Rendez-Vous Samedi
8 mai 2010 pour grands et petits
Programme
proposé par Laurence Dessimoulie
10h Accueil des participants à la Gamelle de
Laurence
Chez Laurence Dessimoulie Cissac-Médoc
- tél.(05) 56 59 51 64 (plan
d’accès par mail separé)
10h15 à 12h Atelier Terre « initiation
à la permaculture, le sol, l'humus, un autre regard sur la
terre",* » avec Saida
*
La permaculture
renverse les dogmes de l'agronomie traditionnelle pour proposer
un nouveau mode de production agricole très économe en énergie
(travail manuel et mécanique, carburant...) et respectueux des
êtres vivants et de leurs relations réciproques.
Les
grands principes :
Présentation didactique de la
permaculture suivi de l’atelier « comment la
mettre en pratique chez soi ».
Présentation de Saida, son
parcours à la rencontre de la permaculture ;
La permaculture et un bref
historique ;
L’éthique de la
permaculture : respecter la terre et réduire l’empreinte
écologique, les échanges équitables nord sud… ;
Les enjeux : vivre
convenablement et durablement sur la planète.
Quelques principes :
L’importance d’un sol
vivant
Un jardin sans travail du sol
Tout est autour de nous,
(compost végétal et toilettes sèches)
Conclusion et réponses aux
questions.
|
12h La Gamelle de Laurence
Laurence Dessimoulie (adhérente de notre convivium)
est cuisinière dans le Médoc. Elle cherche à
rendre lisible les liens « du champ à l'assiette ».
Le geste culinaire porte en lui des ferments forts, ceux de la vie
des champs, de communautés locales, de pratiques culturelles et de
responsabilité en matière de santé... ainsi, le rôle plein de vie
du cuisinier se trace, dans le plaisir de partager goût et saveurs!
Présentation et dégustation du buffet préparé
par Laurence
Ce buffet est sans
matières grasses animales, sans produits laitiers, il permet
d'aborder différents thèmes :
Une alimentation moins carnée,
pourquoi ?
Un repas équilibré avec des
protéines végétales, comment ?
Des supers aliments, c'est facile,
pourquoi? ici, dans ce buffet, nous avons les algues, les graines
trempées, le miso, des graines germées.
Réduire les laits issus des
animaux pourquoi? et comment les remplacer?
Le menu
Côté salé
Pâté végétal aux
champignons
Tartinade de tofu aux tomates
séchées
Crème de tournesol germé
Bouchée aux flocons d'avoine
et tartare d'algues
Houmous de lentilles vertes
Crème de miso et tahin
Dip de betterave au chèvre
frais médocain à goûter avec différents pains bio d'Elodie,
paysanne boulangère dans le Médoc et bâtonnets de crudités.
Côté sucré
Gâteau au chocolat, lait de
riz et crème d'amandes, d'après une recette de Laurence Salomon
Amarettis aux graines de
tournesol et de courges
|
15h30 De la Terre au Verre
Laurence
Dessimoulie souhaite nous faire rencontrer Dominique Fedieu, (fervent
défenseur du développement durable, vigneron et élu municipal)
qui produit "un bon vin qui réjouit le cœur des Hommes »
http://www.chateaumicalet.fr/
Participation à
la journée par adulte 20 €
Participation par
adolescent et enfant 14 €
Inscriptions
SVP par retour
de mail ou téléphone. Soyez sympas dites le moi aussi si vous ne
venez pas.
Pour
arriver chez Laurence Dessimoulie,
6
chemin de la Sablière à Cissac, Médoc
depuis
Bordeaux,
Rocade
sortie direction Le Verdon
N215, tourner à droite direction Saint-Sauveur, Cissac.
Traverser Saint Laurent et continuer la route principale.
Suivre direction Cissac.
Au village, vous passez devant la pharmacie qui se trouve à votre
gauche.
Vous
prenez alors la première route à gauche toute, direction "Les gunes".
A
500 mètres vous verrez à votre gauche le stade et vous prenez, après le
stade,
la 2nd route à droite,
un
petit panneau blanc indique "Maçonnerie Billa".
Vous
êtes chemin de la Sablière et vous voyez ma maison, elle est en bois
de
plein pied, à gauche sur la route.
N'hésitez
pas à contacter Laurence Dessimoulie pour toute information
complémentaire au
05.56.59.51.64.
Vous trouverez des compléments
d’informations sur la Gamelle de Laurence ci-dessous:
La gamelle de LaurenceJ'ai toujours aimé faire la cuisine
explique d'emblée Laurence Dessimoulie, jeune mère de famille
installée à Cissac-Médoc. Elle a donc décidé de joindre l'utile
à l'agréable en en faisant également son activité
professionnelle. C'est ainsi qu'est née au début de l'été
2004
«
La
gamelle de Laurence », micro-entreprise de livraison de repas à
domicile ou sur le lieu de travail et prestations traiteur. En
quelques mois, elle a acquis
une clientèle fidèle
composée surtout de salariés des
administrations et du secteur tertiaire autour de Pauillac.
Trois
jours par semaine, elle leur propose des «gamelles»
comprenant 3 plats, à commander la veille ou le matin même.
Un choix
de vie. Loin de la traditionnelle cuisine à emporter, Laurence Dessimoulie a
fait le choix de l'originalité et de l'équilibre alimentaire. Elle cuisine peu de
viande, mais diversifie les céréales, légumineuses et privilégie les
légumes, issus de productions locales ou de l'agriculture biologique.
Son mode de fonctionnement reste artisanal puisqu'elle
travaille seule et à son domicile, dans un laboratoire agréé,
installé dans son jardin.
« C'est un vrai
choix
de vie, explique Laurence Dessimoulie. J'ai simplement mis mon emploi
en relation avec mes convictions», centrées sur la volonté de
sensibiliser les consommateurs aux problèmes de la «malbouffe». Ses
liens avec les producteurs locaux l'ont ensuite amener à mettre en place
une amap en 2006, dans le Médoc, chez elle...
