|
Le Royaume Anglo-Corse 1794-1796
Par le traité signé le 15 mai 1768 à Versailles, la Sérénissime République de Gênes cédait ses droits sur la Corse à sa Très Chrétienne Majesté, Louis XV. Mais l’on avait oublié un point essentiel, il fallait avant vaincre la résistance du Peuple Corse. Rudes montagnards, dont les qualités guerrières n’étaient plus à démontrer. Commandés par Pascal Paoli, ils connurent tout d’abord quelques succès, mais la défaite de Ponte-Nuovu le 9 mai 1769, aura raison de leur espoir de liberté. Le départ en exil de Paoli, n’arrêta pas toutefois la résistance des derniers patriotes. La Corse est considérée comme une colonie. Il lui faut attendre la Révolution pour faire partie intégrante du Royaume. L’élection de sa députation à la Constituante, sa reconnaissance comme département français, parachèveront son attachement à la Nation. En 1790, Pascal PAOLI quitte son exil londonien et regagne la Corse, non sans avoir été reçu triomphalement à Versailles par Mirabeau. Il y est reçu comme le premier combattant pour la liberté contre les tyrans. Nommé président du Directoire de la Corse, il se montrera toutefois peu enclin aux débordements révolutionnaires. Chrétien fervent comme beaucoup de Corses, il se montre hostile à la Constitution Civile du Clergé. Il apporte un soutien mitigé à l’expédition de la Maddalena, contre la Sardaigne. En effet, le Roi de Piémont-Sardaigne avait toujours apporté son soutien aux proscrits Corses qui venaient chercher un asile sur ses terres. C’est lors de cette expédition, que Napoléon Bonaparte, lieutenant colonel de la Garde Nationale fera ses premières armes.
Suite à l’échec de cette expédition, PAOLI est mis en accusation de contre révolutionnaire par Lucien BONAPARTE. Napoléon, plaide la cause du Babbu dans une lettre poignante. Mais rien n’y fait. PAOLI appelle le peuple Corse aux armes contre la France. Il s’ensuit une guerre civile, opposant Paolistes et partisans de la Révolution. C’est à ce moment que rompent avec le Babbu les familles notables de l’île ( Salicetti, Pompeï, Sébastiani, Arena, etc…) Face à ses maigres moyens, PAOLI, se tourne vers l’Angleterre qui lui a jadis donné l’asile. Il va connaitre une nouvelle déception car les Anglais vont s’approprier la Corse, et installent un vice-Roi, Sir Gilbert ELLIOT. Aussi parmi les Paolistes, on voit d’un très mauvais œil la présence anglaise, considérée comme une force d’occupation. Le Royaume Anglo-Corse ne vivra que de 1794 à 1796. Pascal PAOLI sera à nouveau contraint à un exil en Angleterre, il quitte définitivement la Corse en octobre 1795. Il décèdera à Londres à l’âge de 82 ans en 1807. Pendant ce temps, sur le continent, les événements ont porté Napoléon BONAPARTE, à la tête de l’Armée d’Italie. Il regroupe tous les officiers et soldats Corses qui combattent à l’Armée d’Italie. Il met ce petit corps expéditionnaire sous les ordres du général Antoine GENTILI, qui avait combattu aux côtés de PAOLI. Cette petite armée est chargée de reprendre la Corse aux Anglais. BONAPARTE qui refuse que la Corse devienne une nouvelle Vendée, prône la liberté religieuse. En Octobre 1796, la Corse redevient française. Parvenu au sommet de l’état, Napoléon, n’autorisera jamais le retour d’exil de PAOLI. Bien qu’entre ces deux hommes, il existât une forte estime. L’un représentait la Révolution pour la Liberté, tandis que le second se l’appropriait. La Corse, était bien trop petite pour porter en son sein, deux hommes tels que Pascal PAOLI et Napoléon BONAPARTE. Durant l’éphémère existence du Royaume Anglo-Corse, plusieurs unités à recrutement Corse seront levées. Toutefois, très peu de ces unités auront la faveur des Britanniques, ce qui peut expliquer la briéveté de leur existence. De plus les Corses qui ont toujours pratiqué la petite guerre supportent très mal les contraintes qu’imposent les réglements de l’armée britannique. Ce furent : Le Régiment de l’Union - Dragons Légers Corses - Gendarmerie Royale Anglo-Corse - Compagnies Franches-Corses - Bataillons Royaux Anglo-Corses - Les Chasseurs de Mc Lean ou Chasseurs Français - Francs-Tireurs Corses ou Corsican Rangers LE REGIMENT DE L’UNION – SMITH’s THE UNION REGIMENT OF FOOT
