Antoine-François Morandini est né à Moïta selon les différentes sources en ma possession soit le 06 décembre 1766 (Légion d'Honneur), soit le 11 mars ou le 16 décembre 1767 sur ses états de service. Mes différentes recherches tant auprès de la mairie de Moïta que des archives départementales de Haute Corse, m'ont appris qu'il n'y avait aucun acte de naissance ou de baptême à son nom et que pour l'année 1766, le fond des archives est en déficit. Une chose est sure, il s'est éteint à Moïta le 29 avril 1831. Son épouse qui ne sait ni lire, ni signer, déclarera qu'il était agé d'environ 75 ans. On peut affirmer qu'à sa naissance, il n'est pas encore français, et les soldats de sa Majesté Très Chrétienne, n'ont pas encore été vomis sur les côtes, comme l'écrira plus tard, un jeune Officier Corse au nom chantant de Nabulione di Buonaparte.
La copie de son acte de baptême rédigé en Corse, annexé à son dossier de la Légion d'Honneur, mentionne qu'il a pour parrain Domenico Fraticelli et pour marraine Maria-Madalena Casanova.
Il est le fils de Carlo-Piétro et de Dorotéa Andreï. Elle est la soeur d'Antoine Andreï, prêtre et librettiste de talent. Il sera député de la Convention. Carlo-Piétro est un soldat de l'armée de Pasquale di Paoli. Il a le grade de Capitaine, il a participé à la guerre de 40 ans, débutée en 1729, à Bustanico, pieve du Bozio. Le questeur gênois venu prelever l'impôt a été chassé du village par la population. Puis toute la région a pris les armes contre les gênois. Carlo-Piétru fait la guerre contre les Gênois, puis contre les Français, quand Louis XV envoie ses soldats, comme force d'interposition. La lutte pour la Liberté de la Nation Corse se perdra dans les remous du Golo, suite à la défaite des troupes Paolistes à Ponte-Novo, le 9 mai 1769.
La famille Morandini est donc proche des idées Paolistes, et 20 ans plus tard, quand le Babbu quitte son exil anglais pour retourner en Corse, le général occupe le poste de Chef de la Garde Nationale, jusqu'à sa destitution. Il est accusé par un certain Lucien Bonaparte de vouloir livrer la Corse aux Anglais. C'est à ce moment que se produit la cassure, comme nombre de familles, les Morandini choisiront le clan français. Sur la jeunesse d'Antoine-François, je n'ai malheureusement aucun renseignement. Du fait de la position de son père, il a du bénéficier d'une certaine instruction. Pour former l'élite insulaire, le Roi a décidé en 1772 la création de 4 collèges (Bastia, Ajaccio, Cervione & Calvi). Le 16 mars 1786, il s'engage au Régiment Royal Corse. Le 13 aout 1801, ses fonctions l'obligeant à séjourner en Corse, il épouse Maria-Angela SAVIGNONI, native de Moïta. Elle lui donnera trois fils : Antoine André, né le 30 novembre 1801, Baron Morandini - Louis Camille Ferdinand né le 24 février 1816 - Charles Mathieu, né le 02 novembre 1819.
ÉTATS DE SERVICE
Le 16 mars 1786, Antoine-François, s'engage comme fusilier au régiment Royal-Corse. Ce Régiment porte le n° 100 dans l'ordre des régiments d'infanterie français, à recrutement étranger, il est considéré comme italien. Il porte à un uniforme à fond bleu céleste distingué de jaune citron aux revers et aux parements, boutons blancs, poches taillées en long. Tricorne de feutre noir à cocarde blanche. Gilet et culotte de drap blanc. Un fusil du modèle 1777, une bayonnette et une giberne. Le 17 mars 1788 le régiment Royal-Corse est dissous. Les deux bataillons qui le composent servent à former deux bataillons d'infanterie légère. Le 1er bataillon forme le Bataillon des Chasseurs Royaux Corses n° 3, et le 2ème bataillon celui des Chasseurs Corses n° 4.
Antoine-François passe au 4ème Bataillon des Chasseurs Corses.
(à gauche) Fusilier du Régiment Royal-Corse par M. Pétard.
(en dessous) Chasseur du 4ème Bataillon des Chasseurs Corses par M. Pétard.
Son uniforme comprend, un habit, une veste et une culotte de drap vert. L'habit est distingué de drap jonquille.
En 1793, l'infanterie légère se dote d'un habit à fond bleu de la même coupe que l'infanterie de ligne.
