division LEGRAND, installée à Olvenstadt fut chargée de bloquer Magdeburg. Sept compagnies de Tirailleurs Corses et les Tirailleurs du Pô prennent position à Wolmirstadt, les deux autres compagnies Corses sont envoyées à Glindenberg. Dans la nuit du 24 octobre, la 3ème division relevée devant Magdeburg par le Corps de NEY, se remet en marche, et va venir s’installer à Stendal, pendant que les deux compagnies de Tirailleurs Corses s’embarquaient sur l’Elbe pour couvrir la compagnie de pontonniers, protéger la navigation sur le fleuve, et surtout ramasser les bateaux, radeaux ou nacelles, ainsi que tous les matériels et agrès nécessaires au corps d’armée. Ce petit détachement commandé par le lieutenant d’artillerie LAVILETTE, de l’état major du général LARIBOISIERE, descendit l’Elbe jusqu’à Tangermünde ramenant avec lui une véritable flottille. Le 28 octobre, les Tirailleurs Corses regroupés passaient l’Elbe dans les embarcations ramenées à cet effet, puis se dirigeaient vers Zechlin. Le 31 octobre, ils y couchaient. Malgré la diligence du maréchal SOULT, et l’empressement qu’avaient su montrer les Tirailleurs Corses pour accomplir leur mission, le duc de Weimar avait réussi à passer l’Elbe à Havelsberg. Le 1er novembre à l’aube, le IV° corps se remet en marche et se dirige vers Mizow, où l’on apprend que le duc de Weimar s’était rallié à Speck et que son arrière garde se trouvait aux prises avec notre cavalerie à Wahren. La division d’infanterie presse le pas et vient bivouaquer à Wahren après avoir parcouru 12 lieues (48 km) dans un chemin encaissé et sablonneux. Les 2 & 3 novembre, la poursuite des Prussiens en déroute continue, acharnée. « Les Prussiens reculaient toujours abandonnant caissons et canons, pour se sauver plus lestement, ils courraient comme des lapins ! c’était plaisir de les voir…(lettre d’un officier de cavalerie légère Sabretache n° 1007). Notre cavalerie fait tous les jours des prisonniers, et l’on sent que le moment décisif approche… SOULT s’attend à un combat général. « Le maréchal se flatte que dans la journée de demain, il n’y aura pas un seul homme qui reste en arrière, ni s’écarte de la colonne, il espère même qu’au premier coup de canon qui sera tiré ceux que les fatigues ont empêché de rejoindre seront de suite à leur drapeau » . (ordres de SOULT du 3 novembre) Mais l’ennemi reste hors de portée par une fuite incessante et rapide, chaque jour nous ramène quelques prisonniers ou quelque matériel abandonné par l’ennemi, mais le gros de ses forces recule toujours. Talonnés par notre cavalerie, ils avaient réussi à rejoindre Lübeck et commençaient déjà à fortifier la ville. Le 6 novembre les marches continuelles et harassantes s’arrêtent. Enfin le IV° corps qui avait longé la rive gauche du lac de Ratzeburg prenait position à 10 heures devant la ville de Lübeck, en face de la pente de Mulhen, Tirailleurs Corses et Tirailleurs du Pô se déploient prêts à l’attaque. Les marches fatigantes sont oubliées, les estomacs se resserrent, la faim est neutralisée. On va en découdre avec le Prussien. « L’infanterie Prussienne, appuyée d’une artillerie nombreuses et bien servie, occupait les remparts de la ville, remparts de terre et de gazon, mais d’un accès difficile et protégé de fossés plein d’eau ». (St CHAMANS) Sans perdre de temps, le général LEGRAND donne le signal de l’attaque. A cheval, au centre des bataillons, le Major d’ORNANO et le Commandant HULOT s’élancent en avant, suivis par les Corses et les Piémontais aux cris de Vive l’Empereur ! « Marchent à découvert pendant que l’infanterie ennemie, à l’abri des arbres et des maisons nous ajustait comme des lapins, leur artillerie qui tirait continuellement à mitraille, nous faisait beaucoup souffrir".(Rapport de SOULT) Le général LARIBOISIERE installe ses batteries entre les bataillons et le combat s’engage acharné. Nos Tirailleurs à demie portée de fusil des remparts criblaient de balles les canonniers ennemis à leurs embrasures pendant que nos artilleurs bouleversaient les talus et cherchaient à renverser les portes ou à ouvrir des brèches. Le combat durait depuis plus d’une heure sans grand résultat et notre situation devenait périlleuse. Nous avions réussi grâce aux tirs judicieux et précis de nos Tirailleurs à calmer quelque peu le tir des batteries ennemies, mais nous risquions de nous faire exterminer avant que la brèche ne fut praticable. Enfin le maréchal SOULT donne l’ordre d’assaut. Aussitôt les officiers s’élancent en avant et aux cris mille fois répétés de « Vive l’Empereur ! » les Corses et les Piémontais s’élancent comme un seul homme avec la rapidité de l’éclair. Cet assaut soudain et furieux déconcerte et surprend l’ennemi, tout est franchi, redoutes, bastions fossés, il semble que rien ne puisse plus arrêter ces collets verts (surnom donné aux Corses par l’ennemi), d’autant que simultanément, le 26ème léger, soutenu par les 18ème et 75ème de ligne, escalade les parapets, pendant que l’artillerie enfonce la porte. 1.500 prisonniers avec leur officiers étaient pris dans cette attaque. On se battit dans les rues de la ville pendant une heure. « On se battit souvent au corps à corps et à la baïonnette. Aussitôt que l’artillerie put être portée sur les remparts, elle s’y établit et, étant alors plus rapprochée des bataillons Prussiens qui étaient sur une demi-lune rasée entre la porte de Mulhen et le canal de Walkenitz où, quoique tournés et vigoureusement poussés par les Tirailleurs Corses et du Pô, ces deux bataillons faisaient encore résistance. Il était extrêmement difficile de déboucher dans la rue qui aboutit à la porte de Mulhen, tant le passage était encombré d’hommes et de chevaux morts, par ces canons et des caissons que l’ennemi avait du abandonner successivement et il fallut prendre quelques instant pour la décombrer et pour s’ouvrir une autre voie, enfin on y parvint. » (lettre de SOULT à l’Empereur) « Ce fut en vain que l’ennemi voulut se défendre et tenta de se réorganiser, dans les rues, sur les places, dans les maisons, il fut partout chassé, les places furent jonchés de cadavres. La 3ème division fit sur les remparts de la ville, 2500 prisonniers avec leur officiers et deux généraux ; elle prit 9 drapeaux et 25 pièces de canon avec leurs caissons…. Par l’effet des sages dispositions que le général LEGRAND a prises et par la rare intrépidité que ses hommes montrèrent leurs pertes ne furent pas très considérables. » (Journal du IV° corps). Ci-dessous, le rapport complet du maréchal SOULT à l’Empereur « Le maréchal SOULT à l’Empereur. Lübeck le 6 novembre 1806 Ainsi que j’ai eu l’honneur d’en rendre compte à V.M. par mon dernier rapport, le corps d’armée est parti ce matin avant le jour de Ratzeburg et s’est dirigé sur Lübeck. A 8 heures, la cavalerie jointe à celle de S.A.I. et R. le Grand Duc de Berg était devant cette ville. Il y a eu une charge conduite par le général LASALLE, qui a fait prendre un étendard et beaucoup de chevaux. Aussitôt que l’artillerie légère a été arrivée, elle a été placée à cent toises de la place et des ouvrages et l’ennemi a été immédiatement attaqué. La division LEGRAND a été chargée d’enlever l’ouvrage avancé de la porte de Mülhen. Les Tirailleurs Corses et les Tirailleurs du Pô l’ont emporté à la baïonnette, après une résistance d’une heure. Le 26ème d’infanterie légère, soutenu par les 18ème et 75ème de ligne ont escaladé en même temps les remparts, pendant que l’artillerie enfonçait la porte. 1500 prisonniers et leurs officiers, et 2 généraux ont été pris dans cette attaque. La division du général LEVAL était en même temps dirigée sur la porte de Hertzberg qu’elle devait aussi enlever ; celle du général SAINT HILAIRE était en réserve, mais on n’eut point besoin de ses forces. Le général LEGRAND a forcé la porte de Mülhen et est entré dans la ville en, même temps que le I°corps d’armée y pénétrait de l’autre côté. La jonction des deux corps s’est faite dans la ville même, en poursuivant l’ennemi. Une espèce d’ouvrage à cornes absolument détaché et défendu par 2 bataillons ennemis, tenait encore et faisait une farouche résistance ; mais il a également été forcé et tout a été pris. Aussitôt que la cavalerie a pu déboucher, celle du corps d’armée s’est mise à la poursuite de l’ennemi. Dans son premier mouvement elle a coupé quatre escadrons Prussiens avec leurs canons. Après une légère résistance ils ont capitulé. Le restant de la colonne du général BLUCHER et de celle du général WENNIPING réunis s’est retiré vers Travermünde. Demain il y sera poursuivi et sans doute obligé de se rendre à moins qu’il ne force le cordon de troupes danoises qui est sur la frontière de Holstein. Mais quoiqu’il fasse il n’échappera pas à son sort. Cette journée produit au moins 6 000 prisonniers, 50 canons, plusieurs drapeaux et étendards, 3 généraux et considérablement de bagages. Le corps d’armée commandé par le maréchal BERNADOTTE et le IV° y ont également participé. Tout le monde rivalisait de zèle, et les troupes ont marché à l’ennemi aux cris de : vive l’Empereur !. S.A.I. et R. le grand duc de Berg qui a principalement dirigé les attaques et qui avaient fait arriver sa cavalerie pour y prendre part, rendra à V.M. un compte plus détaillé de ce qui s’est passé dans la journée et moi-même j’y reviendrai lorsque tous les rapports me seront parvenus. A peine en ce moment puis-je en connaître les principales circonstances ».
Cette malheureuse ville de Lübeck fut fort mal traitée et subit un pillage de 2 heures. Non qu’il fut ordonné, mais parce qu’il était inévitable après une prise d’assaut, elle ne devait s’en prendre, comme écrivait l’Empereur, qu’à ceux qui avaient attiré la guerre dans ses rues. Le lendemain matin, le général BLUCHER, se trouvant acculé au territoire danois, avec une armée découragée par une longue retraite et les pertes énormes qu’elle avait subies signa une capitulation. La division LEGRAND bivouaqua sur le terrain, le 8 novembre, elle se rangea en bataille pour voir défiler 20.000 Prussiens, désarmés marchant derrière le général BLUCHER, le prince Frédéric-Guillaume de BRUNSWICK-ELO et tous les autres officiers, prisonniers de guerre. Cette affaire de Lübeck terminée, la 3ème division se rendit à Wismar et ses environs où elle fit séjour pour prendre un peu de repos dans de bons cantonnements.
« Un temps magnifique favorisait notre armée, le ciel était serein et le soleil radieux, les habitants s’empressaient de distraire et de ravitailler nos soldats, les recevant avec autant de prévenance et d’amabilité qu’au fond de l’âme ils avaient d’aversion pour eux ». (SAINT CHAMANS) Les Tirailleurs Corses purent enfin se délasser et se reposer de la dure campagne qui venait de finir et de ses marches forcées continuelles qui l’avaient rendu fort fatigante. Le repos qu’on leur accorda enfin aux environs de Wismar, leur apporta le plus grand bien, ils purent se réorganiser, réparer l’habillement, renouveler ou remplacer leur fourniment, compléter les vivres, en un mot être à nouveau prêt pour de nouveaux combats. Le 15 novembre, la division levait ses cantonnements et se dirigeait à petites étapes sur Berlin, qu’elle rejoignit le 22 novembre. Le 23 novembre, l’Empereur employa toute la journée pour passer en revue l’infanterie du IV° Corps. S’arrêtant ici, pinçant une oreille par-là, il félicita personnellement le bataillon de Tirailleurs Corses, on distribua quelques croix, et l’Empereur annonça que le Major d’ORNANO allait quitter son bataillon pour une promotion immédiate, le commandement du bataillon serait alors confié au Capitaine MORANDINI qui avait gagné ses épaulettes de Chef de Bataillon. (d’ORNANO sera nommé Colonel au 25ème Dragons). MORANDINI remplaçant d’ORNANO, les Corses continuaient à avoir un chef digne de leur courage et de leur ténacité. Le moral des troupes est au beau fixe, les victoires d’Iéna et de Lübeck ont exalté leur ardeur et si l’on a pu écrire que « la revue de Berlin refit à l’armée une âme nouvelle » . Qu’on s’imagine l’impression que dut produire la vue de l’Empereur, leur compatriote, l’un des leurs, passant dans les rangs, leur parlant, leur distribuant grades et récompenses. Il faut je crois garder à l’esprit cet enthousiasme extraordinaire pour comprendre que des hommes, faits de chair et de sang, aient pu résister aux dures épreuves qu’ils avaient rencontrées, et qui les attendaient encore dans les sables de la Poméranie et dans les bannes de la Margovie. Le 24 novembre, les Tirailleurs Corses se dirigent vers Landsberg après un arrêt à Küstrin, où ils vont pouvoir prendre un peu de repos. On arrivait à Landsberg le 27, mais le 29, il faut se remettre en route pour cantonner à Posen. Le 2 décembre, la division est à Pawlice. L’Empereur a choisi cette date pour adresser sa proclamation à l’armée. « Soldats ! Il y a aujourd’hui un an, à cette date même, que vous étiez sur le champ de bataille d’Austerlitz ; les bataillons Russes épouvantés fuyaient en déroute ou enveloppés rendaient les armes à leurs vainqueurs … Qui donnait aux Russes le droit d’espérer de balancer les destins… ». Le 3 décembre, la division LEGRAND est à Turnik en pleine Pologne prussienne, le 15, elle est à Konin. Et le 21, la division passe la Vistule à Plock : « Malgré de très grandes difficultés et le peu de ressources que nous rencontrons, car les Russes, dont nous commençons à trouver les traces avaient coulé à fond tous les grands bateaux qui étaient sur le fleuve. Mais dans ce temps-là nous étions accoutumés à triompher de tous les obstacles. » (St CHAMANS). Le soir la division couchait à Borowice. Le 24 décembre au soir, la tête de la division est à Gumowo. Le 25, le IV° corps atteignit la Wka qu’il traversait à Sochocin. La 3ème division s’installa au bivouac sur la route de Cicchanow. Après une marche de 24 kilomètres dans des chemins couverts de quatre pieds de boue dans les deux dernières journées le corps du maréchal SOULT avait fait 16 000 prisonniers, pris 30 pièces de canon, 3 drapeaux, 1 étendard (45ème bulletin de la Grande Armée). Le 26 décembre, la division LEGRAND marche sur Bogurzyn qu’elle atteint après une marche de 28 kilomètres des plus pénibles. « Il était impossible d’avancer, les chemins étaient tellement devenus impraticables que pour faire les deux lieues de Cicchanow à Bogurzyn, la 3ème division mit plus de 11 heures, elle ne put être réunie que le lendemain vers midi. » (Rapport de SOULT à l’Empereur) Le 27, la division est au bivouac en avant de Kolaczlovo. Les marches devenaient de plus en plus pénibles. Le terrain était tellement mou qu’il fallait redoubler d’efforts à chaque pas, pour comble de malheur, dans cette partie de la Pologne, à la fin décembre, la nuit commence à tomber vers 15 heures, et de ce fait, une partie de la marche se fait dans une nuit noire, sans lune pendant qu’une pluie fine mêlée de neige vient, poussée par le vent glacial fouetter les visages et glacer les membres. - « Douze pièces d’artillerie sont tellement embourbées dans les épouvantables chemins que les divisions ont suivies qu’il n’est pas à espérer qu’on puisse avant demain au soir les en tirer, et peut-être même faudra-t-il plus de temps ». (lettre de SOULT à l’Empereur). Cependant les Maréchaux LANNES et DAVOUT battent les Russes à Pultusk et à Golguin. Si le Maréchal SOULT réussissait à atteindre l’ennemi, les armées de BENNINGSEN et de BUXHOEDEN seraient détruites. Dans cette intention, l’Empereur envoya le Chef de Bataillon LEJEUNE vers le général LEGRAND en lui demandant de se porter en toute hâte sur Kokow pour couper la retraite à un corps Russe qui fuyait. LEJEUNE raconte : « La neige tombait, et la nuit était excessivement noire, je n’avais ni guide, ni direction fixe pour traverser des bois remplis de fondrières que la gelée avait heureusement durcies à la surface. Après trois heures de marche, j’entendis un malheureux Français qui criait, jurait et appelait au secours, son cheval et lui même allaient disparaître dans une tourbière dont la glace s était rompue sous eux. Ce ne fut pas sans peine que je m’approchai de la personne dont je croyais reconnaître la voix. Je demandais : Qui est là ? et l’on me répondit : Ah ! c’est vous Lejeune ! Je suis dans le plus grand péril ! Mon cheval s’est enfoncé jusqu’au col, je suis dans la vase jusqu’à la ceinture ; je suis épuisé par mes efforts et transi de froid. Aidez-moi de grâce à me tirer de ce gouffre qui va m’engloutir. C’était le général Legrand que je cherchais. Il était seul, égaré comme moi, ne sachant où trouver sa division et dans la position la plus critique. J’approchai du général, mes efforts réunis aux siens l’arrachèrent jusque sur le sol, et ensuite son cheval dégagé du poids de son cavalier parvint à sortir de la boue. Après quoi nous cherchâmes la division. Nous aperçûmes d’abord quelques feux épars, et ensuite ceux de son infanterie qui put arriver au jour sur le point où j’étais chargé de le conduire. L’ennemi en se retirant, n’avait pas eu de meilleurs chemins que nous, et il abandonna après les avoir longtemps défendues, plusieurs pièces de canons embourbées qu’il ne pouvait enlever. » Dans cette terrible journée du 28 décembre, la 3ème division ramassait dans le bois, en arrière de Makow, une quarantaine de Russes qui s’étaient égarés et venaient prendre position à la tête du bois de Zeremby, à une lieue de Makow, dans une région triste et désolée. « Non seulement nous ne trouvions rien dans les villages, et pour les hommes et pour les animaux, mais encore ils sont déserts. Tous les habitants ont fui. Je ne sais en vérité comment pourra faire le corps du Maréchal SOULT pour vivre ici. » (MURAT à l’Empereur) Est-ce que ceci émut l’Empereur ? Le fait est que celui-ci résolut le 29 décembre à 1 heure du matin de faire prendre les quartiers à son armée. Il était temps de s’arrêter si l’on ne voulait pas tout perdre. Dans cette journée le Général LEGRAND fit placer sa légère depuis Kobilino au confluent de la Wengerka avec l’Orzyek jusqu’au dessus de Makow pour garder les ponts et les gués de la région. Le bataillon de Tirailleurs Corses passa environ 1 mois dans les environs de Makow. Il put ainsi se reposer des dures privations qu’il venait de supporter. Le mauvais temps, la rareté, la mauvaise qualité des vivres l’avaient considérablement affaibli. Le 5 janvier 1807, il ne comptait plus que 26 officiers, et 541 hommes, soit environ 60 hommes par compagnie. Dans le courant du mois, il reçut 1 officier et 38 conscrits, on était encore loin du complet réglementaire. Cette situation préoccupait l’Empereur qui écrivait au général LACUEE : « Je vous prie de penser au bataillon de Tirailleurs Corses et au bataillon de Tirailleurs du Pô. » Dans les derniers jours du mois de janvier de 1807, l’armée Russe ayant fait mouvement sur le Maréchal BERNADOTTE, l’Empereur résolut de se porter en avant. Le 27 janvier les Tirailleurs Corses s’établissent dans les villages situés près de l’embouchure de l’Omulew, le 29 on quitte le cantonnement pour se concentrer dans les environs de Wilemberg. Le 02 février, le III° Corps est à Allenstein, et le 3, l’infanterie légère du 3ème Corps attaque et prend le poste de Bergfried. Le 4, la poursuite continue toujours aussi acharnée.
