Actualités : la neutralité suisse en question


 

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La neutralité suisse est un concept vivant, en perpétuelle évolution et remise en question. Les différents partis politiques en ont souvent une conception très différente. Cette page répertorie quelques informations récentes en rapport avec le sujet.

Table des matières :

-- actualités en 2009 --

Avril 2009: des soldats suisses contre les pirates somaliens?

-- actualités en 2008 --


Avril 2009: des soldats suisses contre les pirates somaliens?

La neutralité suisse fait face à un nouveau défi en 2008-2009, avec la question de la participation ou non de la Suisse à l'opération anti-piraterie Atalante. Dans son message du 22 avril 2009, après bien des hésitations, le Conseil fédéral (gouvernement) a décidé de soumettre au parlement un projet de participation des forces armées suisses à cette opération de l'Union européenne (initialement lancée par l'OTAN) dans le golfe d'Aden. 

Des pirates menacent et attaquent fréquemment des navires commerciaux dans cette zone de transit. Parmi les cibles possibles se trouvent également des bateaux battant pavillon helvétique. Au nom de la souveraineté nationale et de la défense des intérêts commerciaux de la Suisse, mais aussi au nom de la solidarité internationale (la Suisse serait notamment chargée de protéger les navires du Programme alimentaire mondial - PAM), des voix se sont élevées, principalement dans la droite bourgeoise, pour exiger une participation de la Suisse aux opérations antipiraterie dans le golfe d'Aden. 

La perspective de voir des soldats suisses patrouiller dans ces eaux a suscité une forte opposition dans la droite nationaliste de l'UDC (attachée à une conception traditionnelle de la neutralité). Le sujet provoque également un fort rejet dans une grande partie de la gauche, notamment chez les Verts, hostiles à une telle opération par tradition antimilitariste. Le sujet promet donc de vifs débats au Parlement. Dans un communiqué du 11 mai 2009 (en allemand), l'UDC a d'ores et déjà promis de s'attaquer de toutes ses forces à cet objet qu'elle décrit comme "non-suisse et anticonstitutionnel".

La question se pose aussi d'une éventuelle révision de la Loi militaire pour permettre cette intervention de la Suisse dans le golfe d'Aden. Le Parti libéral-radical, favorable à l'opération Atalante, exige du Conseil fédéral qu'il agisse rapidement, sans lier la participation à Atalante à une longue et hasardeuse révision de la loi.

Avril 2008: la neutralité suisse (re)vue par les Juifs

Le 28 avril, Alfred Donath, président sortant (Herbert Winter a été élu à sa succession le 1er mai) de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), a rencontré le président de la Confédération Pascal Couchepin, en présence de Ronald Lauder, nouveau président du Congrès juif mondial (CJM). Ronald Lauder a tenu à cicatriser publiquement les plaies ouvertes dans les années 1990 par l’affaire des fonds en déshérence. Il se distancie de l’ancien secrétaire général du CJM Israel Singer, qui avait qualifié la neutralité de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale de « crime », en la comparant même avec la collaboration en France.

Peu auparavant, le nouveau président du Congrès juif mondial s'était en revanche montré très critique de la récente signature par une entreprise suisse d'un contrat gazier avec l'Iran. La FSCI partage ces critiques; la fédération suisse a même publié une résolution qui affirme qu'en soutenant l'Iran et en faisant voter par la Suisse une résolution du Conseil des droits de l'homme trop sévère envers Israël, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey aurait « disqualifié notre politique de neutralité ».

Source : Swissinfo: "Fonds en déshérence: la réconciliation"

Mars-avril 2008: prudente condamnation de la répression chinoise au Tibet

Les préparatifs des Jeux Olympiques de Pékin (en août 2008) ont été marqués par la répression chinoise de manifestations à Lhassa, au Tibet. Dans le monde entier, des appels sont lancés pour un boycott des JO ou de la cérémonie d'ouverture. En Suisse aussi, 176 parlementaires fédéraux appellent le président de la Confédération, Pascal Couchepin, à boycotter la cérémonie d'ouverture. Berne a été l'une des premières capitales à condamner la répression au Tibet, par la voie d'un communiqué du DFAE le 15 mars. Cependant, la cheffe du DFAE, Micheline Calmy-Rey, se dit opposée à un boycott, synonyme d'isolement.
A l'issue de sa séance du 9 avril, le Conseil fédéral a rappelé que la Suisse était attachée à la politique de la Chine unique et à un dialogue avec Pékin. Un boycott est donc exclu. Le Conseil fédéral rappelle toutefois que tous les pays de l'ONU sont tenus de respecter leurs engagements en matière de droits de l'homme. Dans une interview télévisée, Micheline Calmy-Rey affirme qu'un membre du Conseil fédéral recevra le Dalai-Lama (toujours plus fortement critiqué par le gouvernement chinois) lors de sa visite en Suisse en octobre, sans préciser si elle le recevra elle-même.

Pendant la guerre du Viêt-nam, malgré de nombreux appels populaires ou parlementaires, le Conseil fédéral s'est toujours refusé à condamner officiellement le conflit et les violences, que ce soient les bombardements massifs américains ou les exactions commises par les combattants des deux camps.

Avril 2008: exportation limitée d'avions Pilatus

Citation: "Le mouvement pacifiste a commencé à s’intéresser au Pilatus pendant la guerre du Vietnam."

