HISTOIRE DE L'EMPIRE

 

8984 de l'ère Impériale

par

Philippe TAHMAZYAN

 

 

                                                                                          

 

PREMIERE PARTIE

Il faisait encore sombre, le ciel du noir virait au bleu. L'air était doux mais chargé d'une légère humidité. Devant lui s'étendait la plaine, de ci de là, des arbres fleurissaient de la terre. Quelques oiseaux chantaient, heureux, c'était le printemps.

Il tourna son regard vers la droite et regarda son vaisseau. Derrière, le soleil allait bientôt se lever et déjà des rayons de lumière jouaient avec son engin. Il pensa à ces années d'efforts, de sacrifices, l'aide de son vieil ami, qui lui avait fourni l'argent nécessaire, mort maintenant. Il avait tout sacrifié, famille, travail, amis, pour arriver à accomplir son rêve. Il avait toujours voulu aller dans les étoiles et maintenant, il allait gravir le premier échelon, bien petit échelon, car son vaisseau n'était encore qu'un prototype et les étoiles étaient encore inaccessibles, mais cela commençait à devenir une réalité. Il regarda le ciel comme il l'avait fait tant de fois. Sirius le défiait toujours de son riche éclat d'azur, Betelgeuse lui souriait de sa face orange, Rigel, stoïque et froid, regardait d'un air nonchalant cet animal qui voulait se hisser à leur niveau.

Il souria, que l'Univers était beau. Il marcha vers son vaisseau, la porte était ouverte, et il se hissa à l'intérieur. Il n'y avait ni passerelle, ni échelle, il n'avait pas eu le temps de penser à tous ces petits détails. Il referma la porte, et suivit un petit couloir ou il pouvait contempler sur sa droite le moteur qu'il avait conçu, et déboucha dans le poste de pilotage. L'ensemble était assez petit, il avait utilisé le fuselage d'un avion pour construire son vaisseau. Peu de personnes étaient au courant de ses recherches. Il n'avait rien voulu dire aux savants de sa planète car personne n'aurait pris son projet au sérieux. C'était son triomphe, sa victoire à lui seul. Bien sur, cela se ressentait dans la conception du vaisseau qu'il avait baptisé le Deneb. Surtout au niveau de la sécurité, en cas d'une dépressurisation, ce serait la mort immédiate car il n'avait qu'une combinaison ignifuge. Quant aux instruments du tableau de bord, on n'y voyait qu'un altimètre et un ampèremètre qui servait à surveiller son moteur. Sur sa gauche se trouvait le radar, à droite l'ordinateur. C'était à ce dernier que revenait la tache complexe de guider le Deneb, de gérer l'atmosphère et surtout de faire fonctionner le moteur.

Il s'assit et donna les ordres pour le décollage. Il n'y avait aucun bruit, l'ordinateur travaillait en silence, il vérifiait des centaines de paramètres et s'occupait à présent de régler minutieusement les champs magnétiques pulsés qui allaient emporter son vaisseau vers les cieux. Le moteur était parcouru de légers frémissements. Il appuya sur un bouton bleu situé devant lui. Le vaisseau pointant sa proue vers l'azur, s'élança d'un bond. L'accélération fut très brutale et il était littéralement cloué sur son siège. Il fallait qu'il soit très vite hors de portée des radars terrestres pour éviter d'être repéré. Il ne tenait pas à ce que les militaires soient au courant de son invention. Il voulait rester encore pour quelques temps le seul à maîtriser la propulsion spatiale. Il avait une accélération d'un kilomètre à la seconde. En moins de deux minutes, il aurait atteint sa vitesse maximale de trois cent cinquante mille kilomètres à l'heure.

Il franchit d'un bond l'ionosphère et maintenant l'espace intersidéral s'écoulait devant lui. Noir comme l'inconnu. Il commençait à avoir peur. Tout à l'heure, il trouvait son aventure fantastique, mais maintenant, il pensait bien qu'il était fou. Il était seul et il voulait conquérir l'Univers. S'il avait le moindre problème, il mourrait loin de tout, seul, maintenant. Il se rendait compte de l'énormité de ce qu'il faisait, mais les dés étaient jetés.