La Gamelle de Laurence, Cissac-Médoc : 05 56 59 51 64La Permaculture
http://www.michaelpollan.com/write.php
Michael
Pollan à l’origine avec Michelle Obama du nouveau jardin potager de la
maison blanche et un très beau site, en anglais
ethttp://www.pbs.org/thebotanyofdesire/

http://www.kokopelli.asso.fr/articles/j-jeavons.html
John
Jeavons : Sens de l'Humus
Ce soir, le
sujet de ma conférence est “Développer un meilleur sens de l’humus
pour une micro-agriculture durable et biointensive”. Ce thème est
d’une importance vitale tant du point de vue de la diversité génétique
que du point de vue du sauvetage des semences. La finalité fondamentale
de ma
conférence est de vous faire prendre conscience, ce soir, de
l’importance
des grains, de l’importance de la préservation des plantes à grains.
Il nous faut préserver les plantes à grains non seulement pour
l’alimentation humaine (comme la plupart d’entre nous seraient
enclins à le penser, habitués qu’ils sont à ne raisonner qu’en
termes de ce qui est important pour l’homme) mais surtout pour la vie
des
sols. Alors, ce soir, nous allons tenter de “solir” quelque peu nos
réputations et de découvrir, par là-même, comment nous pouvons créer un
futur
réellement durable.
Je vais commencer en posant à chacun d’entre vous une seule et unique
question et je puis vous assurer que cette question n’a rien de
théorique. La poser dans un tel environnement, à savoir au coeur des
grandes
plaines américaines, abondantes pourvoyeuses d’aliments, et plus
spécifiquement ce soir au coeur d’un conservatoire riche d’une
telle diversité génétique, pourrait même sembler totalement absurde. Je
suis
convaincu, cependant, qu’au fil de notre causerie, vous découvrirez
qu’elle est strictement pertinente. Ma question est la suivante : si
dans
six ans vous deviez produire par vous même la totalité de votre
nourriture (
vous ne pourriez pas l’acheter ou l’acquérir de quelqu’un
d’autre) et qui est plus selon des modalités de production totalement
durables et autarciques (vous ne pourriez pas acquérir de l’extérieur
des
fertilisants ou des matières organiques), de quelle façon
transformeriez-vous
votre vie aujourd’hui même et durant les cinq années à venir? C’est
la question que je veux vous laisser, que je veux vous offrir, en forme
de
bénédiction, bien qu’au prime abord, elle ne soit pas forcément perçue
comme telle.
Ensuite,
je souhaite exposer une requête. Si chacun d’entre vous ne peut pas
consacrer les douze prochains mois à apprendre à produire sa nourriture
de
façon réellement durable ( et nous allons découvrir ce soir que
l’agriculture biologique, telle qu’elle est pratiquée sur toute la
planète, est strictement une agriculture non-durable), peut-il alors
créer avec
19 autres personnes un groupe de 20 personnes qui va sponsoriser une,
deux ou
trois personnes à se consacrer, durant toute la prochaine année, à
apprendre
comment produire de la nourriture de selon un mode totalement durable?
C’est une des impulsions fondatrices du “Ecology Action’s
Common Ground Mini-Farm Project”. Il y a deux coordinateurs dans ce
jardin : je suis l’un d’eux et le second est Craig Cook. Une
association sans but lucratif, de Palo Alto en Californie, du nom de
“Involvement Corps” rassembla environ 15 personnes: certains
donnèrent à Craig 10 dollars, 15 dollars ou 25 dollars par mois tandis
qu’un autre lui prêtait une chambre et que d’autres lui offraient à
manger. Cette action commune permit à Craig de consacrer la totalité de
son
temps à l’apprentissage de cette technique.
C’est l’objet de ma requête : si vous ne pouvez pas, vous-mêmes,
consacrer tout ce temps, pouvez-vous aider quelqu’un d’autre à le
faire? Il faut également préciser que les “sponsors” de Craig se
rassemblaient une fois par semaine (ou au moins une fois par mois)
autour
d’un repas durant lequel Craig leur parlait de tout ce qu’il avait
appris depuis leur dernier repas collectif.
La troisième chose que je souhaiterais vous demander (et je suis sûr que
chacun
d’entre vous peux le faire, même si ce n’est pas à plein temps),
c’est d’élaborer une planche de culture. Qu’est qu’une
planche de culture? C’est un modèle : sa largeur est d’1m50, ou
d’1m20 si vous préférez, et sa longueur varie de 6 à 8 mètres. Consacrez
tous les jours de 10 à 15 minutes, à cette planche de culture, et vous
apprendrez à faire pousser toutes les plantes qu’il est essentiel de
connaître afin de produire toute votre nourriture, tout votre compost,
qui est
la nourriture du sol, et toute votre fortune. Lorsque vous avez bien
maîtrisé
cette planche de culture , vous pouvez ensuite en élaborer une
quarantaine et
c’est alors que vous pouvez réellement produire toute votre nourriture,
tout votre compost et toute votre fortune.
Pourquoi suis-je en train d’évoquer toutes ces choses? Pourquoi vous
demandais-je d’acquérir les fondements d’une agriculture réellement
durable? La solution véritable pour le futur ne va pas consister en la
seule
production de fruits et de légumes quelle que soit leur importance pour
l’acquisition
des vitamines et des oligo-éléments qui sont essentiels à notre vie. Il
va vous
falloir, dans un second temps, également produire toutes vos calories et
tout
votre carbone. Je vais maintenant vous expliquer pourquoi.
Durant trois des quatre dernières années, l’humanité a consommé plus de
nourriture qu’elle n’en a produit. Dorénavant, nous ne sommes plus
un monde générant des surplus de nourriture. Qui plus est, nous sommes
en train
de perdre notre sol très rapidement. Qu’allons nous faire à ce sujet,
d’autant plus lorsque nous prenons conscience que la population de la
planète augmente tous les jours de 250 000 personnes? C’est comme si San
Francisco doublait sa population tous les deux jours.
Qu’est que cela signifie réellement en termes de sol? Même si nous ne
perdions pas notre sol, cela signifierait que, au vu des pratiques de
l’agriculture chimique mécanisée et des pratiques de l’agriculture
biologique mécanisée, il nous faudrait chaque jour augmenter la surface
agricole en production de 125 000 hectares. Ou bien alors, il nous
faudrait
découvrir une nouvelle semence, ou de préférence une ancienne qui a bien
fait
ses preuves, afin de produire beaucoup plus de nourriture. Ou bien
alors, il
nous faudrait accorder quelque attention au planning familial.
