Camille EK Université de Liège Il y a, dans les 1750 pages des deux tomes des « Cavernes et rivières souterraines de la Belgique » une somme d’informations qui n’a peut-être pas encore été épuisée par les chercheurs. Le premier volume se consacre aux calcaires dévoniens. Le second étudie le calcaire dinantien et jette un bref regard sur les craies du Crétacé. Dans le premier, l’enfouissement progressif des cours d’eau souterrains, corrélatif de l’encaissement des rivières durant le Quaternaire, est évoqué dès les premières pages. À Rochefort, une chronologie relative établit, de la fin du Tertiaire à l’époque actuelle, les grands traits de l’évolution de la Lomme et de son cours souterrain. Les calcaires doivent être considérés dans le cadre de leur évolution structurale. C’est ce qui explique bien des différences entre les calcaires du Dévonien et ceux du Carbonifère ; ce qui explique aussi des différences entre le bassin de Dinant et celui de Namur. L’origine des Abannets n’est certes pas totalement résolue, mais leur description et celle de leurs dépôts sont très fouillées, et les auteurs avancent prudemment des explications partielles mais pertinentes. À la grotte de l’Adugeoir, à Couvin, après avoir décrit deux siphons du cours souterrain situés plusieurs mètres plus bas que la rivière épigée : « Ces siphons, véritables vannes fixes de section restreinte régularisent dans une certaine mesure le débit des eaux souterraines qu’ils retiennent un certain temps dans les réservoirs situés en amont. Ce rôle de régulateur serait rendu plus efficace si […] on pouvait […] les transformer en vannes mobiles et les asservir ainsi […] aux besoins de l’industrie, de l’alimentation, de l’irrigation, etc. ». Au « pont d’Avignon, près de Couvin, ils décrivent une perte encombrée de toutes sortes de matériaux, de détritus et de charognes, dégageant une odeur infecte. « On imagine aisément quelles doivent être les qualités sanitaires d’une eau […] qui sort, en temps ordinaire, sous un aspect cristallin et des plus engageants ». Ils feront la distinction entre les systèmes circulatoires localisés et les réservoirs inférieurs statiques, susceptibles de livrer des eaux élaborées et purifiées. Ils concluront de leur étude des calcaires dévoniens « à l’inutilisabilité, en général, des eaux de cette provenance », mais ils tempéreront cependant : «Une prudente réserve s’impose, dans l’extension aux parties les plus profondes du bassin, des résultats si défavorables fournis par l’étude des régions d’affleurement […] des calcaires ceinturant le bassin de Dinant ». Le tome II s’attache d’emblée à la structure la plus fréquente des calcaires dinantiens : la disposition synclinale, favorable à la formation des réserves aquifères. Les parts respectives de la dissolution et de l’érosion mécanique sont considérées. Une explication de la naissance des excentriques est proposée. Beaucoup de considérations techniques sont développées : traçages à la fluorescéine, mesures thermométriques et hydrotimétriques, étude pétrographique des lames minces, etc. L’ensemble des observations, des analyses et expériences amènent les auteurs à proposer une explication de la potabilité généralement assurée des réservoirs tournaisiens : l’existence d’un sable crinoïdique d’altération. Ainsi, cette première étude, pratiquement exhaustive pour l’époque, des calcaires paléozoïques de notre pays, basée sur un inventaire des phénomènes karstiques, débouche à la fois sur des explications génétiques et sur des conclusions pratiques fondamentales sur une question de santé publique : la potabilité des eaux des calcaires. |