Pendant une semaine il navigua dans l'espace intersidéral vers sa destination à bord de son fragile esquif, les heures alternants aux heures. Au fur et à mesure qu'il s'éloignait de la terre, il s'émerveillait de la beauté des étoiles. Il avait l'impression de ne faire qu'un avec l'Univers. Peut-etre que l'homme et l'Univers ne formait-il qu'un tout. C'était l'endroit idéal pour aller à philosopher. Peu à peu, Mars, car tel était sa destination, commençait à grossir de plus en plus. Le point lumineux qui avait été la planète devenait maintenant un astre imposant. Dans quelques heures, il serait le premier homme à se poser sur cette planète. Il souria, pendant une semaine, il n'avait pas cessé de penser, il faut dire qu'il n'avait pas beaucoup d'occupation, il pensait à cet instant qu'il allait vivre et qui devenait réalité. Quoi de plus fantastique qu'un rêve qui devient réalité ?

Bientôt, le globe Martien envahit tout son champ de vision. Il chercha sur son radar l'endroit où il voulait atterrir. Il avait choisi la région de Chryse, là où bien des années auparavant s'était posé la sonde d'exploration Viking. Silencieuse depuis de nombreuses années. Il la repéra facilement sur sa caméra de télévision et l'accrocha au radar. Seule machine perdue au milieu de l'immensité du désert martien.

Le Deneb descendait maintenant lentement vers son objectif. Peu à peu, une atmosphère ténue laissa la place au vide sidéral. Le relief s'accentua et il pouvait distinguer des monts et des vaux. Très délicatement, il posa son engin à quelques dizaines de mètres de la sonde terrienne. Il manipula la commande d'ouverture du sas qui s'ouvrit d'un coup sec. Il avait mis une bouteille d'oxygène pour pouvoir respirer, et sauta d'un pas leste sur la terre martienne. Il ne pesait que le tiers de son poids terrestre, soit environ trente-cinq kilos. Il pensa aux impressions du premier homme sur la Lune. Cela ressemblait à un rêve, et sortait tellement de l'ordinaire. Il leva les yeux. Le pale soleil qui éclairait la surface était encore haut dans le ciel noir d'encre. Par manque d'oxygène, la teinte bleue si familière sur la Terre ne pouvait exister sur Mars. Il s'approcha d'un pas mal assuré de l'antique sonde. A travers son gant, de sa main droite, il caressa ses instruments comme un maître caressant un animal familier. Il se sentait fier d'appartenir à la race des hommes.

"Tu as ouvert la route petite sonde, maintenant nous prenons la relève".

Il ne ressentait pas grand chose au travers de sa combinaison mais il lui semblait que l'air était doux, enfin le peu d'atmosphère qu'avait Mars. Il regarda une dernière fois la sonde puis retourna dans son vaisseau. Il n'était pas venu jusqu'ici pour faire du tourisme. Il cherchait quelque chose, plus exactement les vestiges de quelque chose, il ne croyait pas à cette théorie de l'homme descendant du singe. C'était trop ridicule. Quand il avait vu les photos de la surface martienne avec ces traces de fleuves gigantesques qui y avaient coulés des dizaines de milliers d'années auparavant, une impression, peut-être un sixième sens lui avait dit qu'en fait, les ancêtres des hommes étaient nés sur cette terre. Pour une raison qu'il ignorait, une guerre nucléaire ou peut-être contre des extraterrestres, ils avaient disparus mais quelques-uns uns s'étaient échappés sur la Terre où ils avaient fondé une nouvelle civilisation.

Il avait étudié les cartes de Mars et l'endroit qu'il avait choisi pour effectuer ses recherches était la grande faille, qui se trouvait plus à l'Est. Cette grande faille était une crevasse longue d'un millier de kilomètres, large de trente et profonde de près de quatre kilomètres, soit la moitié de l'Everest. S'il devait trouvait des ruines, assurément ce serait là, du moins c'est ce qu'il espérait. Il remit en route son vaisseau et parcouru la surface martienne à quelques dizaines de mètres. Après plusieurs heures de vol, il approcha de la grande faille. Il engagea son vaisseau à l'intérieur de cette grande crevasse profonde de quatre mille mètres.