Cette unité est levée en 1795 par le capitaine George Smith du 25ème Régiment d’infanterie ( 25th Rgt of Foot). Il commandait cette unité avec le grade de Commandant Major. L’encadrement comprend des officiers britanniques ( 2 Majors et 5 Capitaines ) et parmi les officiers subalternes quelques officiers Corses ( 14 sur 19 ). La prise de commandement de Smith et des ses officiers est daté du 4 avril 1795. En septembre 1795, on dénombre 20 officiers, et 654 hommes, dont plus de 600 sont Corses, mais l’on dénombre egalement des français, des Italiens et des Allemands. En juin 1796, l’effectif est tombé à 346 hommes du rang. Lors de l’évacuation de la Corse par les Britanniques, la troupe déserte en masse ou demande la permission et obtient le retour à la vie civile. Le 24 novembre 1796, quelques officiers subalternes Corses démissionnent de leur charge. Cependant la dissolution officielle du régiment n’eut pas lieu avant un certain temps. En mai 1797, sir Charles Stuart recommande sa dissolution. Les étrangers furent versés dans les Régiments émigrés au service de la Couronne, tels que Dillon, et les Anglais dans différents régiments de ligne. UNIFORME :
Ce regiment était vêtu pour la troupe :
Chapeau tricorne de feutre noir, avec un plumet blanc piqué sur le devant, cocarde noire. Chapeau porté de biais selon la mode. Habit rouge, collet, parements, retroussis jaunes, boutons blancs. Vestes et culottes blanches. Guêtres noires, Buffleteries de cuir blanc. Sabre et fusil. Les officiers portent la même tenue cofectionnée dans un drap plus fin dont le rouge est plus vif que la troupe.
Leurs insignes sont en argent, et une écharpe cramoisie est portée sur la veste. LES DRAGONS LEGERS CORSES – The CORSICAN LIGHT DRAGOONS
Seule unité de cavalerie levée en Corse pendant l’occupation britannique, en novembre 1794, sous les ordres de Sir Charles Stuart. Sa prise de commandement est datée du 10 novembre. Elle comprend deux pelotons de 3 officiers et 35 hommes. En juin 1795, Sir Elliott écrivait à son sujet de l’utilité douteuse de maintenir ces troupes. Des 40 ou 50 hommes qu’elle comprenait il n’en resta plus qu’une demi-douzaine, qui furent versés dans le régiment de l'Union. Cette diminution semble avoir eu lieu à l’automne de 1795. Les quatre officiers britanniques nommés aux troupes furent transférés vers d’autres régiments entre le 1er septembre et le 18 novembre. L’officier transféré le dernier est décrit comme « The late Corsican L. D » ( le regretté Corsican Light Dragoon). Aucun renseignement connu sur l’uniforme de cette unité.
10th Light-Dragoon britannique.
On peut présumer que les Corses portèrent un uniforme ressemblant à celui-ci.
LA GENDARMERIE ROYALE ANGLO-CORSE
Levée le 8 novembre 1794 pour assurer les missions de police dans l’île, son commandement est confié par Sir Elliot au Lieutenant-Colonel Colonna de Leca. Forte à l’origine de 4 compagnies de 50 hommes et 3 officiers Corses, elle est forte de 12 compagnies en 1796, sous le commandement du Lt-Colonel Péraldi.
En raison de ses missions de répression, elle est en butte à l’hostilité des populations. Une rixe l’opposant aux habitants de Bocognano nécessite l’ intervention de l’armée. Deux Officiers seront tués. En 1796, cette unité se rallie aux forces républicaines venues reconquérir l’île. L’uniforme de cette unité ne nous est pas connue. COMPAGNIES FRANCHES CORSES
Levées en août 1796 pour la défense des côtes, composées d’ 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 enseigne, 2 sergents, 3 caporaux et 57 hommes de troupe. Ces unités disparaissent en octobre 1796 avec le départ des Anglais.
BATAILLONS ROYAUX ANGLO CORSES – CORSICAN CORPS
En 1794, alors que règne la guerre civile, Sir Charles Stuart, commandant en chef des troupes britanniques, et sous l’autorité du Colonel Green, inspecteur des troupes levées en Corse, à enrégimenter les troupes iirégulières et indisciplinées de Paoli. Il décide la formation d’un régiment Corse fort de 3 bataillons de 500 hommes chacun sous l’autorité de Sir Elliot.
Le 11 novembre 1794, 1.500 hommes sont réunis. - Le 1er bataillon, sous les ordres du Lt-Colonel Quenza stationne à Bonifacio. - Le 2ème bataillon, sous les ordres du Lt-Colonel Colonna de Leca est stationné à Ajaccio. - Le 3ème bataillon, sous les ordres du Lt-Colonel Giampetri, est stationné à Corté, avec des compagnies détachées à Vizzavona et à St Florent, et Vivario. Chaque bataillon est composé de 10 compagnies, et d’un état-major comprenant 1 major, 1 aumônier, 1 chirurgien, et 1 quartier maître trésorier. L’engagement est souscrit pour une durée de trois et s’accompagne d’un serment d’allégeance au Roi Georges III, comme suit : « Je jure d’observer et d’obéir aux ordres de sa Majesté, du vice-roi, des généraux et des officiers sous les ordres desquels j’ai été placé par sa Majesté. » Car il est à noter, que tous les officiers britanniques à partir du grade de capitaine ont le pas sur tous les officiers Corses même d’un grade supérieur.
