Gênes, la cité du griffon va bâtir dès le moyen-age sa grandeur grâce à son commerce et à se maintenir par la guerre. Tout au long de son histoire, la Superbe va se trouver en rivalité avec Venise, Pise ou les barbaresques pour la conquête de la Méditerranée. Les Génois s'imposent comme banquiers, navigateurs, soldats, commerçants, dominant l'Europe au XVII° siècle.
Le service des Corses au profit de la Superbe s'étend de 1284 suite à la victoire navale de La Meloria, sur Pise jusqu'à la fin du XVIII ème siècle. Ce n'est qu'à la fin du siècle suivant, que Gênes étend sa souveraineté sur la Corse.
Les Corses prirent du service militaire auprès de Gênes, mais leur nombre reste difficile à évaluer. Ils sont en effet dénommés "Italiani" sur les rôles, comme les autres soldats venant des différentes régions de la péninsule.
Ce service militaire passe vite du système féodal au mercenariat.
Dès le moyen-age, les arbalétriers génois jouissent d'une solide réputation. En effet, ce type d'arme est adaptée et utilisée à bord des navires. Nombre de ces archers furent recrutés en Corse.
Durant la Guerre de Cent-Ans, Gênes est alliée au Royaume de France, et lui fournit des fantassins.
Le 26 aout 1346 à la bataille de Crécy, sous le commandement d'Aitone Doria qui y trouva la mort, nombre de Corses devaient figurer dans le nombre des arbalétriers génois qui furent massacrés.
Le particularisme Corse n'apparait qu'en 1569, lorsque Giocante di Casabianca, à la tête de 1 524 soldats Corses repousse une tentative de débarquement de la flotte commandée par Ugo de Moncada à Varazze.
A Gênes, une grande majorité de la Garde du Palazzo est composée d'insulaires.
Lorsque Andréa Doria prend la ville dans la nuit du 11 au 12 septembre 1528, une partie de cette garde commandée par Giovanni de Brando Corso, se joint à lui.
Une fois le contrôle de la ville consolidée, Andréa Doria en confie le commandement à Giocante de Casabianca, alors Colonel au service de Venise.
C'est à la bataille navale de Lépante le 7 octobre 1571, que le mercenariat Corse au service de Gênes a connu son heure de gloire. De nombreux soldats et marins cap-corsins arment les 40 galères et les 2 galéasses de Jean Andréa Doria, dont 4 felouques corses armés par Jean de Negroni.
En 1590, sur un l'un des premiers états militaires connus, on relève sur les 14 compagnies soldées, 2 compagnies Corses portant les numéros 11 & 12.
En 1628 pour contrer la menace du Roi de France et du Duc de Savoie, le Doge Giacomo Doria lève une armée forte d'une centaines de compagnies, dont 6 sont Corses. Le danger passé la plus grande partie de ces troupes sont licenciées, mais à compter de ce temps, Gênes a entretenu en permanence des contingents soldés Corses.
A la fin du XVII° siècle, La république combat la prédominance des Turcs.
En 1625 et 1672, Gènes mène deux campagnes victorieuses contre le Duché de Savoie, qui n'auraient pu être décidée sans l'apport des Corses.
Représentations des Compagnies Corses en 1678 par Quinto CENNI tirées du fonds VINKUIJZEN - site de la NYPL
Si ces illustrations ont une qualité graphique certaine, elles reflètent souvent la marque d'une imagination débordante de leur auteur.
Les têtes Maures sur les drapeaux n'ont existé que dans l'imaginaire de Q. Cenni.
En 1728, l'ordre de bataille indique la présence de 47 compagnies, dont 9 d'outre monts (Suisses et Français), 7 italiennes, 8 nationales génoises et 23 Corses. Ces compagnies Corses ne participeront pas à la répression du mouvement insurrectionnel de l'ile (1730-1735).
LA GUERRE DE QUARANTE ANS
En 1729, à Bustanico, pieve du Bozzio, les villageois se soulèvent contre le quêteur d'impôts venu de Corté. La rébellion gagne bientôt toute l'ile. La République envoie en Corse, 7 compagnies nationales, 4 italiennes et 3 étrangères, puis de nouvelles compagnies suisses et grecques, 4 000 Autrichiens pris en solde sous le commandement du Duc de Wurtemberg et une compagnie disciplinaire.
L'ordre de bataille indique en outre deux bataillons de milice loyaliste et un corps franc de dragons stationné à Bastia.
L'Ordonnance du 1er juin 1738 indique 6 bataillons Italiens, 2 bataillons Corses, 1 bataillon Ultramontain, 1 bataillon de Grisons, et 3 compagnies d'ultramontains chargées de la surveillance du Palais Royal, et des Portes de l'Arco et de San Tommaso.
Les compagnies indépendantes sont regroupées par 4 pour former les bataillons. Les compagnies Corses vont constituer 2 bataillons sous les ordres des colonels Roccatagliata et Giacomone.
Chaque Compagnie est forte de 75 hommes : 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 enseigne, 2 sergents, 2 tambours, 1 caporal de grenadiers, 12 grenadiers, 2 surnuméraires, 53 fusiliers.