Que s’est-il donc passé globalement? Vous savez que la Révolution
Industrielle fut bâtie sur le feu , sur l’énergie. Vous savez que
l’île de Manhattan, une petite partie de New-York City qui est un
district de business, consomme durant un court laps de temps plus
d’énergie que toute l’Afrique durant une année entière. Le monde
entier se met à “consumer” la planète de feu et d’énergie. Le
témoin le plus probant de ce phénomène est l’évolution des déserts qui
couvraient, en 1977, 44% de la surface terrestre de la planète et qui,
selon
une étude de l’ONU, vont couvrir, en l’an 2000, 63%, ou plus, de la
surface des terres.
S’il n’y avait qu’une seule chose que vous puissiez emmener
avec vous ce soir de notre conférence, je souhaiterais que ce soit la
requête
suivante. Je voudrais demander à chacun d’entre vous qu’il arrête
de faire croître des plantes. Je voudrais vous demander de ne plus
jamais, au
cours de votre vie, cultiver de plantes. C’est la chose la plus
importante que vous puissiez faire pour la planète. Une fois que vous
avez pris
cette décision, je voudrais vous demander de faire quelque chose d’autre
à la place. Je voudrais vous demander de commencer à faire croître du
sol. Il y
a quelque chose de magnifique dans le fait de générer du sol. Lorsque
vous
voulez faire croître du sol, vous devez faire croître des plantes ;
cependant,
la finalité est différente. Les agriculteurs conventionnels, ainsi que
la
majorité des agriculteurs biologiques, agissent dans leurs pratiques
culturales
et dans leurs façons de tirer profit du sol tout comme un éleveur qui
voudrait
que ses poules produisent des oeufs et que ses vaches produisent du lait
sans
jamais les nourrir. Tout cela est complètement étonnant! L’agriculture
biologique quant à elle, plus précisément, telle qu’elle est pratiquée
aux USA, importe de 50 à 84 % de ses fertilisants et de ses matières
organiques! Cela signifie que les sols de quelqu’un d’autre sont
spoliés, même si ce processus n’est pas intentionnel, afin de produire
une agriculture “pure”. Il nous faut résoudre toutes ces
incohérences et développer un sens plus aigu de l’humus.
La solution de
ce problème réside dans la culture de plantes génératrices de compost,
de
plantes génératrices de carbone et de plantes génératrices de calories.
Un de
mes héros est Lorenz Schaller, qui est présent ce week-end. Lorenz,
durant les
20 dernières années, a sauvé 3500 variétés de plantes à grains et il les
conserve chez lui en congélation. Il a réalisé tout cela quasiment sans
soutien
financier. Il a ainsi contribué, avec d’autres, à élaborer les
fondations
de l’édifice de carbone que nous allons bâtir.
Maintenant, je voudrais vous faire partager, d’une façon moins verbale,
ma compréhension de la situation actuelle. Voici une pomme. Elle
représente la
Terre. C’est une pomme bio et elle a d’autant plus de valeur pour
ma démonstration qu’elle reste ferme contrairement à toutes les autres.
Je vais d’abord, de toute manière, couper et enlever les 3/4 de cette
pomme. Si la pomme entière représente la Terre, les 3/4 que nous venons
de
couper représentent les océans. Je vais me débarrasser de ce gros
morceau.
Pourquoi? Parce que les océans de la Terre sont en train de mourir. Je
vais
arrondir certains chiffres pour plus de simplicité. Il existe à peu près
15 zones
de pêche majeures. Parmi ces quinze, cinq déjà ne sont plus productives
et les
dix autres sont en train de s’appauvrir très rapidement. Selon une étude
Britannique, l’Océan Antarctique a perdu 15 % de son phyto-plancton, en
raison des trous dans la couche d’ozone et bien d’autres facteurs.
Les scientifiques estiment, de façon globale, que la totalité du
phyto-plancton
des océans de la planète produit de 20 à 50 % de l’oxygène planétaire.
Ainsi nous avons non seulement une accumulation de dioxide de carbone,
en
raison de la combustion des énergies fossiles et de la déforestation,
mais, qui
plus est, nous allons peut-être voir une diminution de la production
d’oxygène atmosphérique. A ce propos, les forêts de l’Amazonie
produisaient, il y a 25 ans, de 10 à 20 % de l’oxygène planétaire. Plus
de la moitié de ces forêts ont été coupées.
Revenons à la Terre maintenant afin de nous y relier. On entend beaucoup
parler
de savoir informatique mais qu’en est-il du savoir agricole? Pouvez vous
consommer une Réalité Virtuelle? Et si vous le pouvez, en êtes-vous
nourris? Le
1/4 restant de la pomme représente les surfaces terrestres de la
planète. Je
vais maintenant enlever 2/3 de cette surface terrestre parce que ce sont
les
terres qui sont déjà désertifiées ou alors recouvertes de glace. On ne
peut
donc pas dire que l’on vit sur la terre : en fait, on vit sur un
douzième
de la terre. Avant de continuer, il nous faut nous pencher sur l’état de
nos sols.
Je vais maintenant enlever les 3/4 de l’écorce terrestre, enlever les
3/4
du sol arable du douzième restant de la planète car c’est cette
proportion de sol qui a déjà disparu en raison de l’érosion par
l’eau et l’air. En fait, on ne vit réellement, en ce moment, que
sur 1/48 ème de la Terre. Si toute cette terre arable, cette bonne vie
du sol,
cette matière organique et ces nutriments étaient présents au même
endroit, ils
seraient plus puissants. En fait, tout cela est dispersé sur le quart
terrestre
de la planète. Vous vous demandez peut-être ce qu’il va advenir du 1/48 °
restant de la Terre. Durant les 44 prochaines années, peut-être même
avant...
(le conférencier mange le reste de la pomme).
Je ne me permettrais pas de vous décrire un seul de ces désastres s’il
n’existait pas quelque solution permettant d’y remédier. Il existe
quelque chose que tout un chacun puisse réaliser dans son jardin, sur sa
ferme,
et au travers du choix de nourriture qu’il acquiert. Un sociologue,
professeur éminent de l’Université de Californie de Davis, le Docteur
Kenneth Watt, a écrit un ouvrage dont le titre est “The Titanic
Effect”. L’agriculture en est le thème et cet ouvrage fut écrit
dans les années 1970 mais il est encore d’actualité. Ce que le Docteur
Watt a mis en valeur c’est que les êtres humains sont tellement
magnifiques, différents et talentueux que, s’ils examinent o combien une
situation est mauvaise, ils vont la solutionner. S’ils ne le font pas,
ce
sera à leur détriment et c’est pour cela qu’il appela son ouvrage
“The Titanic Effect”. Le capitaine du Titanic “savait”
que son navire ne pouvait pas couler. Il fonça donc au travers d’une
zone
d’icebergs afin d’établir un record de l’Océan Atlantique. Et
il établit effectivement un record.