LA CAMPAGNE DE POLOGNE - 1807
Le 05 février 1807, l’avant garde de SOULT, composée des Tirailleurs Corses et des Tirailleurs du Pô bivouaquait, simplement séparée par un ruisseau, de la forte arrière garde, que BENNIGSEN a laissé au défilé de Burgerswald. Le lendemain, à la pointe du jour, notre cavalerie et le corps de SOULT se mettaient en marche, serrant au plus près l’arrière garde ennemie. Las sans doute d’être poursuivis l’épée dans les reins, et ce depuis huit jours, les Russes résolurent de s’arrêter et de tenir ferme en avant de la petite ville de Landsberg. Pour cela, ils placèrent douze bataillons de chasseurs à pied, vingt escadrons de hussards et un régiment de cosaques, sous les ordres du général BARCLAY, dans l’excellente position de Hoff. La droite des Russes, appuyée au village, leur gauche à un bois touffu, leur centre couvert par un ravin fort encaissé que l’on ne pouvait traverser que sur un pont très étroit. Huit pièces de canon garnissent cette ligne.
HOFF – 06.02.1807
Le 06 février, l’avant garde du IV° corps arrive au contact de l’arrière garde de BENNIGSEN. Le prince MURAT, arrivé en face de cette position, ne juge pas à propos d’attendre l’infanterie du Maréchal SOULT. Surestimant ses forces, il décide d’attaquer la position des Russes. Il envoie les 10ème Chasseurs et 3ème Hussards. « Nous passâmes un défilé par quatre et la mitraille commença à jouer, sans cependant atteindre personne. Nous parvînmes à contourner les pièces et à les faire abandonner par les canonniers ; mais la cavalerie qui les protégeait se présenta et on laissa les pièces pour tomber sur elle. Cela s’exécuta dans le meilleur ordre, mais commençant à être engagés, des cosaques se présentèrent et nous chargèrent au flanc. Ne nous trouvant pas secondés par d’autres troupes, nous fumes obligés de faire retraiter, non au pas, mais au grand galop. L’ennemi alors, profitant de notre grand désordre, nous ramena tambour battant jusqu’au défilé qui était un fossé de douze pieds de large et six de profondeur, rempli d’eau et où la moitié du régiment fut précipitée. Ils nous tuèrent et blessèrent beaucoup de monde, mais en revanche ils en ont laissé aussi sur le carreau !. On fit avancer deux régiments de dragons, mais, déjà effrayés de la petite déroute que reçut le régiment, on ne put parvenir à les faire charger. (lettres & souvenirs d’un officier de cavalerie légère J.J. Zichel). Force fut à MURAT d’interrompre le combat et d’attendre l’infanterie de l’avant garde qu’on alla quérir au galop. En arrivant devant HOFF, le Commandant HULOT lance ses Tirailleurs du Pô contre le 5ème Régiment de Chasseurs Russes (3 bataillons) qui, après un court arrêt marche résolument en avant le débordant sur sa droite. Le Commandant MORANDINI arrive sur ces entrefaites, à la tête des Tirailleurs Corses, il reçoit l’ordre de marcher sur le bois déjà occupé par l’ennemi. Les Corses se dirigent rapidement sur la position, mais devant ce mouvement, BARCLAY envoie au devant d’eux six bataillons d’infanterie et une batterie d’artillerie volante. Les compagnies reçues à coup de mitraille sont contraintes au repli, elles sont alors poursuivies par l’ennemi. Courant le risque d’être encerclées par un ennemi vingt fois supérieur en nombre.. la situation des Tirailleurs Corses et des Tirailleurs du Pô devient inquiétante. Pour les dégager, MURAT, lance les dragons de COLBERT. « A ce moment fort heureusement un brave chef d’escadron charge vigoureusement et à fond l’infanterie ennemie de notre droite et nous dégage. Le combat se trouve ainsi rétabli en notre faveur. Tout mon bataillon était alors déployé en tirailleurs, moins une compagnie de garde au drapeau, lorsque tout à coup, je vois arriver au galop en face de nous plusieurs escadrons de cavalerie Russe. Par bonheur cette cavalerie était encore à distance, j’avais encore une minute devant moi, et j’en profitai pour faire battre le rappel, rallier mes braves enfants autour de moi, leur recommandant de ne tirer qu’au nez des chevaux, commander au premier rang : Croisez la baïonnette et aux autres apprêtez vos armes. La charge arrive à moins de vingt pas et nous tourne le dos, le premier rang à ce moment ouvre le feu et abat quelques cavaliers, mais les autres conservent le feu ». (HULOT)
De son côté, le Commandant MORANDINI avait eu le temps de mettre les Corses en colonne de division à distance de peloton et formés en carré, avait vigoureusement refoulé la charge. Que s’était il passé ? Après avoir culbuté toute la cavalerie qu’ils avaient en face, les dragons de COLBERT étaient parvenus à s’emparer de quatre pièces d’artillerie, mais là, arrêtés par le feu de trois régiments d’infanterie, ils avaient du céder et la cavalerie ennemie avait eu le temps de se ressaisir et les ramena, puis ne trouvant plus d’obstacle devant elle, chargea les Tirailleurs. Cette charge, fut bravement repoussée mais notre situation n’en restait pas moins périlleuse, en effet, les Tirailleurs Corses et les Tirailleurs du Pô se trouvaient séparés par un intervalle de plus de 600 mètres et risquaient d’être culbutés.
Sapeur
Pour gagner du temps, MURAT lance trois régiments de cavalerie , ils seront ramenés, mais ceci permit au Général LEGRAND d’atteindre le champ de bataille avec son 26ème Léger. Ce régiment se couvre de gloire sous un feu horrible qui le décime, il résiste, et donne aux autres régiments le temps d’arriver. Les Russes sont alors culbutés. Hoff est abandonné et BARCLAY se reforme à la sortie du village, où il vient de recevoir un renfort de 9 bataillons. Il remet ses troupes en ligne de bataille, prêt à lancer un nouvel assaut. Mais ….les Cuirassiers d’HAUTPOUL débouchent de Hoff et fondent avec une telle rapidité sur la ligne Russe qu’ils la couchèrent littéralement par terre. « Il y eut en ce moment une véritable boucherie, les cuirassiers, furieux des pertes que leurs camarades Hussards et Dragons venaient d’éprouver, exterminèrent presque entièrement les bataillons Russes !. Tout fut tué ou pris. Le champ de bataille faisait horreur". L’Empereur, pour témoigner sa satisfaction aux cuirassiers, ayant embrassé son général en présence de toute la division, d’HAUTPOUL s’écria : "Pour me montrer digne d’un tel honneur, il faut que je me fasse tuer pour votre majesté !. Il tint parole le lendemain il mourrait sur le champ de bataille d’Eylau. Quelle époque et quels hommes ». (HULOT). Tel fut le combat de Hoff, commencé à deux heures de l’après midi, il ne cessa qu’à la nuit. La division LEGRAND avait glorieusement combattu, mais durement souffert. Tous les officiers d’état major étaient blessés, les Commandants HULOT & MORANDINI avaient eu leurs chevaux tués sous eux. Les Bataillons Corse & Piémontais avaient repoussé quatre charges, tenus en échec plus de 10.000 Russes. A la nuit close, le Maréchal SOULT établit l’infanterie légère en avant de Hoff pour couvrir la cavalerie de MURAT qui avait besoin de se reposer et de nourrir ses chevaux. Cette bataille coûtera à l’arrière garde Russe, 2.000 hommes hors de combat, 800 prisonniers, 4 drapeaux et 9 pièces d’artillerie. Sur la campagne recouverte de neige, la lune brillait de tout son éclat, après avoir jeté des petits postes en avant de son bivouac, le Commandant MORANDINI s’efforce de rétablir l’ordre dans son bataillon, on fait l’appel, on remplace provisoirement les gradés blessés ou tués. On fait rôtir quelques pommes de terre et serrés autour d’un feu péniblement allumés, les Tirailleurs Corses prennent enfin un instant de repos.
EYLAU – 06.02.1807
Après l’affrontement de Hoff, les deux partis sont à bout de force, beaucoup se sont couchés à même le sol gelé, sans même avoir retiré leurs sacs à dos. Et nos sentinelles surveillent, sous la lune blafarde, sans tirer, les sentinelles ennemies qui à demi-portée de fusil, se détachent sur la rive gauche du Stein, entre deux bouquets d’arbres enguirlandées de givre. Avant l’aurore tout le monde est debout, on vérifie les armes et les équipements, on ajuste le havresac et par un froid glacial, les Tirailleurs Corses reprennent leur marche sur la route de Preussich-Eylau, marchant derrière la cavalerie et précédant les Tirailleurs du Pô et le 26ème Léger. En débouchant du hameau de Grunhofchen, nos cavaliers accourent à bride abattue, prévenir de la présence de l’arrière garde de l’armée Russe qui s’est installée sur le plateau de Ziegelhoff. Il ne s’agissait pas de l’arrière garde mais de toute l’armée Russe qui avait pris position sur le plateau et dans la ville d’Eylau.
Le général LEGRAND fait déployer les Corses et les Piémontais, à droite et à gauche de la route et envoie le 18ème de Ligne prolonger leur droite. Le Commandant MORANDINI et le Commandant HULOT, forment leurs bataillons en colonnes de division et marchent à l’ennemi, repoussant les charges répétées des hussards Russes, par des tirs nourris et bien ajustés et un mur de baïonnettes. Malheureusement le 18ème de Ligne qui sur le plateau venait d’aborder l’infanterie Russe à la baïonnette, fut chargé de flanc sans avoir eu le temps de se reformer et fut repoussé en désordre. La résistance opiniâtre des bataillons de Tirailleurs donne à la division LEVAL le temps de rétablir le combat et de refouler l’ennemi qui bat en retraite en toute hâte, poursuivi par notre cavalerie de réserve. Quelques escadrons de dragons pénètrent ainsi pêle-mêle dans les rues d’Eylau, mais ils ne peuvent tenir, les rues étant vaillamment défendues par des fantassins qui, postés derrière les fenêtres les fusillent à bout portant.
Le 24ème léger de la division SAINT HILAIRE s’engage courageusement sur la lisière, bientôt chargé par une division entière, il cède le terrain et ne s’arrête que dans les faubourgs sur la route de Landsberg. Voyant cela le général LEGRAND lance immédiatement les Tirailleurs Corses et ceux du Pô à l’attaque de la ville, il est 16 heures. Le Commandant MORANDINI, et ses Corses, la droite appuyée à la route, et la gauche par les Tirailleurs du Pô, attaque vigoureusement les maisons qui sont devant lui. Aux cris de Vive l’Empereur ! les compagnies pénètrent dans Eylau, chaque rue, chaque maison de cette malheureuse ville deviennent un champ de bataille, la brigade légère du général LEGRAND ne laisse sur son passage que des morts ou des mourants, sur lesquels on est contraint de faire rouler les pièces d’artillerie et les caissons.
Les Russes se battaient eux aussi avec courage et fougue, et ne cédaient le terrain que pied à pied, il fallait se disperser dans toutes les directions. Le petit nombre en ligne ne permettait pas d’opérer méthodiquement. Chaque chef de section combattait pour son compte. Enfin le 26ème Léger débouche, le général le lance résolument dans la rue principale et va s’établir à la sortie de la ville, en chassant les derniers Russes qui se replient en courant vers le reste de leur armée regroupée plus loin. La nuit commençait à tomber. Dans cette mémorable journée, les Tirailleurs Corses avaient combattu toujours en première ligne et partout ils avaient forcé l’ennemi à se replier, leur infligeant de lourdes pertes. Mais le tribut avait été lourd, les capitaines FONTANA, GIOVANNINO, le lieutenant MUCHIELLI étaient mortellement blessés et expiraient quelques jours plus tard. Le lieutenant LECCIA, et les sous lieutenants PERALDI, ARRIGHI étaient tués. Les Capitaines BATTINI, RIOLACCI, les lieutenants AMBROGGI, OLLAGNIER, VENTURI & SPORTUNO étaient blessés, 80 hommes du bataillon étaient hors de combat. Le Commandant MORANDINI, reçoit sa deuxième blessure.
Le bataillon panse ses plaies en installant son bivouac à la sortie d’Eylau, la droite vers la route de Koenigsberg, la gauche vers l’étang, protégé en avant par deux postes d’avant garde. Par cette nuit glaciale, les Corses se reposaient blottis près d’un maigre feu que la neige fondante éteignait à chaque instant.