Les Régiments Corses au service de Gênes :
Roccatagliata levé en 1738 - devient Gentile en 1742 - Grimaldi en mars 1745 - Vincenti en juin 1745 - Bastia en 1750. Il est licencié en 1765.
Giacomone, levé en 1738 - devient Ajaccio en 1750. Il est licencié en 1765.
Vincenti en 1744, devient le 2° Bataillon du Régiment Giacomone en juin 1745.
Cuneo levé en 1747, licencié en 1748.
Corso, levé en 1765, licencié en 1797.
En 1742, les deux bataillons Corses, sont les premiers à recevoir une cinquième compagnie, celle de grenadiers, laquelle est formée à partir des grenadiers de chacune des autres compagnies. Cette reforme n'intervient pour le reste de l'armée que deux ans plus tard.
En 1743, à l'époque du Traité de Worms (13 septembre) l'armée génoise est constituée comme suit :
6 Bataillons Italiens à 500 hommes chacun, comprenant une compagnie de grenadiers de 60 hommes et quatre compagnies de 108 fusiliers.
2 Bataillons Corses, sur le même pied que les bataillons Italiens.
1 Bataillon Ultramontain à 600 hommes, à 5 compagnies de 120 hommes chacune.
1 Bataillon de Grisons de 800 hommes à 4 compagnies de 200 hommes chacune.
1 Compagnie Ultramontaine de 200 hommes, dénommée Guardie del Real Palazzo.
2 Compagnies ultramontaines de 200 hommes, dont l'une est formée de Suisses du canton de Fribourg, chargé alternativement de la garde pendant deux ans des Portes del Arco et di San Tommaso.
En 1745, les bataillons deviennent régiments, sans que l'on en connaisse l'importance numérique. 12 régiments firent campagne auprès des alliés Français, Espagnols et Napolitains.
La victoire assurée, Gênes ne désarme pas complètement et conserve 8 régiments, dont 2 Corses, qui d'après l'ordre de bataille de 1750 se nomment Régiment de Bastia et Régiment d'Ajaccio. Leur existence se perpétue jusqu'en 1762, où ils sont réunis pour former le "Regimento Corso".
En 1775, les officiers de ce régiment furent les premiers de l'armée gênoise à recevoir des épaulettes diversifiées comme insignes distinctifs du grade.
Le Regimento Corso disparait en 1797 avec l'armée de la République Gênoise. Il deviendra le 5° bataillon de Ligne de la République Ligure et aura une existence aussi brève que l'état qu'il servait.
UNIFORMES
La première description d'uniforme d'une troupe Corse date de 1677, et représente un sergent de la compagnie du capitaine Frediano. Il est coiffé d'un chapeau rond noir, cravaté de blanc et vêtu d'un long habit mauve, boutonné de blanc, dont on n'aperçoit ni la doublure, ni les parements. Un large baudrier d'épée en cuir lui barre la poitrine. Bas blancs retenus par des jarretières cramoisies. Il tient une hallebarde dont la base du fer est ornée d'une frange rouge.
La compagnie disciplinaire est vêtue d'une veste ou camisole blanche sans collet, boutonnée de blanc - cravate rouge - chapeau tricorne noir bordé d'un galon de laine blanche à cocarde formé d'un nœud bicolore, rouge en haut, blanc en bas - Culotte de cuir chamois - bas bleus clairs et des guêtres de cuir fauve - souliers noirs - Buffleterie et giberne de cuir fauve clair à boucles de laiton - Sac de toile bise à bandoulière de cuir - sabre baïonnette à manche de cuivre et fourreau de cuir à garnitures de laiton - fusil à garnitures de fer.
Fusilier Régiment Vicenti 1746 -Infographie de Walter Baudinelli.
En 1741, les Bataillons Roccatagliata et Giacomone portent le même uniforme.
Chapeau tricorne de feutre noir bordé d'argent pour les officiers, bordé de laine blanche pour la troupe - cravate blanche - Habit et culotte bleu indigo clair, boutons blancs, argent pour les officiers, étain pour la troupe, parements et retroussis rouge - gilet rouge - guêtres blanches - buffleteries et giberne de cuir naturel - sac de toile bise à banderole de cuir.
Un étroit galon blanc qui borde les parements de Roccatagliata, le distingue de Giacomone.
En 1748, le grenadier de Giacomone a conservé cet uniforme avec une cravate noire et des guêtres grises.
Le fusilier porte une culotte et des guêtres bleus clair, une cravate rouge. Le chapeau est galonné de jaune
Un pulvérin de cuivre est fixé au baudrier. Sabre à garde de cuivre et dragonne blanche. Une bordure blanche autour du couvercle de giberne.
Baïonnette à douille de fer dans un fourreau de cuir brun à garnitures de cuivre. Fusil.
En 1750, l'uniforme des Régiments Bastia et Ajaccio sont identiques à celui du grenadier de Giacomone, avec des cravates et un galon au chapeau blancs.
Ajaccio ex Roccatagliata, porte un galon blanc sur le devant de l'habit, sur le haut du parement et le devant du gilet rouge.
