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LES CORSES AU SERVICE DES MONARQUES DE LA MEDITERRANEE

"Les Corses aiment mieux la guerre que l'oisiveté ; ils combattent aussi bravement à cheval qu'à pied ; ils sont aussi courageux que belliqueux ; ils n'aiment rien tant que la gloire des armes ; vainqueurs, ils ne désirent rien de plus que la gloire. Ils ne redoutent pas la mort, ils y sont prêts toujours. Ils tiennent pour vil et abject le métier de marchand". Ainsi s'exprime vers 1500 l'historien Corse Petrus Cyrnaeus (1447-1503), au sujet de ses compatriotes.
Il serait long et vain de chercher une explication de cet engouement des Corses, pour la guerre.  
Le 15 avril 1744, Théodore de Neuhoff, alias Théodore 1er, Roi des Corses, indique que sur les 4 600 Corses servant à l'étranger, 742 sont au service du Pape, 885 au service de Venise, 911 au service de Naples et de l'Espagne, 409 au service de la France, 89 au service du Piémont, 83 au service de la Toscane, 1 481 au service de Gênes.
  
PISE
 
La domination pisanne sur la Corse, s'est exercée de 1077 jusqu'à la défaite navale de La Méloria le 6 aout 1284 infligée par les Génois. Pise perdait alors sa prépondérance navale. C'est à Florence, que les mercenaires Corses vont prendre du service jusqu'au XV ème siècle.
 
ARAGON & ESPAGNE
 
En 1297, le pape Boniface VIII donne l'investiture de la Corse à Jacques II d'Aragon. Plusieurs débarquements ont lieu pour affirmer cette prétention.                                          
En 1346, Bonifaccio
est occupé.

Plusieurs débarquements vont suivre, en 1357, 1394, 1404, 1408 et 1419.
Les Aragonais s'appuient sur les seigneurs féodaux locaux, notamment ceux de Cinarca, et affrontent  le parti populaire de Sambuccuciu d'Alando.
Vincentello d'Istria, allié des Aragonais pratique longtemps la guerre de course en Méditerranée contre les navires génois.
Une nouvelle tentative d'occupation s'exerce à partir de 1461.

En 1474, pour soustraire l'autorité de l'île au duc de Milan, devenu maître de Gênes, les barons offrent leur ile aux Catalans. Les manœuvres échouent, et provoquent la fin de la féodalité en Corse en 1515. Il s'ensuit une émigration vers l'Espagne et les possessions espagnoles d'Italie.

Émigration qui perdure aux XVII° et XVIII° siècles au profit des Royaume de Naples et de Sicile.

La formation d'un tercio corsègue est attesté en 1554.                                                                                         
Regimiento Basilicata en 1755 d'après l'Estado Militar 1755                                                  

Un régiment Corse est créé le 29 juin 1658 sous le nom de Basilicata devenu Regimiento de Corsega en 1707. Ses deux bataillons ont pris part à l'expédition d'Afrique (1720) et au siège de Gibraltar en 1725. Supprimé en 1731. Il réapparaît à partir de 1734, ses treize compagnies sont présentées le 18 mai 1738 à la revue des troupes de Barcelone. Condé de Clonard - Historia organicà de Las Armas de Infanteria y Caballeria.  
 





  LE SAINT EMPIRE
 
Quelques Corses ont été enrôlés dans les troupes impériales en Italie pendant les guerres du XVI°siècle. Vers 1530, on relève quelques compagnies Corses. Charles Quint étant devenu le protecteur de Gênes, en contrepartie, la République lui levait des fantassins.
 
