Sophia Lahlil

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Nuit

Je t’ai fixé un jour,

Pour nous rencontrer, Nuit

Et fidèle comme l’Amour

Tu es restée depuis.

 

Découverte du matin, sans mouvement, endormie,

J’effleure doucement ta main, « rendez-vous à midi »

Quand vient alors six heures, c’est ton tour de tomber,

Mais figée sur ce socle, sombres sont tes pensées

 

Isolée de tes sœurs qui reposent alanguies

Dans la chaleur froide des murs du Musée,

Tu te demandes parfois si l’on t’aurait punie

A faire partie des corps qui font ici le guet

Ton cœur n’est pas de pierre, tu le sais et entends

Tous ces murmures qui montent, et tous ces bruissements

 

Les arbres, dit-t-on, s’animent, quand partent les passants…

 

Ils se parlent, se regardent

Attendent le consentement

S’épient et se frôlent

Echangent feuilles d’argent

Se caressent, se branchent

Etreinte dans le vent

Et quand leurs troncs s’en mêlent

Survient l’abattement

 

Toi, pudique et nue, au milieu des amants,

Tu jalouses sans cesse et leurs mœurs et ce banc

Ton cœur est-t-il de bronze, j’en doute un instant,

Mes lèvres se sont ouvertes et murmurent un serment :

 

« Ma Nuit, ma douce, Maillol,

Je reviendrai demain

Caresser ta peau

de vers ou de gris,

Te donnerai ma main

Et ma parole aussi. »