En 1760, Bastia ex Giacomone, est vêtu d'un habit bleu indigo clair à collet droit, revers, parements et doublure cramoisis, boutons blancs. Gilet et culotte cramoisis - cravate noire.
Les galons des officiers sont argent.
Le Regimento Corso porte l'uniforme décrit ci-dessus depuis 1762.
Entre 1778 & 1781, le gilet devient blanc, et les culottes deviennent bleues comme l'habit. Les buffleteries sont en cuir naturel.
Fusilier du Regiment Giacomone 1745 - Infographie de Walter Baudinelli
Le grade des officiers se distingue par le port d'épaulettes.
Colonel : 2 épaulettes d'or, très ouvragées, franges d'or tressées à 4 fils
Major : Les mêmes moins ouvragées
Capitaine : 1 épaulette semblable à droite - Lieutenant adjudant major : 1 épaulette à droite, avec distinctive rouge sur le milieu du corps de l'épaulette, franges d'or à 3 fils tressés
Lieutenant : 1 épaulette à gauche avec un filet à la distinctive (rouge) au centre du corps de l'épaulette
Enseigne : 1 épaulette à gauche bordée d'un passepoil à la distinctive
Cadet : comme l'enseigne
Cadet ordinaire : patte d'épaule en panne de la couleur distinctive passepoilée d'or, pas de franges.
Le lieutenant et ses subordonnés sont armés d'un fusil, hallebardes et espontons sont supprimés.
Les buffleteries sont toujours en cuir naturel. Les officiers portent un hausse-col en cuivre doré aux armes de Gênes, une écharpe dorée à la ceinture. Les guêtres sont blanches pour la troupe, et noires pour les officiers.
Pour l'année 1782, il semble que le gilet, la culotte et les bas sont blancs.
Infanterie Corse au service de Genes - 1741 - 1760
Planche n° 170 - Supplément La Sabretache 1973/20
En 1793, l'habit est modifié, bicorne noire bordé de jaune, orné d'une cocarde blanche a l'extérieur, rouge au centre, tenue par une ganse en V jaune et un bouton d'uniforme. Habit de couleur bleu indigo à haut collet noir, revers droit, petits parements et retroussis rouge. Gilet et culotte blancs. Guêtres noires. Banderoles de giberne et porte sabre briquet croisées sur la poitrine en cuir naturel. La baïonnette est suspendue à la banderole de giberne.
Sabre briquet à garde de cuivre dans un fourreau de cuir noir à garnitures de laiton.
En 1796, les épaulettes des officiers sont en argent, la culotte est bleue, la banderole d'épée blanche.
Grenadier du Régiment Giacomone 1745 - Infographie de Walter Baudinelli
Le bataillon Corse levé en 1798, est vêtu à la manière de l'infanterie légère française, en drap bleu national. Le collet devait être rouge.
DRAPEAUX
Chaque Régiment possède 1 drapeau colonel à fond blanc portant les armes de la République et cinq drapeaux, dits ordinaires, 2 au premier bataillon et 3 au second, à fond blanc portant une croix rouge.
Alfiere du Régiment Vincenti 1745 portant un drapeau dit ordinaire. Alfiere du Régiment Giacomone 1745 prtant le drapeau Colonel -
Réalisé à partir d'une photographie en noir et blanc de l'ouvrage "Schweizer Fahnenbuch"
de A & B Bruckner , St Gallen 1942, et traité dans Insegne Militari preunitarie Italiane de Stefano Alès.
Stato maggiore esercito - Ufficio storico - Roma 2001
Le Marquis Gaetano Gio Maria CAMBIASO par Anton Von Maron
en uniforme d'Inspecteur du régiment Corse en 1792/1793
publié dans P Boccardi - C di Fabio "Le siècle des Génois et une longue histoire d'art et de splendeur dans le Palais des Doges, catalogue de l'exposition Genes Palis Ducal 4 decembre 1999-28 mai 2000 avec la collaboration de Raffaella Besta, Electa, Milan, 1999. p 125.
Aimablement communiqué par Paolo Giacomone PIANA
QUELQUES CORSES AU SERVICE DE GENES :
André CUNEO d'ORNANO, né à Ajaccio vers 1580, capitaine.
Son fils Michel-Ange, capitaine.
Jules CUNEO d'ORNANO, né à Ajaccio en 1580, décédé vers 1560, capitaine.
François CUNEO d'ORNANO, né à Ajaccio en 1647 colonel au service de Venise et de Gênes.
SOURCES :
La famille CUNEO d'ORNANO, Généalogie, Biographies, Bibliographies d'aprèsdes documents autehntiques - 1908
LES TROUPES CORSES - LA SABRETACHE - NUMERO SPECIAL N° 20 - ANNÉE 1973
Histoire de Gênes - Antoine-Marie GRAZIANI - Fayard - 2009
Infographie de Walter BAUDINELLI, à qui je dois toute ma considération pour ce fabuleux travail, ainsi qu'au Signor Paolo Giacomone PIANA pour ses précieuses indications.