Daniel André C’est en mai 1888 que le jeune français de Paris Edouard-Alfred Martel (1859-1938), alors âgé de 29 ans, s’est rendu en Belgique pour la première fois de sa vie, dans le seul but d’y visiter deux grottes aménagées pour le tourisme : Han sur Lesse et Rochefort. Depuis quatre ans, en effet, après avoir parcouru sur peu de distance ce qui n’allait pas tarder à devenir la prestigieuse grotte de Dargilan, il s’était mis à rêver qu’il serait le premier à faire connaître au grand public de France une caverne à concrétions dans son propre pays. En Europe, il n’y avait guère, à cette époque-là, que les deux grottes belges citées plus haut et celle de Postojna, dans l’actuelle Slovénie. Un mois après, il passait ses vacances d’été en Lozère, au cœur de la région des Grands Causses, où il devait s’illustrer par la mémorable traversée de Bramabiau et la révélation de véritables splendeurs de calcite dans Dargilan : la première grotte touristique de France était née. Sa carrière était lancée : il allait créer une nouvelle discipline cousine de la géographie : la spéléologie, la science des cavernes, ou encore la géographie souterraine. Deux campagnes spéléologiques plus tard, après avoir exploré les gouffres « mythiques » du Causse du Larzac et de la Séranne (le Mas Raynal, Rabanel), du Causse Méjean (Hures) et surtout du Causse Noir (Tabourel, l’Eygue, la Bresse, etc.), après avoir révélé au monde occidental (en plusieurs langues) la rivière souterraine de Padirac (Causse de Gramat), il était déjà considéré comme le plus grand spécialiste de toute l’Europe en matière d’explorations souterraines, ce qu’il n’était pas encore en réalité (d’autres explorateurs en Slovénie avaient fait mieux que lui) ; Martel avait tout simplement su médiatiser ses découvertes ; par ailleurs, son prosélytisme auprès de chercheurs, de savants, de mécènes, lui avait permis d’atteindre en quelques mois une renommée internationale. En avril 1890, on le retrouve en Belgique, en compagnie de son futur beau-frère, le futur très grand géologue Louis de Launay (1860-1938) ; au programme : la descente de rivières à bord du fameux canot de toile sur armatures de bois, l’Osgood. Il en profite pour retourner admirer Han sur Lesse et Rochefort, probablement afin de mesurer la qualité et le poids de ses propres découvertes à Dargilan. Attiré par la Belgique, il amène, le 28 juillet 1890, sa jeune épouse Aline de Launay dans un voyage en ballon libre, en direction de ce pays ! Avait-il l’intention de franchir la frontière par les airs, pour peut-être médiatiser son coup d’audace et faire connaître à la France entière son récent mariage ? Toujours est-il que son périple s’arrête à 165 km en ligne droite de Paris, à Sains, dans l’Aisne, près de la limite entre les deux pays : un atterrissage en catastrophe manque de peu de faire quatre morts ; son épouse devait perdre l’enfant qu’elle attendait et, à la suite de cet épisode tragique, elle ne devait plus jamais pouvoir concevoir d’enfant. Le 23 avril 1898, alors qu’il était vraiment devenu une célébrité dans toute la France, surtout après la découverte de l’Aven Armand (septembre 1897), il donne une conférence à la Société de Géographie de Belgique, sur ses explorations spéléologiques en France, Autriche, Irlande. C’est pour préparer cette venue qu’il était entré en contact avec Ernest Van den Broeck… pour le meilleur et pour le pire !
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