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LES VOLTIGEURS CORSES 1822 - 1851

Devant faire face à un fort taux de banditisme, le vicomte de Suleau, préfet de la Corse de 1822 à 1824, émet le souhait de lever un corps auxiliaire composé de Corses pour prêter main forte à la Gendarmerie. Pour un département qui compte 170 000 à 180 000 habitants, on compte 190 homicides ou tentatives en 1822, et l’année suivante il est dénombré 400 à 500 bandits dans le maquis. De même entre 1816 à 1822, 116 gendarmes sont victime du devoir.

Le Bataillon des Voltigeurs Corses est créé par Ordonnance Royale du 6 novembre 1822, comme auxiliaire de la 17ème Légion de Gendarmerie Royale de la Corse, qui est divisée en 2 compagnies.
La 1° Compagnie est implantée à Bastia, et comprend 7 lieutenances : Bastia, Calvi, St Florent, Vescovato, Corté, Piedicroce, Tallone.
La 2° Compagnie, implantée à Ajaccio, et comprend 5 lieutenances : Ajaccio, Vico, Santa Maria Sicche, Sartène, Talano.

Ce n’était en fait que la recréation des unités sédentaires voulues par Bonaparte lors de son passage en Corse en 1798, sur la route de l’Égypte, en créant une compagnie sédentaire pour chacun des deux départements. Ces deux compagnies furent connues sous l’appellation des Chasseurs Corses. Elles furent maintenus jusqu’en 1814. Après la période des Cent-Jours, ces compagnies sont dissoutes.

Lors de la réorganisation de la nouvelle armée, constituée en Légion Départementale, par Ordonnance du 15 septembre 1815, la Corse constitue la 54° Légion Départementale d’Infanterie. Ces compagnies sont intégrées dans la nouvelle organisation. Il y fut adjoint une troisième compagnie de chasseurs. Cette compagnie fut chargée de la répression du banditisme, comme auxiliaire de la Gendarmerie. Cette organisation perdura jusqu’en 1820, après le retour à l’organisation régimentaire de l’armée. La Légion Départementale forma le 10° Régiment d’Infanterie Légère. Il est à noter que cette unité fut la seule à servir en entier en Algérie.

L’idée est donc reprise, de mettre à la disposition de la Gendarmerie, une force supplétive. La mission du Bataillon des Voltigeurs Corses consiste à la poursuite et à l’arrestation des nombreux criminels, évadés et contumaces qui ont cherché refuge dans un maquis inextricable, et dont la plupart bénéficient, surtout pour les bandits d’honneur de protection de la part de la population.

Le bataillon dont l’effectif théorique s’élève à 421 hommes est articulé à quatre compagnies, stationnées à Bastia, Corté, Ajaccio et Sartène. Chaque compagnie comprend trois officiers et 100 sous officiers et voltigeurs. L’état-major du bataillon est stationné à Bastia. Chaque compagnie surveille un secteur un peu plus grand qu’un arrondissement, avec des détachements composés d’un sous officier et de 7 à 8 voltigeurs.

Le bataillon est placé sous les ordres du lieutenant–général commandant la région militaire. Le bataillon est régi par les règlements de l’infanterie pour ce qui concerne l’organisation de la vie courante et l’avancement, et de la gendarmerie, pour celui du service et des missions

Le recrutement est composé essentiellement d’anciens militaires, originaires de l’île, bien que sur les contrôles on ait noté une vingtaine de continentaux. Le recrutement se fait sans aucun problème en raison de la solde et des avantages proposés. Le seul problème rencontré, est le fait que n’étant pas enrôlé, bon nombre de voltigeurs quittent leur poste, et ne sont pas considérés comme déserteurs. Ainsi entre 1823 et 1829, 116 voltigeurs quittent le bataillon de leur propre chef.

L’ordonnance de réorganisation de 1845 impose un engagement initial, et tout départ est soumis à une autorisation préalable.

La vie du Voltigeur est constituée de longues patrouilles dans la montagne, d’embuscades, 14 d’entre eux ont fait le sacrifice de leur vie dans l’accomplissement de leur mission. Chaque arrestation périlleuse fait l’objet d’éloges de la part, du ministre de la Guerre auxquels se joignent souvent ceux du préfet et du ministre de la Justice. Ainsi bon nombre de légions d’honneur vont décorer les poitrines des Voltigeurs.

Les motifs pour entrer au Bataillon, ne sont pas toujours louables, en effet, car les Voltigeurs bénéficient d’une certaine immunité, qui permettra à certains, soit d’assouvir une vendetta, ou a contrario de bénéficier d’ une protection. Sont-ce les raisons qui seront la cause de la dissolution de l’unité ?

