L’état des lieues mérite de temps à autre que l'on s’immobilise pour se livrer à l’inventaire. L’œil voyage plus vite, porte plus loin, couvre des étendues plus vastes que le corps en marche. L’œil est un chien courant. Ce fureteur indécrottable qui multiplie le périple, déroule des espaces à partir d’un point fixe auquel il est tenu comme par un élastique. De cet incessant va-et-vient se dégage petit à petit une esquisse de paysage.
Apparaissent des lignes, un contour, des masses, une ondulation, des enchevêtrements que l’on ne soupçonnait pas et qui s’inscrivent en mémoire, façonnent une perception que l’on conserve en soi.
C’est à ce dépôt que s’attache le trait, de là que procèdent textes et dessins.
Rien à voir avec le Beau. Avec la Nature pas davantage. Le dessein n’est pas de rendre compte. Il ne s’agit pas de montrer. L’objet se révèle être ailleurs. Au delà. En deçà. Nulle part et partout à la fois. Jamais où l’on pourrait s’attendre à le trouver. Jamais au bon endroit.
Inutile de chercher. Il n’y a rien d’autre à appréhender. C’est affaire de territoire.
Les Territoires de l’Œil si l’on osait.
P.B