GENÈSE Le Premier Consul Napoléon Bonaparte connaît les exploits militaires de ses compatriotes et de ses parents. Charles et Létizia n’avaient-ils pas été les derniers à mettre bas les armes, quand Pascal PAOLI s’exilait. Il connaît la valeur combattive des Corses, spécialistes incontestés de ce qu’on appelait « la petite guerre. » Le mot guérilla ne sera employé que bien plus tard, dans la péninsule ibérique.
Aussi décide-t-il de lever sur son île des unités sur le pied de l’infanterie légère, d’abord pour bien rappeler le rattachement de l’île à le France, et ensuite pour éviter tout recrutement au profit des Anglais. Un certain Hudson LOWE a levé un corps de volontaires qui s’est illustré en Égypte, sous le nom de Corsican Rangers. Le Général MORAND Joseph (1757-1813) commande en Corse, la 23ème division militaire depuis le 22 décembre 1801. En janvier 1803, il est investi des pleins pouvoirs civils et militaires. Il a reçu comme instruction du 1er Consul, de recruter par voie d’engagements militaires : « Les deux départements fournissent une grande quantité de bons soldats…Procurez-vous des recrues par tous les moyens. » Véritable pro-consul, MORAND, rempli des pleins pouvoirs, exercera son rôle avec un zèle peu commun. Il ne sera relevé de ses fonctions qu’en 1811. CRÉATION
Le 12 prairial An XI ( 1er juin 1803 ), le général Alexandre BERTHIER, ministre de la Guerre, écrit : « Citoyens Consuls Je vous soumets un projet d’arrêté pour la levée de cinq bataillons d’infanterie légère Corse destinés à être employés dans cette isle. Cette levée ne peut se faire que par enrôlement volontaire à prix d’argent. J’ai pensé que la durée de l’engagement devait être de trois ans, le pris de l’enrôlement de 36 # et que la composition, deux bataillons, ainsi que leur solde et leur administration devaient être modifiées suivant ce qui convient le mieux aux localités. Le ministre de la Guerre. BERTHIER» (Archives Nationales côte AF IV 1372) Chasseur Corse selon Boisselier, Carte tirée de la Collection du Cdt BUCQUOY - 144° Série - Tome VI - Chap. XXVIII - (Coll. part.) La réalité semble toute autre que cette représentation. A ce courrier est joint un brouillon d’arrêté sur lequel BERTHIER a noté dans la marge : « Renvoyé au cne BARNIN, rédiger un rapport et un projet d’arrêté depuis les bases ci-contre. » Art. 1er – il sera formé cinq bataillons d’infanterie légère corse. 2- L’état-major de chaque bataillon sera composé d’un chef de bataillon, d’un adjudant-major, d’un lieutenant quartier-maître, d’un chirurgien, d’un tambour-maître, d’un maître tailleur et d’un armurier. Il sera formé de cinq compagnies commandées chacune par un capitaine, un lieutenant, sous-lieutenants, sergent-major, 4 sergents, 8 caporaux, et composés de cent soldats. Total de la compagnie 117 hommes. Total des cinq bataillons 592 hommes. 3- le traitement des chefs de bataillon sera de 2.000 F. Celui du capitaine 1.800 F. Celui du lieutenant de 1.400 F Et celui des s. lieutenants de 1000 F Les soldats seront payés à raison de 10 s. par jour, et auront une ration de pain. L’habillement, l’armement et le chauffage seront pris sur ladite solde. 4- L’habillement sera composé de guêtres, culotte, veste et bonnet en drap du pays et à la mode du pays. Les différences d’uniforme des cinq bataillons, la manière de procéder à la composition de l’habillement, et les retenus de linge et de chaussures seront réglés par le général commandant la division. 5- Les ministres de la Guerre et du trésor public sont chargés de l’exécution du présent arrêté. Le 21 Prairial An XI, le général MORAND, envoie l’instruction suivante aux préfets du Golo et du Liamone : « le gouvernement a décidé qu’il serait levé cinq bataillons d’infanterie légère par engagements volontaires. Les engagements se font pour trois ans en temps de paix …Ceux qui souscrivent reçoivent vingt quatre francs. » De plus MORAND est autorisé à proposer les nominations d’officiers qui deviennent définitives après l’accord du Ministre de la Guerre. Il pourra réintégrer les officiers qui ont servi dans l’ancienne armée royale, dans les troupes britanniques du royaume anglo-corse. A une date qui ne nous est pas connue, les bataillons d’infanterie légère Corses sont créés. Voici le texte qui ratifie leur création : Le Gouvernement de la République, Sur le rapport du Ministre de la Guerre, Le Conseil d’État entendu, Arrête Article 1er – il sera formé et levé dans les départements du Golo et du Liamone, cinq bataillons d’infanterie légère. 