Le Commandant MORANDINI raconte :"Je passais la nuit derrière le centre de mon bataillon, sur deux planches arrachées à une maison voisine, n’ayant pris comme nourriture qu’un morceau de galette et une portion de viande de cheval rôtie sur la braise. Je grelottais de froid, mais ma fatigue était si grande que vers une heure du matin je m’endormis profondément enveloppé dans mon manteau. Il faisait encore nuit lorsqu’un chasseur vint me dire que l’Empereur faisait la ronde des bivouacs. Je me levai aussitôt, rectifiai ma tenue et en trois enjambées me trouvais devant sa majesté qui me dit à brûle pourpoint : - Combien d’hommes présents ? - Quatre cent Sire ! - Avez-vous des traînards ? - Les blessés seulement Sire ! - Vous avez assez souffert, faites rentrer vos bataillons en ville et rappelez vos postes. Et sans attendre ma réponse, il tourna le dos et disparut au grand étonnement de mes soldats qui disaient de manière à entre entendus : il ne fait pas aussi chaud qu’à Ajaccio ! Je fis immédiatement porter le bataillon sur l’emplacement désigné par l’Empereur et donnais l’ordre aux grands-gardes d’occuper les dernières maisons sur la route. A la pointe du jour, je faisais distribuer les cartouches aux compagnies quand subitement l’artillerie Russe commença à nous inonder de boulets et de mitraille. Je venais de donner l’ordre de faire avancer le bataillon d’une cinquantaine de toises pour l’éloigner des maisons qui servaient de point de tir quand tout à coup je vis mes compagnons de grand garde déboucher sur la route au pas de course, en pleine déroute. J’eus de la peine à arrêter les fuyards qui, sourds à la voix de leurs officiers auraient continué leur route sans l’intervention d’une autre compagnie qui vint barrer la route. Je fis immédiatement rassembler les compagnies, puis me mettant à leur tête, je commandais « l’arme au bras, au pas ordinaire ! » et je me portai en avant, me retournant souvent pour rectifier le port d’arme et l’alignement. Je ramenais ainsi les compagnies sur leur emplacement. Je n’ai jamais pu connaître exactement, la cause de cette panique, partagée par les Tirailleurs du Pô et le 26ème léger… »
Le webmaster en Chasseur du BTC
POUGET, lui donne une explication : « Aussitôt que le jour permit aux Russes de nous voir, ils firent sur notre ligne un feu d’artillerie, si bien nourri que les boulets et les obus tombaient comme la grêle…l’artillerie Française n’étant pas encore en batterie, son silence encourageait celle de l’ennemi, qu’on voyait se rapprocher de nous. » Le Commandant MORANDINI poursuit : « déjà la mitraille faisait rage et, je songeais à faire renforcer ma première ligne, quand je rencontrai le général LEDRU qui me dit que le bataillon avait pour mission de tenir sur place. Et il ajouta tout bas : « C’est tout ce que nous pouvons faire, la division n’en peut plus. » J’étais bien content d’entendre dire par mon général ce que je pensai moi-même. A Eylau, je retrouvai le général LEGRAND qui précisa l’ordre que je venais de recevoir. " Vous avez deux compagnies en tirailleurs que vous relèverez toutes les heures. Nous n’avons pas à marcher en avant, mais si les Russes marchent sur nous, l’ordre de l’Empereur est de tenir bon. Je compte sur vous Morandini !".
Vers 7 heures, je fis relever les deux compagnies qui avaient reculées le matin. En les voyant arriver, les chasseurs des autres compagnies se mirent à les plaisanter. J’intervins aussitôt pour couper court à toutes les discussions et je dis de manière à être entendu par tout le monde : « les chasseurs ont été entraînés par les fuyards des autres régiments, et toutes les compagnies du bataillon se valent ». Il faut dire qu’à ce moment les Russes avaient interrompu leur feu. Nous n’avions rien à craindre. Nous avions les pieds dans la neige, mais il n’y a pas de feu qui fasse oublier le froid comme les boulets qui sifflent au-dessus de votre tête. Je continuai de relever mes Tirailleurs d’heure en heure. La bataille heureusement se termina sans que les Russes vinssent nous attaquer, excepté quelques boulets qui vinrent dans nos rangs et mirent hors de combat le sergent BERLANDI, blessé à l’épaule gauche, le bataillon ne souffrît pas beaucoup en comparaison des pertes énormes qu’il avait fait la veille. Les Généraux LEGRAND et LEDRU étaient parmi les blessés. » Telle fut la part prise par le Bataillon de Tirailleurs Corses à la bataille d’Eylau.
« Elle fut sanglante et opiniâtre et depuis l’invention de la poudre on n’en avait pas vu de si terribles effets car, eu l’égard au nombre de troupes qui prirent part à la bataille, c’est de toutes le batailles anciennes ou modernes, celles où les pertes furent relativement les plus grandes". (MARBOT)
Les bataillons passèrent la nuit dans la neige à attendre impatiemment le lever du jour, se demandant si la bataille allait reprendre et quand ?. Le Maréchal SOULT était à cheval à cinq heures du matin et visitait ses postes avancés pour avoir des nouvelles des Russes. Aussitôt qu’on put distinguer les objets on s’aperçut que l’ennemi profitant de la nuit s’était retiré. SOULT envoya aussitôt le capitaine SAINT CHAMANS porter la nouvelle à l’Empereur. Aussitôt le Maréchal fit regrouper sous les armes son corps d’armée … ou ce qu’il en restait . « C’était pitié de voir tous ces régiments qui, dix jours auparavant, étaient si forts et si beaux, réunir ce jour là les débris de leurs trois bataillons pour en former un demi-bataillon au centre duquel on plaçait l’Aigle ». Les débris de la brigade d’infanterie légère furent passés en revue, à la place où ils avaient combattu et bivouaqué par le Colonel POUGET, qui remplaçait momentanément le Général LEDRU blessé. « Quand l’Empereur passait devant ses troupes. Au milieu des cris de Vive l’Empereur ! J’entendis beaucoup de soldats crier : Vive la paix, d’autres criaient Vive la France et la paix ! d’autres enfin : du pain et la paix ! C’était la première fois que je voyais le moral de l’armée Française un peu ébranlé. Mais elle avait tant souffert pour en arriver à la boucherie d’Eylau que cela ne pouvait pas être autrement. Au reste j’ai su que les Russes et les Prussiens n’étaient pas en meilleur état que nous. » (SAINT CHAMANS).
Le IV° Corps passa les 9 et 10 février à Eylau, tant pour relever les blessés et enterrer les morts que pour réorganiser ses bataillons.
Le 11 février, le IV° corps quittait le champ de bataille d’Eylau pour installer ses cantonnements quelques kilomètres plus au nord près du village d’Althorff. Les Corses commençaient à se remettre des terribles fatigues qu’ils venaient d’éprouver lorsqu’ils apprirent avec une grande joie que l’Empereur avait décidé de faire prendre les quartiers d’hiver sur la rive gauche de la Passarge. La division LEGRAND recevait l’ordre de se mettre en route pour aller s’installer aux environs de Liebstadt.
Le 18 au matin, par un cuisant froid polaire, le bataillon s’engagea sur la route de Landsberg à Hoff, où 11 auparavant il avait combattu avec tant d’acharnement. La neige avait nivelé le champ de bataille, effaçant la moindre trace des terribles chevauchées menées par nos cuirassiers. Après avoir passé la nuit à Franendorff, il arriva enfin au cantonnement définitif le 19….. Il était temps. « Nous avions grand besoin de repos. La dysenterie faisait des ravages dans l’armée. les officiers et les soldats étaient ennuyés et mécontent. Personne dans ce moment là ne se souciait plus de se battre. Le temps était très froid, les vivres assez rares. On ne trouvait pas de vin, et la bière, dans l’état lamentable où nous étions ne nous convenait pas. » (St CHAMANS)
L’Empereur dur reste jugeait la situation de son armée peu brillante puisqu’il avait prescrit à ses maréchaux de n’engager aucune affaire sérieuse. Le 20 mars, d’Osterode, l’Empereur écrit au général LACUEE pour réorganiser l’armée qui a bien souffert. «J’ai vu avec peine que vous avez mis des Corses dans le 17ème et autres régiments ; les conscrits corses, mettez-lez dans les tirailleurs corses, qui n’ont que 500 hommes. » Le 1er mai, les Tirailleurs Corses vinrent installer leur bivouac sur la lisière d’un bois, près de Morungen, avec les autres corps de la 3ème division disposés en carré. Ce nouveau cantonnement donnait satisfaction aux troupes, et forçait l’admiration de nos ennemis. « On ne peut rien voir de mieux fait dans ce genre, tant pour la commodité des troupes que pour l’élégance. Ces huttes rangées en rues étaient construites comme des maisons de bois avec plancher. On y trouvait des bancs, des tables et même des chaises". (Général BENNIGSEN)
Ces trois mois passés dans de bons cantonnements ou dans de confortables baraques avaient produit un excellent effet. Mieux nourris, et bien logés, les hommes avaient retrouvé leur gaieté et même dans ces régions du Nord, peu favorisées par la nature, ils trouvaient le moyen de se distraire dans des bals ou des fêtes improvisés en plein air. L’état sanitaire était satisfaisant et la discipline s’était raffermie. Les pertes de la dernière campagne avaient été comblées. Le bataillon avait reçu des chasseurs exercés venus du dépôt et de nouvelles recrues. L’instruction était poussée dans le camp.
« Avec un zèle et une activité infatigable, cette école fut tout semblable au camp de Boulogne. Les officiers et les soldats s’y formèrent aux manœuvres de guerre, et acquirent un degré de perfection dont les résultats ne tardèrent pas à se montrer. Les reconnaissances continuelles, les petites affaires de postes sur la rive droite de la Passarge servirent à aguerrir les conscrits. » (M. DUMAS)
Enfin l’Empereur venait de récompenser par des grades et des décorations les officiers et les chasseurs qui s’étaient fait remarquer par leur courage et leur conduite depuis le commencement de cette campagne. Le moral de l’armée se trouvait en cette fin mai à un degré très élevé. Le matériel usagé avait été remplacé, l’entraînement des recrues terminé, les tenues et les armes impeccables.
Et c’est ce moment que choisit BENNIGSEN pour reprendre les opérations de guerre.
Le 5 juin, tôt le matin une forte canonnade suivie d’une fusillade bien nourrie nous annonçait la reprise des hostilités. Notre tête de pont sur la Passarge, à Lormtten était attaquée par des forces considérables dont les efforts vinrent se briser contre l’héroïque résistance de la 2ème division du IV° Corps (24ème Léger, 46ème et 57ème de Ligne ).
Le Maréchal SOULT concentre immédiatement son corps d’armée sur la rive gauche de la rivière et le 8 juin au matin, il débouche avec toutes ses forces par les ponts d’Elditten et lance la 3ème division à la rencontre des Russes. Le Général LEGRAND, sous la protection des Tirailleurs Corses, placés à l’avant garde, atteint l’ennemi à Pittenen. Il le fait sabrer par le 8ème Hussards qui le chasse jusqu’à Wollsdorff. Ce village défendu par un bataillon d’infanterie et un régiment de cavalerie, résiste vigoureusement et oblige nos cavaliers à se replier. Sans l’ombre d’une hésitation, le Commandant MORANDINI lance ses Corses sur l’ennemi. Leur attaque est si impétueuse qu’en quelques minutes, la rue est jonchée de cadavres. Pour dégager son infanterie, la cavalerie Russe s’élance à la charge, elle est gênée par tous ces cadavres Russes et le matériel qu’ils ont abandonné, aussi les Corses les mitraillent par un feu nourri et les contraignent au retour après leur avoir fait subir des pertes très sérieuses.
Le corps d’armée passe la nuit en tête du bois de Wollsdorff. Le lendemain, après avoir poussé une vigoureuses pointe sur Rietrichsdorf, le Maréchal SOULT porte ses bivouacs à Altkirch. « On ne savait plus ou prendre l’ennemi. On avait envoyé des reconnaissances de cavalerie légère dans toutes les directions. Le rapport de l’une d’elles fit penser que l’armée Russe se retirait sur Heilsberg. Et l’armée Française y marcha aussitôt. La cavalerie de Murat et l’infanterie de Soult formaient l’avant garde. A deux lieues d’Heilsberg, on trouva l’armée ennemie en bataille, sur un terrain entrecoupé de ravins, dominé par des élévations, couronnées de redoutes formidables. » (Journal du IV° Corps )
HEILSBERG – 10.06.1807
Le corps de SOULT, une division de NEY, et la cavalerie de MURAT allait se heurter à 80 000 hommes environ. Nos têtes d’avant garde arrivèrent devant Heilsberg vers midi, la lutte s’engagea, très vive, la cavalerie de MURAT après quelques charges heureuses, finit par avoir le dessous et se replia pour permettre à l’infanterie de s’avancer. Pendant que les divisions de SAINT HILAIRE & CARRA SAINT CYR manœuvraient pour enfoncer la gauche de l’ennemi, la Division LEGRAND, Tirailleurs Corses en tête, marche sur le village de Lawden occupé par un parti de cavalerie qui se replie et disparaît à notre approche. Le général reçut alors l’ordre de soutenir les mouvements de la cavalerie de réserve et d’attaquer le bois de Lawden. Celui-ci était fortement occupé par huit régiments d’infanterie légère, trois régiments de cavalerie et une compagnie d’artillerie volante. Immédiatement, les Tirailleurs Corses, les Tirailleurs du Pô et le 26ème Léger se déploient en ligne de colonnes de bataillon à distance de peloton et marchent à l’ennemi. Les 18ème , 75ème & 105ème de ligne formant la réserve. Après une heure de combats très vifs la division resta maître du bois. En même temps, la division CARRA ST CYR après une brillante charge s’arrêta épuisée, elle dut être relevée par la division ST HILAIRE. « La division St Hilaire exécuta un mouvement sous un feu de mitraille épouvantable avec la même exactitude que dans un camp d’instruction, la ligne ennemie fut enfoncée en en partie détruite". (Comte de Persan) Maître du bois de Lawden, LEGRAND cherche à gagner les redoutes ennemies, sa gauche appuyée au bois, il dirige sa droite sur la redoute principale. A 400 mètres nos colonnes sont reçues par un feu d’artillerie à boulets et à mitraille lancé de tous les ouvrages construits sur notre front, en même temps, soixante escadrons s’élancent sur les flancs pour nous sabrer. Les Tirailleurs Corses et les Tirailleurs du Pô vivement formés en carré résistent avec une ténacité héroïque empêchant l’ennemi de nous tourner. Notre cavalerie fait alors des prodiges pour nous dégager, MURAT, LASALLE, PAJOL, chargent trois fois, culbutant tout ce qui se trouvait devant eux, mais accablés par le flot de 80 escadrons qui reviennent furieusement au combat, ils sont ramenés en désordre, et viennent trouver refuge dans les carrés de l’infanterie qui maintenue dans le plus grand ordre, refoule l’ennemi avec rage et le force à tourner bride. De position en position, nous abordons la ligne ennemie. Le 26ème Léger s’empare de la redoute principale et s’y maintient un quart d’heure. Mais les Russes recevant à chaque instant des troupes fraîches et protégées par un grand nombre d’artillerie de position nous assaillent de toutes parts. La division LEGRAND lutte héroïquement contre un adversaire quatre fois plus nombreux, elle est obligée de se replier. Ceci se fait en carré, par échiquier, dans sa retraite elle entraîne les divisions SAINT HILAIRE & CARRA SAINT CYR. La brigade du général LASALLE ayant été mise dans le même instant dans la déroute la plus complète, ce général n’eut que le temps pour ne pas être pris, de se jeter dans un carré formé par le 26ème Léger, où MURAT & SOULT se trouvaient déjà. La débandade de notre cavalerie avait été si prompte que chacun s’était réfugié où il avait pu... Le général LEGRAND s’était lui réfugié dans le carré des Tirailleurs Corses et voyant son commandant blessé se traîner péniblement, soutenu par un carabinier. «Régler l’allure MORANDINI, je ne suis pas pressé, je connais la valeur de vos Tirailleurs. Et le Commandant répliqua sur le ton du commandement : « Au pas du général, Soldats ! » «Une masse de cavalerie et d’artillerie légère ennemie, ayant en même temps débouchée sur le front du 55ème de Ligne qui formait la gauche de la division Saint Hilaire et sur celui du 26ème Léger qui occupait la droite de la division Legrand, ces deux corps composés des Tirailleurs Corses et de ceux du Pô n’eurent que le temps de se former en carré pour recevoir les charges dont ils étaient menacés, retenant l’ennemi, ils permirent aux autres régiments d’opérer leur retraite en bon ordre, en entamant la leur par échelon ». (VIVIEN)
