Pascal Quignard et Carlotta Ikeda partagent de nombreux points communs dont l'un des plus prégnant semble être une exigence ascétique, en totale décalage avec le rythme de nos sociétés contemporaines. Ils sont tous deux en recherche de ce silence qui permet la transcendance, et travaillent celui-ci au corps avec une rigueur sans faille. Ainsi malgré la courte durée de cette représentation (environs 45 minutes) le spectateur sort de cette expérience épuisé, dans un état de semi conscience, redécouvrant l'univers qui l'entoure avec un regard neuf. Pascal Quignard est l'auteur - notamment - du livre "Tous les matins du monde" qu'Alain Corneau adapta au cinéma en 1991. Il est aussi organiste, et son oreille de musicien permet ici une lecture très personnelle du mythe de Médée. Partant du texte d'Euripide, il réécrit sa propre légende, dévoilant une Médée méditant au soleil de midi, une Médée toujours trouble mais bien plus forte dans son cheminement intérieur, plus victime que coupable aussi. C'est après cette introduction textuelle sobre et méditative, baignée par un ressac musical, que Carlotta Ikéda entre en scène. Figure du Bûto, danse japonaise dite "des ténèbres", s'attachant à ressentir ce qu'il y a "sous la peau", elle dégage une aura fantomatique inquiétante, et sa présence seule est en soit une œuvre sacrée, dévoilant des secrets enfouis sous le corps des Hommes. Extrêmement visuelle et théâtrale, sa danse est avant tout un ressenti, se diffusant par vague dans une salle plongée dans une quasi obscurité. Médée l'insoumise ploie progressivement sous nos yeux, succombant aux coup du sort mais tentant de s'en dégager, restant malgré les défaites digne et immuable. Par sa durée et son accompagnement, ce spectacle atteint un minimalisme millimétré d'une qualité précieuse, offrant une ouverture possible à ceux qui souhaiteraient découvrir l'univers du Bûto. Marion Oddon |
