PARADIS ICI ET MAINTENANT
Ce titre fait un peu ringard je dois l'avouer. Il
n’est cependant pas question de parcourir le chemin religieux qui nous bassine
depuis plus de 2000 ans et d'ailleurs il ne sera pas question de parcourir un quelconque chemin du fait que la beauté se dévoile à elle-même, sensitivement. Mon idée serait de parvenir à approcher une infime parcelle de cette beauté en passant par un canal non pas intellectuel mais direct, le ressentir.
Laissons notre mental au repos, taisons le cerveau
savant et ressentons directement, nos tripes en éveil, chacune de nos cellules
ouvertes à la sensibilité perceptive. Ressentons à travers ces images et entendons par le cœur, vivons l’émotion tout en évitant
soigneusement de nommer, d’interpréter, de disserter au sujet de ce que nous percevons.
Certes ce ne sont que de simples fleurs, pourtant vivons les fleurs directement, laissons-nous pénétrer par elles,
changeons de dimension; le végétal comme l’animal ne nous sont pas étrangers,
pas plus que le minéral. Ces règnes ne sont pas séparés de nous, ils vivent en
nous et au-delà et leur langage n’est pas celui que nous utilisons ordinairement et pour la fameuse raison raisonnante ou raisonnable qui nous vaut tant de guerres et de conflits mondiaux parce que locaux à l'origine ... Leur langage, le langage de la nature, langage primaire à nos yeux, langage rustique selon une expression de George Sand, ne passe pas par le canal de la mémoire mais s'exprime directement par le cœur, par la profondeur.
Poursuivons notre voyage, envolons-nous ! :

Bien ! Les fleurs ne nous inspirent pas "des masses", nous ne décollons pas encore, alors utilisons les ailes d'un oiseau et
voyons si nous ne nous transportons par aussi légèrement que ce pigeon dans un royaume bien
actuel, bien visible, bien vivant, notre royaume, la terre et le ciel,
cette diversité de couleurs, cette multiplicité de formes.
Nous sommes passés des fleurs à l'oiseau, du végétal à l'animal. Chacun de ces règnes sont conscients et animé d'une vie propre, d'un propre univers de conscience. Le règne humain n'annihile pas les règnes précédents, pas plus que le végétal n'annihile le minéral et que l'animal n'annihile le végétal. Mais l'être humain s'imagine exister par lui-même et se coupe du minéral, du végétal et de l'animal. Lorsque nous utilisons le mot "nature", avons-nous conscience que ce mot pointe vers une réalité globale, holistique, non fragmentée, non morcelée ? La nature ce n'est pas seulement ce qui est extérieur à nous mais nous sommes intégrés en son sein et la conscience elle-même ne s'en sépare pas.
En tournant les pages nous découvrirons différents paysages de cette région centre où je demeure depuis déjà quelques bonnes années. Il n'y a pas un itinéraire à suivre, un guide routard, seulement des rencontres avec mon appareil photo. Notre seul guide sera de ressentir par soi-même la beauté d'une France profonde, d'une campagne pas encore ravagée par le béton et les tentacules de nos citées.
Presque chaque jour j'utilise ma voiture parce que je suis moderne, et chaque jour je remarque le nombre de papillons ou autres insectes volant ou rampant écrasés soit sur le pare brise, soit sous les roues de ma voiture. Alors je ne peux m'empêcher de penser que le monde moderne ne laisse aucune place à la nature. Dans le Berry comme ailleurs on prend bien soin d'entretenir les routes et les bords de routes et aussi chacun entretient correctement les alentours de son habitation par une tonte rase et un goudronnage si ce n'est un bétonnage. Ce qui a pour résultat de réduire les biotopes et si l'on parle assez régulièrement des oiseaux migrateurs, on ne songe pas alors aux insectes migrateurs qui eux ne s'élèvent pas si haut et sont victime de notre rythme accéléré et de nos machines à nous déplacer. Bientôt seules les images parlerons à nos enfants d'un paradis vivant du temps de nos ancêtres sauvages...
Et maintenant prenons par exemple une simple feuille
d’arbre, laissons-nous porter par elle comme elle se