Interview
par Sophie Martin-Castex, éditeur du Website www.uklandscape.net
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SMC : Quelle est votre formation ?
Après des études musicales et une scolarité moyenne, je suis entré à l’école des Beaux-Arts de Saint-Etienne en 1982 pour en sortir en 1988. C’est en son sein que j’ai découvert la photographie. SMC : Quel est votre projet photographique« du Moment »
Ce mois de janvier 2009 est entièrement consacré à un long séjour à Londres où je me lance tous les jours dans de longues pérégrinations urbaines à la recherche de tout ce qui peut m’interpeller. Ce travail – « London feeling » viendra compléter des séries précédentes sur d’autres villes européennes et américaines.

SMC : Vous sentez-vous plutôt « photographe urbain», « photographe des villes » ou tout simplement « photographe du voyage »
Un peu les trois. Mais plus que photographe DU voyage, je dirais photographe EN voyage. Le voyage en lui-même n’est pas le but. Il est prétexte à sortir au dehors, à ouvrir les yeux, à se confronter au monde en photographiant. Mais « l’aventure » peut aussi commencer en bas de chez soi dès lors que l’on marche dans une rue que l’on a pas l’habitude d’emprunter.

SMC : La photographie vous a-t-elle enseigné des vertus. Lesquelles ?
Comme pour de nombreuses pratiques artistiques, il faut apprendre à regarder. A observer. A analyser. Pour la photographie, il faut en plus savoir choisir très vite - presque instinctivement - ce que l’on va mettre dans ces quelques cm2 de pellicule ou de capteurs numériques au moment où l’on déclenche. Ce qui implique une mise à distance, un recul par rapport au réel. Mais le réel existe-t-il ?

SMC : Des expos ? des livres ?
Plusieurs expositions en France et à l’étranger. Et plusieurs livres mêlant textes et photographies, soit composés seul, soit en collaboration avec des écrivains. Mon dernier ouvrage, « Blue sky café », est le journal d’un tour du monde que j’ai effectué il y a vingt ans.
SMC : Au cours de votre carrière photographique êtes-vous passé par différents styles, différentes phases ?
Non, je ne crois pas. C’est plutôt une lente évolution avec des paliers plus ou moins importants. Des rencontres, des entretiens avec de grands photographes m’ont aussi amené à m’interroger différemment sur ma propre pratique.
SMC : Quels seraient les changements que vous apporteriez à votre méthode de travail, si c’était possible ?
Travailler toujours davantage ! Consacrer le plus de temps possible à cette passion ! Et peut-être me mettre à la vidéo afin de faire entrer d’autres dimensions dans mon travail (le son, la musique, le temps, la narration, etc.)
LE MATERIEL
SMC : Quel sorte d’équipement avez-vous ?
Je travaille essentiellement avec deux boîtiers de reportage 24X36 (un Nikon FM2 pour le noir et blanc, un Nikon D200 numérique pour la couleur) et utilise surtout des objectifs standards (entre 28 mm et 85 mm), exceptionnellement des moyens formats ou des téléobjectifs.
SMC : Noir et blanc ? couleur ? Lequel préférez-vous ?
Je me munis le plus souvent de mes deux boîtiers pour m’adapter aux circonstances, à la lumière, aux sujets… et puis aussi à mes envies qui peuvent varier. Dans mes expositions, je mélange parfois le noir et blanc et la couleur.

SMC : Préférez-vous les dangereux close-ups, ou bien les objectifs longs ?
C’est le regard et la pensée de l’auteur qui doivent faire la photographie, pas le matériel.
SMC : Tirez-vous vos photographies ?
Je l’ai fait pendant longtemps, mais aujourd’hui je n’ai plus le temps et j’ai trouvé un tireur à Paris qui le fait beaucoup mieux, et surtout plus rapidement, que moi.
SMC : Utilisez-vous un appareil numérique ?, oui ou non, pourquoi ?
Oui, comme tous les puristes, j’ai mis un peu de temps à me décider. Puis j’ai franchi le pas ; d’abord pour des raisons professionnelles (c’est tellement pratique de pouvoir s’assurer tout de suite que l’on a l’image dont on a besoin pour un client, et que l’on peut envoyer dans la minute qui suit par internet à l’autre bout du monde !), puis pour mon travail personnel. D’ailleurs, lorsque je suis arrivé à Londres, bien que muni de mes deux boîtiers, je n’ai fait que du noir et blanc les premiers jours, puis l’envie d’enregistrer en couleur ma perception de cette ville est venue, pour ne pratiquement plus me quitter.

VOS PHOTOS
SMC : Quels ont été vos premiers pas en matière de photographie ?
Il me semble me souvenir que mes premières photos ont été prises dans les lieux chers de mon enfance. Je cherchais à retrouver – et à enregistrer – les éléments (graphisme, matière, lumière, sujet, etc) qui autrefois me provoquaient de l’émotion.
SMC : Quelle est votre image préférée, pouvez-vous nous raconter la petite anecdote qui va avec ?
Vous ne me croirez pas ou me penserez démagogue, mais c’est une image en noir et blanc de Londres prise lors d’un premier séjour en 1986 ! J’ai choisi cette photo pour faire la couverture de mon premier livre « Déambulation » auto-édité en 1988. On y voit un vieux bus londonien filant dans la nuit sous la pluie. J’étais à bord d’une voiture et l’eau sur la vitre a diffusé la lumière. Malgré cet effet, on aperçoit les silhouettes des voyageurs dans le bus ainsi que l’enseigne d’un restaurant asiatique, avec l’idéogramme de l’homme qui marche. Ca ne s’invente pas. C’est cette image qui m’a décidé à devenir photographe. Elle me ressemblait. J’y suis d’autant plus attaché que le négatif m’a été volé et qu’il ne me reste que deux ou trois petits tirages de cette photo.
SMC : Quelle est la chose la plus étrange que vous ayez eue à photographier ?
Il y a quelques années, le photojournalisme m’a amené parfois à photographier de bien étranges sujets, comme le visage d’un mort dont on voulait retrouver l’identité !
SMC : Aimez-vous montrer vos photos ?
Ce serait mentir que d’affirmer le contraire. Mais il ne s’agit pas de montrer pour montrer. Il faut que ce soit des repères dans son propre travail et une façon de le confronter régulièrement aux regards des autres, soit sous forme de livres, de tirages accrochés au mur ou de projections ; chacun de ces moyens proposant une lecture différente des images.