|


(portrait de Patrick Crispini - Films du Rhin/G.Rodriguez © TRANSARTIS 2001)
Thèmes: PÉTRARQUE et René CHAR; les lieux frontières: Rarogne, Fontaine-de-Vaucluse...
Musique: concerto pour 2 pianos & orchestre de F. Poulenc (extraits)
UN LIVRE-CLEF : LE SECRETUM
C'est dans son Secretum (Le Secret) que Francesco Petrarca (François Pétrarque), peut-être pour la première fois dans l’histoire de la littérature, se livre à une psychanalyse littéraire, s'invectivant lui-même pour mieux se pardonner, donnant à Saint-Augustin le rôle d'une sorte de praticien à l'écoute du patient, suscitant de la contradiction pour mieux féconder une recherche introspective et tenter de se donner bonne conscience devant les abîmes et angoisses existentiels. En cela, Mon Secret est un livre universel. L'opéra s'inspire de ce texte fondamental et le cite abondamment.
Bien que le spectacle épouse la forme traditionnelle d'un opéra, notamment par son découpage en actes et scènes et la continuité musicale dans lequel il baigne, il faudrait plutôt parler d'un action théâtrale enluminée par la musique. L'interaction entre les parties chantées, dansées, parlées ou mimées est conçue de telle manière que les enchaînements doivent couler de source et se fondre dans le flux dramatique. Bien que s'inspirant largement de la vie de Pétrarque, n'est pas biographique et ne revendique pas cette exigence. Au contraire, il rassemble, dans un kaléidoscope, des fragments révélateurs qui peuvent donner un éclairage particulier sur l'œuvre du poète, mais rassemblés dans un esprit de pure fantasmagorie.Le point de départ est un dessin de Leonardo da VINCI représentant deux têtes se faisant face, qui peuvent symboliser la jeunesse et la vieillesse d'un même individu. L'œuvre couvre la durée des deux dernières journées dans la vie de Francesco Petrarca, retiré dans sa maison à Arquà, dans les collines euganéennes, au-dessus de Padoue.
LE SYNOPSIS
Giovanni Bocaccio (Jean Boccace) est venu rejoindre Francesco Petrarca enfermé dans sa tour d'ivoire dans sa petite maison près de Padova (Padoue) dans les colli euganei (collines euganéennes). La rencontre entre deux hommes, l’un grand diplomate et fin lettré dans son époque, enfermé dans sa tour d'ivoire de son abondante bibliothèque et désormais tourné vers les anciens classiques latins et grecs, et l'énergie encore juvénile d'un poète tourné vers les temps nouveaux, compose un dialogue entre deux tempéraments, diamétralement opposés, mais portés par une admiration réciproque. L'usage de la langue latine des érudits, par Petrarca, de la langue vulgaire par Bocaccio, le goût de celui-ci pour les créatures aux mœurs légères, le dégoût et l'indifférence de Petrarca pour une sensualité définitivement réfrénée, dans le souvenir idéalisé de Laure de Sade, entrevue à Avignon dans sa jeunesse, tout devrait les séparer... Mais, à travers cette confrontation, on assiste plutôt au passage de témoin entre un esprit vieillissant, dégagé des combats jugés stériles, mais dont la surface de réflexion est désormais considérable, et les élans d'un artiste érudit mais plus instinctif, fiévreux, engagé, et à la ferveur d'une attraction réciproque.
L'ARGUMENT
Cet opéra, bien que s'inspirant largement de la vie de Petrarca, n'est pas biographique et ne revendique pas cette exigence. Au contraire, il rassemble, dans un kaléidoscope, des fragments révélateurs qui peuvent donner un éclairage particulier sur l'œuvre du poète, mais rassemblés dans un esprit de pure fantasmagorie. L'œuvre couvre la durée des deux dernières journées dans la vie de Francesco Petrarca, retiré dans sa maison à Arquà, non loin de Venise.
PROLOGUE
Une troupe de cirque de notre époque répète un spectacle d'opéra dansé et chanté sur la vie de Petrarca. D'étranges glissements, des similitudes s'installent entre des acteurs de notre époque et les personnages qu'ils incarnent. Petit à petit se crée un malaise : où est le présent où est le passé, qui sont les vrais personnages, où sont les faux-semblants. Seul le marionnettiste, à l'aide de fils magiques, connaît le chemin du temps...
ACTE I - SCÈNES I-III
L'action commence alors: c'est la répétition de la dernière scène du drame. Nous sommes à Arquà, ultime résidence terrestre de Petrarca, veille de sa mort, le 19 juillet 1374...
