SmartWIPclub du jeudi 11 février 2010 DEFIS ET AVANCEES DE LA VIDEO INTERNET MULTISCREEN Table ronde débat avec : - Philippe BORNSTEIN, Expert en vidéo online, Consultant France pour BRIGHTCOVE, leader mondial des plates-formes de diffusion online de vidéo Internet qui permet aux grands groupes de médias audiovisuels comme aux sites Web de monétiser leurs contenus avec des revenus publicitaires - Eric CREMER, Senior Vice-President -
Media Development de DAILYMOTION,
un des sites leaders de partage de vidéos en ligne avec un milliard de vidéos
vues par mois, présent en France comme à l’international sur les marchés du
mobile, de l’IPTV, de la TV connectée ou des Widgets TV - André PAGNAC, Président de MOBICLIP, fournisseur d’une technologie vidéo brevetée optimisée pour les plateformes mobiles et le multiscreen, et adoptée notamment par France 24, TF1, MTV, AL JAZEERA - Jean-François MULLIEZ, Directeur délégué à la Direction des Nouveaux Médias du Groupe TF1, premier média audiovisuel européen, initiateur de services interactifs avec l’Antenne, notamment du service de TV enrichie myTF1 qui conjugue VOD, catch-up TV et contenus et services additionnels autour de la chaîne. Services IPTV, VOD, TV de rattrapage, TV connectée, Mobile
TV… la vidéo sur IP et sur réseaux cellulaires se décline dans un exercice à la
Prévert. Si beaucoup estiment que la TV connectée représentent le futur de la télévision avec des contenus et services Web directement accessibles sur son téléviseur, aujourd’hui ce sont plutôt les services d’IPTV qui tirent le marché avec du contenu vidéo accessibles sur des postes fixes via les set-top box Internet des utilisateurs. On ne compte plus les innombrables services de vidéo sur Internet et de Web TV de par le monde. Et dans ce maelström, les productions de médias audiovisuels, d’éditeurs et des opérateurs le disputent au User Generated Content (UGC) des internautes qui produisent leurs propres flux vidéo et les diffusent via des portails de partage tels que YouTube ou Dailymotion. Le fait est acquis : les flux vidéo représentent aujourd’hui la plus grosse part du trafic sur Internet. Et ils devraient constituer quelque 90% du trafic Internet grand public en 2012 dans le monde. C’est-à-dire demain ! Dès 2006, Internet a basculé dans l’univers de la vidéo comme la musique MP3 quelques années auparavant. La dimension virale de la toile et le mode de partage communautaire n’ont fait qu’amplifier le phénomène qui a connu son point d’orgue avec la vente de YouTube à Google pour quelque 1,65 milliard de dollars. Mais YouTube est aussi victime de son succès d’audience. Et les pertes de la filiale de Google en 2009 devrait avoisiner deux fois son chiffre d’affaires qui s’élève à près de 250 millions de dollars. Aussi Google devrait-il se lancer cette année dans la diffusion payante de contenus en VOD. Et donc concurrencer directement les acteurs de la pay-TV par câble et par satellite. Internet n’est pas dans l’industrie de l’audiovisuel mais l’audiovisuel est dans Internet L’Internet comme plate-forme de création, de diffusion et d’échanges de flux multimédias n’en est pourtant qu’à ses débuts. Aussi beaucoup s’intéressent à l’étape suivante : permettre à n’importe quel internaute, site, e-marchand, bloggeur, de communiquer non plus seulement avec des textes et des photos mais aussi avec de la vidéo. Fournir au néophyte comme au professionnel les moyens simples de créer des contenus vidéo aussi facilement qu’un billet sur un blog, d’incruster dans cette même vidéo tous types