Témoignage de Claudine
Je te loue et te bénis Seigneur Jésus parce que j’étais comme la « femme courbée » de l’Evangile et Tu es venu avec toute Ta tendresse, Ton amour, Ta bonté, Ta miséricorde, me redresser, me rendre ma dignité. Comment ne pas te louer, te glorifier pour tant de merveilles ? J’ai vécu la souffrance sous toutes ses formes. A 7 ans et jusqu’à mes 18 ans, je subis l’inceste, le viol par mon père, la maltraitance physique, morale, le rejet, la haine et l’incompréhension de ma mère. J’ai essayé de parler mais je n’ai jamais été écoutée ; je serai même forcée à mentir. La justice ne m’a même pas écoutée, une autre personne sera même accusée… Le pire, c’est ce qui s’est passé à l’école ; humiliations, destruction morale, j’étais rejetée parce que je faisais pipi au lit, et que je dérangeais par mes odeurs. Je devais exposer ma petite culotte à toute la classe, l’envelopper dans du journal et la déposer près de la poubelle dehors. Cela durera ainsi deux ans, jusqu’à ce que je sois retirée de l’école. (Je dis « le pire » parce que je pensais qu’au moins à là, l’école, je serais en sécurité.)
Suite à toutes ces blessures, à 26 ans, je fais un choc ; je suis hospitalisée plusieurs mois pour anorexie, avec refus de marcher et de parler et atteinte de dépressions chroniques, je passerai 11 années (de 1986 à 2001) dans des institutions psychiatriques, rongée par la honte et la culpabilité car trop souvent mes proches me rendaient responsable de tout le mal familial. J’ai été élevée dans la religion chrétienne mais qu’est ce que c’était être chrétien ; pour moi enfant, la religion c’était le mal. Mon père faisait les lectures à la messe et quand il rentrait, il nous faisait vivre l’enfer. Nous étions 9 enfants. J’allais juste à la messe par obligation et plus tard parce que cela faisait bien mais sans profondeur. Mais j’ai toujours prié Marie pour ma famille et pour mon fils.
Au début juillet, que je crois connaître un grand bouleversement, alors que mon père est hospitalisé, souffrant, prise de pitié pour lui, je me mets à prier, à demander au Seigneur qu’il me donne la force de pardonner, et tous les jours, je lui demandais avec insistance, et un jour, à ma grande surprise, je me suis entendu dire : « je vais voir mon père en clinique. » Je suis allée, poussée par une force et quand je suis arrivée dans la chambre, j’ai eu un recul, ensuite je me suis approchée près de son lit, je l’ai regardé, prise de compassion. Lui qui m’avait détruite, qui avait toujours dominé, était couché là, seul, abandonné : alors je lui ai pris la main. Cette force ne venait pas de moi, elle venait de la Puissance Divine, et je lui ai dit : « Papa, je te pardonne tout le mal que tu m’as fait et que tu nous as fait à tous. » Il ne parlait plus, il a serré ma main, je suis restée près de lui, ma main dans la sienne une demi-heure et je suis rentrée à la maison. Le lendemain matin, ma belle-sœur m’apprenait son décès, il était mort dans la nuit. Il avait attendu ce pardon. Mais trois jours après son enterrement, ma famille me jette ces paroles cruelles à la figure : « qu’est-ce que tu as dit ou fait à papa pour qu’il meure ? » Elle pouvait se poser des questions puisque c’était la première fois que je rendais visite à mon père (avant sa mort) depuis longtemps. De plus, je suis la dernière à l’avoir revu. Après ce conflit, je me suis retirée et j’ai pleuré, oh oui je souffrais et pleurais. C’était de trop, et alors, j’ai entendu une voix dans mon cœur qui me disait « pars, pars » et je suis partie. J’ai dit à maman, « je pars, je vais à Beauraing ». je n’y étais jamais allée, juste une fois il y a très longtemps lors d’un passage dans la région. Me voilà donc partie vers Beauraing un 1e août, toute perdue, dans un abattement total. Me voici à la gare, très lugubre cette gare. Je ne connaissais rien et je demande : « où est Beauraing, où est la Vierge ? » Un monsieur me croyant toute désemparée propose de me conduire. J’apprends qu’une retraite vient de se terminer et avec du recul, cette retraite c’était la session du renouveau charismatique. Me voici devant l’aubépine, je suis allée trouver un prêtre qui m’a parlé des apparitions, m’a donné les heures des offices (à ma demande). Ici, aux pieds de la Très Sainte Vierge Marie, je me suis jetée comme naufragée. J’ai vu ses bras ouverts qui semblaient me dire : « Viens » J’ai pleuré, pleuré, et j’ai prié, j’ai supplié Marie de me guérir de toutes mes hospitalisations et de cette culpabilité. J’ai dit : « Oh ! Très Sainte Vierge. Je ne vous demande pas de m’apparaître comme pour les enfants, mais simplement de me guérir. Je vous promets de toujours prier. Je suis restée trois jours à Beauraing, passant beaucoup de temps en silence près de Marie. J’assistais à tous les offices. Ici, je goutais une grande paix. Puis, je suis rentrée chez moi près de mon fils et le combat a repris. Fin novembre jusque février, je suis à nouveau hospitalisée, après une tentative de suicide. (Petite anecdote : alors que j’étais hospitalisée sans pouvoir sortir, je me suis sauvée à Beauraing un après-midi et je suis rentrée à l’hôpital 4 heures plus tard, en paix, j’avais besoin de revoir ce lieu béni. En mai, j’étais à nouveau très mal, ré hospitalisée en juillet, c’est la descente aux enfers. Après plusieurs tentatives de suicide, mon fils m’est retiré par son père. Passage dans les hôpitaux, c’est l’horreur. J’ai la permission d’avoir un appel par jour, je le garde pour téléphoner à mon fils et chaque soir, c’est la même chose, on me raccroche le téléphone ou bien on ne décroche pas. C’est insupportable. Et je tente plusieurs fois d’en finir. Dans cet hôpital, en novembre je rencontre quelqu’un : je ne savais plus où j’en étais, je prenais jusqu’à 14 pilules (anti-dépresseurs, anti-anxiolytiques, somnifères), je n’étais plus moi-même, un zombie tout simplement. Enfin deux mois plus tard, février, le 21 février, je suis mariée. Hélas, cette belle idylle ne durera pas, en avril mon mari me quittera, j’apprendrai qu’il était en cours d’expulsion la veille du mariage. Bref, c’est un échec… une nouvelle grosse souffrance… (ici, je dis merci à mon groupe de prière qui a prié pour moi et sur moi. Je suis entrée dans ce groupe, invitée par la bergère qui me connaissait. Quand je suis arrivée dans le groupe de prière, j’étais un oiseau pour le chat. En janvier, après ma sortie d’hôpital, je suis retournée +- régulièrement au groupe de prière. J’y ai vécu une partie des 7 semaines. J’ai reçu l’effusion de l’Esprit, la prière de guérison.