TOSCANE
 
De 828 à 931, le marquis de Toscane a porté le titre de Tutor Corsicae. Ce titre de marquis de Corse lui est confirmé par les papes Urbain II (1088 à 1099) et Calixte II (1119 à 1124). Il en résulte dès le Moyen-Age, la venue de contingents Corses. Les plus anciens actes d'enrôlement de soldats corses conservés aux archives de Florence datent de 1423 & 1435. C'est vers cette ville que se dirige au XV° et dans la première moitié du XVI° siècle la plus importante émigration militaire Corse.
C'est de Toscane que la famille Buonaparte envoie en Corse, l'un des siens alors au service de Gênes, Francesco, arbalétrier à cheval, qui s'établit à Ajaccio en 1490 et s'y marie avec une insulaire.
Les Corses sont nombreux au service des Médicis, notamment auprès de Giovanni delle Bande Nere. Ce n'est qu'à la mort de leur chef, en 1526, qu'ils passent au service français de François 1er.
A la fin du siège de Naples par Lautrec en 1528, les 3 000 Corses survivants se dirigent vers le Nord. 600 d'entre eux s'arrêtent à Rome, où ils sont enrôlés dans la garde du Pape Clément VII (un Médicis). 2 000 passent au service de Florence qui s'est constituée en république pour la seconde fois en 1527, et qui sera réduite en 1529 par les troupes impériales. Quatre compagnies passent dans le camp adverse chez les Médicis qui voulaient reconquérir leur ville.
D'autres rallient l'armée française.
Le service Corse au profit du grand-duché de Toscane s'estompe après 1575. Certains continueront encore à servir à titre isolé dans les troupes du grand-duché, jusqu'à sa suppression en 1801.
Les insulaires les plus marquants au service de Toscane sont Sampiero qui y débute sa carrière, et Guillaume de Casabianca qui termina colonel.
 
BOLOGNE
 
En 1452, la République de Bologne compte des Corses dans sa milice. On y relève le nom de Blaise Corso, connétable d'une troupe de 50 gens de pied. Après l'annexion de Bologne aux États de l'Église par le Pape Jules II en 1513, la ville conserve ses soldats Corses. Ils s'y trouvaient encore en 1654 et 1683. Bologne fut contrainte de s'en séparer à la signature du Traité de Pise qui était applicable à la totalité des troupes du Saint Siège.
 
MILAN
 
A compter du milieu du XV° siècle et ce pendant un demi-siècle, deux compagnies Corses furent entretenues par le Duc de Milan.
 
PARME
 
Les volontaires Corses y servent surtout au milieu du XVI° siècle
 
MONTFERRAT
 
A la  même époque, on compte des mercenaires Corses dans les troupes du marquis de Montferrat.
 
FERRARE
 
Dans la seconde moitié du XV° siècle un recrutement corse permanent a renforcé les effectifs des troupes de la Maison d'Este. Ces contingents ont participé aux campagnes de 1482 à 1484 contre Venise, qui lui opposait également ses contingents insulaires.
 
MODENE 
 
En 1647, figure dans l'ordre de bataille une compagnie sous les ordres du capitaine Pietro Paolo Corso. 
  
SAVOIE - SARDAIGNE
 
Dès avant 1475, des capitaines et des volontaires Corses ont servi la Maison de Savoie. Emmanuel-Philibert (1528-1580) Duc de Savoie en 1533, général de Charles Quint et de Philippe II, eut une compagnie de gardes du corps Corses, commandée par le capitaine Mattéo Poli.

Le Duché de Savoie, puis le Royaume de Piémont-Sardaigne feront usage de troupes mercenaires d'origines diverses, Françaises, Italiennes, Allemandes et Suisses. les troupes corses seront assimilées aux régiments étrangers italiens.
Ces régiments sont dits mixtes car composés de soldats venant de toute l'Italie en dehors du Piémont et de la Sardaigne.

Comme dans toutes les armées de l'époque, le régiment porte le nom de son colonel.
Parmi les régiments mixtes on trouve : Lecca - Casabianca - Orsini, créés en 1627 et dissous en 1629 - Cattaneo créé en 1628, dissout en 1629 - Carafa, créé en 1636, dissout en 1638 - Corsica, créé en 1744, dissout en 1751.

En 1722, l'armée sarde, compte encore des unités Corses, et de nombreux Corses servent individuellement dans des formations italiennes.

Durant la Guerre de 40 Ans, de nombreux officiers Corses au service de la Sardaigne, proposent à plusieurs reprises la Couronne du Royaume de Corse à la Maison de Savoie, en particulier le comte Domenico de Rivarola en 1745 au profit de Charles Emmanuel III.

Royaume de Sardaigne vers 1747
Drapeau d'Ordonnance
du Régiment Corse
Tiré de INSEGNO MILITARE PREUNUTARIE ITALIANE de Stéfano Alès
Stato Maggiore - Ufficio Storico - Roma 2001
par Walter BAUDINELLI

La guerre de Succession d'Autriche est déclenchée en 1744, opposant La France, alliée à Gênes, l'Espagne et la Prusse, contre l'Angleterre, l'Autriche et le Royaume de Sardaigne.
Cette même année, Victor-Amédé III, lève un régiment d'infanterie étrangère dit Italien " CORSICA".