Le bataillon est licencié le 10 juillet 1850, après avoir servi loyalement trois régimes. Fort de 207 hommes à sa dissolution, le bataillon des Voltigeurs Corses est remplacé par un Bataillon Mobile de Gendarmerie qui sera dissous un an plus tard.

Voici ce qu’écrivait en août 1871, A. Germond de Lavigne, dans un écrit publié à 10 exemplaires, et réédité par C. Lacour, éditeur à Nîmes en 1991 :

« La situation de la Corse, en 1850 et 1851, appela très sérieusement l’attention du gouvernement. Les mœurs locales ont un caractère particulier : l’esprit de vengeance, qui a porté de tout temps les insulaires à ne compter que sur eux-mêmes pour se faire justices des injures reçues, et qui sert en même temps de prétexte à bien des actes coupables…..le banditisme est une question de mœurs, la politique n’y joue aucun rôle. L’île de Corse pouvait se croire politiquement heureuse et satisfaite en 1850, le banditisme y occupait néanmoins une place considérable.

A cette époque, la force publique chargée de la sûreté du pays et de la répression des délits se composait d’une Légion de gendarmerie forte de 540 hommes. Le commandement militaire avait en même temps à sa disposition un corps de 420 hommes, sinon auxiliaire de la gendarmerie, du moins agissant pour le même objet, et portant la dénomination de Voltigeurs Corses. Ce corps recruté dans des conditions insuffisantes et peu militaires, composé uniquement d’insulaires, les uns anciens soldats, les autres pris directement dans la vie civile, d’autres anciens bandits, rendait, ces dernières années, autant de services peut-être aux réfractaires qu’à la répression…
N’étant pas l’auxiliaire formel de la Gendarmerie, il en était devenu l’antagoniste, et cet antagonisme ne produisit pas une émulation qui fut profitable au but à atteindre….
…Le licenciement du bataillon de voltigeurs corses fut décidé, et il fut créé un bataillon de gendarmerie mobile, auxiliaire réel de la légion de gendarmerie. Ce bataillon reçut, pour une partie, les voltigeurs licenciés qui remplissaient, à peu près rigoureusement, les conditions réglementaires, et, pour le surplus de l’effectif, des hommes originaires du continent et tirés des régiments de l’armée.

Le bataillon de gendarmerie mobile, ne vécut qu’un an. Il rencontra les mêmes difficultés qui entravèrent l’action de l’ancienne organisation. Il fut décidé la fusion des deux corps, ce qui porta les effectifs de la Légion de Gendarmerie à 950 hommes.
Le Bataillon des Voltigeurs Corses constitue la dernière composante Corse de l’Armée Française. Bientôt les Corses iront assouvir leur soif d’aventure dans la « Colo » et contribueront à donner à la France un magnifique empire colonial.
 
L'UNIFORME
 

Issu des bataillons sédentaires créés par Bonaparte. Ils proviennent pour la plupart de l’ex-Légion Corse, et anciens chasseurs Corses, l’on retrouve dans leur tenue les ingrédients qui caractérisent les troupes Corses, à savoir un uniforme taillé dans du drap brun marron. Il est même fort probable que l’on continua d’user les vieilles tenue.
Shako de feutre noir, garni d’un galon blanc sur le pourtour supérieur, jugulaires à écailles de métal blanc, une plaque de métal blanc aux armes de France encadrées d’un faisceau de drapeaux, surmontée d’une cocarde blanche et d’un pompon de couleur. ( cf photographie ).
Habit veste à basques courtes de drap brun marron, tissé à partir de poils de chèvres, agrafé sur le devant, à la coupe de 1812, parements en pointes, boutons blancs. L’habit est passepoilé au collet, revers et parements de jonquille.
Épaulettes à corps et franges jonquille et tournantes vertes.
Pantalon de drap brun marron porté sur les guêtres. On donne également un passepoil jonquille sur la couture extérieure du pantalon.
Capote de drap brun marron.
Souliers de cuir noirs.
Les buffleteries sont constituées d’un ceinturon, avec une giberne portée sur le ventre et entourée de deux fontes pour une paire de pistolet en cuir noirci, et d’une banderole porte sabre-briquet en cuir naturel.
L’armement
Mousqueton de Gendarmerie à silex Mèle 1816 et sabre briquet modèle de 1816.
1 paire de pistolet de Gendarmerie à silex Mèle 1816.


Voltigeur Corse en 1822 - Eugène Lelièpvre.
in Gendarmerie Nationale par P. Rosiere
Coll de l'auteur.
 