d’informations et de services pour, par exemple, s’informer sur une personne présente à l’image et obtenir son profil Facebook, ou acheter un produit jusqu’à la transaction financière sans jamais sortir de ce mode vidéo. D’un médium à part entière, la vidéo pourrait devenir LE support de toutes sortes de sessions de consultation et de communication. Et se banaliser du même coup. Dans ce domaine précis, la France est aujourd’hui en retard par rapport aux autres pays ; c’est pourquoi la France représente une terre d’opportunités. La vidéo règne sur Internet. L’audience aussi, et chaque jour davantage aux dépens du petit écran. D’où l’engouement des médias aux Etats-Unis, à commencer par les ténors du câble, pour la TV Everywhere, consistant à pouvoir visualiser ses programmes de télévision favoris sur le Web grâce à son abonnement. Il est vrai que le modèle de la TV payante ne se préoccupe pas de savoir si les annonceurs vont les suivre sur une diffusion délinéarisée pour une audience fragmentée. Internet est donc devenu un médium obligé pour tous les médias audiovisuels. Il y a 60 ans, les studios d’Hollywood n’avaient pas peur de la télévision, pensant que cette dernière n’était pas dans l’industrie du cinéma. Ils avaient raison : la télévision était dans l’industrie du divertissement. Et la télévision a « tué » Hollywood. Aujourd’hui, penser qu’Internet n’est pas dans l’industrie de l’audiovisuel conduit à la même myopie. Internet est dans l’industrie de la relation… qui inclut le divertissement et la communication. D’où la difficulté d’accompagner la rupture, de réinventer les contenus, de comprendre les modes de consommation individualisés et communautaires, de penser à d’autres écosystèmes et d’inventer de nouveaux modèles de revenus. C’est toute la difficulté des médias qui ont bien compris aujourd’hui qu’un monde nouveau s’ouvrait et qu’ils avaient un rôle majeur à jouer. Sans cannibaliser leur revenu. Mais en s’essayant aussi à l’exercice périlleux du grand écart.
Si tu ne vas pas à Internet, Internet ira à toi Le Web, une terra incognita et un eldorado de la vidéo ? Oui mais il n’est pas le seul. Deux grandes tendances émergent. La première consiste à pouvoir diffuser les mêmes flux vidéo
du Web sur les téléviseurs puisque le protocole IP permet désormais
d’interconnecter tous types de récepteurs électroniques grands publics et que
la diffusion analogique tire sa révérence au profit d’un mode full numérique.
Les grands fabricants de téléviseurs, LG, Samsung et Sony en tête, ont tous
senti l’opportunité de redonner un rôle central au poste de télé à travers
cette TV connectée. De leur côté, les grands annonceurs des médias audiovisuels
dont la stratégie publicitaire sur Internet reste frileuse quoiqu’on en dise,
se retrouveraient en terrain connu. Pour beaucoup, la TV connectée, c’est un
peu la phrase du Bossu dans « Les trois mousquetaires » d’Alexandre
Dumas – mais sans aucune allusion au groupe Lagardère ! : « si
tu ne vas pas à Internet, Internet ira à toi. » C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’Orange et LG Electronics,
leader mondial dans l’électronique grand public, ont conclu un partenariat
permettant aux acquéreurs français de TV connectées LG d’accéder à un portail
Orange exclusif de divertissement et de services multimédias : sport,
info, liveradio, contenu sélectif en provenance des sites Web d’Orange qui
affichent tout de même une audience de près de 23 millions de visiteurs
uniques… On comprend que la promotion de ces services se fera aussi via le Web.
