Vient de paraître : La Liseuse (Ed. P.O.L)
Depuis 1452 et la parution de la Bible à 32 lignes de Gutenberg, le
texte et le livre ont partie liée : publier un texte c’est faire un livre,
lire un livre, c’est lire un texte, acheter un texte, c’est acheter un livre.
Ce récit commence le soir où la petite stagiaire discrète
apporte à Robert Dubois le vieil éditeur qui dirige encore la maison qui porte
son nom, sa première liseuse. Ce bel objet hightech qui le regarde de son écran
noir, lui annonce que sa vie est en train de basculer. Que va devenir son
métier maintenant que le texte et le papier se séparent ? Quelque chose
couve qui pourrait fort bien être une révolution. Il le sait et cette
perspective le fait sourire.
La vie continue pourtant à l’identique, Dubois déjeune avec
ses auteurs, voyage chez les libraires, rencontre les représentants, mais il
porte sa liseuse sous le bras qui lui parle déjà d’un autre monde. Celui qu’il
va aider les gamins à bâtir, celui dont il sait qu’il ne participera pas.
De toute la force de son humour et de son regard désabusé et tendre il
regarde changer son monde et veille à garder, intact au fond de lui, ce qui
jamais ne changera, le goût de lire.
Ne pas rater : l
'Anthologie de l'Oulipo en Poésie-Poche Gallimard, enrichie du DVD de l'émission d'Arte pour
les 50 ans de l'Ouvroir. Ainsi que Le Petit Oulipo au éditions de la Rue du Monde.
Vient de paraître : C'est un métier d'homme (Ed. Fayard Mille et une nuits) :
Le
texte liminaire de mon recueil “Les athlètes dans leur tête” décrit un
descendeur au travail. Il s'agit du portrait d'un homme qui skie plus
vite que les autres hommes. C'est son métier.
Cette nouvelle comporte un double-fond manifeste que sa chute souligne, elle parle également du métier de nouvelliste.
C'est
dans cet espace d'ambiguité que s'est engouffré Hervé Le Tellier pour
nous proposer son portrait du “séducteur”. Surpris, je suis allé
reproduire sa démarche avec l'”écorcheur”. D'autres ont suivi, puis
d'autres encore.
La contrainte consiste à épouser le plus étroitement possible le texte souche en dressant le portrait d'un autre personnage.
A
la suite de la lecture publique qui a été faite de ces textes en
décembre 2008 à la BNF, les productions de portraits se sont
multipliées. Nombre d'entre elles circulent sur la toile.
Cette
prolifération transforme l' “autoportrait de l'homme au repos” en une
forme fixe qui est sans doute la première de cette sorte. A cette forme
nous avons donné le nom “d'autoportrait”.
Dans C'est un métier d'homme, sont rassemblés ceux qui ont été composés par les oulipiens.
Salut les lecteurs,
Un recueil de nouvelles est paru aux éditions Dialogues qui s’intitule
Manières douces et qui est signé d’un certain Profane Lulu.
Laissez-moi sortir du placard et vous dire que Profane Lulu, c'est moi. Ses Manières douces sont les miennes et le beau Profane n'est qu'un personnage de plus dans ma collection.
On peut aujourd'hui écrire d'amour librement dans un livre, point n'est besoin de se cacher. Je ne me suis pas privé de le faire dans le passé et j'aurais tout à fait pu signer Manières douces de mon nom. Je ne l'ai pas fait par jeu, pour m'inscrire dans une tradition qui a longtemps voulu que les auteurs de textes d'amour et de sexe se voilent la face pour cacher leur audace et plus sûrement pour s'éviter quelques ennuis.
Et puis il faut avouer que l'oulipien que je suis a eu le plus grand plaisir à brasser les lettres de son nom pour sortir du chapeau d'anagrammes le joli Profane Lulu.
Aurais-je écrit les mêmes textes que lui ? Je l'ignore mais j'imagine que mon clavier a été aussi le sien et que sa contribution est réelle. Sans lui, en tout cas, je n'aurais pas connu Adèle et je n'aurais pas su si bien l'habiller et si bien la décrire.
Ce choix est également et plus secrètement, celui d'une sourde inquiétude. Le politiquement correct, l'écologiquement correct, le sexuellement correct me terrifient et je vois trop bien comment à leur traîne risquent de ressortir les vieux serpents de la censure. Ils auront sans doute une nouvelle sorte de venin, une nouvelle longueur de queue et un nouvelle couleur de peau, mais on les reconnaîtra.
Alors pour le moment, je joue mais je souhaite que ça dure.
Un extrait de Courbatures paru en 2009 au Seuil et sélectionné pour le prix des lecteurs du Télégramme de Brest.
