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Par le Père Philippe, o.s.b.
Quelle est la réalité qui sous-tend ce Renouveau dans l’Eglise? Cette réalité n’est autre que celle qui nous a été donnée par les sacrements d’initiation chrétienne. Notre baptême nous communique une nouvelle vie, une nouvelle identité ; nous sommes introduits dans le mystère de la vie de Dieu ; nous avons accès, dit Saint Paul, auprès du Père, par Jésus Christ, dans le Saint Esprit. Quand on relit la prière de bénédiction de l’eau baptismale, on y découvre l’Esprit saint comme l’agent de notre baptême. Par la confirmation, ce même Esprit nous est donné comme principe actif de cette nouvelle vie. C’est encore le même Esprit qui rend Jésus présent sans l’Eucharistie, et qui fait de nous un seul corps en Jésus Christ. Ainsi donc, par les sacrements d’initiation chrétienne, nous avons reçu l’Esprit Saint et toutes les potentialités qu’il a mises en nous. Toutes ses énergies spirituelles ont été déposées en nous comme une semence, comme le grain de Sénevé appelé à devenir un grand arbre. Qu’avons-nous fait de ces richesses, de ces possibilités ? Si l’on devait donner un tableau de la situation de tous les baptisés du monde, l’on serait amené à dire en gros ceci : la majorité des chrétiens a laissé dormir les énergies reçues au baptême ; une petite élite essaie, contre vents et marées, de résister à une sorte d’étouffement, pour ne pas dire de disparition de l’esprit chrétien dans le monde d’aujourd’hui. C’est dans ces perspectives qu’il faut comprendre le Renouveau : c’est un don de Dieu, qui aide son Eglise à prendre conscience de la réalité et de l’action du Saint Esprit, qui nous a déjà tout donné. Ceci ne veut pas dire qu’avant cela personne n’avait fait l’expérience de l’Esprit Saint. Mais aujourd’hui, ce courant de grâce semble passer sur toutes les Eglises chrétiennes, et non pas sur quelques privilégiés. C’est comme si on découvrait, au fond de soi, une immense force qui était restée comme endormie ; c’est comme si on découvrait une Source qui envahit tout ce que nous sommes : intelligence, volonté, émotions, notre corps lui-même. Ce symbole de l’eau est finalement le meilleur pour exprimer cette réalité mystérieuse reçue au baptême, redécouverte par une action particulière de l’Esprit, qui est en nous. C’est du reste l’expression que Jésus lui-même employa le jour de la fête des Tabernacles : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi … et des fleuves d’eau vive jailliront de son sein… » « Il parlait de l’Esprit, qui devait venir », ajouta l’Evangile (Jn 7,38-39). Chez les uns, c’est vraiment une découverte. Car, avant cela, ils n’avaient pour ainsi dire jamais pris conscience de la réalité de leur baptême. Chez d’autres, c’est un réveil, un retour, une sortie de l’anémie spirituelle. Chez quelques-uns – qui étaient déjà fervents – c’est la découverte d’une plénitude, qu’ils n’avaient pas connues jusqu’alors ; c’est aller jusqu’au bout des engagements déjà pris.
Si nous voulons entrer plus avant dans la découverte de ce Renouveau dans L’Esprit, le mieux est de considérer les effets qu’il produit sur ceux qui ont demandé et reçu cette grâce. Ici, je dis ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu, non pas une fois, mais des centaines, des milliers de fois. Le premier effet, c’est une découverte ou une redécouverte de Jésus lui-même. Il est le charisme par excellence, disent les Américains. L’Esprit fait découvrir la présence, la puissance de Jésus Christ dans une relation vitale, une relation qui communique la vie. Jésus devient le centre de la vie, des pensées, des préoccupations, et l’on s’engage vis-à-vis de lui d’une nouvelle façon, ou mieux, dans un don de soi-même, qui se veut total, sans ambiguïtés.
