Biographie


Le 4 Avril 1891, naissance de Philippe, Georges, Emmanuel Gordolon  dit Paul Gordeaux à Nice au 20, rue d'Angleterre, de François-Félix Gordolon, architecte et industriel et de Louise Gioan, sans profession.

A 12 ans, élève du Grand Lycée de Nice, Philippe Gordolon signe "Jean Tambois" la rubrique cycliste du "Clou", journal des élèves. Il écrit en s'amusant et s'amuse si bien qu'il continue dans tous les genres à la mode : gazettes rimées, couplets ...Ceci l'amène après cette enfance studieuse et ses études classiques au Lycée de Nice à obtenir son baccalauréat (Latin-langues) et il s'oriente aussitôt vers le journalisme.

Le 1er Octobre 1908, à 17 ans à peine, il débute au "Phare du Littoral", quotidien du soir à Nice, comme reporter et
à "L'éclaireur de Nice", comme chroniqueur judiciaire . Dynamique, s'intéressant à tout, il s'occupe de plusieurs rubriques, les faits divers, les spectacles, la critique théâtrale, et c'est là, où il fait ses premiers pas de critique dramatique. A l'époque, la grande vogue, c'est la revue locale, pétillant d'idées, il commence à écrire ses premières revues.

En juillet 1909, il fait jouer, au Politéama à Nice, sa première revue "Nice en Flanelle" qui fut un grand succès.

Le 1er Novembre 1909, il  passe au "Petit Niçois", quotidien du matin (reportage, chronique judiciaire). 

De 1909 à 1919 il co-écrit avec Altéry une dizaine de revues annuelles et ils les font jouer à Nice et sur la Côte d'Azur (120 représentations chacune en moyenne),

Le 15 Mars 1914, au Palais de la Jetée Promenade à Nice, a lieu la première représentation de l'opérette en 3 actes, "Ni veuve, Ni joyeuse", co-écrite avec son ami niçois Altery,  opérette qui a eu dans la France entière plus de 1.000 représentations. Notre jeune journaliste devient auteur à succès dans son pays... Il rêve désormais de la capitale.

L'assassinat de l'Archiduc François-Ferdinand de
Habsbourg, le 28 Juin 1914 à Sarajevo, par un étudiant nationaliste serbe, va plonger l'Europe dans la Guerre de 14-18, 

Le 9 décembre 1914, Gordeaux est mobilisé pour le service armé auxiliaire, puis à dater du 12 février 1915, il entre au 6ème régiment de hussards ; il est réformé le 20 juin 1915 pour endocardite.

Le 27 novembre 1916, il se fait engager volontaire au 2ème régiment d'artillerie de Montagne. 

Le 16 août 1917, son engagement est résilié  par décision de la Commission de Réforme de Nice.

En 1918,
il  réintègre le "Petit niçois" où il effectue les commentaires quotidiens des opérations militaires. Le lendemain de l'armistice, il est nommé correspondant à Paris, chargé  d'envoyer à Nice des nouvelles de la conférence de la paix que l'on croit imminente. La conférence se fait attendre, la chance sourit au jeune niçois qui fréquente les salles de rédaction parisiennes et le 1er Février 1919, il entre à "l'Echo de Paris", un des cinq grands quotidiens de la capitale, comme rédacteur.

En 1921, il fait jouer une revue, qu'il a écrite en collaboration avec Jean Bastia, "L'Ecole des Chansonniers" au Perchoir.

Le 10 Juillet 1924 dans au restaurant célèbre de Paris
"Au Cochon d'Or" à la Villette , il fonde avec Philippe Tiranty, et dix autres amis niçois, "Lou Mesclun", foyer des amitiés niçoises de Paris. Toujours prêt à rendre service à ses compatriotes niçois, Il sera surnommé, "Le Consul de Nice à Paris".