Première nuit - 19 juillet 1374
Le poète, appliqué à rédiger un ouvrage sur la comédie dans l'art est interrompu dans sa réflexion par le passage d'un groupe de pèlerins. De la porte, restée entrebâillée, un moine en défroque (c'est une des métamorphoses du marionnettiste) lui apparaît et l'interpelle sur la vanité des connaissances. Dans une nouvelle transformation (il est devenu un double de Petrarca, vêtu en homme du XXe siècle. Malgré les supplications de Petrarca, l'homme mime avec une vulgarité volontaire et ironique l'ascension d'une hypothétique montagne où le poète croit reconnaître la voix de son frère lors de leur ancienne et décisive Ascension du Mont Ventoux. Celui-ci lui annonce sa fin prochaine et lui suggère de provocantes images (le poète croit y discerner des amours secrètes entre son jeune disciple Bocaccio et Laura, sa divine et mystique inspiratrice. Le moine enfile un déguisement nouveau et apparaît en Saint-Augustin (épisode du Secretum). À la fin du dialogue, Petrarca, suffoquant, appelle ses deux fidèles serviteurs à la rescousse.
Lorsque ceux-ci entrent dans la chambre, ils trouvent le poète avec le moine apparu au commencement de la scène, qui lui transmet un précieux ouvrage de Socrate. Lorsque Petrarca ouvre le livre, une étrange lumière envahit toute la pièce et parviennent alors les effluves d'un bal à Avignon, où des figures miment des scènes grotesques et obscènes. On entend un chœur qui célèbre les vertus de la peste noire. Petrarca s'effondre et demande qu'on aille chercher Bocaccio.
SCÈNE IV-1 – MÉDITATION
C'est la clé de voûte de l'ouvrage .Durant cette partie centrale, Petrarca dialogue avec Saint-Augustin et des plaies de béatification lui sont révélées au travers de fresques de Piero della Francesca à Arezzo (images video). L'homme est une caverne qui résonne du silence de Dieu lui murmure le marionnettiste.
ACTE II - SCÈNES V-VII
Deuxième nuit - du 20 juillet 1374
Petrarca s'est enfermé dans sa chambre et y reste obstinément prostré. Ce sont les coups frappés à la porte par les serviteurs qui marquent la transition entre l'atmosphère un peu extatique de la méditation centrale et le retour dans le décor de la première partie. On entend à nouveau le chant des pèlerins. Petrarca, qui écrit, semble prit dans un état de torpeur. On frappe à nouveau à la porte. C'est Bocaccio qui est arrivé. Petrarca ouvre la porte et les deux hommes s'étreignent puis se font face. Un dialogue s'ensuit, où Petrarca évoque sa jeunesse, prodigue des conseils à Bocaccio en lui suggérant des règles qui, à ses yeux, lui paraissent garantes de la vraie connaissance. A l'évocation de Laure par Bocaccio, Petrarca repousse violemment son ami. On voit alors, en ombre, la silhouette du marionnettiste, dont le masque et le costume évoque maintenant Orson Welles. Celui-ci accomplit des tour de prestidigitation, et fait apparaître dans un jeu de miroirs la silhouette de Laure (images vidéo et jeu rappelant la scène des miroirs dans La Dame de Shanghai). A la fin du jeu, de sa cape, Il recouvre les corps de Petrarca et Bocaccio, qui semblent fascinés par le spectacle.
DANSE DU DÉSIR
Laure entreprend une danse érotique... Durant tout
le ballet les visages de Saint-Augustin, de Socrate, de Bocaccio, apparaissent
tour à tour, se confondent. A la fin de la danse, Laure se dirige vers la table
de travail du poète et fait mine d'y travailler. Petrarca, s'éloignant de Bocaccio, chante son amour à Laure, demande qu'elle lui reste pour toujours. Le
marionnettiste, qui a repris l'apparence de Saint-Augustin, et Bocaccio se
munissent alors de la couronne et de la toge. Ils en recouvrent le corps nu de
Laure. Puis ils s'emparent du poète et l'emmènent vers la porte. Mais, lorsque
celui-ci se retourne, on voit que c'est Laure qui a pris sa place. Se
libérant de l'étreinte du marionnettiste, elle se précipite vers le corps
recouvert de la toge et de la couronne de lauriers. Quand elle soulève le drap,
elle découvre le corps sans vie de Petrarca, tenant sa plume à la main... Au
signe convenu du marionnettiste, elle s'éloigne lentement et disparaît avec
lui, pendant qu'on entend à nouveau le chant de procession des pèlerins (entendu
au début de l'œuvre). Les deux serviteurs entrent et prennent délicatement
d'entre les mains du poète la page où celui-ci a tracé ses derniers mots. Mais
le marionnettiste, qui est revenu et a pris à nouveau les traits de
Saint-Augustin, leur arrache le feuillet des mains, dans un rire sarcastique et
triomphant. Les serviteurs demeurent pétrifiés. La lumière décroît lentement: alors, sur un signe
du marionnettiste, apparaissent, comme dans un songe, les silhouettes de Bocaccio et de Laure, enlacés.
On entend un carillon dans le lointain.
Quelques liens:- Pétrarque en Provence (© Catherine Dhérent, juillet 2009)
- François Pétrarque, esquisse d'un portrait spirituel (© D.Sinko-Depierris-Unizd-2007)
- Pétrarque, l'Ascension du mont-Ventoux (© Michael Kenna-BNF-Paris)
- Pétrarque, les voyages de l'esprit (© Nicolas Mann-Editions Nomina)
© TRANSARTIS PC – Juillet 2010 – tous droits réservés