Les bataillons firent leur retraite en bon ordre, sans être entamés, malgré les charges incessantes et furieuses portées par la cavalerie ennemie. « Une première charge de dix escadrons de hussards de la mort, d’un second régiment de hussards prussiens, et d’un régiment de cosaques réguliers de la Garde Russe, vint échouer sur nos baïonnettes et laissa les quatre faces du carré jonchées de cadavres. Dans le même temps, le carré du 26ème Léger était enfoncé, ses débris vinrent se jeter sur nous, et furent accueillis sans qu’il en résultat aucun désordre apparent… » (Vivien) Il apparaît que le 26ème Léger, avait formé deux carrés de ses deux bataillons, un seul s’était redéployé pour prendre la redoute mais ne fut pas enfoncé et ne partit pas en débandade vers le carré du 55ème de Ligne comme le dit VIVIEN. Nous en voulons pour preuve le rapport de POUGET. « Menacés par la cavalerie, mes deux bataillons furent disposés en carré, l’un sous le commandement de mon général de brigade, et l’autre sous mon commandement, en approchant d’une redoute, je fis déployer mon bataillon qui franchit fossé et talus et pénétra dans l’intérieur et s’empara de quatre pièces et d’un obusier. J’étais à cheval et je tournais la redoute quand déjà mes Tirailleurs étaient à plus de cent pas en avant. Une charge de cavalerie Prussienne fondit sur eux et fit quelques prisonniers, au nombre desquels se trouvait mon frère. Mais le gros du bataillon, maître de la redoute, la repousse par sa mousqueterie, et notre cavalerie lancée sur les Prussiens, leur reprirent bientôt les prisonniers qu’ils n’avaient pas gardé cinq minutes. J’eus un cheval tué sous moi, par un biscaïen qui me toucha la cuisse gauche, à la partie interne, ce qui m’empêcha d’en monter un autre. Mon premier bataillon faisait merveille sur la droite à deux cent toises de moi. Il était resté en carré et soutenait glorieusement l’honneur du 26ème. Le grand duc de Berg qui se trouvait sur ce point, le maréchal SOULT, les généraux LASALLE & LEDRU, pressés par une charge de la Garde Royale Prussienne, se réfugièrent dans son carré, le général Legrand, lui s’était réfugié dans le carré des Tirailleurs Corses. Le carré du 26ème attendit l’ennemi, à vingt pas et fit feu, si à propos qu’il culbuta presque toute cette cavalerie et fit rétrograder le reste. Quelques cavaliers arrivèrent jusqu’au carré qui les reçut la baïonnette croisée. Le terrain resta jonché d’hommes et de chevaux. Notre cavalerie se lança à ses trousses ,fit des prisonniers et leur tua encore beaucoup de monde ». Alors, carré enfoncé ou pas ? il semble qu’il n’y eut pas de carré enfoncé. VIVIEN a-t-il recueilli dans son carré les ex-prisonniers libérés du 26ème dont nous parle le Colonel POUGET ? Mais tous s’accordent à dire que les Corses ont brillamment tenu, et c’est ce qui nous importe. « La division Legrand ainsi que les deux régiments de fusiliers de la garde étaient dans une plaine contre le bois de Lawden et les redoutes, comme des rochers inébranlables repoussant successivement les flots de l’immense cavalerie ennemie et protégeant celle de la réserve de l’armée. » (Journal du IV° Corps) « Ces redoutes vivantes contenaient les lignes Russes qui avaient voulu se porter en avant, elles renfermaient des cavaliers Français démontés, des Russes de toutes armes même des Cosaques prisonniers, qui, à chaque instant, voyant les efforts de leurs troupes impuissantes, attestaient par leur présence la valeur indomptable des braves qui formaient cet impénétrable bouclier ». (M. DUMAS) Il faisait presque nuit lorsque la division VERDIER, du Corps du Maréchal LANNES arriva sur le champ de bataille et s’élança en avant jusqu’aux pieds des retranchements qu’elle ne put forcer malgré ses attaques répétées. L’action étant devenue moins vive, le général LEGRAND se porta en avant avec les Tirailleurs Corses et ceux du Pô à la gauche du bois de Lawden, près de la route qui conduit à Eylau pour dégager le 18ème de Ligne qui soutenait seul les attaques incessantes de trois régiments. Vers minuit le combat cessa et la 3ème division se rassembla en tête du bois de Lawden où elle bivouaqua. Les pertes du IV° Corps en cette journée furent considérables et s élevèrent à 36 officiers et 650 soldats tués, 215 officiers et 5613 soldats blessés, 6 Officiers et 35 soldats faits prisonniers, 91 chevaux tués. Les Tirailleurs Corses, s’étaient particulièrement distingués, le Commandant MORANDINI, qui avait été blessé au cours de la bataille avait fait preuve de touts ces belles qualités qui distinguent un officier aussi courageux, qu’habile manœuvrier. Le Général LEGRAND lui témoigna toute sa satisfaction dans son rapport. Le 12 juin, le IV° Corps se trouvait au bivouac dans les environs d’Eylau. Les champs que nous avions laissés trois mois auparavant couverts de neige et de cadavres et de sang, offraient à présent un tapis de verdure émaillé de petites fleurs multicolores. Les anciens du bataillon montraient aux conscrits les emplacements sur le champ de bataille où ils avaient tant soufferts. Le 13 juin la division se porte vers Heiligenbeil avec mission de nettoyer les bords du Frisch-Hoff et de refouler vers Koenigsberg ou d’anéantir tout ce qu’elle pourrait y rencontrer. On n’y rencontra que très peu de troupes ennemies qui prirent la fuite à notre approche. Le 14 juin au matin le corps du Maréchal SOULT se porta sur Koenigsberg. A 9 heures la division LEGRAND se présentait devant Kraschau occupé par un bataillon Prussien. L’attaquer et l’en chasser ne fut l’affaire que d’un instant, devant la détermination des troupes françaises, les Prussiens reculent, puis abandonnent la position en désordre. Les généraux alliés essayent en vain de prendre position devant le bois de Kraschau , pressés, débordés, et vivement canonnés, ils furent contraints de se renfermer dans Koenigsberg. Le général LEGRAND dirige alors sa brigade légère vers une redoute qui défendait les approches de l’enceinte, à droite de la porte de Mulhen. Pendant que le 26ème Léger esquissait un mouvement tournant, les Tirailleurs Corses et les Tirailleurs du Pô attaquent la position de front, culbutent les défenseurs dans les fossés et entrent pêle-mêle avec lui dans l’ouvrage. Ils pourfendent les artilleurs et prennent les quatre pièces de canon qui défendaient la redoute. Ces pièces qui tirant à mitraille sur nos troupes, leur avaient fait beaucoup de mal quelques instants auparavant. « Regroupant sa brigade légère, le général LEGRAND l’envoie renforcée par la brigade Ledru sur les faubourgs de Nasse-Garten , là, l’ennemi qui le défendait est promptement chargé, on lui tue considérablement de monde et lui fait 400 prisonniers. Quelques instants après, l’ennemi ayant fait une sortie de cavalerie, le bataillon Corse le reçut à bout touchant avec une perte d’un grand nombre d’hommes et de chevaux…la division Legrand se maintenait dans les faubourgs ». (Journal du IV° Corps). Dans la soirée, MURAT rappelé à Friedland partit avec toute sa cavalerie et le corps de DAVOUT, laissant à SOULT le soin de prendre la ville. « Le général Legrand a poussé jusqu’à l’extrémité du faubourg où il a été arrêté par un feu de mitraille très vif, que la demi-lune fraisée et palissadée qui couvre la porte lui a fait. L’ennemi a entrepris une sortie de cavalerie, le bataillon Corse l’a repoussé et le général Legrand s’est maintenue dans le faubourg". (Rapport de SOULT à l’Empereur) Ce 15 juin, le Maréchal SOULT continua de canonner la place et de faire les apprêts de l’assaut. Mais au moment même ou prêts et tendus, nous nous disposions à donner l’assaut, nous apprîmes que la garnison, ayant reçu dans la nuit la nouvelle de la bataille de Friedland, gagnée par l’Empereur sur les troupes Russes, était partie précipitamment. Nous y entrâmes aussitôt sans obstacle, et l’ordre y fut maintenu. Les divisions s’installèrent au mieux dans cette ville, qui du fait de la fuite ennemie, n’avait pas trop souffert. Le traité de Tilsitt ( 21 juin 1807 ) mettait fin aux hostilités et dans sa proclamation du lendemain, l’Empereur disait aux soldats : « Mes bienfaits vous prouveront ma reconnaissance et toute l’étendue de l’amour que je vous porte… Je confère la croix de Commandeur au Général LEDRU DES ESSARTS qui, avec les Bataillons Corses et du Pô, avait plusieurs fois repoussé la cavalerie Russe qui tentait de contourner notre gauche à Heilsberg….. » A Koenigsberg le 23juillet, SOULT proposa pour la croix d’officier le Commandant MORANDINI qui à la tête des Corses avait été blessé à Heilsberg, ainsi que le commandant BONIN des Tirailleurs du Pô. ( Joseph Durieux – La Sabretache 1907- page 357). La division LEGRAND se porta sur la route de Tilsitt où elle baraqua. L’Empereur la passa en revue le 12 juillet 1807 , et le 15, elle levait le camp pour venir cantonner sur la rive gauche de la Passarge. « Ce pays était si riche, que malgré la guerre qu’on y faisait depuis sept mois et la présence continuelle des armées Françaises, Russes et Prussiennes, tout s’y trouvait encore en abondance…. Une seule compagnie d’infanterie ou de cavalerie occupait de beaux et riches villages où des régiments entiers auraient pu vivre largement. Les officiers y étaient parfaitement bien, sans qu’il leur en coûtât rien ; ils pouvaient envoyer les trois quart de leur solde en France ; les soldats n’en étaient pas moins bien traités. » (SAINT CHAMANS) Le 19 novembre, les cantonnements sont levés pour se retirer sur la Vistule, après une première étape à Fraunsberg, on les dirigea le 20 sur Elbing où ils arrivèrent presque à la nuit. Le soir tous les généraux et les officiers supérieurs de la 3ème division dînèrent chez le Général LEGRAND qui leur apprit que le Maréchal SOULT quittait le commandement du IV° Corps pour se rendre à l’armée du Portugal et chargeait ses divisionnaires d’être ses interprètes auprès des chefs de corps pour leur témoigner son extrême satisfaction sur leur manière de servir. « Le 21 nous arrivâmes à Christburg où nous restâmes quelques jours en campement sur la rive gauche de la Vistule. Le 1er décembre, nous quittâmes ces cantonnements pour passer le fleuve dont nous n’étions qu’à 6 heures. Après avoir passé par Marienburg, ancienne résidence des chevaliers Teutons, nous arrivâmes à Dirschau, où le général LEDRU fixa son quartier général. » (SAINT CHAMANS) La vie que menait nos troupes dans ses divers cantonnements était assez agréable. Les officiers étaient logés dans des jolies propriétés appartenant aux plus riches, dont ils partageaient les joies et les plaisirs. Les soldats, bien logés et bien nourris par l’habitant se plaisaient et organisaient des parties de chasse et de pêche pour tuer le temps. Cette vie de bourgeois dura pour nos troupes jusqu’au 20 avril 1808 où l’ordre parvint à la division de se tenir prête à camper. « On vient de nous fournir tous les outils nécessaires au baraquement, ainsi que notre batterie de cuisine qui est considérable. Je crois que le Roi de Prusse veut nous régaler. Je vais au camp aussi gai que si je restais ici. » (SAALAN dans Prusse Occidentale) « Mon ordinaire sera bien différent, mais il faudra bien s’en contenter, nous autres soldats nous sommes tantôt dans l’abondance, tantôt dans la misère, au vu de ce départ, l’Empereur avait bien raison, ayant fait accorder une gratification qui fera bien plaisir à tout le monde, d’en retarder le paiement, nous risquons d’en avoir besoin ; » ( Notes du fourrier du 26ème Léger. La Sabretache 1898 ).
Que veut dire notre caporal fourrier du 26ème Léger par ses paroles : L’armée au repos vient de vivre ces mois d’hiver dans des cantonnements plaisants, on l’a vu, avec un confort respectable, nourrie par l’habitant, donc sans toucher à sa solde, pour les surplus de nourriture, comme on doit souvent le faire au bivouac. Elle était au sec, et au chaud, consacrant tout son temps au loisir… Tout cela était terminé. On allait se mettre en campagne…. Le paiement retardé par l’Empereur était du à la décision qu’il avait prise de reverser à l’armée 100 millions de francs, prélevés sur la contribution de guerre à la Prusse, et distribués de la manière suivante : - Tout sous-officier ou soldat ayant fait la campagne d’Iéna aurait droit à 15 francs. - S’il avait en outre fait celle d’Eylau, 30 francs - Celle de Friedland 45 francs. - Enfin chaque soldat qui avait été blessé dans une des Campagnes de Prusse ou de Pologne recevrait le maximum des trois sommes.
Le 19 mars 1808, le Commandant MORANDINI fait l’objet d’une donation de 4 000 francs en Westphalie. « 20 avril 1808, la division LEGRAND s’établit au camp de Mëwe sur la rive gauche de la Vistule. Les troupes occupaient de vastes baraques dont le toit de chaume terminé en pointe était surmonté d’un drapeau aux trois couleurs, sur la baraque du commandant, plus spacieuse, et coquettement installée, flottait une flamme tricolore de 25 pieds de longs». (POUGET) « Chasseurs et carabiniers menaient là, la belle existence du camp de Boulogne. L’instruction était poussée avec ardeur sans s’arrêter sur des mouvements inutiles et compliqués qui font les délices des officiers que l’expérience de la guerre n’a jamais guidés. On n’apprenait que les manœuvres indispen,sables sur un champ de bataille. » (PERSAN)Aux exercices, succédaient les divertissements, une troupe triste est une mauvaise troupe mal commandée. Les soldats de l’Empereur étaient gais, chaque chef de corps organisait des jeux, courses à pied ou de chevaux, concours de tir, le tout couronné par des prix, représentations théâtrales, musicales, feux d’artifices.
Le 15 août, on célébra la St Napoléon. « Un autel fut artistement et militairement construit au camp et la messe y fut dite par le grand vicaire de Poméranie. Toutes les troupes de la division, généraux en tête s’y trouvèrent. Après la messe on exécuta des manœuvres où l’artillerie et la mousqueterie se firent entendre, puis on fit aux troupes une distribution de vin et double distribution de vivres. Le Général LEGRAND avait fait construire dans le jardin attenant à sa barque une immense tente en coutil tapissés, au dehors de verdure, et au dedans de trophées, dans laquelle il fit servir un très bon dîner auquel il avait convié tous les officiers généraux et autres de tous grades. Il y avait aussi un grand nombre de personnages Prussiens et Polonais et quelques dames. La santé de l’Empereur fut portée avec enthousiasme. La musique de tous les corps se fit alternativement entendre. Le dîner fut suivi d’un bal où toutes les jolies femmes des environs se montrèrent. Il y avait aussi un bal au camp. Tout respirait la joie et la concorde, un temps magnifique favorisa cette journée. » (POUGET)
Le 20 septembre, le général LEGRAND était instruit que l’Empereur Alexandre de Russie devait passer par Marienwerder pour se rendre auprès de Napoléon à Erfurt, il fit porter ses tentes près du pont de la Vistule pour lui rendre les honneurs militaires. Il rentra au camp quelques jours après. Après l’entrevue d’Erfurt, SOULT rentra à Paris pour se rendre au Portugal. Le 12 octobre, Napoléon rendit un décret qui dissolvait définitivement l’Armée d’Allemagne et constituait une Armée du Rhin, sous les ordres du Maréchal DAVOUT. Le 06 novembre, la division LEGRAND quittait le camp de Mëwe et par petites étapes, après avoir connu diverses variétés dans ses cantonnements, des bons et des moins bons, elle atteignit Ochsenfurt le 10 décembre où elle séjourna quinze jours au frais de la ville. « Ce fut dans cette petite ville du Duché de Würzburg, baignée par le Main que nous ressentîmes les premières rigueurs du froid. » (POUGET) Le 25 décembre, les Tirailleurs Corses, hommes fervents MORANDINI en tête, fêtaient la Nativité dans cette ville. Dès le lendemain la division se mettait en route et passant par Frankfort et Mayence, rejoignait Oppenheim sur la rive gauche du Rhin. « Il était curieux de voir avant le passage du Rhin, les officiers et les soldats faire leurs provisions de sucre et de tabac. On ne leur fit pas ouvrir les sacs quoique sur ce point les douaniers fussent très sévères. » (POUGET) Le 1er Janvier 1809, l’Empereur prescrivait que la division LEGRAND, hormis les Tirailleurs Corses et les Tirailleurs du Pô, qui passèrent sous les ordres du général OUDINOT, se rendrait à Paris par petites journées. Un ordre du 14 janvier maintenait cette division à Metz, mais les Corses et les Piémontais restaient affectés au Corps d’Oudinot sur insistance de ce dernier. Ce fut avec quelques peines, que le bataillon quitta ses vieux camarades d’Austerlitz, de Lübeck, d’Eylau, d’Heilsberg et de Koenigsberg.