L'uniforme de CORISICA comprend un justaucorps gris blanc, sans couleur distinctive, à boutons jaunes, veste, culottes et cravate rouges, un tricorne avec un galon argent sur le bord, orné d'une cocarde bleu au dessus de l’œil gauche. Ce régiment est dissous en 1751.



Domenico Rivarola ( 169? - 1749 Turin) a été nommé Colonel du Régiment Corse au service de Sardaigne, le 1er aout 1744, un de ses fils est lieutenant-colonel de son régiment, et l'autre capitaine. La 1ere Compagnie compte 49 soldats Corses, et 11 dans la 2ème.

Un régiment Corse est stationné à Turin. 

En 1749, Plusieurs Corses passent au service du Piémont, notamment les frères Matra.

Régiment CORSICA par Frederico BONA - http://xoomer.virgilio.it/bandsabaude/Bandiere0301.html



Régiment CORSICA tirée du Livre Uniforme des Régiments d'Infanterie
au service de S.M. le Roi de Sardaigne
1744
http://xoomer.virgilio.it/bandsabaude/Bandiere0301.html








Drapeau d'ordonnance du régiment Corse
Royaume de Sardaigne vers 1747
Tiré de INSEGNE MILITARI PREUNITARIE ITALIANE de Stéfano ALES - Stato Maggiore Esercitp - Ufficio Storico - Roma 2001
par Walter BAUDINELLI


Pour en savoir un peu plus sur l'organisation et l'armée de Piémont-Sardaigne. (site en italien)

http://xoomer.virgilio.it/bandsabaude/index1.html










NAPLES & DEUX-SICILES
 
Du Moyen-Age jusqu'au début du XIX° siècle de nombreux Corses ont servi à Naples.
Guglielmo Casabianca y commandait une bande en 1495.
Au début du XVIII° siècle, les Corses constituent un régiment complet, et au milieu de ce siècle remplissaient les effectifs du régiment Royal-Farnèse.
En 1736 l'Empereur Charles VI cède la couronne de Naples à une branche cadette des Bourbons d'Espagne représentée par Charles VII.
En 1759, Charles VII part à Madrid afin de remplacer sur le trône son demi-frère Ferdinand VI. La couronne de Naples passe à son fils mineur Ferdinand IV. Ce dernier épousera Marie-Caroline, sœur de Marie-Antoinette. C'est ce monarque que détrônera en 1806, Napoléon 1er.

Quand la Guerre de 40 Ans éclate en 1729, nombre de Corses quittent ses rangs pour retourner en Corse combattre les Génois.

Dans les années 1730, les premiers chefs de la rébellion Philibert Evariste Ciattoni, Luigi Giafferi et Pompiliani provenaient des cadres du régiment Corse.

C'est au régiment Corsica, que Giacinto Paoli est nommé colonel (coronel agregado) le 5 février 1741.
Le 1er février 1741 son fils Pascal y entre comme cadet, dans la compagnie du lieutenant-colonel Ambrosi. Nommé sous-lieutenant en 1743 dans la compagnie du capitaine Carlo Lusinchi. Paoli tiendra garnison à Gaëte, Brindisi, Gallipoli et Syracuse.

C'est dans cette ville qu'il passe au Royal Farnèse en juillet 1749, où servent d'autres Corses.
Le Maréchal de Camp Agostino Giafferi, chef de l'insurrection de la Crocetta, qui est fusillé en 1798 à Bastia a fait une partie de sa carrière au Royal-Farnèse.

Le nombre des Corses au service napolitain durant le 1er Empire, d'abord sous Joseph Bonaparte, puis Joachim Murat, n'est pas une nouveauté.

Officier et Soldat du Royal-Farnèse Estado Militar 1755

Les couleurs de la gouache sont délavées. L'habit-veste devrait être bleu et non brun.
Levé le 31 octobre 1734, fort de 2 bataillons de treize compagnies à 35 hommes, chacun, soit un effectif total de 910 hommes.





 
SOURCES ICONOGRAPHIQUES
 

Tante grazie a Walter BAUDINELLI,
 
Sources 
Les troupes Corses - La Sabretache - HS n° 20 - Année 1973.
PAOLI, un Corse des lumières - Michel Vergé-Franceschi - Ed. Fayard.

http://xoomer.virgilio.it/bandsabaude/index1.html - le site de Frederico Bona.