James Boswell dans son costume de chef de guerre Corse dans
lequel il aimait se faire représenter GENESE
Jusqu'au XVI° siècle, les Corses ont toujours été associés au dispositif militaire défensif de leur île par les occupants et par l'emploi aux charges militaires subalternes. Ce système d'auto-défense est basé sur la forte concentration génoise regroupée dans les villes, et l'utilisation des populations rurales, notamment dans la lutte contre les incursions barbaresques. Seules les garnisons génoises sont permanentes malgré des effectifs réduits.
En 1497, le Gouverneur ne dispose que de 39 hommes : 10 arbalétriers à cheval, 21 à pied et 8 arquebusiers allemands.
Gênes entretient sur l'ile quelques troupes permanentes, qui sont suppléées en cas de besoin par l'apport de milices levées dans les pieve ou les paroisses.
En 1558, l'ensemble des forces génoises ne dépasse pas les 4 000 hommes. L'effectif des garnisons se situe entre 2 à 300 hommes. Lorsqu'il débarque sur l'ile, le maréchal des Thermes lève un corps de volontaires de 6 000 hommes, qui va se maintenir sur l'ile jusqu'au traité de Cateau-Cambrésis (1559). De leur côté les Génois ont fait appel à leurs alliés : L'Empereur, le duc de Toscane et le duc de Milan, qui engagent des bandes italiennes, espagnoles et corses.
Sampiero ayant échoué dans sa tentative de chasser de Corse la présence génoise, a pour conséquence le déclenchement de lourdes sanctions sur les populations locales. Diverses mesures arbitraires sont appliquées.
L'interdiction du port d'armes qui d'abord restreint est totalement supprimé (1711). Interdiction qui survit jusqu'à la fin du régime de la Sérénissime.
Les accès des Corses aux emplois publics sont de plus en plus réduits. Ainsi à compter de 1612, aucun emploi de capitaine des milices urbaines ne pourra être accordé à un Corse.
En 1636, on retire aux Corses les emplois dans la garde des tours de surveillance et des postes militaires, emplois qui leur sont habituellement dévolus. Ces emplois sont donnés à des mercenaires Suisses engagés par Gênes.
A la fin du XVI° siècle la garnison de Bastia est composée de mercenaires Suisses ou Italiens, forte d' 1 capitaine de la garde, 12 chevau-légers, 1 adjudant de place, 2 capitaines d'escadron. La cavalerie et l'artillerie était composée d'allemands, et comprenait 30 soldats garnissaires de la bastille, 20 canonniers, 8 bombardiers et 3 adjudants d'artillerie.
Cet état d'exaspération des populations rurales va entrainer entre 1720 et 1728 divers incidents qui vont conduire en décembre 1729 à la Guerre d'Indépendance, dite Guerre de Quarante Ans.
Répondant à l'appel de Gênes, l'empereur Charles VI envoie en Corse des troupes Allemandes et Suisses en 1731.
En 1738, un premier corps expéditionnaire français est envoyé en Corse.
La Consulte de 1735, proclame l'indépendance du Regno di Corsica, dont la Sainte Vierge est la souveraine et le Christ le porte drapeau. Le "Dio vi Salve Regina", chant religieux devient l'hymne national. Les drapeaux à fond blanc portent l'image de l'Immaculée Conception.
Le débarquement de Théodore de Neuhoff en 1735 va redonner de l'espoir aux insurgés. Car celui-ci amène 300 fusils pour officiers, 8 000 fusils avec leur baïonnettes, 1 000 mousquets, 380 mousquetons, 200 paires de pistolets, de la poudre, 200 couteaux de chasse, mais également 200 uniformes, et 2 000 équipements.
Proclamé roi des Corses, sous le nom de Théodore 1er, il est sacré le 14 avril 1736 au couvent d'Alesani. Une compagnie d'hallebardiers de 50 hommes assure le service d'honneur. Il semble que ce fut le seul rôle joué par cette troupe.
Le roi est le généralissime de l'armée, et les Généraux de la Nation, ses aides de camp et ses ministres.
Une formation de 300 gardes du corps, l'accompagne dans sa campagne militaire de 1736. Il s'agit de volontaires, tous Corses, dont la tenue ne nous est pas connue, mais qui devait porter un uniforme.
Sous son règne est décrété que tout Corse est astreint au service militaire obligatoire, chaque paroisse met sur pied une compagnie, et chaque pieve un bataillon. 24 compagnies de 200 hommes chacune sont ainsi levées, encadrées par un 1 capitaine, 2 lieutenants et 2 cadets. Un colonel ou un commandant est détaché à la tête de chaque canton. Les miliciens servent par terzi (4 mois par an). Ils se réunissent avec 8 jours de provision.