Je me remettais très difficilement de mon mariage, de la rupture, et je souffrais d’avoir été manipulée à ce point. C’est cette goutte qui fera déborder le vase, mais quelle goutte ! Ah! Car dans un cri de désespoir, de dégoût, je crie toute ma colère, toute ma révolte à Dieu (c’est dans le groupe de prière que j’ai appris à prier) et alors je me fâche très fort puis calmée je dis « Oh Seigneur, je ne peux plus continuer comme cela, je veux changer de vie mais comment ? Aide-moi. » et j’ai ajouté « Que cela soit ta volonté et non la mienne, que cela soit comme Tu le veux. … Et bien, merci mon Papa chéri pour cette colère car j’ai vu ta gloire. » Dans ce cri, cette envie d’en sortir, le Seigneur est venu me toucher, me libérer en une nuit d’une forte dose de médicaments. C’est vraiment sa gloire que j’ai vue car il est impossible d’être libéré d’une dose aussi importante par soi-même. Il y avait trop longtemps, des années que j’étais dans une telle dépendance. Le Seigneur m’a libérée aussi du tabagisme, je fumais deux paquets par jour. Mais le Seigneur ne fait pas les choses à moitié car j’ai bu beaucoup, beaucoup d’eau alors que je n’aimais pas l’eau et que j’en buvais très peu. Le Seigneur Jésus venait par cette eau me purifier. Pendant plusieurs jours, ma boisson était devenue de l’eau.
Dans la même année, j’ai découvert la session de Beauraing. J’y ai participé deux journées avec mon groupe de prière, j’y ai vécu l’effusion de l’Esprit Saint. J’étais très émue et j’ai pleuré lorsqu’on m’a imposé les mains. J’ai continué avec régularité à participer au groupe de prière. La session de l’année suivante sera révélatrice dans ma conversion. Je restais encore blessée. Conseillée par des personnes avec qui j’avais fait connaissance, je serai guidée vers un couple d’écoute et prière. Je l’ai dit, je n’allais pas encore bien. J’étais triste et toujours habitée par cette culpabilité qui me rongeait. Je croyais être libérée et pourtant, il y avait un chapelet de nœuds qui restait et ce couple essayait de dénouer en me posant des questions car j’avais si difficile à parler. Que de pleurs, que de larmes. Sur moi, coulaient des larmes de sel, car ce couple pleurait avec moi. C’étaient les pleurs de Jésus qui venait avec toute sa compassion. Quel bonheur car pour la première fois, je me sentais écoutée, je me suis vraiment sentie reconnue. Ensuite, ce couple me conduisit auprès d’un prêtre pour y recevoir le sacrement des malades. Le père s’avance vers moi, disant ceci les bras grands ouverts « Viens, enfant bien-aimée du Père. » Ces mots résonnent encore dans mon cœur. Il me prit la tête et la posa sur son cœur. Ce fut la l’explosion ce père c’était comme notre Père Céleste qui me prenait dans ses bras : « Enfant Bien-Aimée du Père » Moi si misérable, dans ma petitesse, Il s’est abaissé, m’a saisie, m’a réconciliée avec cette image que j’avais de mon père de la terre et de tout homme et avec moi-même. Depuis ce jour-là, je fus guérie de toute dépression. Il m’a comblée, ce Père d’Amour. Dieu par son Esprit-Saint m’a comblée.
Chaque jour, chaque matin, en me levant, l’oratoire est là à côté de la salle de bains. Je passe devant le Père, Jésus, le Trinité Sainte. Je me jette dans ses bras, en louant avec des mots pleins de tendresse et d’Amour, avant de m’abandonner dans ses bras et de faire la prière de saint Charles de Foucault dont j’ai un peu changé les mots : à la place de Père, je dis Papa chéri, et à la fin de la prière dans un total abandon parce que Tu es tout pour moi, en toi, je place toute mon espérance, ma confiance, ma foi et je vais ainsi assurée de ta force. Comme un petit enfant … tout simplement ?
| |
|