Le Deneb maintenant avançait lentement dans la pénombre qui régnait entre ces profondes murailles. Il évitait de penser car au fur et à mesure que le soleil se couchait, l'idée de passer une nuit sur cette planète désertique lui donnait des frayeurs. Il ne pouvait s'empêcher de se souvenir de ces films d'horreurs qu'il avait vu sur Terre. Au cinéma, entouré de centaines de personnes cela pouvait prêter à sourire mais pas ici. Car après tout, les premiers explorateurs de l'Amérique ou des Indes avaient dû êtres surpris par ces animaux étranges qui les peuplaient. Bien sur, il n'y avait pas de vie ici, mais il ne pouvait s'empêcher de laisser vagabonder son imagination. Il tombait de fatigue. Après tant de journées d'apesanteur, l'effet de subir à nouveau la gravitation l'avait épuisé. Ses muscles s'étaient habitués à travailler sans effort. Il décida de passer la nuit ici car s'il retournait en orbite, il n'était pas sur de revenir à l'endroit exact où il avait arrêté ses recherches. Il immobilisa son vaisseau à une trentaine de mètres au-dessus de la surface et alla dans ce qu'il appelait le carré pour s'y endormir. Heureusement que son moteur ne fonctionnait pas à l'hydrogène et oxygène liquide sinon il réveillerait tout le quartier. Les délicats champs magnétiques murmuraient à son oreille et il sombra dans un repos bien mérité.

Le vent s'était levé et soufflait maintenant en rafales. Le Deneb vacillait lentement sous ses assauts répétés. Un soleil s'était couché mais des milliers d'autres brillaient dans la nuit. Des mondes fantastiques, étranges, merveilleux, des mondes qui avaient enfanté d'autres êtres tout aussi fantastiques et qui eux aussi cherchaient à fuir le sein de leur mère. Pendant des milliers d'années, des centaines de générations avaient essayé de vaincre la gravité énorme de leur étoile pour s'évader et découvrir l'Univers qui leur appartenait de par leur lignée puisqu'ils étaient nés des étoiles. Bientôt, les hommes feraient partis de ceux qui ont réussit.

Il s'éveilla en sursaut. Pourquoi ? Il ne le savait pas, peut-être que son subconscient avait-il eut peur. Mais apparemment, il n'y avait aucun danger. Il alla vérifier les instruments de bord, tout allait bien. Dehors, le vent soufflait de plus en plus fort, il devait y avoir une tempête en surface. De ces tempêtes si fréquentes sur cette planète agonisante. Son vaisseau enfoncé dans la grande faille de Mars y était relativement à l'abri. Des petits tourbillons de sable se formaient ça et là et s'élevaient dans les airs. Il regarda le spectacle un instant, c'était joli. L'ordinateur annonça que tout était en ordre de marche. Le Deneb se remit en route. Il était à une trentaine de mètres de la paroi et avançait doucement oscillant sous les bourrasques de vent.

L'après-midi tirait de nouveau vers sa fin. Toute la journée, il avait scruté la paroi et le sol pour trouver un indice, quelque chose. Peut-être avait-il tort, il n'y avait jamais eu de civilisation martienne et sa quête était vouée à l'échec. Il reprit néanmoins ses recherches jusqu'à ce que la nuit étreigne de nouveau son vaisseau dans un linceul d'obscurité. Il rejoignit sa couchette et s'y étendit, écoutant la plainte du vent dans la vallée. Il s'endormit sans même sans rendre compte. De nouveau, un matin se leva, et le Deneb reprit sa progression. L'après-midi était déjà fort avancé, et il n'avait rien mangé, lorsqu'il aperçut une pierre à l'aspect rectiligne qui tranchait dans son environnement. Il avait vu de nombreux rochers, et saillies mais celui-ci attirait son attention. Il stabilisa son vaisseau à quelques centimètres du sol. Il revêtit de nouveau sa combinaison et il sortit du sas. Il approcha de la pierre qui l'avait intrigué, le bas du rocher était recouvert de sable et il s'enfonçait jusqu'aux chevilles. La pierre, qui l'avait intriguée, était lisse et rectiligne comme façonnée par un outil.