L'artillerie comprenait 12 canons de 24 avec 3 000 boulets, 3 grandes couleuvrines de 18 avec 700 boulets, 12 canons de 12 avec 4 000 boulets.
Les drapeaux sont modifiés, une face porte l'image de l'Immaculée Conception, et l'autre la tête de Maure.
La Marine de guerre est forte de 2 unités, 1 brick et 1 goélette de 18 canons, arborant un drapeau de couleur vert et jaune, de la couleur du ruban de la décoration créée par Théodore, portant la devise : IN TE DOMINI SPERAVI.
LA PÉRIODE PAOLINE 1755-1769
Après avoir été élu, Général de la Nation Corse le 14 juillet 1755 par la Consulta de Sant Antonio de Casabianca, le premier souci de Pascal Paoli est de donner à la Corse, les bases d'un état souverain. Pour s'affranchir de la tutelle génoise, il lui faut une armée et des institutions. Malheureusement les ressources insuffisantes de l'ile ne lui permettront pas d'acquérir cette indépendance. Paoli conservera les dispositions qui ont été prises avant lui. Il s'appuiera sur les milices, et mettra sur pied l'embryon d'une troupe régulière permanente.
Il faut de l'argent, car point d'argent point de Suisses, ce principe s'applique également en Corse. Pour obtenir de l'argent, on confisque les rentes des Génois et de leurs alliés. Toutes les taxes versées au profit de Gênes sont confisquées. On fait fondre les ciboires, les ostensoirs et autres objets du culte en argent.
En mars et en aout 1756 une taxe de 2 lires par feu est prélevée pour payer la troupe.
Pour contrarier le commerce génois, il fait construire un port, ce sera l'Ile Rousse.
Il lui faut une marine, un chantier naval est créé à Centuri.
Une marine corsaire est organisée avec l'aide de patrons de navires du Cap Corse. Ces navires battent pavillon corse. Cependant la Corse n'étant pas regardée par les autres nations comme un état souverain, les marins quand ils sont pris sont considérés comme des pirates, et non pas comme des prisonniers de guerre.
Pour assurer la défense de l'ile, il lui faut une armée. Mais, le manque permanent de numéraires va priver Paoli d'une force armée régulière. Sa petite armée est constituée d'une troupe payée (truppa pagata ou assoldata) dont l'entretien est assuré par l'état, d'une milice ( milizia pagata) entretenue par les pieve, et un camp volant (campo volante ou squadrone volante). Les effectifs de cette petite armée seront insuffisants.
Le manque de discipline sera également un mal endémique, ce dont Paoli ne cessera de se plaindre. Si Paoli dispose de capitaines de renom tels : Nicodemo Pasqualini, Casabianca, Salicetti, Catoni, Costa, Ristori, Achille Murati. Il manque de sous officiers et de soldats entrainés.
Paoli s'en plaint : "Il me coûte de dire que je trouve deux mille officiers et pas avoir 200 soldats."
Le gros de cette armée est constitué de paysans qui quittent les rangs lorsque les travaux agricoles les demandent. Le capitaine Murati aligne 60 hommes dans sa compagnie en 1764 et Casabianca 10. Colonna, 92 hommes en 1768 et Quilici 8. La mort d'un homme à l'ennemi est suffisant pour désorganiser une compagnie. On a recours à des engagements temporaires d'une, deux ou trois semaines pour maintenir les hommes dans les rangs en période de combat.
Les prisonniers de guerre sont relâchés, car les ressources sont insuffisantes pour subvenir à leurs besoins.
TROUPES PAYÉES - TRUPPE PAGATE
LES RÉGIMENTS CORSES
Ce sont deux régiments qui vont être levés, dont les effectifs seront variables, s'accroissant au fur et à mesure des besoins et des ressources.
En septembre 1755, Paoli indique son intention de lever un corps de troupe régulière, dont le but est de combattre les Génois et de protéger sa personne.
Le 30 septembre 1755, ces troupes sont passées en revue. D'un effectif de 300 hommes, répartis en 6 compagnies de 50 hommes chacune.
Elle constitue également des petites garnisons, 6 hommes à l'Ile Rousse, 60 à Erbalunga en 1764 aux ordres de Murati, 139 à Capraja aux ordres de Gentili. Cet ilot a été enlevé à Gênes en février 1767 suite à un audacieux coup de main. 10 hommes dans la tour de Centuri, 19 à Algaiola. Elle assure également la protection des personnalités : les magistrats provinciaux, 3 à 16 soldats - le visiteur apostolique, 12 soldats - l'Hôtel des Monnaies, 3 à 7 soldats - La Giunta de Guerra, 30 hommes traquant les sediziosi, et à la création de l'université, 1 soldat par professeur. En 1758, puis en 1760, Paoli augmente les effectifs de son armée.