ETAT DU BATAILLON A FRANCFORT LE 31 décembre 1808
État-major : Chefs de bataillon : 2 - Adjudant-Major : 1 - Chirurgien : 1 - Sous aide chirurgien : 1 - Capitaines 2 Bataillon : Officiers 27 - Sous-Officiers 42 - Soldats 748 - Tambours 8 - Cornets 2 Cantinières et blanchisseuses : 4 Chevaux d’officiers : 7 - Chevaux d’équipages 7 - Chevaux de cantiniers 8. Signé MORANDINI
LA CAMPAGNE D’AUTRICHE
C’est dans la brigade d’avant-garde du Général COEHORN que se trouvait le Bataillon de Tirailleurs Corses, surnommés dans l’armée : Les Cousins de l’Empereur. ( PARQUIN, Mémoires)
Le 1er janvier 1809, la bataillon passa donc au corps de réserve, commandé par le Général OUDINOT et dans le rapport du ministre en date du 27 janvier, il figure comme ayant rejoint la division à Deux-Ponts (Bavière). Le bataillon des Tirailleurs Corses, se compose toujours de 9 compagnies, et les renforts qu’il a reçu portent ses effectifs à 933 hommes ( état du 9 mars ). Mais l’Empereur ayant prescrit la formation de douze nouveau bataillons de marche. Les Tirailleurs durent fournir 120 hommes destinés à entrer dans la composition du 10ème bataillon, comprenant en outre deux compagnies du 26ème Léger, de vieux compagnons de combat. L’effectif du bataillon se trouve donc réduit à 813 hommes, soit 90 environ par compagnies. Tous insulaires, car l’Empereur veille à ce que tous les conscrits Corses soient envoyés aux Tirailleurs Corses. Aucun changement dans la constitution des cadres. L’avancement dans le corps est conservé, et aucun Vélite de la Garde n’est nommé sous lieutenant au bataillon, comme dans les autres corps. Quoique enrégimentés, les Tirailleurs Corses conservaient l’autonomie de leur administration et leurs uniformes ne subissaient aucune modification, hormis nos adjoints porte-aigle qui reçurent sur chaque haut de manche deux galons de laine rouge en V inversé. Il faut dire que nos Corses conservèrent leur Aigle, dans ce corps d’armée où tous les bataillons, Tirailleurs du Pô, exceptés, ne possédaient qu’un drapeau fait de serge tricolore portant d’un côté le numéro de la demi-brigade et de l’autre celui du bataillon. « Le drapeau des Tirailleurs Corses portera l’inscription : 4ème demi légère à l’avers et Tirailleurs Corses au revers. » (Correspondances XVIII,525) C’est ce qui fut prévu mais non appliqué, les Tirailleurs Corses, à la demande de MORANDINI, conservèrent leur Aigle, qu’ils avaient su couvrir de gloire, jusqu’en 1811. Ils conservent de plus son excellent esprit de corps que l’Empereur et MASSENA vont proclamer devant l’armée toute entière. En 1809, la 4ème demi-brigade légère, composée des Tirailleurs Corses, de ceux du Pô, et d’un bataillon du 26ème Léger, (tous issus de la division LEGRAND et de la brigade LEDRU dont les exploits faisaient l’admiration du IV° Corps) est sûrement le corps le plus solide et le plus instruit des grenadiers réunis. A leur tête, le Colonel SALMON, un des plus brillants officiers des grenadiers d’OUDINOT, au dessus de lui, commandant la 1ère brigade, le Général COEHORN, dont le nom est resté synonyme de vaillance et de courage. Et enfin, au dessus, le Général de division CLAPAREDE, un émule et un disciple du Maréchal LANNES. Nos Corses étaient bien encadrés et bien commandés. Le bataillon quitte le cantonnement pour prendre la direction de Augsbourg, en passant par Darmstadt, Geislingers, Ulm, du 14 au 25 février, il avait parcouru une partie de la route bien connue des anciens d’Austerlitz. La guerre n’était pas encore déclarée, et les étapes n’étaient pas aussi dures qu’à leur dernier passage en ces sites. D’autant qu’à chaque étape on s’arrêtait chez l’habitant, les officiers vivaient à la table de leur hôtes, et la troupe recevait de l’habitant en plus de leur ration de pain, au déjeuner, la soupe et l’eau de vie, au dîner, la soupe, la viande, des légumes et un demi pot de bière, au souper des légumes et un demi pot de bière. Les Tirailleurs Corses cantonnèrent dans les environs d’Augsbourg, du 25 février au 9 avril, date à laquelle un aide de camp de l’Archiduc Charles faisait remettre à DAVOUT une déclaration officielle, portant qu’il avait ordre d’avancer avec ses troupes et de traiter en ennemies, toutes celles qui lui opposeraient résistance. La guerre était déclarée. Au début des hostilités, Napoléon n’avait pas encore quitté Paris, en son absence le Maréchal BERTHIER, Major-Général plaça le Général OUDINOT sous les ordres de MASSENA chargé de garder la ligne de Lech. Dès le 9 avril, la division CLAPAREDE se concentre à Pöttmes « pour s’y battre et au besoin se retirer sur le Main » (ordre de BERTHIER)
Du 10 au 16 avril, nos troupes restent dans une expectative énervante, recevant à chaque instant des ordres suivis immédiatement de contre ordres qui peignent bien le désarroi du commandant en chef. Mais le 17, Napoléon arrive à Donauverth et adresse un impérial salut à ses troupes, sous forme de proclamation. A l’Armée ! Soldats ! Le territoire de la Confédération a été violé ! le général Autrichien veut que nous fuyions à l’aspect de ses armes et que nous lui abandonnions le territoire de nos alliés.
J’arrive au milieu de vous avec la rapidité de l’aigle. Soldats ! J’étais entouré de vous, lorsque le souverain Autrichien vint à mon bivouac de Moravie. Vous l’avez entendu implorer ma clémence et me jurer une amitié éternelle. Vainqueurs dans trois guerres, l’Autriche a du tout à notre générosité ; trois fois elle a été parjure ! Nos succès passés nous sont un sûr garant de la victoire qui nous attend. Marchons donc, qu’à notre aspect l’ennemi reconnaisse ses vainqueurs.
Avec sa proclamation partaient ses premiers ordres, MASSENA devait marcher sur Aichach, et le 18 avril, le corps d’OUDINOT se porte d’Augsbourg à Aichach. Puis le lendemain, le général OUDINOT levait ses bivouacs et se dirigeait sur Pfaffenhofen. Tôt le matin, nous nous heurtons aux avant postes Autrichiens qui, refoulés par notre cavalerie sont rejetés dans la place. Le Général SCHEIBLER, chargé de la défense, tente alors une sortie avec six bataillons d’infanterie, un régiment de Dragons et un de Hussards. Le Général CLAPAREDE déploie sa première brigade. L’intrépide Général COEHORN attaque avec son impétuosité habituelle. Les vieux soldats des 2ème et 4ème Légère donnent une nouvelle preuve de leur bravoure en repoussant les charges successives de l’ennemi. Mais bientôt, plus de 4 000 Autrichiens menacent de nous disputer le passage, OUDINOT lance en avant la Brigade LESUIRE qui, en quelques minutes, culbute les Autrichiens et les oblige à se retirer laissant sur le terrain 60 morts et 260 prisonniers. Nos pertes s’élevaient à une cinquantaine des tués ou blessés ( dont 6 Tirailleurs Corses). La poursuite continua très vive, malgré la grande fatigue des troupes engagées dans des chemins affreux, que la pluie avait rendu impraticables, mais on ne faiblissait pas, les ordres étaient précis : « vous suivrez mes premiers succès, vous ne pouvez vous en dispenser sous aucune considération » . Le soir, la division CLAPAREDE bivouaquait sur la route de Freysing. Fatiguée mais pleine de zèle pour son souverain. Le 20 avril au matin, MASSENA avait concentré ses quatre divisions autour de Pfaffenhofen. Dans l’après midi de la même journée, la division CLAPAREDE marche sur Freysing, qu’excédée de fatigue elle n’atteindra que vers 18 heures. La brigade s’installe au bivouac de Langenbach, protégeant son front par les Tirailleurs Corses et son flanc gauche par ceux du Pô. Le 21 avril au matin, avant le jour, MASSENA fait occuper Mosburg par la cavalerie légère et pousse CLAPAREDE sur la route de Landshut, sans plus d’instruction. Aux portes de la ville, sur la rive droite de l’Isar, nos cavaliers sont arrêtés par une violente fusillade des Autrichiens. Le Général COEHORN, n’a pas un moment d’hésitation, se mettant à la tête de ses tirailleurs, il marche à l’attaque de la position, malheureusement le général de division juge inopportun de prendre l’offensive, sans l’ordre du maréchal, il prescrit donc à sa première brigade de suspendre son mouvement et de se borner à faire surveiller les Autrichiens par une ligne de tirailleurs. Cette inaction de quelques heures sauvera l’armée d’Hiller, attaquée sur l’autre rive par l’Empereur. MASSENA n’arriva devant Landshut que dans l’après midi au moment où les divisions MORAND & SAINT HILAIRE, victorieuses, pénétraient dans la place. Il fit alors avancer la division CLAPAREDE, qui dans son mouvement sur Landshut fit 500 prisonniers dont plusieurs officiers. La brigade COEHORN avait fait 56 lieues en trois jours, et le 22 avril se remettait en route pour se rendre à Ratisbonne, sur la rive gauche de l’Isar. Malgré toute la diligence dont elle put faire preuve, elle ne put participer à la sanglante bataille d’Eckmühl. Fatiguée par ses marches consécutives, la brigade s’arrêta et bivouaqua à Egglofsheim. Le 23 avril, la division CLAPAREDE lève ses bivouacs et se rend en tout diligence à Straubing et passe la nuit sur les deux côtés de la route de Passau. Le lendemain de bon matin, elle repartait en direction de Plattling, nouveau bivouac et nouveau départ pour bivouaquer le 25 avril aux environs de Vilshofen, elle avait parcouru 70 km en deux jours. Le 26 avril, 4 heures du matin, la division CLAPAREDE, avant garde du corps d’armée, reprend sa marche sur Passau. A son approche l’ennemi évacue la ville, laissant à Innstadt, 500 Croates commandés par un major qui a pour mission de s’opposer au rétablissement du pont de l’Isar, détruit en grande partie. Jugeant impossible de s’emparer de vive force d’un passage changé en véritable précipice et fortement défendu par des troupes abritées dans des maisons écroulées et un amas de chariots et fourgons retournés, le duc de Rivoli, donna ordre au général COEHORN de s’embarquer sur le Danube avec 600 hommes, de descendre le fleuve jusqu’au dessous d’Innstadt et d’y débarquer pour aller attaquer ce faubourg, d’en déloger l’ennemi, en même temps, il plaça les Tirailleurs Corses et ceux du Pô à l’entrée du pont pour fixer l’attention des Croates. Une troupe brave ne peut rester longtemps face à l’ennemi, sans marquer le désir de passer à l’attaque. Spontanément, d’intrépides Tirailleurs, impatients et las d’essuyer le feu d’un adversaire invisible, s’offrent au Commandant MORANDINI, pour forcer le passage sans attendre le résultat de la manœuvre du général. Le Commandant MORANDINI donna son consentement. Immédiatement les volontaires s’alignent, et guidés par un sergent, (héros obscur, dont nous n’avons pas retrouvé le nom) s’élancent, sous une grêle de balles sur le pont, sautant comme des cabris, un à un, d’une poutre à l’autre, ils franchissent ensuite comme des furieux, les deux plus larges travées sur deux longerons, disposés à deux mètres l’un de l’autre et sur chacun desquels un homme avait de la peine à se tenir debout. Puis sautant les derniers obstacles, pénètrent dans les maisons où ils firent les occupants prisonniers. « Malgré le feu constant de mousqueterie, que l’ennemi continuait sur eux à brûle pourpoint, ils atteignirent la rive droite de l’Isar sans s’arrêter, ils pénétrèrent dans les maisons pour y faire 400 prisonniers Croates qui tiraient des fenêtres. Nous n’avions perdu que trois hommes ». (Journal du Général ChAMBARLHIAC). Dans l’après-midi, le général COEHORN poursuivit pendant deux lieues plusieurs pelotons ennemis dispersés dans les bois voisins. A sept heures du soir, le pont de l’Inn était réparé, le reste de la division CLAPAREDE le traversa à neuf heures du soir. « Nous sommes maintenant sur le territoire des contre-frères.» écrivait le Général COEHORN. A la suite de ces opérations, le Maréchal MASSENA adressait à l’Empereur la lettre suivante, datée de Passau le 26 avril. Sire, Si l’intention de VM est de me retirer la division Claparède, je la supplie de vouloir bien me donner les Bataillons Corses et du Pô, que je mettrai dans la division Boudet qui n’a que trois régiments. Ce sera un véritable cadeau que je tiendrai de VM. MASSENA. La valeur, le courage des Corses hautement consacrés par l’Enfant chéri de la Victoire, voilà un brevet de vaillance dont les Corses ont lieu d’être fier à jamais. Le 27 avril vers midi, les troupes de MASSENA sont réunies à Schärding, après que le pont eut été rétabli, la division CLAPAREDE près de Süben, la tête de colonne, toujours la brigade légère de COEHORN dans Süben. Le 28 avril, le duc de Rivoli apprenant que l’ennemi restai sur ses positions entre Braunau et Schärding, prescrivit au Général CLAPAREDE de porter sa brigade légère avec trois pièces d’artillerie de 4 en avant. A Obernberg, les Tirailleurs Corses retrouvent et tout de suite accrochent l’arrière garde Autrichienne. Au pas de course, ils la rattrapent, la chargent, la mettent en déroute et lui font une centaine de prisonniers. Le 29 & le 30 avril, nos troupe restent sur leurs positions et se bornent à pousser quelques explorations sur les routes. Le corps d’armée occupait une zone de 5 à 6 lieues et pourtant le ravitaillement se faisait avec de grandes difficultés. « Le pays est désert, et ce ne sera qu’à Efferding, à quatre lieues de Linz, que nous trouverons des ressources. » (lettre de MASSENA) . Le 1er mai, le Major-Général écrivait à MASSENA pour l’inviter non seulement à presser le pas vers Linz, mais aussi de s’emparer d’Ebersberg, sur le Traun et, s’il était possible d’un pont sur le Danube que l’on couvrirait aussitôt par une tête fortifiée. MASSENA, précédé par la cavalerie légère de MARULAZ, et la division CLAPAREDE, quitte Schärding le jour même à deux heures. La route suivie formait un étroit défilé gardé par de l’infanterie Autrichienne, qui à la sortie d’Efferding, accueillit notre cavalerie légère par une vive fusillade. MARULAZ, qui ne pouvait se déployer dans ce défilé, dut rétrograder et attendre l’infanterie. Dès son arrivée, CLAPAREDE lança en avant la brigade légère de COEHORN qui par une fusillade nourrie, suivie d’une charge fougueuse, culbuta l ‘ennemi, le chassa au-delà du défila et nous ramena quelques prisonniers, dégageant ainsi la route pour nos troupes. Tous les prisonniers faits au cours de cette attaque s’accordaient à annoncer, que l’on trouverait de très grandes forces à Linz, et que des préparatifs de défense avaient été faits sur le Traun. Le 3 mai, de bonne heure, le IV° Corps se mit en marche sur Linz à la poursuite du corps d’HILLER, la division CLAPAREDE formait l’avant garde dans laquelle le Général COEHORN appuyait directement la cavalerie de MARULAZ avec les Tirailleurs Corses, les Tirailleurs du Pô et ses trois pièces d’artillerie légère. A deux lieues de Linz, la route serpente dans un long défilé enserré entre le Danube et les hauteurs boisées de la rive droite du fleuve, où le moindre obstacle est difficile à surmonter. Les Autrichiens avaient fait occuper cette position par un bataillon dont le feu arrêta net la marche de notre cavalerie. Énergiquement dirigés par COEHORN, les deux bataillons de Tirailleurs chargent, refoulent l’ennemi et pénètrent à leur suite dans les faubourgs de Linz. La ville elle-même, fut traversée sans grande résistance, la fuite effrénée du bataillon poursuivi ayant entraîné avec elle de nombreux défenseurs. Les Autrichiens, aussi vite qu’ils le purent, prirent la direction du Traun, abandonnant dans leur fuite plusieurs canons, deux caissons, et quelques prisonniers. Il était 9 heures. En débouchant de Linz, la cavalerie légère repris la tête de colonne et s’élança à la poursuite de l’ennemi sur la route d’Enns, elle dut s’arrêter aux abords du bois de Scharling devant une ligne de plusieurs bataillons qui firent un feu roulant sur le peloton d’avant garde. Les escadrons suivants furent contraints de se ranger de part et d’autre de la route pour faire place à l’infanterie légère d’avant garde. A l’approche de la brigade de COEHORN, les Autrichiens se retirèrent vers le village de Klein-Munchen sans plus opposer de résistance. Lorsqu’il arrive en vue de Klein-Munchen, l’état major de MASSENA, regarde étonné et surpris cette bourgade fortifiée de façon impressionnante, les jardins bordés de haies sont occupés par une nombreuse infanterie chargée de défendre l’accès de la Traun qui en cet endroit est divisée en plusieurs bras que des ponts de bois relient entre eux. Le pont le plus grand, qui fait 284 mètres de long est supporté par 24 piliers. Il donne accès à une vieille tour fortifiée, dont la porte est ouverte toute grande, pour permettre à un obusier de balayer le passage. Cette porte donne accès à la petite ville d’Ebersberg, également orthographiée Ebelsberg, bâtie en amphithéâtre, à flanc de coteau. Sur des collines escarpées se détache, à une centaine de mètres de la rivière, la masse imposante d’un château hérissé de canons. Sur les hauteurs, derrière les haies des jardins, les fenêtres des maisons, ou en colonne d’assaut dans les bois qui bordent l’horizon, les 40.000 hommes d’HILLER attendent l’Armée Impériale. Deux batteries que l’on aperçoit de part et d’autre du pont attirent fortement l’attention de MASSENA, qui, après avoir longuement étudié les positions de l’ennemi lance l’ordre d’attaque. La brigade COEHORN, soutenue par la cavalerie légère prononce son attaque, la première ligne ennemie (BENJOWSKY) est refoulée sans opposer une grande résistance, un régiment retranché dans les maisons, ouvre le feu par toutes les ouvertures, mais ne parvient pas à arrêter l’élan des Tirailleurs Corses et du Pô qui pénétrant par les jardins, défoncent les portes et tuent ou prennent les défenseurs les plus hardis, forçant les autres à fuir en désordre. Pêle-mêle avec les Autrichiens en fuite, ils enfilent la grand-rue, sorte de long défilé bordé à droite par le canal, et à gauche par des maisons et des haies, et se précipitent avec une extrême rapidité sur les ponts des petits bras de la Traun repoussant les fuyards vers le pont principal, sur lequel en quelques minutes, s’empilent les fantassins et les cavaliers Autrichiens. « Derrière eux à portée de baïonnette se ruent les Corses ». (Colonel CASTILLAY). A la sortie du pont, les Autrichiens entassaient des fagots goudronnés pour y mettre le feu, arrêtés subitement dans leur opération, par l’arrivée de tous ces fuyards et surtout par la présence des Corses derrière eux ils font converger vers les assaillants un feu de peloton, qui décimera plus de fuyards que de Corses, puis à la hâte passent la porte d’accès et la referment sur eux, sans plus de soucis pour leurs soldats en fuite. Ceux-ci, criblés de balles et de mitraille par les leurs, frappés à coups de baïonnettes par les Tirailleurs, se précipitent du haut des ponts dans les îlots où ils deviennent nos prisonniers.