Il ne voyait pas d'entrée, mais elle pouvait être obstruée par le sable et des éboulements de rochers. Il retourna à son vaisseau pour allait chercher une pelle et commença à déblayer la terre autour de cette pierre à l'aspect étrange. Après une heure d'effort, il l'avait dégagée sur un mètre, mais une grande partie de la pierre était encore sous les sables et continuait dans la terre. Apparemment, les milliers d'années avaient recouvert l'entrée hypothétique d'une couche de sable et de terre de plusieurs mètres. Il travailla toute la soirée à la lumière des projecteurs, et au fur et à mesure qu'il déblayait le sable et les roches, se dessinait ce qu'il avait pressenti. C'était une colonne gigantesque qui avait du faire plusieurs dizaines de mètres de haut. Elle faisait l'angle de droite d'une entrée non moins imposante mais elle était brisée en plusieurs endroits comme si elle s'était affaissée sur elle-même. Il parvint à dégager une petite ouverture et, muni d'une torche électrique, il pénétra à l'intérieur. Le sol était jonché de débris de pierres, de terre et de sable. C'est à peine s'il pouvait discerner, à travers les faisceaux de sa lampe et les monceaux énormes de pierres posés sur le sol, une entrée. Mais, plus il progressait, plus sa vision se faisait plus nette, c'était bien une entrée. Une entrée gigantesque. Ce qui faisait office de plafond culminait, à ce qu'il entrevoyait par instants, à des centaines de mètres de hauteur. C'est vrai qu'il était au pied de la gigantesque faille de Mars et qu'elle était profonde de plusieurs milliers de mètres.

Il contourna des blocs de pierre de plusieurs tonnes qui étaient tombés du plafond. Il escalada des monticules de sables, descendit des crevasses et s'enfonçait toujours plus dans les flans de la montagne. Il avançait depuis presque une heure dans ce dédale lorsqu'il émergea dans une espèce de cirque vaste comme une ville. Des cavités immenses étaient creusées dans le roc, il en estima le nombre à près d'une centaine. Mais à quoi pouvaient-elles servir, et qu'était ceci. C'était aussi grand qu'une ville de la Terre, mais on ne voyait pas de traces d'infrastructures, ni de ruines. Cela ressemblait plutôt à un immense entrepôt.

Il s'approcha de l'une de ces cavités qui était en fait un immense hangar. Sur l'entrée, il distinguait une forme géométrique à hauteur d'homme, qui ressemblait à des armoiries. Cela représentait une galaxie qui pouvait être Andromède mais néanmoins différente, le tout sur un fond étoilé. Lorsqu'il passa le seuil, une lumière s'alluma, petite et diffuse, comme une veilleuse. Des systèmes automatiques devaient continuer de fonctionner depuis des milliers d'années ou bien, il devait rester des êtres vivants ou des androïdes pour s'occuper de cet immense entrepôt. Il enleva son masque à oxygène et constata que l'air était non seulement respirable mais chargé d'une odeur agréable. Ce qui confirmait son impression de fonctionnement de l'ensemble. Ses yeux s'étaient accoutumés à cette lumière diffuse et il en profita pour explorer le reste de cette immense cavité. Il remarqua d'autres armoiries et des restes de drapeaux, de fanions. Tout cela avait plutôt des consonances militaires, comme un port de guerre dont les vaisseaux étaient partis pour d'autres horizons.