En septembre 1795, un 4ème bataillon est levé. La désertion gagne les rangs d’une troupe qui est chargée de réprimer la population. Jugés peu surs, les bataillons sont alors confiés au commandement de deux officiers britanniques, le Lt-Colonel Montrésor & le Lt-Colonel Pringle. Ramenés à deux bataillons, ils stationnent à Corté. En juin, 1796, une partie de ces bataillons participent à la prise de Porto-Ferrajo sur l’île d’Elbe, avec le Lt-Colonel Montrésor, qui sera nommé commandant de la garnison. En octobre 1796, lorsque les britanniques évacuent la Corse, quelques officiers sous les ordres du Lt-Colonel Giampetri, embarquent sur les navires anglais à destination de l’île d’Elbe. Les bataillons sont dissous. UNIFORME
Les bataillons semblent avoir porté la tenue suivante :
Chapeau tricorne noir, avec cocarde noire, ganse et bouton blanc. Plumet blanc.
Habit rouge, parements en pointe, collet et revers de couleur bleu de roi, retroussis et passepoils blancs. Pattes d’épaule rouge liserée de blanc. Boutons blancs : 36 gros, et 4 petits. Veste de couleur rouge, boutons blancs au nombre de 10. Pantalon culotte de couleur bleu de roi avec 12 petits boutons.Demi-guêtres noires. Manteau de toile brune avec un capuchon, doublé de blanc, muni de 10 gros boutons. Buffleterie et giberne de cuir noir. Sabre à garde de cuivre et fourreau de cuir noir. Fusil garni de cuivre, bretelle de cuir noir. Bidon en bois peint en bleu de l’armée britannique. Les caporaux portent des épaulettes à franges. (blanches ? ). Les bataillons ont un drapeau sur lequel sont portées la tête maure et les armes d’Angleterre. Pour cette unité, il est également fait mention d’un uniforme bleu à parements rouges, et culottes rouges. Le drapeau porte la tête maure et les armes d'Angleterre.
LES CHASSEURS DE Mc LEAN – CHASSEURS FRANÇAIS
Parmi les royalistes qui avaient grossi les rangs des britanniques à Toulon, et qui avaient évacué la ville avec eux, se trouvaient deux compagnies de chasseurs. La première avait été levée sous les ordres du Capitaine Hunter du 93rd Rgt of Foot le 31 octobre 1793. la seconde formée une semaine plus tard sous le commandaement du Lt Haviland Smith du 25th Rgt of Foot. Ces deux untiés furent chaudement recommandés pour grossir les rangs du détachement de David Dundas le 21 décembre 1793. Ils accompagnèrent Hood en Corse et furent employés à la prise de l’île. En décembre 1794, le Lt Mc Lean du 50th Rgt of Foot, succéda à la compagnie de Haviland Smith, ce qui amena à appeler ces compagnies les « Mc Lean ». même si parfois ils furent nommés les Chasseurs français ou les Corses. Tous les oficiers étaient britanniques, mais les hommes étaient français., même si après l’evacuation de la Corse, une vingtaine de recrues italiennes et allermandes provenant du Régiment de l’Union, fraichement dissout y furent reçues. En juin 1796, les Mc lean partirent pour l’île d’Elbe, et de là rejoignirent le Portugal. A leur arrivée à Lisbonne le 24 juin 1797, l’unité comprend 6 officiers et 77 hommes de troupe. L’unité est dissoute le même jour, et les hommes sont versés dans les corps d’émigrés stationnés au Portugal ( Castries, Dillon, La Châtre et Mortemart ).Leus Officiers, dont 2 seulement étaient anglais, furent versés dans d’autres unités ou placés en demi-solde. Dans le courant du mois de juin 1797, une compagnie avait été reduite, seule était maintenue celle de Mc Lean. L’unité est dissoute en 1798. Leur uniforme ne nous est pas connu. LES CORSICAN RANGERS
C'est l'unité Corse au service britannique la plus connue. Aussi un chapitre de ce site lui est entièrement consacré.
Levés à Minorque en 1799 sur le pied d'une compagnie d'infanterie légère de 200 à 300 hommes avec des réfugiés Corses, commandés par le capitaine Masseria.
L'effectif s'élève à 165 hommes le 1er septembre 1799, et à 226 hommes et 7 officiers au 1er octobre suivant.