En 1925 et 1926,  tout en demeurant à "l'Echo de Paris", il dirige la page quotidienne des spectacles du journal "Le Soir", nouveau journal fondé par les directeurs des théâtres de Paris,où il signe sous les noms de Paul Gordeaux, Philippe d'Olon ou Georges Emmanuel,
de nombreux articles sur le théâtre et le cinéma et réalise auprès du monde des lettres et de la scène une grande enquête : "Quelles pièces voudriez-vous voir entrer au répertoire de la Comédie Française ?. Classées en tête de ce vaste référendum : Cyrano de Bergerac et l'Arlésienne entrèrent quelques années plus tard au Théâtre Français.


En 1925, il engage comme assistant un tout jeune homme, Pierre Lazareff qui
deviendra par la suite son adjoint. Ainsi débutèrent une collaboration et une amitié sans faille de plus d'un demi-siècle.

Parallèlement à son activité journalistique, l'ex-revuiste niçois, Gordeaux aborde la scène à Paris avec plusieurs comédies musicales dont : "L'Ecole des Chansonniers", en collaboration avec Jean Bastia,

Le 28 novembre 1927, il fait jouer une de ses dernières créations, au théâtre de la Potinière, une opérette en 3 actes "Ma Femme" en collaboration avec Paul Briquet, qui obtient un vif succès.

En 1928, il devient directeur de la rubrique des spectacles et critique dramatique de "l'Echo de Paris". Il rédige, en alternance, le billet quotidien de première page, signé pendant plusieurs années "Prosper", puis" Le Franc-Parleur". 

Au début des  années 30, à l'avènement du cinéma parlant, Paul Gordeaux, fréquente le cinéma " Magellan" qui passe des films américains en version originale, pour perfectionner son anglais. Dans un de ces films une onomatopée prononcée par E.Robinson frappe Paul Gordeaux. Un jour pris de court pour parler d'un article qui ne veut rien dire, il dit à Pierre Lazareff " Ce papier, c'est du blablabla ".  Le mot fit fortune,  Pierre Bénard, rédacteur en chef du "Canard enchaîné", écrit un jour dans son journal : - Mon ami Paul Gordeaux dirait : c'est du blablabla..." Ce mot entra dans le langage français. 

En Août 1930, il co-écrit avec Marcel Espiau, une comédie en 3 actes, "Prisonnier de mon Cœur", jouée au Théâtre des Mathurins qui a un grand succès.

En 1931 "Prisonnier de mon Cœur" est portée à l'écran par Jean Tarride.

Il écrit plusieurs pièces en un acte jouées sur diverses scènes : "Le retour de Marius", "Souris d'hôtel", "Le dentiste", "La marraine de Chicago" .

Le 1er Juin 1937, il entre au quotidien "L'Epoque" comme directeur de la rubrique des spectacles, tout en continuant sa collaboration à "L'Echo de Paris".

Le 15 Octobre 1938, il entre à "Paris-Soir" et à "Match", comme grand reporter.

En 1939,Juste au début de la guerre,  il est envoyé spécial permanent à Londres des journaux du groupe Prouvost et notamment "Paris-Soir". Chef des Informations, il crée une rubrique célèbre "Le Match de la vie", pour  "Match".

Il profite d'une des rares trêves de sa carrière pour écrire "Les Contes de Madame", œuvre qui lui vaudra plus tard son élection à l'Académie de l'Humour.

Pendant l'occupation, grand reporter, chef du service des traductions de journaux étrangers et des écoutes de la radio étrangère, il rédige avec Albert Camus et Hervé Mille le "Paris-Soir" zone libre et  l'hebdomadaire "7 jours"
repliés à Lyon. Il est envoyé spécial permanent en 1942 de "Paris-Soir" et de "7 jours" à Zurich.

A la libération, à Nice où il se trouvait depuis que "Paris-Soir" et "7 jours" avaient cessé de paraître, il entre au quotidien "Combat" qui allait devenir par la suite "Nice-MatinIl
donne également des articles à l'hebdomadaire radical-socialiste "Opinions" à Nice.

Dès le 10 septembre 1944, Paul Gordeaux publie dans "Combat" un article intitulé « Au tour de Nice de revendiquer » : Tende et La Brigue doivent redevenir françaises". Ces deux communes étaient restées italiennes malgré le rattachement du comté de Nice à la France, lors du traité de Turin du 24 mars 1860 ; Paul Gordeaux lance ainsi une campagne de presse qui soulève l'enthousiasme des originaires de ce canton et dans laquelle il expose, et ce, pour la première fois dans la presse, tous les arguments qui militaient en faveur de cette ré-annexion.