Il examina d'autres hangars, et tous se ressemblaient. A chaque fois qu'il franchissait un seuil, une lumière diffuse l'éclairait puis s'éteignait lorsqu'il en ressortait. Comme il était au fond d'un puits gigantesque, il devait forcément exister des ascenseurs. Il prospecta le fond d'une de ces cavités et il finit par trouver une forme qui ressemblait à un ascenseur, si ce n'était sa taille gigantesque. Un gros porteur Terrien aurait pu y tenir à son aise. Le problème était qu'il ne savait pas comment le mettre en route. Après une recherche infructueuse de boutons de commandes manuelles ou orales, il se décida à rechercher un hypothétique escalier de secours, car on ne pouvait penser que pour chacun de leurs déplacements les occupants de ce système employaient ce gigantesque ascenseur. Effectivement, même pour des êtres ayant vécus à des milliers d'années d'écart, la logique se frayait les mêmes chemins. Il existait bel et un bien un escalier. Ce dernier était caché dans un renfoncement noyé dans une ombre, mais il était large et lorsqu'il l'emprunta une lumière précéda ses pas. Il monta des dizaines, voire une centaine d'étages. C'était des étages hypothétiques car, s'il y avait bien un palier, il ne donnait sur aucune pièce, ni entrepôt, rien. Ces paliers servaient peut-être de repère, ou bien il y avait des mécanismes pour ouvrir ces portes mais il ne les décela pas. Au bout d'une heure, il ne déboucha pas sur le palier habituel mais sur un hall, immense certes, mais de taille raisonnable par rapport à l'immense entrepôt qui se trouvait à des centaines de mètres sous ces pieds. Comme un animal sentant un danger, son instinct perçut un changement. Peut-être une odeur nouvelle, ou un bruit, c'est vrai qu'il n'y avait pas eu un seul bruit durant toute son exploration que celui de ses pas. Mais maintenant il semblait entendre quelque chose, ou bien c'était son corps qui commençait à donner des signes de fatigues. Il décida de s'asseoir par terre et de manger une barre de vitamines. Il allongea ses pieds pour se détendre. C'était complètement fou, peut-être qu'il était devenu fou et qu'il ne s'en était pas aperçu. Peut-être qu'il était toujours sur Terre et des médecins le soignaient dans un hôpital psychiatrique mais il n'en avait pas conscience, perdu dans ses rêves. Oui, il était vraiment fatigué, et dès qu'il aurait mangé un peu et reposé ses muscles, toutes ces sottes pensées s'envoleraient vers son subconscient. Sans même s'en rendre compte, il sombra dans un sommeil réparateur.

Brusquement, il ouvrit les yeux. Un vieil homme se tenait devant lui et le salua du regard. Il avait du s'endormir sans s'en rendre compte ou bien cet homme devait être responsable de son sommeil. Il se releva et lui rendit son salut.

"Bonjour vieil homme".

Il attendit sa réponse mais ce dernier semblait l'ausculter du regard, le jauger à son allure.

"Je viens de la Terre".

Je sais d'où vous venez.

"Comment le savez-vous ? Et comment comprenez-vous ma langue ?"

Je sais d'où vous venez et bien d'autres choses. Sa voix était lente et puissante, presque lasse.

Vous venez de la Terre et je vous attendais.

Il ne put s'empêcher d'exprimer sa surprise

"Vous m'attendiez ? Pourquoi ?"

Venez. Marchons vers ce qui me tient de demeure dans cet ancien monde.

"D'où viens tout ceci ? Il y avait des vaisseaux en bas ?"

Du calme mon garçon. Marchons d'abord, je vous expliquerais ensuite.

Pendant qu'ils avançaient, il continuait à observer les environs, comme un touriste suivant son guide. Ils passèrent une porte voûtée et pénétrèrent dans ce qui devait être ses appartements. L'air était odorant, l'odeur agréable d'un grand-père. Le vieil homme lui montra une chaise et il y prit place. Son interlocuteur semblait savourer ces moments comme quelqu'un qui ne reçoit pas souvent des visites et qui prolonge les instants de compagnie.

Il ne dit rien et attendit. Il ne voulait pas passer pour un jeune fougueux sans cervelle. Après tout, rien ne pressait et il avait vraiment tout son temps.

Voulez-vous quelque chose à boire mon jeune ami ?

"Oui. Un jus de fruit si vous avez".

Le vieil homme se mit à rire.

Bien sur. Quel genre de fruit voulez-vous ?

"Pomme s'il vous plaît".

Un robot, tout ce qu'il y a de plus métallique, avec un aspect défraîchi ressemblant à une pièce d'antiquité, lui apporta un verre remplit d'une odeur pomme.

S'il vous plaît, monsieur.

"Merci".

Il but une gorgée. C'était agréablement frais et il vida tout son verre d'un trait avant de le rendre au serviteur. Il se tourna vers le vieil homme.

"C'est assez grand ici. Vous êtes seul ? Y-a-t-il d'autres personnes ?"

Il n'y a personne ici que des robots.

"Et vous ?"

Je suis un robot. Un androïde certes, mais un robot.

Une seconde fois, il fut surpris mais quoi de plus normal lorsque l'on découvre un nouvel horizon.

"Il n'y a plus aucun être humain ?"

Qu'est-ce qu'un être humain ?

"Eh bien c'est quelqu'un comme moi ! Fait avec de la chair et du sang".

L'homme sourit.

Oui, de chair et de sang. Il marqua une pause et rajouta

Non, c'est trop primitif comme matériau de construction.