Le 1er juillet 1800, le capitaine Hudson Lowe du 50th Foot est nommé major. C'est sous les ordres de celui qui sera le geôlier de Napoleon à Sainte Hélène, que les Corsican Rangers, et les Royal Corsican Rangers vont se distinguer jusqu'à son départ en 1812. Seule unité étrangère au service britannique dont les officiers sont Corses, et dont un seul atteindre un grade d'officier supérieur.
Ils vont se distinguer lors de la campagne d'Egypte en 1801, où ils débarquent à Aboukir le 8 mars. A l'avant-garde de la réserve aux ordres du général Moore, Canope le 21 mars, devant Le Caire qui capitule le 28 juin.
Distingués du sphinx sur leurs boutons et leurs tambours, ils quittent l'Egypte pour Mate le 1er janvier 1802, et dissous le 1er juillet suivant.
les unités anglo-corse par Louis de Beaufort. Gravure extraite du numéro spécial de LA SABRETACHE n° 20 Année 1973
Régiment de l'Union - Bataillons Royaux anglo-corse - Corsican Rangers de 1ère et 2nde formation.
LES ROYAL CORSICAN RANGERS
La paix d'Amiens étant rompue en mai 1803, Hudson Lowe est chargé de relever le corps qu'il avait jadis commandé et qui avait donné toute satisfaction. Ce corps dispose de la faveur royale, car il se nomme Royal Corsican Ranger.
Composé initialement de 10 compagnies de 50 hommes, en juin 1805, l'effectif se monte à 850 officiers, sous-officiers et soldats, pour atteindre en 1811, 1600 hommes répartis en 12 compagnies.
Ce corps est formé à Malte, et servira en méditerranée.
Le 22 novembre 1805, les Corses débarquent à Naples avec un corps expéditionnaire fort de 7 000 hommes, sous les ordres du général Craig pour créer une diversion aux opérations de la Grande Armée alors en Allemagne. La victoire d'Austerlitz et le traité de Presbourg qui met fin à la guerre avec l'Autriche, permet l'envoi de 40 000 hommes sous Masséna au devant des troupes de la coalition anglo-russo-napolitaine.
Les Anglais vont rembarquer précipitamment pour la Sicile, tndis que les Corses se sont repliés en calabre avec l'armée napolitaine. Ils passent sous les ordres du général sir John Stuart.
En juin 1806, cinq compagnies des Royal Corsican Rangers, avec Hudson Lowe à leur tête s'installent dans l'ile de Capri qui a été conquise le 15 mai.
Le 1er juillet, cinq compagnies des Royal Corsican Rangers, aux ordres du major Mac Combe débarquent à Sana Eufémia. A Maida, le 4 juillet, le feu nourri et bien ajusté des Corses, stoppe net la charge de la brigade Compère. Les français sont rejettés à la baïonnette.
Le 1er décembre 1806 l'efffectif compte 728 hommes.
Les Corses gagnent par un ordre du 19 février 1809, le droit de porter le nom de Maïda sur leur bourons en plus du sphinx hérité du 1er corps, .
Les Corses sont tous sur l'ile de Capri en septembre 1808, l'effectif est de 684 hommes. Là ils vont affronter, les Corses du Real Corso qui combattent au service napolitain. Des combats fratricides vont se dérouler.
Réduit par le nombre et le manque de munitions, Hudson Lowe capitule avec les honneurs de la guerre. Son unité est rapatriée en Sicile.
En 1809, les Corses sont engagés dans l'expédition montée sur les Iles Ioniennes. Ils débarquent à Ischia le 24 juillet. L'ile est prise après deux jours de combat.
En octobre de la meme année, ils participent à la prise des iles de Céphalonie, Zante, Ithaque et Cerigo.
En avril 1810, Sainte Maure capitule après neuf jours de bombardement, les Corses participent aux combats (550 hommes).
De 1812 à 1815, les Corses stationnent dans les iles Ioniennes. Le 1er janvier 1812, Hudson lowe, nommé colonel, quitte son commandement en février suivant.
Ils sont dissous à Corfou au début de l'année 1817.
Tirée de l'ouvrage de Louis de Grouvel et Louis de Beaufort cette magnifique planche.
SOURCES :
LES TROUPES CORSES - LA SABRETACHE N° special n° 20 - Année 1973.
LES CORSES SOUS 3 DRAPEAUX - Dominique BURESI - Editions DCL - 2003.
La "Isle of Capri" des Anglais" de René Chartrand in Soldats Napoléoniens - HS n° 1 - La prise de Capri.
Iconographies.
Crédit photo René Chauvin. Planche n° 171, N° spécial La Sabretache n° 20, Année 1973, par Louis de Beaufort. ( Avec l’aimable autorisation de LA SABRETACHE ) |