2- cette levée sera effectuée par enrôlement volontaire. Les conscrits appelés à servir et faisant partie de l’armée active ou de celle de réserve, ne pourront être admis à s’enrôler. 3- les engagements seront faits pour trois ans, et ceux qui les souscriront recevront trente six francs, dont moitié comptant, et moitié un mois après leur incorporation. 4- chacun de ces bataillons sera composé d’un État-major et de cinq compagnies ainsi qu’il suit. État- major : 1 chef de bataillon - 1 adjudant major - 1 quartier maître lieutenant - 1 chirurgien major - 1 tambour-maître - 1 armurier. 7 Compagnies comprenant : 1 capitaine - 1 lieutenant - 1 sous-lieutenant - 1 sergent-major - 4 sergents - 8 caporaux - 98 soldats - 2 tambours, soit 117 hommes. La force de chaque bataillon sera ainsi de 592 hommes. 5-Le traitement des officiers de tous grade, qui seront nommés par le Premier Consul, sera égal aux deux tiers de celui réglé pour les officiers du grade correspondant dans les demi-brigades la ligne. Chaque sous-officier et chasseur jouira d’une ration de pain. La solde du chasseur sera de cinquante centimes par jour, mais sur cette solde, il sera pourvu à l’habillement, armement et chauffage de la troupe. La solde des sous-officiers, caporaux et tambours qui fera face aux mêmes dépenses sera augmentée dans la même proportion qui existe dans l’infanterie de ligne, entre la solde des sous-officiers et celle du soldat. 6-L’habillement sera composé de guêtres, culotte, veste et bonnet en drap de Corse, et façonné suivant l’usage du Pays. Les différences d’uniforme entre les cinq bataillons, le mode des retenues à faire pour les objets ci-dessus spécifiés, ainsi que pour la masse de ligne et chaussure et la marche à suivre pour leur emploi, et la confection de l’habillement, seront déterminés par le général commandant la 23ème Division. 7-Le conseil d’administration sera composé ainsi qu’il est réglé par l’arrêté du 15 germinal an XI pour les bataillons isolés. 8- le 1er de ces bataillons sera à Ajaccio - Le 2e à Bastia - Le 3e à Corté - Le 4e à Bonifacio - Le 5e à Calvi. 9- les Ministres de la Guerre et du Trésor Public sont chargés de l’exécution du présent arrêté qui ne sera pas imprimé. Le Premier Consul Signé : BONAPARTE Par le Premier Consul Le Secrétaire d’État. Conformément à ses instructions, le général MORAND, prit des mesures drastiques pour compléter les effectifs, obligeant les municipalités à désigner les individus, ou en installant des garnissaires chez les récalcitrants. Au printemps 1804, les effectifs ne sont que de 1 800 hommes au lieu des 3 000 prévus. UNIFORME
Chacun de nos cinq bataillons est donc habillé d’un uniforme de drap brun marron et est distingué par une ou plusieurs couleurs distinctives sur les revers, au collet, aux manches et aux parements. Levé sur le pied de Bataillons d’infanterie légère, tout porte à croire que l’uniforme en a la coupe. Comme il est dit supra, celui-ci se compose d’un habit-veste, d’un gilet, d’une culotte, de guêtres et d’un bonnet, le tout en drap de couleur brun marron fabriqué à partir de poils de chèvre du pays. ( Je précise que ce drap est assez irritant et n’a pas le soyeux et la douceur du drap de laine ) Gouache conservée aux Archives Nationales accompagnant l'article
de M. Alain Fougeray - n°193 de TRADITION MAGAZINE
1er Bataillon : habit de drap marron, épaulettes vertes, collet rouge, revers jaunes passepoilés de rouge. Parements et pattes de parements rouges. Boutons blancs. Il est stationné à Ajaccio. 2ème Bataillon : habit de drap marron, épaulettes vertes, collet bleu passepoilé de rouge, revers rouges ou roses passepoilés de bleu. Parements et pattes de parements bleus. Boutons blancs. Il est stationné à Bastia. 3ème Bataillon : habit de drap marron, épaulettes vertes, collet bleu passepoilé de capucine, revers capucine passepoilés de bleu. Parements et pattes de parements bleus passepoilés de capucine. Boutons blancs. Il est stationné à Corté. 4ème Bataillon : habit de drap marron, épaulettes vertes, collet vert passepoilé de rouge, revers rouges passepoilés de vert. Parements et pattes de parements verts passepoilés de rouge. Il est stationné à Bonifacio. 