En 1761 à la Consulta de Tavagna, Paoli aurait décidé la levée 18 compagnies de 100 hommes. Ce chiffre semble n'avoir jamais été atteint. A la Consulta de Corté de 1762, Paoli aurait formé deux régiments de 300 volontaires annuels chacun, dont le commandement est confié en décembre aux colonels Jean Baptiste Buttafoco de Vescovato et Ignazio Domenico Baldassari, ancien capitaine de Royal-Corse jusqu'en 1758. Chevalier de Saint-Louis, il est le seul officier à quitter le service de France pour rejoindre l'armée de Paoli. En 1764, Buttafoco est tué accidentellement par un de ses soldats au cours d'un exercice. Baldassari décède la même année.
Les deux régiments sont vêtus d'étoffe grossière en poils de chèvre de couleur brune. Leur armement consiste en un fusil à baïonnette, deux pistolets et un poignard. Les officiers ne se distinguent de leurs hommes que par un petit galon d'or au collet.de la veste, et un fusil sans baïonnette. Le bonnet est en poil de sanglier qui affecte la forme d'un bonnet à la dragonne ou ressemblant aux premiers bonnets à poils des grenadiers à cheval de la maison du Roi.
Ce costume sera très semblable à celui des bataillons corses qui seront levés en 1803.
De son voyage en Corse en 1765, James Boswell (1740-1795) a laissé le témoignage suivant : Il n'y a en Corse que cinq cent soldats qui perçoivent une solde; Trois cent forment une garde pour le Général [Paoli] et les deux cent autres des gardes pour les magistrats des provinces et des garnisons pour quelques petits forts à différents endroits de l'ile.
Entre 1763 et 1767, les rôles des compagnies donnent le chiffre de 26 compagnies, portées à 30 en 1768, à l'effectif de 40 hommes chacune. En 1762-1763, l'organigramme de l'armée Corse s'articule de la manière suivante : 1 général (Paoli), 2 colonels Buttafoco et Baldassari, des capitaines (1 par compagnie), des lieutenants ( 2 par compagnie ?) sergents et caporaux, voire des cadets dans certaines compagnies. Soldat et Officier Corses de l'armée de Pascal Paoli par Didier Davin.
LES MERCENAIRES Paoli engage des Prussiens. Il s'agit de déserteurs au service de Gênes passés à son service. Dès 1755, le consul Génois de Bastia écrit que Paoli s'est entouré d'une garde particulière de déserteurs allemands nourris et payés.
En 1764, cette garde est composée de 23 soldats, dont 14 étrangers.
En avril 1766, elle est forte de 92 hommes et comprend 12 officiers en septembre 1767, dont Salicetti, Gio Battista Tiberi, Emmanuelle Costa et Luccione Pasqualini. En 1769, à la bataille de Ponte Novu, ils sont au nombre de 1000. Ils sont habillés d'un uniforme de drap vert et coiffés d'un tricorne. Ils sont commandé par Antoine Gentili. On accusera les Prussiens d'avoir tiré dans le dos des Corses, alors qu'ils avaient reçu pour consigne de garder le pont et de n'y laisser passer personne. LES MILICES
Fortes d'environ 12 000 hommes, dont l'unité de base est la commune. Chaque commune doit mettre sur pied en fonction de sa population une ou plusieurs compagnies forte de 30 soldats, encadrés par 1 capitaine, 1 lieutenant, 2 sergents et 3 caporaux. Un cornet et un sifflet permettent la communication des ordres, remplaçant le tambour. Tout Corse âgé de 16 à 60 ans est un soldat.
L'instruction est assurée par un capitaine d'armes, généralement un ancien officier qui a été au service d'une nation étrangère, nommément désigné par la Consulte Nationale. Cet officier est également responsable du maintien de l'ordre dans sa commune et de l'exécution des jugements.
Le contingent communal est réparti en trois bans, servant tour à tour et rétribués pendant 15 jours.
La troupe est vêtue du costume local typique de cette période : Une veste longue (ghiabbana) ou courte (muzetta) en drap brun marron, confectionné en poils de chèvre, une culotte (braghe) en même matière, de fortes guêtres en cuir de porc recouvrant des souliers à semelles cloutées de type brodequins, un bonnet de feutre pointu brun marron ( barreta pinzutta), une ceinture de cuir soutenant une giberne (carchera), et pour les jours de grand froid ou de pluie, un manteau à capuche dans le même tissu que la veste (pelone).