En 1794, le régiment devient la 4ème demi-brigade d'infanterie légère. On lui adjoint le 1er Bataillon des Volontaires de la Creuse, et le 5ème Bataillon des Volontaires de l'Ain.
Le 21 janvier 1794, Antoine-François est promu sergent major.
J'ai trouvé dans son dossier militaire une lettre datée du 26 janvier dans laquelle la députation Corse (Luce Casabianca, Salicetti, Bozzi, Chiappe, Andreï et Multedo), sollicitait du Ministre de la Guerre le poste vacant de lieutenant de la Compagnie Peretti au caporal-fourrier Morandini dans les termes suivants :"Les témoignages avantageux du citoyen Morandini et le titre méritoire de Soldat nous fait regarder comme une justice de solliciter auprès du Ministre de la République la promotion de ce citoyen au grade d'officier, pour multiplier des exemples encourageant. (sic)
Le 09 mai 1794, Antoine-François est promu au grade d'Adjudant sous-officier.
Le 02 juin, 1794, il est nommé Adjudant Sous-lieutenant. La 4ème demi-brigade légère se distingue à Kaiserlautern.
En 1795, elle se bat à Mayence. Le 22 septembre, Antoine-François est promu lieutenant. Il est à l'armée du Rhin. Pour les années 1795-1796, (An 3 & 4 de la République), il est à l’Armée du Rhin. De Worms, il écrit à son oncle Andreï, le 17 Messidor an 3, une lettre dans laquelle il sollicite une place de capitaine laissée vacante par la perte d’un officier du 3ème Bataillon, le Capitaine Jourdan.
En 1796, la 4ème demi-brigade d'infanterie légère est à l'armée d'Italie, commandée par le jeune général Napoléon Bonaparte. Elle se distingue aux combats de Montenotte, Dego, Mondovi, Borghetto, Lonato, Castiglione, Rivoli et Arcole.
Officier dinfanterie légère par Bellangé
Le Général Bonaparte veut faire rentrer la Corse dans le giron de la République, une bonne fois pour toute. Il fait réunir tous les Corses présents à l'Armée d'Italie dans le dessein de les débarquer sur l'île.
Il les fait réunir à Livourne sous les ordres du Général Gentili dont Antoine-François est l'aide de camp depuis le 07 novembre 1795.
Bonaparte n'aura pas besoin de débarquer une forte armée, les Corses, lassés des Anglais, les chassent de l'île. Antoine-François reste en Corse comme aide de camp de Gentili. Il est nommé capitaine le 25 avril 1797.
Il cesse ses fonctions d'aide de camp le 9 mai 1797. Nommé le 20 janvier 1798 à l'état-major de l'Armée du Levant à Corfou, il est le premier adjoint de l'adjudant-général Nicolas Rozé. Tandis que la 4ème demi-brigade légère se distingue dans les sables égyptiens, Antoine François reste à l'Armée d'Italie et en Corse.
Le 22 décembre 1800, il est nommé capitaine au bataillon complémentaire de la 4ème demi-brigade d'infanterie légère. Il est formé à Antibes, en juillet 1802 une unité constituée uniquement d'insulaires, qui prend le nom de 3ème Bataillon de la 3ème demi-brigade légère, puis en mai 1803, devient le 3ème bataillon de la 8ème Légère. Antoine-François, y est muté le 10 janvier 1802.
Il commande la compagnie de carabiniers. Bien qu'enrégimenté, le bataillon est autonome quant à son recrutement, et son service. Le bataillon est vêtu de l'habit veste de l'infanterie légère en drap bleu national liseré de blanc, distingué de vert au collet, aux parements et aux pattes de parements. Les boutons sont blancs, timbrés du cor de chasse. Comme particularité, ils portent une giberne sur le ventre. En octobre 1803, le bataillon se met en route pour le Camp de Boulogne où Bonaparte prépare le débarquement en Angleterre.
En avril 1804, le bataillon devient autonome. Dans les correspondances, on le désigne comme le bataillon Corse ou Chasseurs Corses. Ce n'est que le 1er septembre 1805, que le bataillon prend officiellement le nom de Bataillon des Tirailleurs Corses. Le 16 aout 1804, son chef de corps, le Chef de bataillon Philippe d'Ornano, reçoit la Croix de la Légion d'Honneur. Le bataillon est placé au IV° corps sous les ordres du général SOULT. Il appartient à la brigade Vandamme.
Le 30 août 1805, la grande armée massée sur les côtes de la mer du Nord, effectue un demi-tour, et marche contre l'Autriche à laquelle s'est alliée la Russie. Les Corses sont présents à Ulm, mais n'y connaissent pas le baptême du feu. Ce n'est qu'à Hollabrunn qu'ils le feront.