Peter Hug, historien et expert en armement

cité sur Agoravox

"La Suisse produit des biens de haute qualité, qui malheureusement peuvent aussi être utilisés à des fins militaires, même s'ils ont été conçus dans un but civil."
Jean-Daniel Gerber,
directeur du Secrétariat d'Etat à l'économie

émission "Mise au Point" sur la TSR, 27 avril 2008

Le 3 avril 2008, le Conseil fédéral décide de restreindre l'exportation d'avions Pilatus, de fabrication suisse. Le 25 avril, le gouvernement suisse va plus loin, en sanctionnant son homologue tchadien pour l'emploi abusif d'un avion Pilatus de fabrication helvétique; il propose une révision de la loi pour rendre plus difficile l'exportation d'avions Pilatus. Ces décisions font suite à une nouvelle affaire d'utilisation détournée de cet avion civil, à des fins militaires pourtant interdites.

En février 2008, la Suisse a obtenu confirmation que le Tchad, auquel elle a livré des avions Pilatus (pour servir d'avion d'entraînement), aurait fait modifier l'un d'eux pour l'utiliser militairement. Or la Suisse s'interdit de livrer du matériel de guerre à des zones en conflit. Il semblerait que les ateliers Pilatus à Stans soient hors de cause, la transformation militaire ayant eu lieu au Tchad, dès décembre 2007.

Cette affaire rappelle clairement la guerre du Viêt-nam, durant laquelle des avions Pilatus suisses auraient également été transformés par les Américains et leurs alliés (cf. ces témoignages de vétérans australiens) pour des missions militaires. Le livre "Autorités et entreprises suisses face à la guerre du Viêt-nam" aborde cette problématique et fournit des indices clairs de l'utilisation militaire du Pilatus pendant la guerre du Viêt-nam. Déjà à cette époque, la presse avait dénoncé des scandales liés au Pilatus (le New York Times s'attaque au problème dès 1967); des voix s'étaient élevées au Parlement suisse pour réclamer, en vain, l'interdiction de l'exportation de Pilatus au Viêt-nam, ou à destination de pays impliqués dans cette guerre. Trente ans plus tard, il semblerait que le Conseil fédéral soit enfin prêt à franchir ce pas.

Sur ce sujet, on mentionnera la parution en octobre 2008 d'un ouvrage du journaliste et historien Jean-Marie Pellaux: "L'affaire Pilatus. Les milieux engagés et la Suisse officielle face aux exportations d'armes (1978 - 1985)".

Mars 2008: voyage en Iran de la cheffe du DFAE

Micheline Calmy-Rey, cheffe du DFAE, déclenche une polémique en se rendant en voyage en Iran, où elle apparaît en portant publiquement le voile (un signe de soumission scandaleuse, selon certains). Ce voyage a notamment permis à la Suisse de soutenir la signature d'un contrat gazier par une entreprise privée suisse. Les réactions américaines ont été immédiates: "La Suisse soutient le terrorisme islamiste", pouvait-on lire dans le Wall Street Journal. De retour en Suisse, dans des interviews à différents médias, Micheline Calmy-Rey qualifie ces accusations de "grotesques". Elle affirme par ailleurs que ce contrat gazier "respecte en tous points les sanctions internationales" contre l'Iran.
Un peu plus tard, à la fin avril, la Confédération annoncera une série de mesures (dont le gel des avoirs de plusieurs entreprises) pour montrer clairement son respect des sanctions contre l'Iran.

Février 2008: reconnaissance du Kosovo

La déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo pose une nouvelle fois la question de la neutralité suisse et de la reconnaissance d'un nouvel Etat. Un peu comme pendant la guerre du Viêt-nam (fallait-il reconnaître le Nord Viêt-nam ou penser que le Viêt-nam allait redevenir un Etat uni), la Confédération doit choisir entre continuer à considérer le Kosovo comme une province de la Serbie, ou le reconnaître comme un Etat indépendant.

Cette fois, l'hésitation n'a pas duré longtemps. Le Parlement du Kosovo a proclamé l'indépendance le 17 février 2008. Dix jours plus tard, le 27 février 2008, la Suisse reconnaît officiellement le nouvel Etat. (Cf. site du DFAE: relations bilatérales avec le Kosovo). La Suisse ouvre même une ambassade à Pristina, capitale du Kosovo, avec une rapidité que ne manqueront pas de lui reprocher certains chantres de la neutralité.

La réaction la plus forte provient de l'UDC (Union démocratique du centre), qui réclame aussitôt le retrait des troupes suisses postées au Kosovo, avant même la reconnaissance officielle par la Suisse. L'argument étant que ces troupes ont une mission dans le cadre d'une opération pacifique au Kosovo en tant que province serbe. Le Kosovo étant devenu un Etat indépendant le mandat des troupes suisses ne serait plus valable, selon l'UDC. (Cf. communiqué de l'UDC, 23 février 2008). Il faut rappeler ici que l'UDC s'est toujours opposée à l'envoi de soldats suisses au Kosovo et à l'étranger.

A lire aussi (sur alterinfo.org): interview de Dick Marti , président de la Commission de politique extérieure du Conseil des Etats, concernant la reconnaissance très rapide du Kosovo par la Suisse.


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