Avant que je n’ébauche la description des solutions, je souhaiterais que
vous puissiez comprendre d’une façon encore plus personnelle ce qui se
manifeste dans notre relation avec la Terre et le sol. Et le mot clé est
“relations”. Vous savez combien sont dures les relations.
C’est comme deux personnes mariées et qui forment une équipe et qui
s’aiment à jamais et pour toujours. Et bien, c’est la relation
qu’il nous faut établir avec le sol. Ce n’est pas aisé de prendre
cette responsabilité.
Le conférencier demande à quelqu’un de tenir une boîte près du podium.
Je vais manger une cuillère de compote de pomme et cette cuillère de
compote va
représenter un kilo de nourriture. Tout en mangeant ce kilo de
nourriture, je
vais vous montrer combien de kilos de sol sont détruits en raison de
l’érosion de l’eau et du vent occasionnée par la production de cette
nourriture par l’agriculture chimique mécanisée des Etats-Unis. (Le
conférencier mange une cuillère de compote et il enlève six cuillères de
sol de
la “banque de sol”). Ainsi, six kilos de sol sont détruits par
l’érosion du vent et de l’eau à chaque fois que nous consommons un
kilo de nourriture produite par l’agriculture chimique mécanisée des
Etats-Unis. On peut également dire que l’on perd six kilos de sol à
chaque fois que nous achetons un kilo de nourriture produite de cette
manière parce
que par notre façon d’acheter la nourriture, nous choisissons la façon
dont elle a été produite.
Chacun d’entre nous consomme a peu près une tonne de nourriture par an.
Cela veut dire que chacun d’entre nous provoque, indirectement et de
façon non intentionnelle, la destruction de six tonnes de sols
annuellement. Et
ce sont de bonnes nouvelles . Pourquoi de bonnes nouvelles?
Parce que tout d’abord, la destruction fut auparavant de huit tonnes
annuellement tant que des mesures ne protection des sols ne furent pas
appliquées. Malheureusement, ce taux de destruction des sols ne va plus
baisser
à moins que des mesures drastiques soient envisagées.
Ce sont également de bonnes nouvelles parce que le peuple des USA ne
représente
que 5% de la population mondiale. Jetons un coup d’oeil sur les 80% de
la
population mondiale vivant en l’an 2000 dans les pays en voie de
développement. Dans une quinzaine d’années, à savoir en l’an 2014,
ce sera d’ailleurs 90 % de la population mondiale qui vivra dans les
pays
en voie de développement. Quant aux personnes qui vivent dans ces pays
en voie
de développement, voici ce qui se passe lorsqu’elles consomment un kilo
de nourriture. (Le conférencier mange une cuillère de compote et il
enlève
douze cuillères de sol de la “banque de sol”). Ainsi, ce sont douze
kilos de sol qui sont détruits par l’érosion du vent et de l’eau à
chaque fois qu’un kilo de nourriture est ingéré par une personne vivant
dans les pays en voie de développement. Puisque ces personnes consomment
à peu
près autant de nourriture que nous-mêmes, cela veut dire que dans les
pays en
voie de développement, ce sont douze tonnes de sol qui sont perdues
chaque
année par habitant. C’est en Chine, pays constituant 20% de la
population
mondiale, que les pratiques de production alimentaires bio-intensives
virent le
jour. Elles furent remplacées, dans les années 1950, par un mélange de
pratiques d’agriculture biologique et de pratiques empruntées au système
agricole fondé sur la chimie et la mécanisation des Etats-Unis. Dans ce
pays,
accueillant 1,3 milliard d’habitants, ce sont 18 tonnes de sol qui sont
perdues par année et par habitant.
Qu’en
est-il de l’agriculture biologique? (Le conférencier mange une cuillère
de compote et il enlève d’abord 3 cuillères, puis 2 cuillères 1/4, de
sol
de la “banque de sol”). Ainsi, chaque fois que nous consommons 1
kilo de nourriture produite par l’agriculture biologique mécanisée des
Etats-Unis, ce sont probablement entre 3 et 5 kilos 1/4 de sol qui sont
perdus
en raison de l’érosion par l’eau et le vent. Ce n’est pas que
le mode d’agriculture biologique, en soi, soit un facteur
d’épuisement des sols. Ce phénomène est dû au fait que
l’agriculture biologique importe de l’extérieur du domaine agricole
la plus grande partie de ses fertilisants organiques. Savez-vous ce qui
serait
une des pires choses à arriver dans le monde d’aujourd’hui? Ce
serait que le monde entier décide de développer une agriculture
biologique et
un jardinage biologique. ( Ce serait bien sûr une des choses les plus
merveilleuses aussi). Étant donné la manière dont nous utilisons les
nutriments
et la matière organiques, il est très peu probable qu’il y ait
suffisamment de matières, de nutriments et de fertilisants organiques
pour
qu’on puisse développer immédiatement chez tous les peuples de la terre
une agriculture de type biologique sans transformer tout d’abord la
façon
dont nous pratiquons l’agriculture. L’Institut Borlaug a récemment
annoncé qu’il est impossible de développer l’agriculture biologique
sur une large échelle en Afrique parce qu’il n’y a pas assez de
matières ou de nutriments organiques pour la dynamiser dans un premier
temps.
Cependant, ce n’est qu’un des scénarios possibles.
L’agriculture biologique peut être durable mais la façon dont nous la
pratiquons de nos jours est bien souvent loin d’être totalement durable.
Cela fait maintenant 27 années que je pratique la production alimentaire
biointensive et, durant tout ce laps de temps, j’ai cherché un exemple
dans la Nature de plantes croissant en ligne. Combien de personnes
présentes
dans cette salle ont pu observer une croissance de plantes en ligne qui
soit
naturelle et non point le résultat de pratiques agricoles? La Nature a
horreur
du vide. Lorsque nous plantons en ligne, nous générons entre chaque rang
un petit
désert. L’existence de ces déserts entre les rangs constitue l’une
des raisons majeures pour lesquelles l’agriculture chimique tout comme
l’agriculture biologique épuisent les sols. Peut-être cela n’est-il
pas aussi patent avec les techniques agricoles locales: les maïs sont
semés de
façon rapprochée et il en est de même, parfois, pour le soja. Tout cela
est
beaucoup mieux.
