SARTENE (Sartè pour les autochtones), c’est d’abord la citadelle du Pitraghju, sur son rocher dominant la vallée du Rizzanese et le Golfe du Valincu qui depuis le Haut Moyen-âge servait de halte sur le chemin des différentes seigneuries de la contrée. C’est ensuite son quartier de la Manichedda , aux ruelles étroites et pavées de larges dalles de granit, parfois tracées à même la roche. Au début du XVIe siècle, l’ensemble Pitraghju – Manichedda fut entouré de remparts dont il subsiste l’Echauguette (« a vardiola ») qui contrôlait les abords les plus accessibles de la forteresse. L’entrée, avec le pont-levis, se faisait par la voûte (« a loghja ») située à la base de l’ancien Palais du Gouverneur Génois (Hôtel de Ville actuel) bâti en fortin et dont on voit encore les machicoulis. SARTENE, c’est aussi les quartiers : - De Borgu et Monticuccu (où le promeneur se perd dans un décade d’escaliers et de rues étroites, dallées, aux nombreuses voûtes), - de Sant’Anna, - de Paccialedda, qui s’articulent autour de la place (« Piazza Porta »), authentique forum et cœur de la Cité. Actuellement, l’agglomération poursuit son extension sur les pentes du Monti Grossu, en s’étirant de la « Castagna » au « Couvent de St Damien » et en s’étageant des « Trois Chappelles » à « Santa Barbara ». Place Porta - HOTEL DE VILLE - EGLISE DE STE MARIE - EGLISE DE STE MARIE : § La Croix et les Chaînes du « CATENACCIU » ; § Deux toiles du XVIIe siècle : § La Vierge et l’enfant § Une statue de l’Assomption, sculptée d’un seul bloc dans un tronc d’olivier (derrière l’Autel). § Un Maître-autel en marbre polychrome (1781) - HOTEL DE VILLE : de magnifiques toiles de maîtres : § sept du XVIIe siècle et deux du XVIIIe siècle. « La plus corse des villes corses » Prospère Mérimée 1830 SARTENE est au centre d’une région qui porte les marques d’une civilisation CORSE et des premiers balbutiements de l’art mégalithique occidental. Son histoire proprement dite qui remonte au Haut Moyen-âge, est d’abord celle de la « pieve » (territoire) qui regroupait onze villages et s’étendait de Rizzanese à Roccapina et de la chaîne de Cagna à Tizzà (Tizzano). Elle se confond au XIe siècle avec l’histoire des châteaux forts féodaux de la « piève » qui contrôlaient les terres les plus fertiles de la région où vivaient de nombreuses populations groupées autour des églises, telles St Jean à St Martin dans la vallée de l’Ortolu (Ortolo), ou de St Jean à Bisughjè (Bisogène). Au début du XVIIIe siècle, Guglielmu di Cinarca, le premier des Seigneurs de la Rocca, dont la domination s’étendit du Col St Georges à Bonifacio, après avoir contenu, avec l’aide des pisans, l’une des premières tentatives d’invasion génoise dans le golfe du Valincu, fit construire le château de « Castelnovo » - « Baracci » - à 3,7 kms de SARTENE. Baracci devint le centre du Sartenais féodal où vécurent les plus grands seigneurs de cinarca : - Giudici de la Rocca, fils de Gugliemu soutien fidèle des pisans ; il régna pendant plus d’un demi siècle comme Comte de Corse et incarna le premier une conception nationale. Sa mort en 1312 marque la fin de la bénéfique présence pisane en Corse. Arrigu della Rocca, Comte de Corse, fondateur du château de Roccapina, allié au Roi d’Aragon. Vincintellu d’Istria, porte-étendard des rois d’Aragon ; il édifia la citadelle de Corté en 1420 et gouverna la Corse en tant que Vice-Roi d’Aragon. Rinucciu della Rocca, qui fut chassé de Baracci en 1503, par l’implacable Nicolo Doria, placé à la tête des mercenaires d’une compagnie financière, l’Office de St Goerges. Avec Rinucciu qui, huit années durant, lutta farouchement contre Nicolo et Andrea Doria, le célèbre amiral, disparaît le dernier grand seigneur de la Rocca et s’étiole le rôle de Baracci au