C'est à Austerlitz, que le bataillon se distingue. il occupe Tellnitz et subit dès 02 heures du matin l'assaut de 5 Bataillons Autrichiens. Ils sont accueillis par le feu nourri des Corses qui les chargent à la baïonnette et les repoussent.
Entre 08 et 09 heures, 24 bataillons russes se lancent à l'assaut de Tellnitz, les Corses ne cèdent le terrain que pas à pas, l'arrivée de la Brigade Heudelet, permet aux Tirailleurs de se dégager et dans une contre attaque Tellnitz est repris. Les Tirailleurs prennent deux drapeaux à l'ennemi.
Antoine-François reçoit sa première blessure coup de feu et coup de baïonnette au bras droit.
Le 16 mars 1806, Antoine François est sur la liste des nominations de la Légion d'Honneur, inscrit sous le n° 10364, en qualité de Capitaine aux Tirailleurs Corses. Le 23 novembre, Philippe d'Ornano, qui commande le bataillon est nommé colonel au 25ème Dragons, Antoine François est nommé Chef de bataillon surnuméraire le 25 et prend le commandement de l'unité.
Il est confirmé dans le grade le 1er février 1807.
Le 06 février 1807, les Tirailleurs Corses sont présents au combat de Hoff. Pris sous le feu des Russes , vingt fois supérieur en nombre, ils sont dégagés par une charge des dragons de Colbert. Le 8 février 1807, le bataillon est à Eylau, ou formé en carré, il résiste aux Russes vingt fois plus nombreux. Antoine François, reçoit sa seconde blessure, deux coups de feu à la cuisse droite. Le combat se déroule dans la neige. La bataille d'Eylau est la plus meurtrière par les pertes dans les rangs français. La vision du champ de bataille le lendemain fera verser des larmes à l'Empereur, dont le cheval ne sait où poser ses sabots. Après l'hiver, les hostilités reprennent. Les Corses sont au combat d'Heilsberg le 10 juin 1807. Antoine-François, est à nouveau blessé d'un coup de feu à la poitrine. Le 12 juin, prise de Konigsberg. Le 21 juin, Traité de Tilsitt, l'Empereur félicite les Tirailleurs Corses. Le 23 juillet de Koenigsberg, SOULT le propose pour la décoration d'officier, qu'il aurait reçu d'après Jean Piéri, bien que je n'en ai trouvé aucune trace. Le 27 septembre, le bataillon cantonne à Elbing. En mars 1808, le Bataillon cantonne à Deux Ponts ( Bavière ). Antoine-François est bénéficiaire d'une rente en Westphalie le 19 mars 1808.
Le 31 mars 1809, le bataillon est affecté au prestigieux Corps des Grenadiers d'Oudinot, Brigade Conroux, Division Tharreau. Le bataillon compte 1069 hommes. Du 19 avril au 6 mai, les Tirailleurs Corses, avec la division Claparède attaque et s'empare de Landshut, Prise du Pont de l'Inn, attaque de Klein Munchen, ou ils passent le pont à la baïonnette. Au combat d’Ebersberg, le 3 mai, Antoine François est gravement blessé, c’est sa quatrième blessure. Un coup de feu à la jambe droite. Il est fait prisonnier de guerre par les Autrichiens. L’Empereur accordera aux Corses un instant de répit pour ramasser sur le champ de bataille ses blessés et ses morts. Pour commémorer l’exploit des Corses, l’Empereur commandera pour le salon de 1810, à Nicolas-Antoine Taunay, (1755-1830) un tableau de la bataille, pour lequel Antoine François aurait posé. Cette toile se trouvait en 1811 dans le cabinet de l’Empereur au grand Trianon. Il se trouve dans les collections de Versailles.