Il existe une autre raison majeure pour laquelle nous sommes en train
d’épuiser le sol très rapidement et nous ne pouvons, dans le cadre de
cette conférence, que l’évoquer brièvement. Admettons que ce podium soit
un champ d’un demi-hectare : c’est de cette surface, en moyenne,
dont nous avons besoin pour cultiver le fourrage nécessaire annuellement
à un
boeuf ou à une vache. Cela peut être un peu plus ou un peu moins, mais
en
moyenne il faut un demi-hectare par animal et par année. Tout le carbone
de la
paille, du foin, de la luzerne ou toute sorte de fourrage consommé par
le boeuf
ou la vache et produit sur ce demi-hectare, nous allons l’appeler une
“unité de carbone”. Cette unité va nourrir une vache ou bien alors
deux chèvres, puisque deux chèvres consomment autant qu’une vache. La
bouse de vache, ou le crottin de chèvre, qui résulte de cette
consommation ne
contient qu’une demi-unité de carbone car l’autre moitié a été
métabolisée dans les processus de vie de l’animal. (Ne vous méprenez pas
: je ne suis ni contre les vaches, ni contre les chèvres ou les
poulets).
Ensuite, vous compostez ce fumier et les microbes utilisent pour leurs
propres
processus métaboliques une moitié de la demi-unité restante. Il vous
reste
donc, lorsque le processus de compostage est achevé, un quart d’unité de
carbone que vous allez pouvoir épandre sur le quart de la surface de
départ, à
savoir le quart d’un demi-hectare. Il existe à peu près trois milliards
de vaches et de boeufs sur la planète actuellement. Les quantités
phénoménales
de nourriture nécessaire à l’alimentation de ce bétail et de
l’humanité constituent donc un véritable défi parce que le carbone est,
pour l’un comme pour l’autre, utilisé de façon irrationnelle. Il
existe des solutions à minima et vous pouvez en fait cultiver tout le
fourrage
essentiel à une vache sur une surface d’un dixième d’hectare et
même moins mais ce point est également en dehors du sujet de la
conférence de
ce soir.
Nous avons distribué un petit livret sur les pratiques d’agriculture
biointensive, sur la situation alimentaire mondiale et sur la santé des
sols.
Je vous prie de consulter les trois schémas qui mettent en valeur la
surface
nécessaire pour l’alimentation d’une personne en fonction des
différents régimes, des différentes cultures et des diverses modalités
agricoles. Le premier schéma concerne les pratiques agricoles mécanisées
chimiques ou biologiques aux Etats-Unis. Le second schéma concerne
l’agriculture des nations en voie de développement et le troisième
schéma
est relatif aux pratiques de l’agriculture biointensive. Dans ce
troisième schéma, le chiffre 4 en bas à droite signifie qu’un certain
nombre de nations de la planète n’ont actuellement de l’eau que
pour arroser quatre unités de terre. Quatre unités de terre
correspondent,
approximativement, à 500 m2. Selon la Banque Mondiale, un tiers des
nations du
monde manquent d’eau, à un degré ou à un autre. En fait, la Banque
Mondiale conseille à ces nations d’utiliser leur eau non pour la
production alimentaire mais pour la confection de produits manufacturés
dont la
vente leur permettra d’acheter de la nourriture. C’est une vue à
court terme, car actuellement le surplus de nourriture sur la planète ne
représente que 50 jours de consommation et ce chiffre est à la baisse.
Prenons
conscience que nous avons tendance à consommer plus que nous ne
produisons.
Vers où ces nations vont-elles bientôt se tourner pour acheter de la
nourriture? Avec des pratiques Biointensives cependant, ainsi qu’une
meilleure compréhension de l’alimentation, vous pouvez réellement
produire toute la nourriture nécessaire à une personne annuellement et,
grâce à
de bonnes plantes de carbone, vous pouvez produire tout le compost
nécessaire à
la production alimentaire d’une personne sur une surface aussi petite
que
500 m2. Et vous pouvez produire toute cette nourriture sur un mode
durable.
Regardons maintenant les colonnes du second schéma. Dans une quinzaine
d’années, en l’an 2014, 90 % de l’humanité ( à savoir les
peuples des pays en voie de développement) ne possédera que 9 unités de
terre,
à savoir 1100 m2, pour produire les aliments d’une personne à
l’année.
De plus, selon une étude menée par l’Université de Stanford, dès
l’année 2025, l’humanité manipulera la moindre parcelle de la
biomasse vivante de cette planète: tous les animaux, tous les arbres,
tous les
brins d’herbes... Plus rien ne croîtra de façon naturelle.
Bien sûr, nous n’arriverons jamais à une telle situation. Pourquoi?
Parce
que la plupart ces cycles naturels animaux et végétaux vont se briser.
Les
cycles naturels vont être détruits par l’extinction des espèces, y
compris les espèces de microbes, dont certaines sont déjà en voie
d’extinction. Un des avantages de l’agriculture Biointensive est de
permettre de produire toute la nourriture nécessaire à une personne sur à
peine
la moitié de la parcelle de terre fertile qui lui est disponible, à
condition
de développer un niveau raisonnable de compétences quant à la pratique
Biointensive et un niveau raisonnable de fertilité des sols. Qu’est ce
que cela signifie? Cela signifie que plus de la moitié de la terre
fertile peut
être conservée sauvage. Si nous voulons survivre en tant qu’espèce, il
va
falloir nous assurer que d’autres espèces survivent également. Il va
nous
falloir sauver non seulement les semences mais aussi la diversité
génétique des
autres plantes et des autres animaux. C’est le propos essentiel des
dynamiques de protection de la biodiversité. Cependant, ce sont de
nombreuses
espèces que nous ne pourrons jamais sauver à moins que nous ne laissions
une
partie des terres à l’état sauvage.
