Thomas Cook a traversé l’essentiel du dix neuvième siècle (1808-1892), un siècle où les voyages, même à l’intérieur des frontières nationales, n’étaient pas chose courantes étant donné l’absence ou l’inefficacité des moyens de transport et la réelle insécurité. Finalement, l’initiative de Thomas Cook en Angleterre n’était pas une coïncidence. Le pays de la reine Victoria est en effet à l’époque le seule vraie puissance mondiale (‘Britannia rules the waves’) et surclasse nettement les autres pays en matière d’industrialisation. L’invention du train à vapeur, notamment a bouleversé les traditions. Voila que l’on dispose à présent d’un moyen de transport rapide (pour l’époque) et confortable qui relativise la notion de distance. Dès son premier voyage, Thomas Cook liera étroitement ses activités au développement des chemins de fer. D’autant que son public-cible est tout trouvé : la classe moyenne récemment apparue, dispose du temps et de l’argent nécessaires pour voyager.
Qui était cet homme au regard sévère ? Thomas Cook est né en 1808 de parents modestes pour qui la foi et le labeur étaient les seules vraies valeurs… Des valeurs qui ont certainement dicté sa vie. A 10 ans, Thomas part travailler, d’abord comme jardinier et menuisier. Il devient ensuite évangéliste, imprimeur et libraire. C’est seulement à l’âge de 46 ans qu’il commence à se consacrer pleinement au tourisme. Thomas Cook fit preuve d’une grande circonspection ; il lui fallut 5 ans pour conquérir l’écosse et 14 années supplémentaires pour traverser le canal de Suez. Thomas Cook assumait seul cette tâche, très consciencieusement : il étudiait les pays de destination de ces voyages, négociait parfois difficilement avec les gérants d’hôtels et les sociétés de transport, publiait ses expériences de voyages sous la forme de guides,… Par ailleurs, sa conscience professionnelle était telle que Thomas réévaluait et adaptait constamment son travail. Aujourd’hui encore, ‘‘Thomas Cook’’, auquel sont associés la qualité et le service, est le plus réputé des acteurs du secteur touristique.
Le ‘making of’
Le premier mérite de Thomas Cook consista à simplifier le concept du voyage. Pourtant, au vu des moyens de l’époque (transport, langue, devises étrangères…), cette initiative était une véritable gageure. Chaque voyage prenait des allures d’expédition et était dès lors réservé aux aventuriers chevronnés. Thomas Cook se considérait avant tout comme un chaperon dont la tâche consistait à veiller sur le bien-être de ses passagers. Les voyages se faisaient donc en groupes, qu’il accompagnait initialement un par un. Le contraire eut été difficile car à l’époque, il n’existait aucun système de réservation : toutes les étapes du voyage, des hôtels au paiement du transport ou des excursions, étaient organisées sur place. Petit à petit Thomas Cook construisit un véritable réseau de représentants et d’interprètes. Leur tâche consistait à accueillir les clients de Thomas Cook dans les ports et les gares et de les prendre en charge dès leur arrivée (transport des bagages, formalités douanières, préparation des étapes…). On peut deviner à quel point le personnel du réseau de Thomas Cook était dévoué à sa tâche au vu de al durée de formation : les hôtes et hôtesses de l’époque devaient ‘‘étudier’’ deux années avant de prétendre au poste.
Pour inciter au voyage, il fallut trouver une manière de simplifier le concept. Thomas Cook a ainsi imaginé en 1868 une sorte de bon de chambre (hotel voucher) que le voyageur échangeait contre une nuit d’hôtel ou un repas. Ce système de bons ne présentait que des avantages : séjour pré-payé, prix compétitifs car négociés spécialement par Thomas Cook… Par ailleurs, les clients étaient assurés de la qualité du service. Désormais, ils n’étaient plus, aux yeux des gérants d’hôtels, de simples voyageurs anonymes, mais des clients envoyés par Thomas Cook. Les hôtels ont alors également compris l’utilité de l’agent de voyages, puisque celui-ci leur amenait de nouveaux clients. Dès lors, à peine 5 ans après leur lancement, les ‘‘Cook Hotel Coupons’’ étaient acceptés dans 300 établissements du monde entier, et représentaient un demi-million de nuits d’hôtel. Le système de pré-paiement de Thomas Cook épargnait au touriste l’obligation parfois contraignante de voyager en groupe, une idée qui révolutionna le secteur. Ainsi vers 1880, neuf clients sur 10 voyageaient individuellement. L’accompagnement des voyageurs, nécessaire autrefois, appartient désormais au passé.
Thomas Cook fit preuve d’une inventivité sans pareille lorsqu’il prétendit améliorer la sécurité de ses clients. Ceux-ci ne s’encombraient plus d’importantes sommes d’argent liquide mais voyageaient accompagnés de leurs ‘‘Cook’s Circular Notes’’, ancêtres de nos ‘‘travellers’ cheques’’, échangeables sur le lieu de destination contre la devise locale. Aussitôt, la branche financière de la galaxie Thomas Cook, ‘‘Thomas Cook Banking Department’’, prit tout son sens.
Fort de son statut d’agent de voyages reconnu, Thomas Cook put créer ses propres titres de transport bateau et train sur presque toutes les lignes du monde. Il introduit le concept ‘‘rail and boat pass’’, qui permettait au client d’utiliser les services de plusieurs sociétés de transport en échange d’un seul billet. Ces petits livrets, édités par pays ou par itinéraire, étaient écrits en anglais d’un côté et dans la langue du pays visité de l’autre. Thomas Cook a même publié les ‘‘Cooks Continental time Table’’, le guide du voyageur par excellence, contenant tous les horaires de train de bateau à vapeur et de diligences. Ce document, particulièrement complet, fournissait également des informations concernant les bagages autorisés, les assurances, les vélos, les ‘‘green fees’’, les fuseaux horaires,… Une rubrique était déjà consacrée aux lectures recommandées pendant le voyage. |