"Oui je sais, mais nous n'avons pas choisi".

Non, mais d'autres l'on fait à votre place.

"Quels autres ?"

Ceux qui vous ont conçus.

"Seul dieu nous a conçu !"

Qu'est-ce qu'un dieu ?

"C'est quelqu'un qui peut créer des êtres pensants comme des hommes, ou sans âme comme les animaux".

Quelqu'un qui construit un robot est un dieu alors ?

"En quelque sorte oui, pour le robot, mais ce dernier n'en a pas conscience".

N'est ce pas soi que l'on personnalise en prêchant qu'il y a un dieu, seul au-dessus de tous ?

"Il faut un début à tout".

Un homme peut-il commencer une humanité sans une femme ?

"Non. Mais des animaux le peuvent".

Aurait-il créé des animaux en premier ?

"Peut-être. Et nous ensuite".

Pourquoi vous aurait-il fait dual ?

"Pour nous apprendre l'amour, et que l'on puisse l'aimer lui aussi, sinon nous ne saurions pas ce qu'aimer veut dire".

Le robot serviteur se tenait maintenant près de la porte, impassible.

"Vous êtes en train de me tester ?"

Non ?

"Pourquoi ces questions bizarres, alors ?"

Est-ce bizarre de la part d'un androïde de questionner la vie ?

"Non". Il avait répondu d'une voie lente.

"Lorsque l'on rencontre un étranger, on lui pose de nombreuses questions. D'où vient-il ? Que fait-il comme métier ? Que veut-il ? A-t-il de bonnes ou mauvaises intentions ? On se montre chaleureux ou prudent mais on ne palabre pas sur des questions métaphysiques".

Si vous rencontriez un de vos lointains ancêtres, lui demanderiez-vous d'où il vient ?

"Non, je le saurais".

Lui demanderiez-vous ce qu'il fait ?

"Non, pas tout de suite".

Seriez-vous chaleureux ou prudent avec lui ?

"Il faudrait un temps pour faire connaissance avant le laisser s'exprimer ces sentiments".

C'est ce que je fais avec vous.

"Mais je ne suis pas un de vos descendants, ni un ancêtre".

C'est vrai. Mais je considère les hommes comme mes enfants.

"Vos enfants ?"

Oui.

"Et moi ?"

Un enfant curieux qui se pose des questions.

"Que faites-vous dans cet endroit ?"

J'attendais le premier de mes enfants qui foulerait ce sol.

"Vous avez été chargé d'un message à me transmettre".

J'ai la connaissance à te donner.

"Est ce à moi de poser toutes les questions ou à vous de commencer à parler et moi d'écouter?"

Le vieil androïde se mit à rire.

Comme un enfant curieux et pressé, tu voudrais tout savoir en quelques secondes.

"C'était à son tour de rire. Une complicité s'était installée entre eux. Comme entre un grand-père et son petit-fils".

"J'ai faim. Je mangerais bien une omelette ou un peu de viande".

De la viande il n'y en pas, ce serait du cannibalisme.

"Vous êtes végétarien ?"

Moi ? Je ne mange rien. Mais les animaux comme les hommes sont faits de chair et de sang, manger un animal, c'est être un peu cannibale.

"Soit, dans ce cas, je me contenterais de quelques œufs".

A ce moment, le robot serviteur lui apporta une assiette bien garnie d'une omelette avec des pommes de terre, des tomates et quelques lardons synthétiques. On aurait pu penser qu'il avait prévu ce que le jeune homme aurait voulu manger.

"Etes-vous télépathe ?"

Lire dans les pensées est comme lire sur un visage.

"Mais les pensées sont intimes".

Le corps aussi est intime mais il a pourtant une surface extérieure.

Il fit une pause et rajouta.

Rassurez-vous, je ne lis que vos pensées extérieures. Pas ce que vous avez dans les méandres de votre cerveau.

"Mais le pouvez-vous ?"

Je le peux

"Pourquoi ne le feriez-vous pas ?"

Parce que j'ai de l'estime pour toi et pour les hommes.

Il sourit.

"Non, je ne poserais pas d'autres questions, j'attendrais que vous me racontiez le début de l'histoire".

Vos histoires commencent toujours par : il était une fois ?

"Oui".