La prise d'Ebersberg - Dessin de René Chauvin, d'après Jack Girbal
COEHORN ordonne de jeter dans le fleuve les morts et les chariots chargés de blessés qui obstruent le passage. Sous un feu terrible partant des batteries du château et des maisons voisines, la brigade légère arrive à l’extrémité du pont, quelques madriers ont déjà été retirés. « Il nous faut arrêter et attendre que les sapeurs du génie aient réparé la partie rompue, ce qu’ils font avec une rare intrépidité en y laissant deux officiers et un bon nombre des leurs ». (Colonel CASTILLAY, Mémoires) Il ne reste plus maintenant qu’à faire sauter la porte barricadée par derrière, et pendant que les haches des sapeurs font voler en éclats les battants de la porte, assaillants et défenseurs se fusillent à bout portant, les compagnies, elles avancent toujours, les rangs se serrent, il n’y a même plus de place pour tomber, les morts restent debout. Enfin un dernier coup de hache, une dernière poussée la porte s’ouvre, le Capitaine FERREY est blessé, et soutenu par un sapeur donne l’ordre à ces derniers de s’effacer.
Alors l’intrépide COEHORN fait irruption sur la place couverte d’infanterie, le Commandant MORANDINI le sabre haut, le suit à la tête de ses Tirailleurs qui foncent à la baïonnette sur des Autrichiens surpris et stupéfaits de tant d’audace. Les Corses engagent vivement une lutte disproportionnée, heureusement les Tirailleurs du Pô et le Bataillon du 26ème Léger arrivent à la rescousse. Toute la 4ème demi-brigade légère est aux prises. Deux pièces d’artillerie sont disposées près du pont. Artilleurs et fantassins combattent côte à côte, la mêlée est sanglante. Appuyée par nos canons, la brigade légère frappe avec vigueur tout ce qui passe à sa portée. La place est nettoyée. Une dernière charge à la baïonnette chasse les ultimes défenseurs. La 4ème demi-légère occupe enfin la place abandonnée par l’ennemi. Sans attendre plus, le Général COEHORN lance le Colonel SALMON avec la 2ème demi-légère sur sa droite, vers l’église, et la 4ème sous les ordres du Colonel LANDRY sur la gauche et se tournant vers le Commandant MORANDINI s’écrie : « Vous, suivez-moi ! ». « J’avais l’œil sur lui, sous le feu il était aussi beau à voir que le Général LEGRAND. J’étais transporté d’admiration. Je levai mon sabre et criai de toutes mes forces : Vive le Général COEHORN ! Vive le général ! Cri que repris en chœur la division ». (PELET) et COEHORN écrit : « L’enthousias-me était si vrai, que j’an ai ressenti un frisson qui venait du fond de l’âme ». Le mouvement de la brigade a pour résultat de couper en deux une colonne Autrichienne de 3.000 hommes et de la faire prisonnière. « La situation est telle que l’on n’a pas le temps de s’occuper de ces prisonniers de la première heure ». (lettre de COEHORN). Vous, suivez-moi ! Et dans cet apothéose de vivats, de cliquetis d’armes et de salve d’artillerie, le bouillant général, à cheval, marche sur le château dans ces étroites ruelles où cinq hommes à peine peuvent marcher de front, suivi de près par MORANDINI. « Le mouvement est effectué avec une telle rapidité que les sentinelles Autrichiennes ont à peine le temps de donner l’alerte, déjà nos troupes tiennent la porte principale. L’état-major et une partie de la compagnie de carabiniers des Tirailleurs Corses tuent les défenseurs qui s’efforçaient en vain de lever le pont-levis, et réussirent à pénétrer jusque dans la cour, lorsqu’une décharge de peloton faite à bout portant renverse tous les assaillants et tue le cheval du général ». (lettre du Lt Colonel MORETON DE CHABRILLANT). Fortement contusionné COEHORN se redresse, son aide de camp est mortellement frappé à côté de lui, et des fenêtres, des créneaux, la mousqueterie fait rage. Quelques grenades tombent sans qu’il soit possible de répondre efficacement…. Il faut sortir de cet enfer. COEHORN donne l’ordre de faire surveiller les abords du château par un détachement et entraîne ses hommes à l’attaque des Autrichiens. « Le château, les maisons des hauteurs escarpées situées en arrière se garnissent de fusils et de canons. MASSENA estime à 40.000 hommes les forces déployées devant lui, il comprend que la brigade Coehorn est perdue, et avec elle la possession du pont, il faut promptement lui porter secours ». (BUAT) MASSENA, jugeant la situation critique, engage au fur et à mesure de leur arrivée les brigades LESUIRE et FICATIER. Ces renforts permettent au Général COEHORN de respirer, de s’étendre un peu et de gagner les hauteurs d’Ebersberg. Revenu de sa surprise, le Général HILLER s’aperçoit qu’il n’a devant lui qu’une seule division. Il prononce une contre attaque musclée avec deux régiments de cavalerie et dix bataillons d’infanterie. Les Colonels SALMON et LANDRY, le Commandant MORANDINI, à la tête de leurs corps respectifs défendent bravement le terrain conquis, les cours, les jardins, les clôtures sont disputés avec acharnement et chaque haie prise et reprise devient un combat meurtrier. Pour les Français la situation est critique. Il est à peine une heure et toutes les forces de MASSENA sont au contact, sans aucune réserve. Laissant une compagnie de Tirailleurs Corses, MORANDINI à leur tête, avec mission de continuer le feu et de retenir l’ennemi, la brigade COEHORN, redescend les pentes de la ville et arrive sur la place du pont. « Dont plusieurs maisons étaient occupés par des soldats ennemis qui tiraient des coups de fusils par les croisées ». (De MORETON de CHABRILLANT). Pendant ce temps l’arrière garde des Tirailleurs Corses, débordée de tous côtés, était taillée en pièces, et ceux qui n’étaient pas tués étaient prisonniers. Ils seront libérés peu après par une contre charge de leurs camarades. « Dans cet enfer, je faillis cent fois être foulé aux pieds, blessé gravement, je dois la vie au lieutenant SPOTURNO qui me protégea de son corps. Exténué et perdant mon sang, je fermai les yeux pour ne pas voir le tombeau des mes Tirailleurs. Le capitaine MATTEI gisait à mes côtés, gravement blessé, quand nous fûmes relevés par les Autrichiens, qui nous traitèrent avec beaucoup d’humanité ». (lettre de MORANDINI). Depuis plus de trois heures, la division CLAPAREDE, résiste opiniâtrement à des forces six fois plus élevées que les siennes. Ses pertes sont considérables. La division ne tenait plus que les maisons les plus proches du pont. C’est alors que la brigade du Général LEGRAND fait enfin son apparition et aborde le pont. Le Général PIRE qui avec ses escadrons était retenu sur la rive gauche du Traun, s’avance vers le général pour lui donner des explications sur le combat : « Hé ! faites moi place, d’abord, vous me conseillerez plus tard, nous ne sommes pas ici pour faire des phrases ! répliqua LEGRAND ». (LEJEUNE). Une nouvelle fois le pont de la Traun est franchi au pas de charge. Le 26ème Léger se porte sur le château, dirigé par le Général LEDRU et le Colonel POUGET. Le 18ème s’efforce de déborder le village par l’ouest et le sud. L’entrée en ligne de la division LEGRAND, permet à CLAPAREDE de reprendre l’offensive, après un combat acharné, les hauteurs du château sont enlevées par la brigade LEDRU. Les Autrichiens se replient derrière Ebersberg, ils y sont poursuivis et là se livre de part et d’autre un combat acharné, longtemps incertain. Pendant ce temps, là petite ville d’Ebersberg, était foudroyée par toute l’artillerie Autrichienne. « Les flammes nous incommodaient de toutes parts, et notre position n’y était plus tenable. On voulait éviter de monter par le sentier long et difficile du château et il ne nous restait d’issue que la porte de Vienne. Cette porte où le chemin passe sous une voûte de plusieurs arcades, n’ayant pas la largeur d’une voiture débouche au pied des hauteurs escarpées couverte par des jardins clos par des haies derrière lesquelles les Autrichiens étaient en bataille. Ces troupes ainsi embusquées tiraient à mitraille et presque à bout portant sur les têtes de colonne qui sortaient au pas de charge par un étroit défilé. Ici devait se dérouler une scène plus terrible encore [que celle] qui venait d’avoir lieu au passage du pont. La rue assez large aux abords de cette porte, était en feu et les brandons enflammés tombaient sur les blessés Autrichiens qui tentaient de se sauver. Cependant Coehorn n’ayant pas le choix du terrain, y réunit sa tête de colonne, fait croiser la baïonnette et passe sur le corps de tous les malheureux qui gênaient sa marche. Aux cris de En avant ! que tous répètent en marchant, nos braves s’élancent au pas de course et en ordre, jusqu’au delà des arcades où le premier rang reçoit mille coups, le second rang monte par dessus, et il est encore renversé. La même ardeur anime tout ce qui suit, le même cri se fait entendre : En avant ! En avant ! et vingt rangs tombent successivement sans arrêter la marche de ceux qui les pressent par derrière, ayant eux-mêmes sur le dos des flammes ardentes, auxquelles ils cherchent à échapper en gravissant cet affreux encombrement de morts et de blessés » . (LEJEUNE). Et le combat n’était pourtant pas fini. « Lorsque j’ai voulu sortir du village, j’ai trouvé 30.000 hommes placés dans des positions les plus avantageuses, ayant derrière eux, suivant les rapports des officiers prisonniers une réserve de 20.000 hommes ». (CLAPAREDE à MASSENA). La lutte continue acharnée, la situation reste critique sur notre ligne de retraite, le château, plus bas la ville dont les maisons et spécialement celles contiguës au pont, ne forment plus qu’un immense brasier, le pont lui-même est menacé par les flammes, il a déjà fallu dégarnir une partie du tablier et des madriers. « Il était impossible de faire retraite et de recevoir des renforts. Les Autrichiens avec tant soit peu de résolution, devaient prendre toute ma brigade et ce qu’il restait des grenadiers de Claparède, mais notre audace les avait démoralisés au point que leurs officiers ne pouvaient plus les décider à prendre l’offensive ». (lettre du Général LEDRU). Côté Français, au contraire, les pertes pourtant sévères subies, n’ont pas entamé l’ardeur et la ténacité des troupes, la division CLAPAREDE continue sa vigoureuse attaque. « Elle emporte toujours de vive force, le plateau qui se trouve derrière le village ». (CLAPAREDE à MASSENA). CLAPAREDE marche alors vers les défenseurs du bois, qui borde la route d’Enns, au moment même ou l’armée Autrichienne, pressée, retraitait en toute hâte pour rejoindre cette route. Sa retraite alors, contrariée par ces troupes qui foncent dans leur direction, devient une déroute. La nuit mit fin au combat, CLAPAREDE s’efforçât alors de rassembler sa division sur le plateau d’Ebersberg, la gauche appuyée sur la route d’Enns. Une compagnie de Tirailleurs Corses qui se trouvait sur les talons de l’arrière garde ennemie fut rappelée, et les débris du bataillon vinrent se réunir à la brigade COEHORN. « Une compagnie de Tirailleurs Corses, dans la poursuite, fit à elle seule 700 prisonniers ». (Victoires & Conquêtes XXV).
Dans cette lutte opiniâtre, un carabinier du nom de François-Xavier CHIARONI, natif de Belvedere Campomoro le 8 septembre 1783, reçoit la croix pour la prise d'un drapeau, et pour être passé un des premiers sur le pont.
Vers 8 heures du soir, l’Empereur et son état major arrivèrent sur le champ de bataille, en débouchant de la porte de Vienne, devant l’étendue du carnage, l’Empereur fut navré de douleur. Il donna les ordres les plus pressants pour relever les blessés et chargea le Lieutenant CASTELLANE, un de ses aides de camp de reconnaître les morts.
« Les jambes de nos chevaux s’enfonçaient dans une boue de chair et de sang humain encore chaud, nous éprouvâmes un vif sentiment de dégoût et d’horreur dont je n’ai jamais pu perdre le souvenir. La rue était couverte de corps hideux à moitié brûlés, et il nous fallut repousser, par un cruel amour de la victoire, le besoin de pleurer le malheur de ne l’avoir obtenue qu’en la payant si cher. Comparativement à l’espace rétréci sur lequel a eu lieu cette affaire, elle a été la plus sanglante de toutes nos guerres ». (LEJEUNE). CASTELLANE parcourt cet horrible champ de bataille et écrit :«Les soldats me suivaient avec des chandelles, m’éclairant pour voir les numéros des régiments ».