 
 
Adoption du drap bleu
 
 
Le règlement du 22 septembre 1826, modifie la couleur du drap du fond de l’habit, qui passe du drap brun marron au drap bleu de roi. On distribue au bataillon des effets de la Gendarmerie.

Shako de feutre noir reste inchangé, il comporte sur le pourtour supérieur un galon couleur jonquille. Bonnet de police à flamme avec galon et soutache jonquille.

Habit de drap bleu de roi, fermant droit devant. Boutons blancs timbrés d’une fleur de lys dans un cor avec la légende « Voltigeurs Corses ». Collet, bord de l’habit et parements en pointe liserés de jonquille. Les insignes de grade sont ceux de la Gendarmerie.
Trèfles du modèle de la Gendarmerie de couleur jonquille
Pantalon de drap gris bleu, en drap pour l’hiver et en toile de coton pour l’été.
Capote de drap bleu du modèle de la Gendarmerie à pied.
Les officiers portent les épaulettes et le hausse–col de la Gendarmerie, les sous-officiers les galons en chevron argentés des maréchaux des logis chefs et maréchaux des logis, et les caporaux ceux des brigadiers.

L’armement adopté en 1822, du modèle de la Gendarmerie, ne subit aucun changement.

En 1830, le changement de régime entraîne l’abandon de la fleur de lys pour le coq sur la plaque de shako et les boutons.



VOLTIGEUR CORSE en 1830 - Eugène Lelièpvre 
in Gendarmerie Nationale par P. Rosiere
Coll de l'auteur.
 
            
 
 
En 1840 ( décision du 06 août), le shako subit une transformation, il perd sa forme cylindrique, et devient tronconique en se rétrécissant au sommet, et s’incline vers l’avant. A la même date le bonnet de police à visière, passepoilé de jonquille, originaire de l’Armée d’Afrique fait son apparition et devient réglementaire
 
Suite à la décision du 17 juin 1845, les Voltigeurs Corses , adoptent la tunique de l’Infanterie Légère, alors que la Gendarmerie de Corse conserve l’habit veste de drap bleu.
Tunique à jupe de drap bleu foncé, est fermée par 4 agrafes et trois brandebourgs composés de quatre tresses carrées de 6 mm de couleur bleu foncé et deux olives de bois par brandebourg. Collet bleu passepoilé de jonquille. Sur chaque côté une patte boutonnée sert à supporter le ceinturon.
Épaulettes de laine verte maintenues par des brides de drap du fond de l’habit.
Pantalon à braguette de couleur bleu roi , porté sur des demi-guêtres.
Souliers de cuir noir de type 
La capote est remplacé par un caban à capuchon. En drap bleu avec des ouvertures latérales pour le passage des bras, et orné de 3 brandebourgs à nœud hongrois.

Shako, appelée casquette d’Afrique, en cuir léger recouvert de drap bleu de roi, à calot de cuir noir, Visière de cuir verni noir sur le dessus et de cuir vert sur le dessous. Cocarde tricolore sur le devant, maintenue par une ganse de tresse carrée bleu de roi. Jugulaires de cuir noirci de 20 mm de large. Pompon ellipsoïde recouvert de drap bleu. Bourdalou haut de 25 mm en cuir verni noir. Galon bleu de roi de 40 mm de large sur le pourtour supérieur.

Les officiers portent la même coiffure à tresses et galon d’argent.

Un ceinturon de cuir noirci, supporte une cartouchière de cuir noir, portée sur le devant, une fonte de cuir pour pistolet, un fourreau porte baïonnette ainsi qu’un sabre briquet du mèle de 1831 des troupes à pied.
Un fusil à percussion à un ou deux coups remplace le modèle à silex, depuis 1840.
 
Le règlement de 25 octobre 1849, modifie la tenue de nos Voltigeurs Corses.

Tunique à jupe de drap bleu foncé fermant droit devant par 9 boutons blancs, parements de manches en pointe liserés d’un passepoil de la couleur du fond de la tunique, fermés par deux petits boutons d’uniforme. Collet à une hauteur de 60 mm, est échancré sur le devant d’une largeur de 70 mm. La jupe tombe 180 mm du sol quand l’homme est à genou.
Celle des officiers de même coupe mais taillée dans un drap plus fin, tombe à 150 mm du sol, l’homme étant à genou.
Épaulettes de laine verte pour la troupe, en argent pour les officiers.
Les grades en chevron, sont ceux en vigueur dans la Gendarmerie.
Le caban adopté en 1845 est toujours de rigueur.
Pantalon en cuir de laine gris bleu, à brayette boutonnée. Il existe un pantalon gris-bleu en toile de coton de même coupe pour l’été.
Shako en cuir léger recouvert d’un manchon de drap bleu foncé 
 
                                                                                                   VOLTIGEUR CORSE en 1845 - Eugène Lelièpvre
in Gendarmerie Nationale par P. Rosiere
Coll de l'auteur.