Examinons maintenant le premier schéma qui concerne les pratiques
agricoles
mécanisées chimiques et biologiques des USA. Les rendements de
l’agriculture biologique sont équivalents à ceux de l’agriculture
chimique. Si vous êtes végétalien, à savoir si vous ne consommez aucun
produit
ou sous-produit animal (oeufs, viande, lait...), vous n’avez besoin que
de dix unités de terre pour votre consommation alimentaire annuelle.
Cependant,
la plupart de l’humanité n’aura que 9 unités de terre : cela veut
dire que si tout le monde suivait un régime végétalien, (et je ne
souhaite
mettre en avant aucun régime alimentaire), seulement 90 % des personnes
des
pays en voie de développement pourraient manger à leur faim. La
consommation
alimentaire moyenne des USA, quant à elle, comprenant viande, oeufs,
fromage et
lait, requiert jusqu’à 42 unités de terre. Si tout le monde consommait
ce
type de régime, seulement 25 % des personnes des pays en voie de
développement
pourraient manger à leur faim, car il n’y aurait bien sûr pas assez de
terres agricoles pour produire ce type de régime alimentaire pour tout
un chacun.
(Vous pouvez maintenant comprendre pourquoi on utilise ces arguments
pour
promouvoir les biotechnologies). Maintenant, si votre régime alimentaire
comprend énormément de viande, il requiert jusqu’à 85 unités de terre,
ce
qui fait à peu près un hectare. Avec ce type de régime alimentaire,
seulement
un peu plus de 10 % des personnes des pays en voie de développement
pourraient
manger à leur faim.
Voici ce qui
est
magnifique avec la micro-agriculture durable et Biointensive : en
réinsufflant
la vie dans le sol, nous avons été capables d’élaborer l’équivalent
de 500 ans de sol en l’espace de huit années et demies, quant à sa
structure de carbone humifère, selon une Maîtrise tenue à l’Université
de
Californie à Berkeley, dans la section des sciences des sols. En nous
focalisant sur la création d’un sol riche, nous avons développé la
capacité de générer des productivités très élevées (de type Révolution
Verte)
avec une fraction seulement des intrants. Ce type d’agriculture peut
générer de deux à six fois plus de productivité, par unité de terre, que
l’agriculture commerciale tout en consommant de 67 à 88 % moins
d’eau par kilo de nourriture produite que l’agriculture
conventionnelle. Cela veut dire concrètement que la micro-agriculture
durable
et Biointensive utilise de 6 à 8 fois moins d’eau que l’agriculture
conventionnelle. Récemment, la Californie a subi une sécheresse de sept
ans. Si
l’on avait eu recours à ce type d’agriculture depuis déjà un
certain nombre d’années, il n’y aurait pas eu du tout de sécheresse
car une “année normale d’eau” aurait duré de 6 à 8 années.
L’agriculture Biointensive utilise également de 50 à 100 % moins de
nutriments organiques achetés par kilo de nourriture produite en
comparaison
des intrants que l’agriculture conventionnelle achète. Toujours en
comparaison avec cette agriculture conventionnelle, l’agriculture
Biointensive utilise 99 % moins d’énergie. Ainsi, les semences
véritables, telles que celles que nous protégeons, peuvent produire tout
autant
et même plus que les semences de ce que l’on appelle la Révolution
Verte.
De plus, dans le cas des céréales, les variétés traditionnelles peuvent
produire plus de carbone que les variétés de la Révolution Verte qui ont
été
développées pour ne produire qu’une petite quantité de carbone. Dans une
certaine mesure, il se peut que les variétés de la Révolution Verte ne
soient
pas des variétés d’agriculture durable en termes de production de
carbone
pour le compost sans même parler du fait qu’elles ont été développées
pour un spectre de températures très étroit. Ces variétés ne vont plus
fonctionner aussi bien si la température de la planète augmente ou
décroît de
façon significative. Dans ce cas, cela va prendre de cinq à dix années
pour en
développer de nouvelles qui soient adaptées aux variations climatiques.
Et que
ferons-nous pendant ce laps de temps?
L’agriculture Biointensive peut également réhabiliter des sols. Nous
avons déjà évoqué le fait que la terre se désertifie de plus en plus et
qu’il
y a de moins en moins de terres agricoles. Cette situation de fait ne
peut nous
satisfaire et nous pouvons réellement réhabiliter les sols mais pour ce,
il
nous faut des plantes à carbone. Dans la nature, il faut en moyenne 500
ans
pour produire 2,5 cm de terre fertile ; il faut, de plus, environ 15 cm
de
terre fertile pour produire de bonnes plantes en agriculture. Cela veut
dire
que l’élaboration d’un bon sol agricole requiert 3000 années. Aux
Etats-Unis, nous avons détruit 75 % de notre sol arable en 220 années,
de par
nos pratiques agricoles. Il nous faut maintenant renverser la vapeur.
Je souhaiterais maintenant vous montrer ce qui se passe lorsque nous
utilisons
les pratiques de l’agriculture Biointensive et lorsque nous consommons
un
kilo de nourriture produite de façon Biointensive. Ces pratiques peuvent
produire de deux à six fois plus mais elles peuvent probablement
détruire les
sols de deux à six fois plus vite si elles ne sont pas utilisées à bon
escient.
Il est ainsi de notre responsabilité d’appliquer correctement ces
techniques. ( Le conférencier mange une cuillère de compote et remet 20
cuillères de sol dans la “banque de sol”). Ainsi, pour tout kilo de
nourriture produite et consommée, nous pouvons créer 20 kilos de sol.
Nous
pouvons générer 20 tonnes de sol par an et par personne lorsque nous
utilisons
correctement les méthodes de l’agriculture Biointensive.
Au début de ma conférence, je vous ai dit que je ne permettrais pas
d’évoquer les mauvaises nouvelles si nous ne pouvions rien faire pour
leur trouver des solutions. La question reste de savoir comment. Lorsque
vous
consultez la première page de votre petit manuel, vous y trouvez un
cercle
mettant en valeur les pourcentages des diverses cultures nécessaires à
une
production maximale et durable de calories. C’est un cercle holistique
dont tous les éléments sont en relation d’harmonie.