Toujours d'après James Boswell : Dès qu'il est en age de le porter, chaque insulaire reçoit un mousquet ; et comme il existe une constante émulation dans son maniement, ces gens deviennent d'excellents tireurs, capables de toucher, avec une seule balle, une cible fort petite et éloignée.... "Il corso non tira, se non è sicuro del suo colpo" (Le corse ne tire pas, s'il n'est pas sûr de son coup).
Un Corse est armé d'un fusil, un pistolet et un poignard. Il porte un habit court, en étoffe sombre, fort grossière, fabriquée dans l'île, sur un gilet et une culotte de même étoffe, ou bien de drap français ou italien, tout spécialement écarlate. Il possède pour ses munitions, une boîte ou poche à cartouches qu'il porte fixée autour de la taille par un ceinturon. Son poignard est planté dans cet étui, et du côté gauche il suspend son pistolet. Il porte le fusil sur l'épaule. Ses jambes sont protégées par des guêtres en cuir noir et sa tête par une sorte de bonnet en drap noir, doublé de ratine rouge et orné sur le devant d'un morceau d'une étoffe plus fine, soigneusement cousu. Ce bonnet est particulier aux Corses, étant une partie fort ancienne de leur costume : il est replié sur lui-même de tous côtés et, lorsqu'on en baisse les bords, possède exactement la forme d'un casque, comme ceux que l'on peut voir sur la colonne Trajane. Le costume corse est fort commode pour courir les bois et les montagnes et il donne à qui le porte un aspect énergique et guerrier.
Les soldats n'ont point d'uniforme, et les Corses n'ont point non plus de tambours, trompettes, fifres ou aucun des instruments de musique guerrière, hormis une grande conque de triton, percée au bout, grâce à laquelle ils font un bruit assez puissant pour être entendu de fort loin.
Les officiers, généralement issus des familles "caporalines", donc aisées, portent une tenue plus confortable. Veste et culottes en drap venant d'Italie, bonnet bleu en velours de Gênes, bordé de jaune ou de rouge avec un gland à franges. Des demi-bottes (stivali) remplacent les brodequins et les guêtres.
Les officiers montés portent des bottes à hautes tiges.
Pascal Paoli va adopter à partir de 1764, un uniforme de velours vert, distingué d'or.
L'ARMEMENT
D'après Boswell, les fusils et les pistolets fabriqués localement sont de qualité acceptable. La poudre est fabriquée en grande quantité. Il n'existe pas de fonderie pour les canons, qui sont pour la plupart de prise, achetés à l'étranger ou relevés sur les épaves des navires naufragés sur leurs côtes. Les pierres sont de provenance locale qui produisent des étincelles comme les meilleurs silex.
Les balles viennent du continent ou prises sur les Génois.
A son retour en Écosse, James Boswell fournira à Pascal Paoli des canons sortis des fonderies Caron.
LA SOLDE
La solde est insuffisante car trop rarement versée pour maintenir la cohésion. 30 lires mensuelles pour un capitaine, parfois 40, voire 100 - 25 lires pour un lieutenant, parfois 30 ou 40 - 20 lires pour un sergent, parfois 23 - 18 lires pour un caporal, parfois 22 - 20 lires pour un canonnier - 15 lires pour un soldat, souvent 10, parfois 18 - 10 lires pour un cadet.
En 1766, la garde de Paoli perçoit 40 lires pour un capitaine ou un lieutenant. La solde de la garnison d'Ile Rousse est également plus élevée.
Parfois la solde sera versée en nature : toiles, vin, denrées alimentaires. La désertion est forte, surtout quand les soldes ne sont pas payées.
Tous les bons sont signés de la main de Paoli et transmis au caissier public du Regno di Corsica à l'Hôtel des Monnaies.
La Bataille de Ponte Novu - Lithographie du XIX° in Napoléon Bonaparte sous la direction de Dimitri CASALI - Ed. LAROUSSE. sept 2010 (Coll. de l'auteur) SOURCES :
PAOLI, un Corse des lumières - Michel Vergé-Franceschi - Ed. Fayard. Coll de l'auteur
Les Troupes Corses - La Sabretache HS n° 20 - 1973 . Coll de l'auteur
En défense des valeureux Corses - James Boswell - ANATOLIA - Ed. du Rocher. Coll de l'auteur
Mise à jour 08/12/2011 - St Gély du Fesc. |