Rock’n’Roll attitude Encore dans la vibration de son dernier accord, dans les derniers applaudissements de la foule, il se précipitait pour ranger sa guitare. Il avait déposé la caisse marron, avant le concert, juste derrière les enceintes. Il y couchait la Les Paul après une rapide revue générale, pour voir si le beau vernis noir n’était pas rayé. Il glissait ses médiators dans la petite alvéole sous le manche et, à ce moment seulement, ôtait ses boules Quiès pour les remettre dans leur boîte en plastique et les ranger avec les cordes de rechange. Il étendait la petite couverture rose sur le dessus de la guitare, fermait le couvercle, donnait un tour de clef et prenait la poignée dans la main gauche pour ne plus la lâcher. Il lui fallait maintenant trouver le dealer. Il n’est pas difficile de trouver un dealer à la sortie d’un concert, le backstage en est plein. Mais il fallait trouver le bon. Il se faufila, guitare en avant, dans un troupeau de jolies filles et il trouva son homme. Il avait déjà eu affaire à lui. Il l’accueillit comme on accueille un vieux client. Ils se saluèrent poing par poing. Le guitariste s’assura que le minuscule paparazzo qui suivait la tournée était bien dans les parages et ne ratait pas une miette de la transaction. Il acheta tout ce que le dealer avait à vendre : héroïne, cocaïne, un peu d’herbe pour le fun. Cher forcément. Tarif « guitar héro ». - Tu as quelqu’un pour demain matin ? Il est bien ? - Raide. - Roule.
Et il partit en douce pour gagner son hôtel à pied en sifflotant. Il détestait les meutes de fin de concert et préférait se débrouiller seul. Dans l’encoignure sombre d’une porte il arracha cette perruque ridicule qui lui donnait une tête de pétard et la glissa sans ménagement dans sa poche. Il passa la main sur son crâne dégarni, comme pour le défroisser. Il sifflotait une petite mélodie de Mozart qui avait le don de le mettre en joie. Arrivé à l’hôtel, il monta directement à sa chambre. Il s’assura que la valise sur le lit était bien la sienne, posa sa guitare en sécurité sur la commode, se déshabilla, prit une douche, enfila un peignoir et téléphona tout de suite à sa femme, avant qu’il ne soit trop tard, pour s’assurer que le petit Chuck avait bien réussi son contrôle. Le gosse était brillant, mais il avait tendance à paniquer, tout le contraire de son aîné qui était d’un calme absolu et qui se montrait si secret. Tout allait bien à la maison.
|
|
Il sortit sa guitare et, sans la brancher pour ne pas déranger ses voisins, il reprit un passage dans un des solos qu’il avait joué tout à l’heure. Il avait eu une idée en jouant et il voulait s’assurer que ça pouvait marcher. Il joua le riff une douzaine de fois et sourit. C’était bien. Il allait l’essayer dès le lendemain. Il se mit ensuite le troisième Brandebourgeois sur la chaîne Hi-Fi et commanda une omelette salade au room service. Lorsqu’il eut terminé, il demanda qu’on le débarrasse, abandonna un gros pourboire à la femme de chambre, se mit au lit, lut son Philip Roth et s’endormit.
« Le muesli est le petit-déjeuner du guitariste » pensait-il en raclant les dernières gouttes de yaourt et les derniers flocons d’avoine qui restaient collés au fond de son bol, lorsque l’on gratta à la porte. Il alla ouvrir. Un grand type se tenait dans l’embrasure, maigre, livide, les dents mauvaises et les mains tremblantes. - C’est moi, dit-il sobrement. - Entrez. Asseyez-vous. Il lui expliqua sa mission dans le détail en allant et venant dans la pièce. Le gars suivait avec la plus grande attention. - C’est d’accord, dit-il, je peux le faire, mais vous avez rien pour moi, là, tout de suite ? Rien qu’un peu ? - Non. Vous savez très bien que vous pouvez me faire confiance. Vous aurez… Il fouilla dans sa poche et sortit toute la drogue qui s’y trouvait. - Juste une dose pour m’aider ? - Au travail. Il saisit sa guitare et sa valise et disparut.
Le lendemain matin, il poussa son bol de muesli pour ouvrir le journal. C’était parfait, une grande photo de la chambre dévastée, matelas éventré, lampes cassées, fauteuils brisés, déjections dans la salle de bains, souillures sur les murs. Dans l’article, il retrouva les références classiques à Amy Winehouse, à Naomi Campbell et à ce bon vieux Keith Moon, batteur des Who, qui lui servait de méchant « role model » de journal en journal tout au long de la tournée. Sa réputation de méchant rocker, de destructeur de guitares et de lampes de chevet, celle qui lui valait l’admiration des foules sages, des cachetons pharamineux et la terreur absolue des hôteliers, sortait confortée par ce beau massacre. Le grand junkie n’avait pas volé ses doses. Il fit un chèque de 50 000$ qu’il glissa dans une enveloppe à l’adresse de l’hôtel, il découpa soigneusement l’article, le glissa dans une chemise transparente, lissa bien la page et referma son précieux classeur « Rock’n’Roll attitude ». |