Vous connaissez Godard, Chabrol, Rohmer... Pas Moullet ? " L'arrière-petit-neveu du bisaïeul de ma trisaïeule avait tué un jour à coups de pioche le maire du village, sa femme et le garde-champêtre, coupable d'avoir déplacé sa chèvre de dix mètres. Ça me fournissait un bon point de départ... Il y a eu d'autres manifestations du même ordre dans la famille. " Originaire des Alpes du Sud, Luc Moullet, avec son sérieux imperturbable et son humour décalé, étudie les causes et les conséquences de ces phénomènes psychiques locaux... Critique presse Illustre représentant
d'une tendance comique du cinéma français ignorée du grand public, Luc Moullet n'en poursuit pas moins une oeuvre à la
cocasserie méticuleuse. Né en 1937 dans les Alpes du Sud, cet
impassible prince de l'absurde tire de ses origines une veine
régionaliste qui aimante une part de son cinéma vers les cimes. Une
aventure de Billy le Kid (1971), western rossellinien, ou Les
Naufragés de la D17 (2002), road movie beckettien, revisitent les
genres en question à flanc de montagne. C'est le cas avec La Terre
de la folie, à ceci près que sa source d'inspiration tient cette
fois d'un curieux mélange : entre la confession du journal intime et le
documentaire d'investigation sensationnaliste. Ça commence sur le registre du constat personnel : Moullet, barbe blanche surmontée d'une calvitie, le corps prostré à la limite de l'effondrement, s'adresse à nous face caméra depuis son appartement : "Je ne suis pas quelqu'un de très normal...", nous dit-il avec le plus grand sérieux. Puis enchaîne avec la visite de sa filmothèque, souligne sa propension au retrait et à la solitude, égrène quelques souvenirs filiaux, en évoquant la figure d'un père qui fut successivement partisan de Staline, Hitler, Enver Hodja, Mitterrand et Mao, et qui souffrit, lui aussi, de certains désordres psychiques relatifs à une histoire familiale compliquée. Parti de son cas personnel, Moullet aboutit de fil en aiguille, via la mémoire familiale, à l'origine probablement régionale de ces dysfonctionnements. C'est en tout cas ce qu'il entend prouver. Un simple raccord nous transporte alors dans ces Alpes-de-Haute-Provence dont il est originaire, et dont il entreprend de dresser, témoignages, théories et schémas à l'appui, une cartographie des faits divers sanglants qui s'y sont déroulés avec une fréquence apparemment très supérieure à la moyenne nationale aux dires du réalisateur.(...) La Terre de la folie évoque d'une certaine manière Terre sans pain, documentaire à la cruauté surréaliste de Luis Buñuel, revisité en la circonstance par l'art combinatoire de Georges Perec. L'intérêt manifesté pour la folie hermétique des assassins y est finalement une façon de suggérer que la société qui les juge ne tourne pas plus rond qu'eux. Jacques Mandelbaum / Le Monde |