5ème Bataillon : habit de drap marron, épaulettes vertes, collet bleu passepoilé de cramoisi, revers cramoisis passepoilés de bleu. Parements et pattes de parements bleus passepoilés de cramoisi. Boutons blancs. Il est stationné à Calvi. La chose la plus surprenante dans cette tenue dans laquelle on a tenté de maintenir un caractère typique dans la matière et la couleur employées, est qu’il semble qu’on ait tenté de ficher dans le bonnet de drap, appelé en corse « baretta misgia » un plumet de couleur verte sur le côté gauche, et pour faire pendant une petite houppe blanche à droite. Le 15 février 1805, Napoléon décide que chaque unité aura une compagnie de carabiniers, qui porteront l'épaulette rouge pour se distinguer du reste de la troupe. L'effectif des compagnies est porté à 110 hommes. Chasseur du 3° Bataillon de Volontaire - Didier Davin LES COMMANDANTS 1er Bataillon :Commandé par François BONELLI, né le 17 janvier 1760 à Bocognano. Fils de Zampaglino, tué par les Anglais comme chefs de partisans. Il a servi comme Volontaire, puis comme capitaine au 17° bataillon d'infanterie légère en 1793. Nommé chef de bataillon au 23° Léger en 1800, il passe de ce corps aux Chasseurs Corses. 2ème Bataillon : Commandé par Ignace de CARAFFA, né le 28 février 1769 à Bastia. Officier de cavalerie dans l'armée autrichienne. Promu capitaine en 1793, il démissionne la même année pour revenir en Corse se mettre au service de la Convention. Ses origines le rendent suspectes aux yeux des jacobins. Il n'est pas employé, et emprisonné. Il sauvé du peloton d’exécution par l'intervention de l'amiral anglais qui assiège la ville en 1794. Capitaine au 13° régiment de Chasseurs à cheval sous le Consulat, il devient aide de camp du général CASALTA en 1801. 3ème Bataillon : Les sources semblent diverger. Commandé par Emmanuel PINI, puis à son décès par Ange-Toussaint BONELLI, frère du précédent, né le 05 septembre 1771 à Bocognano.(Sources FOUGERAY) Commandé par Pierre EMMANUELLI, né à Piazzola d'Orezza, le 27 mars 1747. Soldat au Royal-Corse en 1774, sergent en 1776. Commandait une compagnie au 18° Bataillon d'infanterie légère en 1793. Il est chef de bataillon à la 29ème Légère quand il prend le commandement du 3ème bataillon. (Sources BURESI) 4ème Bataillon : Commandé par Jean PERETTI, né le 28 décembre 1760 à Olmeto, capitaine aux volontaires nationaux en 1792. Officier de Gendarmerie en 1802. 5ème Bataillon : Commandé par Joseph AVOCARI de GENTILI, né à Nonza le 16 avril 1762. capitaine aux volontaires nationaux en 1792. Passé au 16ème bataillon d'infanterie légère en 1793. Chef de bataillon à la 22ème Légère en 1795. Les frères BONELLI LES CADRES DES BATAILLONS Dans l'esprit du 1er Consul, la création des bataillons doit sceller le retour de la Corse dans le giron de la République. Aussi va-t-on y incorporer des hommes venant de diverses horizons, paolistes ou républicains, adversaires d'hier. Parmi les 90 officiers comptant au corps citons : Antoine ORNANO, né à Santa Maria-Siche le 20 mai 1752. Officier eu Royal-Corse en 1768, il émigre en 1792. Major dans l'armée du royaume Anglo-Corse en 1794. Rentré en 1803, est nommé au 1er Bataillon. GRIMALDI, né en 1771 à Poggio di Moriani, sert au Provincial-Corse en 1788. Émigre en 1792 et sert à la Légion MONTESQUIOU. Rentré en 1803, est nommé capitaine au 5ème bataillon. Paul GALLONI d'ISTRIA. Lieutenant au Royal-Italien en 1783. Émigré en 1791, sert aux Chasseurs Nobles de CONDÉ. Rentré en 1803, il est nommé capitaine au 4ème bataillon. Dono GABRIELLI de Ciamanacce, officier aux Volontaires de 1792. Capitaine d'une compagnie franche au service anglais en 1794. Il ne quitte pas la Corse à leur départ. Ange-Joseph SUZZONI , né en 1777 à Cervione, sert aux bataillons anglo-corses en 1796. Nommé au 2ème bataillon en 1804. GALVANI, natif de Chiara, était officier au régiment anglo-corse. Nommé sous-lieutenant au 3ème bataillon. Bernard CATTANEO, né à Ajaccio en 1769. Sous-lieutenant au Royal-Corse en 1786. Capitaine au 5° de Ligne en 1792. Il est chargé de mettre sur pied le Bataillon des Tirailleurs du Pô en 1803. Passe comme major à la Légion Corse en 1805. Jean-François VENTURINI , né à Moriani en 1756. Engagé au Royal-Corse en 1774. Capitaine au 3ème bataillon. Jean BACCIOCHI, natif d'Ajaccio, nommé lieutenant. CARABELLI, originaire de Fozzano, dont le frère est aux Corsican Rangers, et dont l'oncle Bernardin CARABELLI est capitaine au 3ème bataillon. Le fils du général CASALTA est capitaine au 3ème bataillon. SABBINI, capitaine, commande une compagnie. Tous ces hommes servirons fidèlement, malgré leur cursus différent. Miniature représentant un officier du 3° bataillon de Chasseurs Corses. Crédit photo Jérome Croyet. Avec l'aimable autorisation de l'auteur. L’ÉPREUVE DU FEU Des navires anglais qui mouillent dans une anse près de Bonfacio sont attaqués par les hommes du capitaine Bernardin CARABELLI et contraints à prendre le large.