Rédacteur en Chef de l'hebdomadaire "l'Ergot" à Nice, (Organe du groupe de résistance Lenoir), il continue, et amplifie cette campagne, en publiant les listes d'originaires de Tende et de la Brigue optant pour la France.

Après toutes ces campagnes de presse, et une très forte mobilisation d'élus locaux, l'information remonte jusqu'au cabinet du Ministère des Affaires étrangères "et au chef du Gouvernement provisoire, le Général de Gaulle, qui ordonne la création, au sein du « Comité de Défense Nationale », d’un bureau d’étude des affaires italiennes et charge Maurice Couve de Murville, délégué français au « Conseil Consultatif pour les Affaires Italiennes », de faire valoir auprès des Alliés les revendications françaises…
Après de nombreuses négociations et la conférence des "Vingt-et-Un" à Paris, Tende et La Brigue redeviennent françaises le 10 février 1947 et le transfert de souveraineté devient effectif le 16 septembre1947.


Le 15 Avril 1945, Pierre Lazareff devenu Directeur du tout nouveau journal "France-Soir", émanation du journal "Défense de la France", propose à Paul Gordeaux de revenir à Paris pour rejoindre son équipe et Gordeaux entre à "France-Soir" en qualité de secrétaire général adjoint, puis de Directeur littéraire.

En Juin 1946, sortie de son Livre "Les Contes de Madame", préfacé par Marcel Pagnol, aux éditions des Quatre Vents, volume de nouvelles très apprécié, lui ouvre les portes de l'Académie de l'Humour.

Le 05 décembre 1946, élection de Paul Gordeaux à l'Académie de l'Humour, alors co-présidée par Romain Coolus et Curnonsky, prince des gastronomes, et dont il devint par la suite le co-Président avec Marcel Achard de l'Académie Française.

Le 07 juillet 1947, Paul Gordeaux se marie avec Mademoiselle Amable Rocato à la Mairie du 18ème arrondissement de Paris, puis à l'église Saint Pierre de Montmartre.

A partir d'Août 1947, tout en demeurant Directeur littéraire de "France-Soir", il est détaché comme co-rédacteur en chef à "L'intransigeant", dont il assure également la critique dramatique.

En début d'année 1949, Paul Gordeaux  est sollicité par Jean Prouvost pour redonner vie
au  journal "Match" qui avait cessé de paraitre pendant la guerre. Gordeaux accepte le défi et "Match" renaît sous sa plume en "Paris-Match", transformé en magazine d'actualités. Le titre connaît dès le début un grand succès. Après ce lancement réussi, Gordeaux reprend tout naturellement sa place à "France-Soir", et Hervé Mille prend sa suite comme rédacteur en chef de "Paris-Match" au début de 1950.

Le 15 Juin 1949  Paul Gordeaux reçoit de Monsieur François Mitterrand, Secrétaire d'état à l'information, les indices de Chevalier de la Légion d'Honneur
par décret du Président de la République Monsieur Vincent Auriol.

 
Le 16 Novembre 1949, l'idée germe d'écrire un article sur la fin du demi-siècle et Pierre Lazareff propose à Paul Gordeaux de s'en charger. Ils décident, pour innover, de choisir un format vertical en forme de pellicule cinématographique et d'agrémenter le texte de dessins pour illustrer l'article. Ainsi est née la bande dessinée verticale.

Devant le succès rencontré par le film du demi-siècle illustré par le dessinateur Bellus, ils décidèrent de continuer les bandes dessinées et Gordeaux inventa "Le Crime ne paie pas", puisant sa documentation dans les vraies histoires criminelles. La première bande suivie d'une longue série naquit ce jour là.