Chez tous, j’ai constaté aussi un nouveau goût de l’Ecriture. Ce sont vraiment des paroles de Dieu, des paroles qui sont Esprit de vie. La promesse de Jésus se réalise : « Je vous enverrai le Paraclet et il vous rappellera toutes mes paroles, vous fera entrer dans la Vérité toute entière ». Ainsi les dons du Saint Esprit deviennent des réalités qui pénètrent notre intelligence et développent en nous la science de l’Ecriture Sainte.
Il y a aussi un progrès étonnant sur le chemin de la liberté spirituelle selon saint Paul. L’Esprit fait comprendre qu’il fa ut nous débarrasser d’attitudes qui ne sont pas conformes à l’Evangile, et cela grâce au don de force, qui nous fait agir, provoque des changements au-dessus de nos forces normales : tels ces jeunes gens ou jeunes filles qui abandonnent la drogue parce qu’ils ont trouvé Jésus Christ. Tous disent : Ma vie change, je ne suis plus le même.
Un autre résultat très tangible aussi est l’expérience de la communauté chrétienne, de la communion en Jésus Christ. Dans les groupes de prière, on voit des personnes que tout sépare sur le plan humain : âge, race, niveau social, niveau intellectuel, se retrouver dans l’unité en Jésus Christ, ils vous disent : nous ne sommes plus seuls, isolés ; nous nous aimons en Jésus Christ et chaque rencontre est une joie.
L’Eglise est aussi considérée dans une nouvelle vision, et les jeunes y retournent parce qu’ils se rendent compte que l’Eglise est à la fois charismatique et institutionnelle. Si elle n’est qu’institution elle meure; si elle n’est que charismatique elle devient folle. C’est ainsi qu’ils reviennent à l’Eucharistie et à la confession, et ne passe plus leur temps à critiquer sans discernement tout ce qui se fait ou se dit dans l’Eglise ; ni à mettre tout en question, à tout moment et à tout propos.
Chose qui a surpris beaucoup de chrétiens, on retrouve la Vierge Marie dans la vision de Pentecôte : -comme celle qui a reçu la plénitude de l’Esprit et, dans cette plénitude, nous a donné le Sauveur, -comme la Charismatique par excellence, qui a su marcher selon l’Esprit avec une fidélité pleine d’amour, -comme celle qui assistait à la naissance de l’Eglise, le jour de la Pentecôte. (charis, en grec veut dire : grâce, don, cadeau).
Et au-dessus de tout cela, on voit croître les fruits de l’Esprit dans les groupes de prière, et les fruits sont le test, la preuve que l’Esprit est à l’œuvre et que l’on ne s’est pas laissé entraîner dans une sorte d’évasion ou d’émotivité excessive.
Les fruits de l’Esprit sont énumérés par Saint Paul (Ga 5, 23-25) : « Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi… Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir… ! »
Tout cela n’est pas nouveau dans l’Eglise, me direz-vous ! Bien sûr et heureusement, car l’Esprit, depuis la Pentecôte, s’est toujours manifesté dans l’Eglise. Ce qui arrive, c’est une nouvelle prise de conscience, c’est une nouvelle ouverture à l’action de l’Esprit. On se rend mieux compte que ce n’est pas nous qui bâtissons le royaume de Dieu, mais que c’est l’œuvre de l’Esprit qui se servira de nous comme instruments, s’il nous trouve dociles.
Faut-il ajouter que ce renouveau, qui se manifeste à la fois chez les catholiques et les protestants, est un chemin œcuménique nouveau. C’est le même Esprit, l’Esprit Unificateur, qui est à l’œuvre chez les uns et les autres.
Comment être les bénéficiaires de ce souffle qui passe sur l’Eglise ? Il, faut avant tout, être informé et bien informé. Puis vient le désir d’être envahi par l’Esprit Saint. Alors, il suffit de le demander dans la foi et l’humilité. « Si vous demandez l’Esprit Saint, il vous sera donné » nous dit St Luc (11,13). Ce faisant, nous ne faisons que suivre ce que l’Eglise nous demande de faire, en prenant au sérieux les merveilleuses prières à l’Esprit Saint, que nous trouvons dans notre missel.
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