bénéfice de la citadelle de Pitraghju - Manichedda, l’un des onze villages qui porte le même nom que la « piève » : Sartène. En 1507, Andréa Doria emmène une bonne partie de la population du Zicavais et de l’Alta Rocca dans la piève de Sartène. A la même époque, les bastions de Baracci et de Roccapina ayant disparus les habitants des villages voisins, surtout ceux de l’Ortolu (Ortolo), fuyant les invasions des corsaires barbaresques, se replient sur la citadelle où la garnison génoise à commencé à construire des remparts, à l’interieur desquels l’agglomération se développera rapidement. EN 1565, la garnison génoise privée d’eau, doit se rendre à Sampiero qui l’assiégeait depuis 35 jours. En 1583 Hassan Pacha, Roi d’Alger, embarqué à la tête de dix-huit galères, s’en empare et, outre une riche butin, emmène quatre-cent Sartenais en Algérie comme esclaves. La cité compte en 1624, 180 foyers et 825 habitants ; et en 1630, le quartier de Borgu commence à se construire en dehors des murs. A la fin du siècle, le nombre des habitants atteint 1200, presque autant qu’à Ajaccio. C’est à cette époque que s’achève le transfert des biens des églises de la région au bénéfice de celle de Sartène. Lors de l’insurrection Corse contre Gènes (1728 à 1769), la Rocca rompant avec la tradition de résistance à Gènes de ses anciens seigneurs, ne s’engage pas fermement. Aussi, Sartène doit subir par trois fois le siège des troupes du mouvement national (1731 à 1736). Théodore de Neuhof, aventurier allemand et éphémère roi de Corse, fixe sa résidence à Sartène en 1736. Il crée l’Orécus ! Il y signe le 10 novembre le décret par lequel il confie le « Gouvernement du Royaume » aux généraux Ornano, Giafferie et Hyacinthe Paoli. En 1763 se tient au Couvent de Sartène, la « Consulta » des délégués de toutes la Corse qui consacre le triomphe de Pascal Paoli que la Rocca soutient depujis 1760. Après la défaite de « Pontenovu » (1769), Sartène rallie le « Parti Français » qui a toujours eu des partisans depuis l’Office de St Georges par les pressions qu’il exerça sur les seigneurs Corse vers la France. Un enfant de la Manichedda, Ange Chiappe, sera l’un des représentants de la Corse à la Convention. Sous d’autres cieux, le 15 août 1769, Laetizia, fille d’Angela-Maria, une Sartenaise née dans Borgu, et du lieutenant Ramolino, de la garnison de Sartèn, avait mis au monde un enfant prénommé Napoléon. Depuis lors, Sartène, (deuxième commune de France par la superficie), s’est ouverte aux grands courants nationaux, et en a vécu intensément toute les convulsions. La vieille ville A 100m de l’hôtel de Ville, en descendant les escaliers de la poste, à droite, on peut voir se dessiner une tour Génoise, « Echaugette », du XVIIe siècle rare vestige des murailles, qui jadis enserraient la Ville. Le petit passage de « Bradi » débouche sur la Place du Maggiu. Avec ses ruelles, passages étroits et escaliers, le Vieille Ville cache ses mille et un secrets. Les amateurs de pittoresque seront séduits. Du fait du caractère austère de ses vieilles demeures et de la persistance de ses traditions, Prospère Mérimée dit d’elle « la plus corse des villes corses ». Pont de Spin’a Cavaddu XIIe siècle 6km de Sartène L’arche unique à dos d’âne (Spin’à cavaddu, signifie dos de cheval)qui se déploie d’une rive à l’autre Rizzanese est d’une légèreté étonnante qu’accentue la minceur du tablier. Les remblais d’accès et le tablier sont pavés de larges dalles de granit à la manière des anciennes chaussées romaines. Trait d’union entre les « pièves » du Vighjanu (La Rocca actuelle) et de SARTENE, cet ouvrage qualifié à tort de génois est le type d’une architecture publique qui se développa à l’époque de la présence pisane dans l’île du XIe au XIIIesiècle. |