En 1950, la série fut inaugurée par "l'Affaire des poisons", puis par "le Courrier de Lyon". Quelques jours plus tard, pour équilibrer la page, qui était boiteuse avec une seule bande verticale, Gordeaux créa une autre bande, "Les Amours Célèbres" avec pour première histoire "Juliette et Roméo" illustrée par Jean Reschofsky, qui encadrèrent à partir de ce jour à elles deux la "der" du journal


En 1955, il fait jouer une pièce "Les Assassins de Monchat, en collaboration avec Frédéric Dard, dirigée par Michel de Ré au Grand Guignol.

Du 25 février 1957 jusqu'en Septembre 1960, Paul Gordeaux est chargé d'adapter le feuilleton radiophonique de Francis Blanche et Pierre Dac "Signé Furax" en bande dessinée pour "France-Soir", avec pour dessinateur Henry Blanc avec la parution de 1174 bandes, les babus lui rendent hommage dans "le gruyère qui tue" en baptisant un cargo "Commandant Paul Gordeaux"

En 1961, Michel Boisrond a réalisé un film à sketches,  Les Amours Célèbres, inspiré des séries de bande dessinée de Paul Gordeaux.

En 1962, Gérard Oury a réalisé un film à sketches, Le Crime ne Paie pas, à partir des bandes dessinées de Paul Gordeaux.

Le 15 Mars 1962 Paul Gordeaux est élevé au grade d'Officier de la Légion d'Honneur par décret du Président de la République Charles De Gaulle et sa rosette lui est remise par son ami, Pierre Lazareff dans les salons de "France-Soir".


Paul Gordeaux sera pendant plus de 25 ans, le Directeur littéraire du Journal "France-Soir", tout en menant au succès ses deux bandes dessinées, qui feront époque dans la presse, " Le Crime ne paie pas" et " Les Amours Célèbres", dont les dessins furent  exécutés par les plus grands dessinateurs de l'époque : Bellus, Uderzo, Reschofsky, Blanc, Lenoir, Moles, Effel, Pecnard, Sennep, Grange, Carlotti, Lage, Berings, Chancel, Marshall, Rosenberg, Fabiano, Popineau, Taillefer, Gring et bien d'autres dessinateurs de grand talent qui participèrent à leur succès.

Il tint la rubrique de critique dramatique, avec beaucoup de sérieux et de courtoisie à la fois. Amateur de calembours, humoriste patenté, il savait d'une seule phrase, formuler son opinion sur une pièce. Pour une comédie musicale dont le titre était " Il faut marier maman" Gordeaux fit un article charmant, puis il le chapeauta d'un titre fulgurant : "Il faut marier Maman" et en dessous : "On n'est pas à la noce". Pour "Crime et châtiment", adapté par un jeune auteur, il précise : "Avec circonstances atténuantes" ; pour un mauvais spectacle joué par une comédienne connue revenant du Pirée, il rajoute "Les enfants du Pire".

Paul Gordeaux pendant sa longue carrière publiera plus de 10.000 bandes dessinées qui firent de lui l'historien le plus lu de France. " Car il ne racontait pas des histoires, mais l'Histoire" comme disait de lui Pierre Lazareff. Aux lecteurs français se sont ajoutés des millions de lecteurs de journaux italiens, belges, espagnols, portugais, brésiliens, argentins, canadiens, finlandais et égyptiens qui publiaient régulièrement "Le Crime ne paie pas" et "Les Amours Célèbres".

Il s'est éteint le 4 Mars 1974, dans sa villa du Mont Boron à Nice, entouré de tous les siens.

Le 13 mai 1978,  la Ville de Nice lui rend hommage, Jacques Médecin, Député-Maire de Nice, Président du Conseil Général des Alpes Maritimes, inaugure le " Square Paul Gordeaux" et la pose d'une stèle Médaillon, œuvre de l'artiste niçois Michel Jarry, devant de nombreuses personnalités et une foule d'amis dont Sam Cohen, administrateur de "France-Soir", en présence de son épouse, Madame  Amable Gordeaux et de ses fils André Gordeaux et Jean-Paul Gordolon.

Il s'agit du joli square planté d'oliviers, de parterres de thym et de romarin, situé au bas de la cascade des bassins de
Rimiez , qui domine Nice, avec une vue imprenable sur " la baie des anges", si chère au cœur de Paul Gordeaux.








                                                                                               
 












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