Imaginons que ce cercle représente votre ferme ou votre jardin. Il vous
faut
consacrer 60 % de la surface à la production de céréales ou de plantes à
grains
afin de générer une abondance de carbone. Cela peut être du maïs doux :
cela ne
donne pas beaucoup de calories mais cela possède une belle saveur. Cela
peut
être du maïs dur, de l’amaranthe, de la quinoa, du millet, du blé, du
seigle, de l’avoine, de l’orge et beaucoup d’autres plantes
similaires. La plupart de ces plantes vont générer une certaine quantité
de
calories (qui n’est pas considérable mais qui est cependant moyenne)
ainsi qu’une grande quantité ou une très grande quantité de carbone.
Il vous faut ensuite consacrer 30 % de la surface de votre jardin à la
culture
de plantes à racines primordiales tels que la pomme de terre, la patate
douce,
l’ail, le salsifis, le panais, le manioc... Toutes ces plantes vont
produire une abondance de calories. Ce qu’il y a de magnifique avec
l’ail, c’est que vous pouvez en consommer 2 kilos par jour qui vont
vous donner toutes les calories dont vous avez besoin quotidiennement.
Vous ne
serez jamais malade parce que personne n’osera vous approcher!
Il vous faut ensuite cultiver 10 % de la surface de votre jardin en
légumes
verts pour les vitamines et les minéraux. En fait, 5 % suffiraient même.
Vous
pouvez évidemment en cultiver plus si vous aimez beaucoup les légumes,
mais
d’un point de vue nutritionnel, cette surface suffit.
Faisons comme si nous avions une micro-ferme sur ce podium - une sorte
de petit
monde, de Petit Prince. Quelle culture va générer le plus de nutrition
en ce
qui concerne les calories? Le soja ou la pomme de terre? La réponse
n’est
pas évidente. C’est en fait la pomme de terre qui produit le plus de
calories. Cependant, ce qu’il va être important de concevoir, dans le
futur, ce n’est pas la quantité de calories par kilogramme de nourriture
ou le ratio calorie-poids. Les légumineuses et les grains possèdent un
haut
pourcentage de calories et ils sont donc très performants quant au
contrôle du
poids. Cependant, l’aspect essentiel qu’il va nous falloir
développer dans le futur est de déterminer les performances des
pratiques agricoles
en termes de production de calories, et de gestion de surface. Nous
allons
découvrir qu’il existe des économies de petite échelle telle
l’informatique qui est la miniaturisation de l’électronique.
Ce dont nous parlons maintenant est la miniaturisation de l’agriculture.
Nous ne l’avons pas inventée. Ce sont les Chinois qui l’ont mis en
oeuvre il y a 4 à 6000 ans et les Grecs et les Boliviens il y a à peu
près 2000
ans. La question est maintenant de savoir, en termes de production de
calories,
de combien la pomme de terre est plus performante que le soja. De 25 %,
de 100
%, de 200 %, de plus de 200 %? En fait, la pomme de terre possède la
capacité
de produire 2000 % plus de calories que le soja, par unité de terre!
C’est un phénomène très complexe que l’on ne peut qu’évoquer
ce soir mais la pomme de terre peut produire 20 fois plus de calories
que le
soja sur une même surface de terre.
Cela signifie que vous pouvez produire toutes les calories nécessaires
durant
une année pour une personne avec des pommes de terre sur une surface
aussi
petite que 0,6 unité de terre. Pas 4, ni 6 mais 0,6 unité de terre, ce
qui
équivaut approximativement à 75 m2 . Par contre, la production de ces
mêmes
calories avec du soja requiert jusqu’à 12 unités de terre, à savoir plus
que les 9 unités de terre qui seront disponibles pour les habitants des
pays du
Tiers Monde en l’an 2014. Je vais m’attirer des ennuis ici en plein
milieu des plaines du Mid-West et je ne devrais sans doute pas dire cela
mais
le soja n’est pas la nourriture du futur car il n’est pas assez
performant en termes de ratio surface/calories. J’aime beaucoup le tofu,
le miso, le tamari et j’apprécie parfois de manger de la viande
d’animaux nourris avec du soja, mais il y a de plus un autre problème
avec
le soja, tout aussi bien d’ailleurs qu’avec la pomme de terre. Ni
l’un, ni l’autre ne produisent beaucoup de carbone. Vous obtenez à
peu près 2,5 kg de matière compostable sèche avec une culture de soja ou
de
pomme de terre sur une parcelle de 10 m2 alors qu’il nous est nécessaire
de produire entre 7,5 kg et 15 kg de matière sèche compostable sur une
parcelle
de cette surface afin de générer une fertilité du sol qui soit durable.
Ainsi,
afin qu’un régime alimentaire fondé sur la pomme de terre soit viable
quant à l’aspect de la durabilité, il est nécessaire de cultiver six
autres planches d’une culture tel que le maïs, parce que cette plante
peut produire assez de carbone pour la surface sur laquelle il croît. En
fait,
le maïs peut même en produire assez pour le double de la parcelle sur
laquelle
il croît, et peut-être même plus. Cette performance dans la capacité de
produire du carbone est essentielle. Dans le futur, une agriculture et
un
jardinage générateurs de carbone seront les seules issues de secours
pour
assurer la fertilité des sols. De plus, une agriculture et un jardinage
générateurs de calories seront essentiels à l’équilibre nutritionnel et
ce sont les plantes à racines qui permettront en grande partie de
produire ces
calories.
Venons maintenant à encore plus de détails car je souhaite réellement
aiguiser
votre appétit à faire croître des plantes à grains en voie d’extinction.
Je souhaite que vous puissiez cultiver toutes les plantes en danger
d’extinction : les légumes, les baies, les noix, les fruits et en plus
les plantes à grains. Qu’en est-il du sorghum? Ce n’est pas une
plante parfaite et sa culture peut entraîner des effets négatifs que
nous
n’avons pas le temps d’approfondir. Néanmoins, le sorghum a la
capacité de produire, dans des conditions dures et sèches de culture,
assez de
carbone pour lui-même et, en fonction des variétés, assez de carbone
pour une
fois, deux fois, trois fois et parfois quatre fois plus de surface que
la
parcelle sur laquelle il croît. Il va nous falloir des plantes pour
contre-balancer les laitues, les radis et les tomates qui ne produisent
pas
suffisamment de carbone pour leur propre fertilité de sol. Il existe
quelques
variétés de sorgho au potentiel intéressant tels que Santa Fe, Black
Kaffir et
Lesotho. La variété Lesotho est particulièrement intéressante parce
qu’elle est bonne à manger et qu’elle produit beaucoup de carbone.