Et que les fabricants de TV sont en train de se battre non plus sur la qualité
de leurs écrans… mais sur les services. C’est ainsi que le site de partage vidéo DailyMotion s’est associé avec Philips pour proposer un service disponible en sept langues dans toute l’Europe, et avec Sony pour étendre au monde entier une offre analogue, déjà disponible aux Etats-Unis depuis juin 2008. Dans le registre « tout le monde concurrence tout le monde », là encore l’exemple de YouTube est intéressant. Après Yahoo et ses TV Widgets sur des téléviseurs de nouvelle génération capables d’afficher des données Facebook ou Twitter et des Web vidéos mises en œuvre par Brightcove, la filiale de Google travaillerait sur un projet de box Internet-TV pour diffuser contenus et films sur l’écran de télévision. Histoire de ne pas se laisser distancer par Apple à qui on prête aussi un projet similaire. De son côté, DailyMotion a également fait la démonstration au CES d’un Widget Yahoo TV ! disponible sur tous les téléviseurs compatibles dans le monde. Le multiscreen porté par la mobilité Apple est d’ailleurs la transition toute trouvée car la seconde tendance vient précisément du mobile. Un marché qui s’est certes longtemps heurté à d’énormes obstacles pour la diffusion vidéo : capacité des réseaux à supporter ces flux ; multiplication des interfaces et des terminaux renchérissant les coûts de production et de consommation de masse ; monétisation délicate, via la publicité notamment ; faible intérêt des usagers pour des contenus vidéo traditionnels en live ou à la demande à consommer « on the go ». Cela c’était hier. Mais les choses sont visiblement en train de changer très vite. On passera rapidement sur le déploiement des réseaux WiFi, cellulaires 3G et HSDPA, ainsi que sur la rupture d’usage qu’a représenté l’Internet mobile made in Apple avec l’iPhone et l’App Store. Mais il est clair que la facilité d’accès au contenu vidéo Internet sur un iPhone a fait des émules et qu’Android de Google, dans un autre registre, participera de cette tendance à la standardisation des interfaces sur les terminaux. Pour les diffuseurs de contenus multimédias, c’est la perspective d’économies d’échelles sans précédent. Parallèlement, les usagers intègrent les médias numériques dans tous les aspects de leur vie. Ils veulent étendre la pratique et la consommation de leurs services favoris sur tous leurs terminaux, tout le temps et partout. On comprend dès lors le succès des smartphones (les premiers télé-phones pour le coup !) et l’avenir qui lui est promis. Jamais dans l’histoire, une technologie n’a été aussi vite adoptée et aussi massivement que le smartphone… Et avec ce succès, l’appétence pour la vidéo semble suivre. Ainsi en lançant son service sur l’iPhone, DailyMotion a enregistré plus de 600.000 téléchargements en un mois. L’étape suivante consiste à pré-embarquer le service sur les terminaux des fabricants. Ce que DailyMotion réalisera avec des modèles équipés d’Android de Google dès le deuxième trimestre 2010. Le Multiscreen prend réellement forme D’où la notion de multiscreen qui est de plus en plus portée par les usages en mobilité. Ubiquité de l’Internet, existence de plates-formes et de technologies capables de diffuser tout type de flux vidéo de et vers la TV, Internet et le mobile, demande des utilisateurs… les conditions semblent réunies. Mais implémenter des services multi-écrans n’est pas chose simple car au-delà du seul fait de pouvoir créer une expérience utilisateur satisfaisante – nous en sommes juste aux premiers balbutiements – cette facilité va donner à l’usager plus de choix et plus de contrôle dans la manière dont il consomme et interagit avec les contenus de son choix, quand et où il le souhaite. Des usages nouveaux vont-ils naître de cette convergence et de ce pouvoir accru du consommateur ? Quels modes d’interactions trans-récepteurs et transmédia peut-on imaginer ? Et comment monétiser ces usages et ces services, sur quels médias, avec quelles formules tarifaires ? Comment rémunérer les acteurs de l’écosystème et de la chaîne de valeur quand écosystèmes et chaînes de valeur évolueront au gré des actions de l’usager ? Pour prendre la mesure de cette complexité, il suffit de se rappeler les déboires du marché de la Télévision Mobile Personnelle, faute d’accords entre les acteurs concernés. D’un autre côté, le succès fulgurant et imprévisible des portails d’applications mobiles auxquels on accède depuis un smartphone, qui, selon Gartner devraient être utilisés par 1,2 milliards d’individus d’ici à la fin 2010, montrent que chaque innovation majeure sur les réseaux numériques, chaque rupture d’usage génère de nouveaux parcours clients et donc une redistribution des cartes entre les acteurs aussi soudaine qu’inattendue. Paradoxalement, le multiscreen semble prendre de vitesse les opérateurs mobiles. Jusqu’à quand ? A voir ! Ainsi se font et se défont les bonnes et mauvaises fortunes. |