La compagnie SABBINI capture un voilier anglais.
Des colonnes mobiles circulent dans les deux départements, capturant bandits et déserteurs. Pour garantir l'efficacité des colonnes, il est décidé que les bataillons du Liamone iront dans le Golo et vice-versa.
Le 10 avril 1805 les bataillons sont désignés pour tenir garnison à Livourne, malgré la promesse qui avait été faite, qu'ils ne devaient servir qu'en Corse. Le 4 Floréal An XIII ( 24 avril 1805) BERTHIER alors Ministre de la Guerre informe le Ministre, Directeur de l'Administration de la Guerre de la décision de faire partir les cinq bataillons de Chasseurs Corses à l'Armée d’Italie : « Toute cette légion doit être traitée comme les troupes françaises, l’intention de l’Empereur est que cette légion ait le même uniforme que le cy-devant Royal-Corse hormis qu’on lui donnera l’habit court et le shako au lieu de chapeau».
Seule la 3ème compagnie du capitaine SABBINI du 3ème bataillon reste en Corse pour en assurer la protection par décision du Général MORAND datée du 20 Messidor An XIII. Cette compagnie entrera dans la composition des futurs bataillons du Golo et du Liamone. D'après les chroniques du temps, ce maintien serait du à l'attachement que Mme MORAND porte au capitaine SABBINI. Cela expliquerait son exécution en juin 1808, après un procès bâclé, où il est convaincu de trahison. A leur arrivée en Italie, les Chasseurs abandonnent leur uniforme de drap marron contre l’habit de drap bleu de l’infanterie française. Un décret de l’Empereur signé du 5 Prairial An XIII (25 mai 1805) à Milan, stipule que les cinq bataillons Corses prendront le nom de Légion Corse, composée de cinq bataillons à cinq compagnies. L’article VIII donne la nouvelle tenue : habit veste de drap bleu céleste foncé, revers et parements jonquilles, collet bleu céleste, boutons blancs portant la devise « Empire Français – Légion Corse », gilet de drap blanc, pantalon bleu céleste foncé, shako. Le 30 juin 1806, la Légion Corse passe au service du Roi Joseph de Naples. Le 8 janvier 1807, le corps prend l’appellation de Real Corso Napoletano. Un chapitre est entièrement consacré à la Légion Corse au service de Naples. LES BATAILLONS D'INFANTERIE LÉGÈRE CORSES - Planche d'Alexis CABARET Sur cette planche les plaques à numéro placés sur les bonnets de l'illustration originale ont été volontairement retirées. Nous avons du mal à imaginer comment un bonnet de drap pouvait se maintenir sur une tête avec un plumet et une plaque de métal. SOURCES Les Bataillons d'infanterie légère Corses par Alain FOUGERAY - In TRADITION MAGAZINE n° 193 - Oct 2003 - Coll. de l'auteur. Les Corses au Combat sous 3 Drapeaux - Dominique BURESI - Editions DCL - Coll. de l'auteur. Dictionnaire biographique des Généraux & Amiraux de la Révolution et de l'Empire - G. Six - Coll. de l'auteur. Soldats Napoléoniens - Hors Série n° 1 - La Prise de Capri - Octobre 2008 Les frères François et Ange-Toussaint BONELLI de BOCOGNANO - site : napoleonbonaparte.wordpress.com Remerciements à Alexis CABARET - Didier DAVIN |