Dans le futur, alors que la planète se désertifie de plus en plus, il va
être
essentiel de prendre en considération non seulement la production de
carbone et
de calories en relation avec les paramètres de la surface et du temps
mais
aussi en relation avec le paramètre de l’eau. Il existe, par exemple,
une
espèce de millet japonais pour gourmet qui croît en 45 jours et qui
utilise 1/3
de l’eau utilisée par d’autres plantes à grains ou céréales. Ainsi,
en très peu de temps ce millet produit autant de carbone et de calories
que ce
que produisent d’autres plantes à grains en beaucoup plus de temps.
Peut-être pourriez-vous tenter la culture de cette espèce dont il est
peu aisé
d'obtenir des semences : on en connaît, cependant, une trentaine de
variétés.
C’est sans doute parce qu’elle utilisait des pratiques
d’agriculture Biointensive que la culture Maya survécut, il y a à peu
près un millénaire, alors que les autres cultures s’effondrèrent. Des
recherches récentes ont mis en valeur que les régions de la culture Maya
qui
survécurent le plus longtemps furent de petites communautés de
production
alimentaire à l’image de ce que nous faisons dans nos jardins et de ce
que beaucoup de jardiniers réalisent dans leurs jardins. Nous avons la
possibilité de sauver des semences, de créer du sol et de produire nos
aliments
durant une période de l’évolution du monde pour laquelle ces trois
aspects vont devenir essentiels. Nous allons être ainsi capables de
transformer
la pénurie en abondance.
Les pratiques
Biointensives sont constituées des éléments suivants :
* Tout
d’abord, nous préparons le sol en le travaillant sur 60 cm de
profondeur,
au lieu de 15 cm de profondeur tel que le fait l’agriculture, en faisant
pour ainsi dire du quadruple bêchage. La finalité est d’améliorer la
structure du sol et lorsqu’elle est améliorée, il n’est plus nécessaire
de réaliser un double bêchage. Il est ensuite suffisant d’ameublir le
sol
sur 5 cm et de travailler en surface.
* Secondement, nous utilisons du compost. Si vous avez dans la main un
morceau
de compost de la taille d’une grosse pièce de monnaie, ce que vous tenez
est approximativement 6 milliards de formes de vie microbienne. Que la
Force
soit avec vous!
* Troisièmement, du fait que le sol soit travaillé très en profondeur,
ce qui
permet aux racines de s’étendre en profondeur plutôt que vers la
périphérie, et du fait de la fertilité générée par le compost et la vie
microbienne, nous pouvons planter nos plantes de façon si rapprochée que
leurs
feuilles se touchent quasiment. Lorsque les plantes sont mâtures, le
rendement
est de deux à six fois supérieur, en comparaison avec une pratique
conventionnelle de jardinage. Le résultat semble être une scène de la
nature
plutôt qu’un tableau de peinture abstraite plein de petits déserts entre
les rangs. La racine est l’organe de contrôle de la plante. Dans les
années 1950, le Professeur Snyder de l’Université de Californie à
Berkeley, découvrit que lorsque l’on améliore la vitalité des racines,
de
la plupart des plantes cultivées traditionnellement dans nos champs,
dans une
toute petite mesure, de 2 à 4 %, la productivité de ces plantes peut
augmenter
de deux à quatre fois. Une petite amélioration du système racinaire
génère une
très grande augmentation de productivité et de nutrition. Pour résumer,
le
troisième élément est donc un espacement très serré, parce que les
racines des
plantes ont la capacité de s’étendre en profondeur plutôt que de façon
horizontale.
* Quatrièmement, nous pouvons mettre en oeuvre le compagnonnage des
plantes.
C’est une association de culture des plantes qui croissent mieux
ensemble
que séparément. Par exemple, les haricots verts et les fraises croissent
plus
harmonieusement ensemble que séparément. Il en est de même avec les
laitues
pommées qui ont une meilleure saveur lorsqu’on les associe avec des
épinards, à raison d’un plant d’épinard pour quatre têtes de
laitues. Elles ont de plus une meilleure saveur lorsqu’on les cueille
tôt
le matin avant même que le soleil ne se lève, non pas avant que le
soleil
levant les effleure mais plutôt avant que le soleil ne se lève.
* Cinquièmement, ces pratiques agricoles Biointensives constituent un
système
global. Il ne suffit pas de préparer un sol épuisé sur 5, ou 10, ou 15
cm et de
placer les plantes de façon très serrée. Si vous n’utilisez pas de
compost, le système ne peut pas fonctionner.
* Le sixième point concerne la production de carbone à la ferme ou dans
le
jardin.
* Le septième point concerne la production de calories pour un équilibre
nutritionnel total.
* Le huitième point qui est le dernier, mais non le moindre, concerne
l’utilisation de semences de variétés fixées, afin de promouvoir la
protection de la diversité génétique.
Ce que
j’aimerais que vous fassiez maintenant est que vous placiez vos mains en
face de vous et que vous les teniez en coupe ouverte. Fermez vos yeux.
Candide
a dit et je vais le paraphraser : “Le monde entier est un jardin et quel
endroit magnifique ce pourrait être si chacun d’entre nous prenait soin
de notre partie de monde, à savoir notre jardin.” La Terre est notre
jardin et tout cela peut faire un monde de différence!
Voici un résumé des tableaux graphiques présentés par le
conférencier. La
surface indiquée est la surface de terre cultivée par année et par
personne, en
fonction des régimes alimentaires.
John Jeavons précise que, déjà, de nombreux pays du Tiers-Monde ne
peuvent
irriguer que 450 m2 par année et par personne.
Agriculture mécanisée, biologique ou chimique aux Etats-Unis.
Régime très
carné : 9350 m2 par année et par personne.
Régime moyen : 4700 m2 par année et par personne.
Régime végétalien : 1100 m2 par année et par personne.
Agriculture des
pays du Tiers-Monde.
Régime moyen en
1988: 2420 m2 par année et par personne.
Régime moyen en projection de l'an 2000 : 1760 m2 par année et par
personne.
Régime moyen en projection de l'an 2014 : 990 m2 par année et par
personne.
Agriculture
biointensive.
Avec des
rendements moyens et un régime végétalien: 440 m2 par année et par
personne.
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Permaculture
Dernier ajout le 22 octobre 2009.
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