Il ne participera pas à la bataille d’Essling (21-22 mai ). Mais les Tirailleurs Corses participeront avec courage à la sanglante bataille, où périra la malheureux Maréchal Lannes. Prisonnier de guerre, il est libéré le 17 août 1809 , et il reprend ses fonctions. Entre-temps, le commandement du Bataillon a été confié au Capitaine CASABIANCA. Le 10 juillet, l’armistice est signé. Il est bénéficiaire d’une rente de 4000 F à Bayreuth le 15 août 1809. Le 7 février 1810, le bataillon est à l’armée d’Allemagne, 3ème Corps du Maréchal Davout. Antoine François est anobli, il est fait chevalier d’Empire par lettres patentes du 02 septembre 1810, sous la dénomination d’Eccataye, L’Empereur lui concède les armoiries suivantes : De sinople au chapé d’argent, chargé d’un lion contourné de gueules, sénestré d’un dextrochère au naturel mouvant du flanc de l’écu et tenant une épée haute de gueules, au tiers en pal de gueules chargé du signé des Chevaliers Légionnaires. En septembre 1811, le bataillon est à Wesel. Il compte 679 hommes et sous officiers et 18 officiers. Il est dissout suite au décret impérial du 11 août 1811. Les hommes sont versés au 1er bataillon du 11ème Léger, avec les Tirailleurs du Pô, et le Bataillon Valaisan. Le dépôt du régiment est à Trêves
Il est nommé Commandant de place de 4ème Classe, et proposé pour le fort Duquesne. Mais il est placé à la suite du Grand Quartier Général pour la campagne de Russie. Il est nommé Commandant de la Place de Merseburg, qu'il est contraint d'abandonner dans les jours qui précèdent la bataille de Leipzig. Il se refugie à Wesel et se place sous le commandement du Général Vandamme, qui lui confie le commandement d'un bataillon de conscrits Hollandais.
Entretemps Il est décrété d'arrestation par l'Empereur pour avoir abandonné la place de Merseburg sans résistance.
Il se defend , il n'est pas fait mention dans ses états de service d'un conseil de guerre.
Aucune trace d’Antoine François pour l’année 1814.
Par contre l’on sait qu’en 1815, il se trouve en Corse, où en qualité de Chef de Bataillon, il commande les Compagnies Franches levées par le général Bruslart, un ancien chef chouan été nommé par Louis XVIII, gouverneur militaire de la Corse. Des rumeurs courent à son sujet, qu’il voulait attenter à la vie de l’Empereur, c’est ce qui aurait motivé ce dernier à quitter l’île d’Elbe.
Le 1er janvier 1816, Antoine François est nommé à la 17ème Légion de Gendarmerie Royale de Corse. Il est capitaine commandant de la 2ème Compagnie. Il y restera jusqu’au 1er février 1817.
La gendarmerie Royale de Corse, porte un uniforme identique à celui de la Gendarmerie Royale des Départements. Il s’agit de l’habit veste de drap bleu foncé, coupé au règlement de 1812. Revers et retroussis écarlates. Passepoil écarlate au collet, parement et pattes de parement. Culottes chamois, enserrées dans des guêtres noires pour les gendarmes à pied, dans des bottes fortes pour les gendarmes à cheval. Un dilemme concerne la coiffure, car les gendarmes Corses auraient adopté le shako dès 1815, et ce fait aurait été entériné par le Règlement sur l’uniforme du 15 février 1819.
Il totalisera 30 ans 10 mois et 9 jours de service, et 17 ans de campagne.
Le 20 avril 1817, il demande sa réintégration au sein de l’Ordre Royal de la Légion d’Honneur prête serment à Bastia. Il est désigné MORANDINI « simplement », il n’est pas fait état de sa promotion en qualité d’officier de la légion d’honneur ni de ses titres.
Il est confirmé Chevalier de l’Ordre Royal de la Légion d’Honneur le 30 avril 1818.
Antoine-François s’éteint le 30 avril 1831 à Moïta dans son village natal. Ses deux autres fils Ferdinand et Charles Mathieu, tous deux mineurs sont placés sous la tutelle de leur frère aîné Antoine-André. Son épouse lui survivra encore quelques années au moins jusqu’en 1835, car elle est mentionnée pour des versements d’arrérages.
Je dédie cette biographie d’Antoine-François à mes proches.
Sources Les notes collationnées par le Général SANTINI, et qui ont servi à M. René CHAUVIN d’Ajaccio, à la réalisation d’un mémoire sur les Tirailleurs Corses – 2002
Divers échanges épistolaires avec M. Santoni, des Archives de la Haute Corse.
Correspondance avec RIGO, au sujet de MORANDINI. Divers articles de Jacques THIERS dans divers numéros de KYRN. Le musée de la Légion d’Honneur. Le Centre d’Accueil et de Recherches des Archives Nationales. Les Tirailleurs Corses, par RIGO, dans le numéro de la Sabretache n° 20, Année 1973, Les Troupes Corses. Gendarmerie Nationale du Gal Besson & P. Rosière. Tradition Magazine n° 30/31 & 32 SHAT Dossier 3YF54280 Correspondances de Napoléon par Arthur Chuquet.
Illustrations Dessins de Michel Pétard modifiés par l’auteur. L'Armorial du 1er Empire.
|