Plaque de ceinturon
                                                                                                                                                                                                                                .
ARMEMENT
 
Dans un pays où presque tous les hommes se promènent en arme, dans un maquis inextricable, on s’aperçut vite que pour faire la chasse aux nombreux bandits qui le sillonnent, l’armement des forces de l’ordre était devenu obsolète.
En 1837, le baron Desmichelt, Lieutenant-Général, Commandant la 17° Division Militaire, demande au Ministère l’étude d’une arme à double canon, trouvé plus approprié que les armes réglementaires à silex classiques. Il sollicite dans sa demande cinq conditions que doit remplir cette nouvelle arme :
1° - Un calibre de guerre.
2° - Un système de mise à feu par percussion.
3°- Une plus grande portée et une bonne précision.
4°- La possibilité de fixer une baïonnette.
5°- Brunissage des parties métalliques pour contrer les reflets.
Le comité de l’Artillerie donnera satisfaction à notre demandeur, à l’exception du calibre de guerre, qui sera remplacé par un calibre de chasse, 24, jugé plus maniable et plus léger.
Deux fusils d’essai sont fabriqués à Saint Etienne, l’un avec canons lisses et l’autre rayés, et envoyés à Bastia, où les essais ont lieu le 20 août 1838.
Suite à ces essais, le fusil à canons lisses est préféré, à celui aux canons rayés. On reproche à ce dernier un fort recul, et une grande difficulté à enfoncer la balle après plusieurs tirs.
Le Ministère ordonne la fabrication de 20 fusils qui seront réalisés par l’industrie civile de St Etienne, et non par la Manufacture Royale.
Le 11 décembre 1839, la commission réunie à Bastia accepte ces 20 fusils.
Le 26 mai 1840, le Ministère de la Guerre donne son approbation pour la fabrication d’un fusil à canon double, mais au calibre réglementaire de 17,5 mm, qui prend le nom de FUSIL DE VOLTIGEUR CORSE. Ce fusil tire une cartouche à balle de 16,35 mm (cal. 19) propulsée par une charge de 9 grammes de poudre. Longue d’1,22 m, avec des canons de 795 mm, l’arme pèse 4,.640 kg. Il comprend en outre sur le côté droit un petit tenon pour fixer une baïonnette à douille siamoise d’une longueur totale de 352 mm, comportant une lame plate à double tranchant.
Le 28 mars 1842, décision de munir les fusils doubles de cheminée de guerre, en remplacement des cheminées civiles.
En 1845, un correspondance fait état d’un projet d’adaptation du sabre-baïonnette 1842 sur le fusil double. Projet qui restera sans lendemain.

En février 1851, l’arme dénommée fusil double de voltigeur Corse, perd son appellation pour fusil double modèle 1850. bien qu’identique au modèle primitif, on y adjoint une hausse fixe à cran sur la queue de culasse.
La longueur des canons demeurent de 795 mm et la baïonnette mesure 280 mm.
Le fusil double de voltigeur Corse a été fabriqué à 2.230 exemplaires.
 
Fusil double Mèle 1850

Canons :brunis, de confection identique à ceux de fusil de chasse, tordus à rubans et assemblés par paire sur bande au moyen d’une soudure. Ame lisse, d’un diamètre de 17,5 mm. Petit guidon rond de chasse en laiton fixé sur la bande supérieur très en arrière des bouches des canons, afin de permettre le passage de la douille de la baïonnette. Petit tenon fixé sur le canon de droite pour fixer la baïonnette. Fixés au fût au moyen d’un tiroir à l’avant et par tenon sur la crosse à l’arrière. Garnitures en fer jaspé.

Platines de formes arrières, tenues entre elles par deux vis, ayant leurs têtes encastrées dans la platine de droite, et leurs taraudages dans celle de gauche. Les chiens particuliers à l’arme sont petit et d’aspect robuste.
Baguette de fer à t^te en forme de clou maintenue au canon par deux bagues.
Battants sur becs de crosse et canons.
Longueur de l’arme: 1,22 m – avec la baïonnette : 1,505 m
Poids : 4,550 kg – avec la baïonnette : 4,875 kg


Baïonnette de fusil double.


Sources :

Histoire des Voltigeurs Corses & Algériens. A. Croquenot – Pdt Association Unif. Europe
Les Fusils doubles par Henri Vuillemin, - Tradition Magazine n° 204.