Les Corses ne voulaient s’en remettre à personne pour relever les leurs. Leur bataillon était une famille, au sens propre du mot, ils passèrent la nuit à la recherche des leurs parents et de leurs camarades. Le Lieutenant ANDREI racontera plus tard à son oncle le Commandant MORANDINI qu’il avait passé la nuit à sa recherche, une lanterne à la main. Au matin, il cherchait toujours quand on vint le prévenir que le général CLAPAREDE avait envoyé un aide de camp avec l’ordre de rassembler le bataillon et de l’envoyer aux avant-postes, mais l’Empereur était intervenu en disant : Laissez les Corses ramasser leurs morts et leurs blessés. Ils se sont conduits en braves, je suis bien fier d’eux . Il donna deux jours de repos au Bataillon. « A la suite de cette journée, le Général COEHORN me signala à l’attention de l’Empereur, mais la jalousie du sénateur C…. m’empêcha d’être nommé major ». ( MORANDINI) MORANDINI ne le nomme pas dans sa lettre, mais il ne peut s’agir que du sénateur Raphaël CASABIANCA, né à Vescovato en 1738, Capitaine au régiment Provincial Corse en 1770. il fut nommé Colonel au 49ème Régiment d’Infanterie le 25 juillet 1791, nommé par la suite Général, il participe à la désastreuse expédition de Sardaigne avec BONAPARTE. Il aura un commandement sous MASSENA à l’armée d’Italie et en 1797 sera nommé gouverneur de Calvi. Mis à la retraite peu de temps après, BONAPARTE le nomma sénateur en 1800. Pour quelle raison était-il jaloux de MORANDINI ? Vieille histoire de famille ? Ou voulait-il favoriser son parent, le chef de bataillon CASABIANCA, aide de camp du duc de Rivoli, qui prendra le commandement des Tirailleurs Corses peu de temps après ? De son côté très ému par les évènements de cette journée, l’Empereur se jeta à côté du Général MOUTON, sur un lit de paille et passa la nuit au bivouac, au milieu de ses braves soldats. Ceux-ci de leur côté se sentirent un peu consolés de la perte de leurs camarades, en voyant l’Empereur, à côté d’eux, partageant la même couche de paille, leur fatigue et leurs privations. L’incendie de la petite ville d’Ebersberg, continuait et sous la direction d’une compagnie du génie, on utilisait des prisonniers pour l’éteindre. Autour de la ville s’étaient allumés les feux de bivouac, où les hommes s’étaient réunis par compagnie, où par affinité et chacun commentait le combat qu’il avait vécu : « Jamais, je crois, aucune fête nocturne ne fut plus illuminée, aucun bivouac n’entendit plus de ces conversations animées où chacun se félicite d’avoir échappé à telle ou telle scène de l’affreux combat de la journée. Coehorn, Masséna et Legrand étaient les noms que tous répétaient avec admiration. Après quoi chacun nommait le camarade tombé à ses côtés çà et là, regrettait l’habit ou la manche ou la capote brûlés, le shako perdu, et l’explosion de la giberne en traversant les flammes d’Ebersberg et ces mots : as-tu vu ceci ? as-tu vu cela ? couraient de bouche en bouche, suivis du récit de l’événement ».(LEJEUNE). Le 4 mai, de bonne heure, l’Empereur fit demander le général COEHORN pour l’accompagner sur le champ de bataille. « Tout en examinant les positions qui venaient d’être conquises, il se faisait expliquer les phases de la lutte. Pendant le récit, on voyait son visage, d’ordinaire si impassible, exprimer tour à tour le regret et l’admiration. Le regret pour ses nombreuses victimes de cette sanglante journée, l’admiration pour les héros de ce brillant combat. Il félicita en particulier les Tirailleurs Corses et m’adressa cette phrase en particulier : Ce passage vaut celui du pont de Lodi. » (Lettre de COEHORN). L’Empereur accorda deux jours de repos à la division CLAPAREDE, pour lui permettre de se remettre de ses lourdes fatigues, et surtout de se réorganiser. Elle avait perdu beaucoup de monde. Son séjour dans cette ville brûlée était loin d’être enchanteur ; les odeurs, la fumée, le manque de confort n’apportaient pas la sérénité due au repos bien méritée par ces hommes. « Une botte de paille, dans la plus mauvaise baraque fait mon bonheur et mon opulence. » (Général COEHORN). Le lendemain, le 5ème Bulletin annonçait à l’Armée, à la France, et à l’Europe entière, la vaillance et la dureté des Combats d’Ebersberg. « Ce combat est un des plus beaux faits d’armes dont l’histoire puisse conserver le souvenir. La division Claparède qui faisait partie des Grenadiers d’Oudinot s’est couverte de gloire. L’impétuosité des Tirailleurs du Pô et des Tirailleurs Corses a fixé l’attention de toute l’armée. Le pont, la ville et la position d’Ebersberg sont des monuments durables de leur courage".
Le voyageur s’arrêtera et dira : « C’est ici, c’est de ses superbes positions, de ce pont d’une si longue étendue, de ce château si fort par sa position, qu’une armée de 36.000 hommes, Autrichiens a été chassée par 7.000 français. ». Pour perpétuer la mémoire d’un si beau fait d’armes, l’Empereur chargea TAUNAY d’exécuter un tableau pour le salon de 1810, tableau de 8 pieds de long et 5 de hauteur représentant l’attaque d’Ebersberg. Le Commandant MORANDINI posa pour l’exécution de cette œuvre. Dans cette affaire, la 1ère brigade de la division CLAPAREDE avait glané ses lauriers et s’était couverte d’une gloire immortelle et dans la brigade, les Tirailleurs Corses en avaient mérité une très grande part, se maintenant au premier rang. C’est avec une légitime fierté que le Général COEHORN pouvait écrire de son bivouac d’Ebersberg : « Sans compter une colonne de 3.000 hommes dont je n’ai pas eu le temps de m’occuper, ma brigade a pris un drapeau, deux pièces de canon, vingt cinq caissons attelés et fait 1.800 prisonniers. » La division CLAPAREDE avait 70 officiers hors de combat, 34 de la brigade COEHORN, 19 de la brigade LESUIRE, et 17 de la brigade FICATIER. Les Tirailleurs Corses avaient 2 officiers tués, les sous-lieutenants SEBASTIANI et EPOIGNY , ainsi que 85 hommes, et 8 officiers blessés, le Chef de bataillon MORANDINI était prisonnier, les capitaines MATTEI, CIAVALDINI, les Lieutenants MORELLI, PERETTI, ROCCA SERRA, les sous lieutenants FRANCESCHI, HERSKENROTH. Le 6 mai, la division CLAPAREDE, rejoignait près de Saint Pölten les corps d’OUDINOT. Elle fut accueillie sous les vivats par les Grenadiers de ce corps dont elle avait été séparée depuis le 20 avril. Le 7 mai, M. CASABIANCA, chef de bataillon, aide de camp du duc de Rivoli prenait le commandement des Tirailleurs Corses en place de MORANDINI, fait prisonnier , et le bataillon détaché à l’avant garde marchait sur Vienne. L’occupation des faubourgs de Maria-Hilf ne présenta aucune résistance, mais dans les rues de la ville, le feu violent des Autrichiens obligea la brigade à plus de prudence. La division CLAPAREDE se retrancha entre Bläumgarten et Dornbach, le bataillon Corse fut détaché en avant pour protéger son front, toute la journée se passa en échange de coups de canon et quelques tirs de mousqueterie. Le jeune Lieutenant SUSINI fut grièvement atteint. L’Empereur envoie LAGRANGE en parlementaire, mais celui-ci très mal reçu, faillit être mis en pièce par la populace. Napoléon nomme ANDREOSSY, préfet de Vienne (le geste est habile car, cet ancien ambassadeur compte de solides amitiés dans la ville) et l’envoie transmettre à l’Archiduc Maximilien la sommation suivante : « Sa Majesté, l’Empereur et Roi, désire épargner à cette grande et intéressante population les calamités dont elle est menacée… Si Votre Altesse continue à vouloir défendre la place elle causera la destruction d’une des plus belles villes d’Europe… La ruine de cette capitale sera consommée en trente six heures par le feu des obus et des bombes de nos batteries… Si Votre Altesse ne se décide pas à prendre un parti qui sauve la ville, sa population plongée par votre faute dans des malheurs aussi affreux, deviendra de sujets fidèles, Ennemis de votre maison ». Cet ultimatum n’a pas tout de suite l’effet escompté. L’Archiduc Maximilien hésite, il espère encore recevoir des secours et veut gagner du temps. Napoléon qui s’impatiente fait bombarder la ville et dès le 11 mai au soir, le canon gronde. Près de 2.000 projectiles tombent sur les quartiers Graben et Kölhmarkt. En même temps, les Français réparent un pont sur le Danube pour couper la retraite éventuelle de l’Archiduc. Celui-ci qui s’en aperçoit, décide d’abandonner la ville, laissant à O’REILLY, le soin de négocier la capitulation. Ce même jour, la brigade COEHORN est détachée à Schoenbrunn pour fournir la garde de l’Empereur, le reste de la brigade CLAPAREDE vient alors prendre position près de Klosterneularg. Le lendemain elle se préparait à l’attaque, lorsqu’on apprit la capitulation de Vienne. Celle ci est signée le 13 mai à 02 heures du matin. A six heures, les Grenadiers d’OUDINOT occupent la porte de Carinthie, à huit heures, la garnison est désarmée, à dix heures, les Français sont maîtres de la ville. Les Tirailleurs Corses pour la seconde fois entraient dans Vienne, tenant la tête de colonne de la vaillante brigade COEHORN, avant garde de l’armée. Pour prévenir toute exaction, l’Empereur fit une nouvelle déclaration. « Soldats ! Un mois après que l’ennemi passa l’Inn, au même jour, à la même heure nous sommes entrés dans Vienne… Soyez bons pour les pauvres paysans, pour le peuple qui a tant de droit à votre estime; ne conservons aucun orgueil de nos succès, voyons y une preuve de cette justice divine qui punit l’ingrat et le parjure ». La division CLAPAREDE cantonna dans Vienne jusqu’au 18 mai, et le 19, remplacée par la brigade FRIANT allait camper sur les bords du Danube. Pendant ce temps l’Empereur, cherchait des points favorables à l’établissement de ponts, il veut rapidement reprendre le contact avec l’Archiduc Charles qui concentre ses forces sur la rive gauche. Il charge MASSENA de régler cette affaire. Le duc de Rivoli envoie la 4ème division ouvrir la route de Léopoldau et charge la division du général BERTRAND de la construction de ponts entre la rive et l’île Lobau.
ESSLING
Le 19 mai, les voltigeurs du 2ème de Ligne chargés sur de grandes barques abordent sur l’île, la fusillade crépite tout de suite, une centaine d’Autrichiens qui bivouaquaient dans l’île sont accrochés et laissent entre leurs mains 20 prisonniers. Les Autrichiens ralliés face à Essling, pensant à une escarmouche ne s’en inquiètent pas. Les Français prennent position dans l’île Lobau et se préparent à traverser pour atteindre la rive gauche du Danube. Le 20 mai, à 6 heures du soir, le dernier pont est terminé. Le IV° Corps, suivi de la cavalerie de LASALLE et D’ESPAGNE, traversent, et le 21 mai à l’aube, 30. 000 hommes ont traversé et occupent une excellente position sur 2.000 mètres de front. Le 22 mai à trois heures du matin, l’armée française après être restée toute la nuit sous les armes se forma en bataille. Le corps de LANNES s’étendait entre ESSLING, occupé par la division BOUDET, et Aspern, point d’appui de la division CLAPAREDE, les divisions SAINT HILAIRE & THARREAU au centre. L’Empereur jugeant qu’il fallait attaquer par le centre, ordonne le mouvement en avant. Les divisions par échelon se mettent en marche, les divisions CLAPAREDE et THARREAU, formées en colonne de division s’ébranlent les premières, la division SAINT HILAIRE suit. Vers 6 heures les balles commencent à siffler au-dessus de nos têtes et la distance se réduisant, commencent à faire des trouées dans nos rangs. La mitraille qui se met à son tour à rugir fait subir des pertes importantes dans les colonnes de division, mais la marche continue, on resserre les rangs, on augment l’allure et c’est au pas de charge qu’on aborde l’ennemi. Tout se retire devant la fougue des Français. Les Tirailleurs Corses avec un courage et une opiniâtreté admirables, foncent sur la ligne ennemie, la rompent et la mettent en déroute. LANNES, SAINT HILAIRE, CLAPAREDE, COEHORN s’avancent triomphants sur-le-champ de bataille, Napoléon dirige leurs progrès et conduit lui-même cette belle opération, s’occupant surtout à modérer la bouillante ardeur de ses troupes…. Il n’était que 7 heures du matin, et tout promettait la plus belle issue pour cette journée. L’Archiduc Charles comprenant le danger, s’empare du drapeau d’un régiment, rallie les fuyards et appelle à son secours la brigade de Grenadiers. Le combat reprend plus acharné encore, le Général COEHORN est blessé, il va se faire panser et revient immédiatement reprendre le comman-dement de sa brigade. 10 heures du matin, côté Français, les munitions commencent à manquer, il faut aller prendre les cartouches dans les pelotons de réserve pour approvisionner les tirailleurs. L’on se bat partout avec un acharnement terrible lorsque à midi la rupture du grand pont interrompt brusquement le passage des Français. 15 heures, voulant profiter de cette aubaine, l’Archiduc attaque vigoureusement. Les unités du IV° Corps défendent avec force le point d’appuis. MASSENA violemment attaqué à Aspern par HILLER, tient tête avec énergie. Les Autrichiens qui croient la victoire à leur portée attaquent sans cesse et sans se lasser cherchent à déloger les Français du village. Bientôt ils vont pratiquer quelques brèches et réussir à pénétrer dans le village. Chaque maison prise et reprise, fait l’objet d’un âpre combat. Les Français reculent et au soir, BELLEGARDE arrivé en renfort, occupe l’église et le presbytère. A Essling, BOUDET résiste aux attaques répétées de troupes bien supérieures en nombre, mais il tient bon. « Il me faut Essling ! » crie l’Archiduc Charles, venu se rendre compte sur place, on envoie en renfort une partie du corps de LIECHTENSTEIN, mais toutes les attaques échouent, le village reste aux mains des Français. Cependant Napoléon est inquiet, il suit la bataille depuis la tuilerie d’Essling et chaque fois que le besoin s’en fait sentir, il envoie des renforts pour protéger les points menacés. La cavalerie Française emmenée par LANNES, BERTHIER, LASALLE et ESPAGNE fait des prodiges. Ils vont arrêter la progression de HOHENZOLLERN qui cherchait à percer le centre Français entre Essling et Aspern. BESSIERES viendra même en renfort. Le soir vient, le feu cesse, les attaques Autrichiennes ont échoué. Par le grand pont entre temps rétabli, arrivent la division CARRA SAINT CYR et les cuirassiers de SAINT GERMAIN. La nuit tombe et chacun couche sur ses positions. A 11 heures du soir, l’Empereur avec tous ses maréchaux et généraux, établi son plan de bataille pour le lendemain : « Masséna gardera Aspern, Boudet tiendra dans Essling la garde surveillera Enzersdorf, tandis que Lannes et Bessières, le Corps d’Oudinot et la cavalerie se tiendront massés devant la trouée, Davout placera son monde devant la tête de pont ». MASSENA dès son réveil donne ses ordres. Il faut déloger l’Autrichien d’Aspern. Glissant dans le brouillard du petit matin, les hommes de la division MOLITOR s’avancent et malgré leurs lourdes pertes de la veille attaquent les hommes de VAQUANT. La lutte sera âpre, Aspern sera pris et repris. L’Archiduc qui a bien compris la qualité stratégique de ce point d’appui de l’aile gauche Française, veut en déloger les troupes de MASSENA, les couper de leur liaison avec l’île Lobau et les encercler. Napoléon, lui a décidé d’attaquer sans attendre DAVOUT, il a remarqué que le dispositif de l’ennemi est très étiré et veut en profiter pour le disloquer. L’attaque est lancée bousculant les troupes de HOHENZOLLERN et malgré les charges de la cavalerie de LIECHTENSTEIN, les français atteignent Breitenlee. L'Archiduc voit le danger, il rallie à lui les régiments épars, fait donner l’artillerie de la Garde, l’attaque Française s’arrête. A ce moment un ordre de l’Empereur est apporté à OUDINOT lui demandant de se retirer sur le Danube. Les Autrichiens, en effet profitant de la crue envoient sur le fleuve des brûlots ou des bateaux chargés de pierres pour détruire les ponts ; le grand pont est détruit. DAVOUT qui est toujours sur la rive droite ne peut plus passer, le ravitaillement et les munitions ne peuvent plus suivre. Cependant le corps de LANNES résiste à toutes les contre attaques que l’infanterie ennemie lui porte sans arrêt, repoussant du bout des baïonnettes les charges de cavalerie, mais bientôt épuisé, il est contraint sur ordre de l’Empereur de se replier en échiquier, sur l’intervalle compris entre Aspern et Essling. L’intrépide maréchal ramène lentement ses bataillons, se retournant souvent pour contenir les charges de l’ennemi, sous une pluie effroyable de boulets et de mitraille. Il réussit à prendre position sur le terrain indiqué par l’Empereur. L’Archiduc en vain multiplie ses attaques, nos divisions ne se laissent pas entamer , vers midi, CLAPAREDE est blessé au bras gauche, il se fait panser sur place et continue à combattre. L’Archiduc Charles tente alors de copier notre manœuvre du matin, en portant tous ses efforts sur notre centre. Pour ce faire, il lance en avant son infanterie et sa cavalerie serrées en masse et précédées de 200 pièces de canon. Les divisions THARREAU et CLAPAREDE vont supporter le premier choc. Nos bataillons laissent approcher les Autrichiens à demi-portée et leur offrent un feu tellement vif que les ennemis s’arrêtent pour répondre à la fusillade et n’osent plus avancer , quant aux escadrons ennemis, c’est en vain qu’ils essayent d’entamer les lignes Françaises, les divisons THARREAU et CLAPAREDE leur opposant des carrés impénétrables. Un nouvel assaut est lancé, il est repoussé, puis un autre, puis encore un autre. Par six fois les grenadiers Autrichiens viennent brûler leur moustache sur les troupes d’OUDINOT. Rien ne passe, l’Archiduc est contraint de renoncer à son attaque , il était temps, les Français commençaient à manquer de munitions, celles-ci ne parvenaient qu’au compte goutte par des bateaux légers que lançaient DAVOUT , coincé sur l’autre rive. Il était cinq heures, on pouvait plus espérer gagner , aussi les maréchaux reçurent l’ordre d’effectuer leur retraite par le pont conduisant sur l’île Lobau. La retraite au pas ordinaire est exécutée comme sur le champ de manœuvre, les blessés soutenus par leurs camarades suivent les bataillons. La brigade COEHORN resta tout l’après midi à l’est d’Aspern, vers cinq heures elle se retira dans le bois qui borde le Danube. Le bataillon du 26ème Léger, appuyé au pont de l’île Lobau, ayant à sa droite les Tirailleurs Corses et les Tirailleurs du Pô. A la nuit le mouvement de retraite commence. Vers une heure du matin la division CLAPAREDE s’engagea sur le pont ramenant tous ses blessés. Dans ces circonstances terribles, les soldats furent à la hauteur de leurs chefs. « Ces admirables troupes oublièrent la faim et l’excessive fatigue de ces deux longues journées où la chaleur fut extrême, où l’on eût à boire que l’eau limoneuse du Danube, où elles durent soutenir trente heures de combat » . (PELET, III) Ces journées avaient de plus été ternies par la mort de LANNES, SAINT HILAIRE, et de nombreux hommes de valeur. Les Tirailleurs Corses, perdaient le capitaine PONTE et avaient cinq officiers blessés.
WAGRAM (4-5-6 Juillet 1809)
Après le match nul de la bataille d’Essling, Napoléon veut à tout prix écraser l’armée Autrichienne. Pour cela, il lui faut regrouper se forces et rameuter des troupes fraîches. Il lui faut surtout empêcher l’Archiduc Jean qui retraite d’Illyrie, poussé par Eugène, de mêler ses forces à celles de son frère Charles. Napoléon, aménage l’île Lobau et les îles adjacentes en camp retranché, fait construire 4 ponts, qu’il protège en aval par la construction d’un barrage. Il fait préparer dix ponts de bateaux prêts à être lancés entre l’île Lobau et la rive gauche. Napoléon disposait de 178 000 hommes, Charles disposait d’une force de 130 000 hommes, dont beaucoup d’unités de Landwehr et de 414 canons. Il avait aménagé dans la plaine face à l’île de Lobau des fortifications de campagne. Le 4 juillet, à 9 heures, les 1.500 hommes de la brigade CONROUX, parmi eux notre Bataillon de Tirailleurs Corses, s’embarquent sur la flottille du Danube pour aller attaquer les Autrichiens et les débusquer à la pointe du Hansel-Grund. « L’obscurité d’une profonde nuit orageuse enveloppait la terre et pour permettre aux hommes de se reconnaître on leur avait distribué des brassards blancs, un vent favorable poussait nos bateaux dans la direction convenable et en agitant les arbres avec fracas, empêchait l’ennemi de nous entendre. Au bout d’une demi-heure de navigation, la flottille arriva par le travers des batteries ennemies. Les postes donnaient aussitôt l’alarme et l’ennemi fit sur nous sa première décharge de ses canons, puis la fusillade commença. Notre feu fut si vif et les batteries de terre, qui étaient vis à vis de celles de l’ennemi, nous secondèrent si bien qu’environ une heure après, les Autrichiens évacuaient leurs batteries et se retiraient dans le plus grand désordre. Le Général CONROUX fit procéder au débarquement de nos détachements sans être inquiété. » (Rapport du Capitaine BARTE, commandant la flottille). La brigade CONROUX s’installe dans le Hansel-Grund et s’empare d’un canon. Le temps est affreux, la pluie tombe à torrents, les éclairs et le tonnerre se mêlent au bruit épouvantable que font les 109 pièces d’artillerie qui envoient leurs boulets et leurs obus par dessus les têtes de nos soldats. Vers une heures et demie du matin, le corps d’OUDINOT passe sur la rive droite et à la pointe du jour, par un soleil radieux, se forme en bataille en face de Mühlleuten et présente sa tête de colonne devant Sachsengang, où s’étaient réfugiés les restes du détachement de CONROUX. L’ennemi ouvre un feu roulant sur notre avant garde, mais la division THARREAU a tôt fait de culbuter les postes, il fallait aussi réduire le château entouré de douves remplies d’eau et armé de nombreuses pièces d’artillerie, mais après un vif bombardement et quelque résistance, le commandant se rendit. Après la prise du château, et une remise en ordre la division THARREAU, se dirigea vers l’Est. Elle occupa un temps la droite du Corps de DAVOUT, vers 10 heures, elle reprit sa place au II° Corps derrière la division GRANDJEAN et, faisant un changement de direction vers la gauche, marcha à l’ennemi laissant sur sa gauche Enzerdorf. A midi et demie, l’Empereur ordonne un mouvement général vers l’avant. Le II° Corps se dirige sur Rutzendorf et Grosshofen sur trois lignes de division, et vers six heures et demie se trouvait près de Baumerdorf. Le soleil commençait à décliner, la journée semblait finie, lorsque Napoléon appelle le Colonel GERARDIN et lui dit : « Allez dire à OUDINOT que je n’entends plus rien, qu’il pousse un peu plus en avant et qu’il nous fasse un peu de musique avant la nuit ». Les troupes étaient exténuées, après une nuit sans sommeil, passée sous un orage terrible. Elles venaient de passer la journée au milieu d’une plaine surchauffée. « L’ardeur du soleil calcine les cerveaux, dévore l’eau des ruisseaux. Le soldat meurt d’une soif qu’il ne peut étancher avec rien. A peine rencontre-t-il quelque mare dont l’eau trouble et bourbeuse est bientôt tarie. Un puits, au milieu de cette grande plaine, est assailli par une foule d’hommes qui, dans quelques minutes l’abandonnent, épuisé ». (Général PAULIN) A la voix de leurs officiers, ces admirables troupes reprennent la marche en avant, on leur annonce l’arrivée prochaine près d’une rivière, le Russbach, et on y arrive mais l’ennemi est là… La division GRANDJEAN s’élance appuyée par la division THARREAU. Un combat violent s’engage sur les bords du Russbach. Les Tirailleurs Corses, en première ligne, chargent avec leur vigueur habituelle et refoulent les Autrichiens, mais viennent échouer devant le village de Grosshofen, fortement et vaillamment défendu. La lutte se prolonge longtemps, même à la tombée de la nuit, avec une égale énergie. Mais bientôt la nuit étant bien installée et la visibilité nulle, OUDINOT fit rétrograder ses troupes et installa ses divisions épuisées à l’Ouest du village.
Le 6 juillet de bon matin le combat repris, sur le front du II° Corps et pendant plus d’une heure, ce ne fut que duel d’artillerie. « Pendant ce temps à notre gauche, le 4° corps de Masséna, se couvre de gloire en colonne, par bataillons serrés en masse il défile sous le feu d’une artillerie terrible. Cette marche est un des plus beaux mouvemen,ts d’infanterie qui ait jamais été exécuté. Le brave Campi, recevant l’ordre du général Legrand, dans un instant critique , l’ordre d’accélérer, commande : Pas ordinaire ! et resserre les rangs du 26° Léger, labouré par les boulets. Cette fière contenance en impose à l’ennemi ». (PELET). Ce 6 juillet, vers midi OUDINOT, reçut l’ordre de franchir la rivière. En peu d’instant, la position fut emporté et l’ennemi culbuté à la baïonnette se retire entre Wagram et Helmshof. THARREAU le poursuit avec vigueur. Les Autrichiens essayent en vain d’opposer des masses, des carrés, tout est dispersé. Wagram est enlevé et la division s’empare d’un drapeau. L’Empereur rendra cette journée historique par l’utilisation de l’artillerie. La bataille de Wagram fut gagnée grâce au génie de l’Empereur, mais surtout par la ténacité et la fougue des troupes sous ses ordres. Cette journée nous coûtera beaucoup de monde. Un officier tué, le Sous-lieutenant BARBIERI, quatre officiers blessés, le sous-lieutenant CASALTA, le Capitaine MORELLI, le Sous-lieutenant RISTORI, le Lieutenant POLI. Cette journée était endeuillée par la mort du brave Général LASSALLE. Napoléon, devant la vaillance et le comportement de ses troupes, élevait OUDINOT à la valeur de Maréchal d'Empire. Au total ces journées auront coûté 70 000 hommes tués ou blessés, se répartissant également dans chaque camp. Les Français étaient épuisés mais vainqueurs. Les Autrichiens, au nombre de 80.000 se retirèrent. La poursuite ne commencera qu’au soir du 7 juillet. L’Archiduc Charles était découragé. Il recula jusqu’en Moravie, où eut lieu quelques engagements. Il demanda un armistice le 11 juillet, et le 14 octobre, l’Autriche acceptait avec résignation la paix de Schönbrunn et déposait les armes.
EPILOGUE
Le 7 juillet 1809, le II° Corps se met en route à la poursuite des Autrichiens. N’en trouvant aucune trace, il bivouaquera le 8 & le 9 près de Wolkersdorf pour y tenir et surveiller la route de grande communication de Brünn. Le 10, OUDINOT reçoit l’ordre de « faire ce qu’il pourra de chemin » pour gagner l’Aa. Les marches forcée reprennent, le temps toujours affreux, un orage d’une rare violence éclata le 11 juillet vers 3 heures de l’après-midi, et nos braves Tirailleurs continuèrent leur route par des chemins détrempés, vers 7 heures du soir, ils arrivaient au pont de Joslowitz ; deux heures après, ils s’arrêtaient enfin pour bivouaquer à Erdberg. Le jour même l’armistice était signé. Le 13 juillet, le Corps se replie sur Vienne , et vient prendre ses cantonnements d’armistice au nord du Danube. Le 16, la division THARREAU se porte aux environs de Wagram pour y camper. Les soldats se construiront eux-mêmes leurs baraquements. Pendant leur séjour au camp, les soldats furent chargés de ramasser les fusils sur le champ de bataille. On leur donnait 30 sous pour chaque fusil rapporté au parc, et 15 sous par baïonnette ou fusil incomplet. Le 7 août, le Sergent BERLANDI, blessé à la cuisse à Wagram, reçoit la croix des braves. Le 15 août, jour anniversaire de l’Empereur, le Commandant MORANDINI reçoit une rente sur Bayreuth. A partir du 28 août, les soldats sont employés à la tête de front de Spitz. Le corps d’OUDINOT fut réduit, les Tirailleurs Corses furent affectés à la 1ère Demi-Brigade Légère, avec les 4ème bataillons des 16ème et 27ème Légers. Le 1er novembre, l’évacuation prévue par le traité de Vienne (14 octobre 1809) commença. OUDINOT se retire sur Saint Pölten. Un décret du 1er février 1810 prononce la dissolution du corps d’OUDINOT, les Tirailleurs Corses passent au III° Corps ( Maréchal DAVOUT) et restent en Allemagne. Ils font partie de la 1ère division du Général MORAND, destiné à la garde des villes hanséatiques. Le 5 février, la 1ère division quitte Salzburg pour se rendre à Bayreuth. Dans les derniers jours du mois, le Bataillon des Tirailleurs Corses se rend à Ratisbonne pour y faire le service du quartier général, il y restera jusqu’au 16 juin, date à laquelle il se rend à Mayence. De là, départ pour Anvers, puis pour Boulogne, où il arrive dans les premiers jours du mois d’août. Un décret du 4 août réduisit une nouvelle fois le bataillon, il ne comptait plus que six compagnies de 140 hommes. Les hommes des compagnies supprimées sont versées dans les compagnies restantes, les officiers les plus capables conservent leur commandement, les autres sont mis à la suite ou versés dans d’autres corps.
Le 2 septembre 1810, le Commandant MORANDINI est nommé Chevalier d’Empire, sous la dénomination d’Eccataye. Le bataillon de Tirailleurs Corses fait partie du Corps de VANDAMME. Il compte alors un effectif de 20 officiers, 701 hommes, 4 chevaux.
Le 24 mars 1811, l’Empereur prescrit au Ministre de la Guerre d’envoyer à l’Armée d’Allemagne le Bataillon des Tirailleurs Corses. Le bataillon quitte Boulogne le 20 avril, et se dirige sur Wesel, où il arrive dans le courant du mois de mai. Destiné à faire partie de la 4ème Division du Corps d’Observation du Rhin, il se rend au camp d’Emden. Au Maréchal DAVOUT, Prince d’Eckmühl, Commandant l’Armée d’Allemagne à Hambourg. Mon Cousin, Le 33ème régiment d’infanterie légère doit être arrivé à votre corps d’armée….. Les bataillons Suisses et les deux bataillons des Tirailleurs Corses et du Pô, qui sont en marche, arriveront dans le courant du mois de mai. Ne tenez en Westphalie que 12.500 hommes. Lorsque les deux bataillons de Tirailleurs Corses et du Pô seront arrivés, vous les placerez également à Magdeburg et aux environs. (Instructions de l’Empereur à DAVOUT).
L’existence de bataillons formant corps présentaient certains inconvénients. Au moment d’entrer en campagne, on était obligé de les enrégimenter et l’expérience de la Campagne de 1809 était là pour prouver que les intérêts des officiers et des soldats étaient souvent sacrifiés par des colonels qui se souciaient peu de faire ressortir l’état des troupes mises momentanément sous leurs ordres. Le 11 août 1811, Napoléon décida de supprimer les Bataillons des Tirailleurs Corses et du Pô, et de les fondre en un régiment d’infanterie légère qui prendrait le n° 11, qui était vacant depuis 1803. Le décret stipulait que le Bataillon des Tirailleurs Corses, formerait le fond du 1er bataillon, les Tirailleurs du Pô, le fond du 2ème , les 3ème , 4ème et 5ème bataillons devaient être formés par la Légion du Midi ; or celle-ci se trouvait en Espagne. Il fallut donc prendre d’autres dispositions.
Le 1er Bataillon était composé de six compagnies des Tirailleurs Corses Le 2ème Bataillon était composé de six compagnies des Tirailleurs du Pô Le 3ème Bataillon était composé de six compagnies du Bataillon Valaisan Le 4ème Bataillon était composé de conscrits Corses et Piémontais Le 5ème Bataillon constituait le dépôt Ce dernier est à Trêves. Il est alimenté par des hommes provenant des conscriptions de l’île de Corse et de l’île d’Elbe et une partie des recrues du Royaume d’Italie.
« Le déficit d’officiers doit être comblé par des sujets provenant des Vélites de la Garde Impériale ou de l’École de Saint Cyr choisis parmi les Corses, les Piémontais, les Génois et les Romains » . (lettre de l’Empereur en date du 1er novembre 1811). Le Major Pierre CASABIANCA est désigné par l’Empereur pour prendre le commandement du régiment avec le grade de Colonel. le Commandant MORANDINI, n’aura pas l’honneur d’être nommé à la tête du régiment. Le vieux soldat couvert de blessures est nommé le 1er novembre 1811, Commandant d’Armes de 4ème Classe.
Il est désigné pour se rendre au Fort Vauban, puis sera placé à la suite de la Grande Armée pour la campagne de Russie. Nommé Commandant d'armes de la ville de Merseburg, il sera contraint de l'abandonner ne disposant d'aucun moyen pour assurer sans défense dans les jours qui suivent la bataille de Leipzig.
Nos Corses au sein du 11° Régiment d'Infanterie Légère, continuèrent à faire parler d’eux, mais ils n’étaient plus : « Ce bataillon autonome constitué entièrement de Corses, du chef de corps au plus jeune fifre. » (Médecin général SANTINI).
L'aigle telle qu'elle se présentait pendant l'entre deux guerres. Cliché de la mairie de Postdam.
Après l’abdication de Napoléon, 33 officiers, 375 hommes et 8 enfants de troupes du Régiment Real Corso au service de Murat, qui avaient refusé de le suivre lors de sa défection, demandèrent à servir Louis XVIII, et furent versés au 11ème Léger.
D’autres unités à composantes Corses auront l’occasion de s’illustrer, comme le Bataillon Corse de l’île d’Elbe, lequel pendant l’épisode des Cent-jours fut versé dans la Garde, et forma le 1er Bataillon du 1er régiment de Voltigeurs de Jeune Garde. Cette unité sera engagée à Plancenoit, lors de la bataille de Waterloo. Les Corses n’auront pas à rougir de la défaite, car c’est le nombre de leurs adversaires et non leur bravoure qui aura raison d’eux. À la dissolution du Bataillon, l'Aigle fut remisée à PARIS et fut emportée comme trophée en 1814 par BLUCHER.
La prise de cette précieuse soie devait-elle lui faire oublier la part prise par les Corses dans sa reddition suite à la désastreuse campagne de 1806.
Cette soie fut exposée jusque durant la seconde guerre mondiale dans une église à POSTDAM.
Elle a mystérieusement disparu en 1945, emportée par les troupes Russes, ou mise à l'abri ? Nul ne le sait.
Textes René Chauvin & Jean-Noël POIRON.
Mise à jour 03/08/2011. |