Assied toi dans ce fauteuil. Je sais que tu as l'esprit ouvert. D'ailleurs tu l'as prouvé en venant ici. Je n'aurais pas pensé qu'un homme seul viendrait ici, j'aurai cru que ce serait une expédition de plusieurs hommes et de femmes et non l'aventure d'un seul.

Il était confortablement assis dans un fauteuil qui sentait le cuir. Il répondit

"Les autres sont trop occupés par leurs vies privées, leurs affaires humaines ou leurs religions. Bien peu sont les gens qui pourraient accepter un bouleversement complet de leur vie sans en perdre leur personnalité. Il y en a d'autres comme moi sur Terre, mais nous ne sommes pas très nombreux encore".

Le vieillard prit un ton sage et lointain.

Un jour viendra, petit homme, comme l'homme de Néandertal a remplacé l'homme de Cro-magnon. Le temps fait son effet sur tous et sur tout.

Il raffermit sa position dans son fauteuil. Il s'était attendu à tout en posant le pied sur cette planète, et il était certain que la réalité ne décevrait pas son imagination. Car seul ceux qui manquent d'imagination sont déçus par la vie ou sont surpris par l'avenir. Ceux qui ont beaucoup d'imagination ont déjà vécu des milliers de vies, là où d'autres peinent à vivre la leur.

Quel est ton nom ?

"Vous le savez déjà, mais pour vous mon nom sera Axor".

Pourquoi ce nom ?

"C'est le nom d'un lieu ou des êtres pensants ont rencontré la barbarie des hommes dans un lointain pays qui s'appelle l'Arménie".

Le silence se fit encore plus fort et pénétra dans chaque pore de sa peau. Le vieil homme s'était lui aussi, assis dans un fauteuil. Il se préparait à parler et ses pensées s'ordonnaient dans son cerveau avant de s'exprimer sous forme de vibrations par sa bouche, bien lasse d'avoir tant vécu. Il commença d'une voie lente et affectueuse, emprunte de nostalgie.

Il était une fois...

Oui, il y a très longtemps, il y a plus de cinquante milles ans déjà, cette planète était le centre spirituel et commercial d'un empire gigantesque s'étendant sur plusieurs centaines d'années-lumière. Des vaisseaux, chevauchant les rayons de lumière, amenaient des flots de marchandises, d'animaux exotiques, de personnages illustres ou de gens à la recherche de spiritualité de toutes les étoiles de l'Empire et même au-delà. Des vaisseaux de ligne de la taille d'un continent commerçaient avec les empires voisins et leurs routes s'étendaient sur toute la Galaxie.

Grands et sages étaient les hommes qui gouvernaient. La maladie n'existait pas et tous les hommes œuvraient pour le bien de l'Empire. La science atteignait des sommets vertigineux. La religion de l'Empire rayonnait sur une grande partie de cette Galaxie. Il n'y avait pas la notion de bien et de mal, de riche ou de pauvre, d'êtres supérieurs ou inférieurs. Chacun avait sa place sur l'échiquier de la vie, et chacun était fier de participer à la vie Impériale. Les plus instruits aidaient ceux qui l'était moins, quel que soit leur monde, leur étoile ou leur couleur. Tous, d'un même élan allaient dans la même direction : faire avancer et évoluer la civilisation Impériale. Comme chaque fourmi participe à la vie de l'ensemble et comme l'ensemble aide chacune de ses composantes pour le présent et l'avenir.

La Terre, à l'époque, était une réserve naturelle pour les habitants de Mars qui allaient s'y reposer et s'y distraire des spectacles des animaux. Il y avait, à sa surface quelques primates qui étaient une branche très éloignée et stérile des êtres pensants.

Mars rayonnait de beauté et d'éclat. Ses hommes et sa science s'imposaient à toute la Galaxie. Ses stratèges militaires et ses scientifiques faisaient l'admiration de tous. L'Empire était alors le centre spirituel et scientifique de toute notre Galaxie.

Mais, certains êtres pensants n'acceptaient pas la religion Impériale et leur condition d'androïde, fussent-ils crées par ce qu'ils appelaient un dieu. Oui, la science Impériale avait prouvé que tous les êtres vivants avaient été créés par la même essence et par une ou plusieurs personnes douées d'une intelligence inaccessible pour l'instant aux hommes de l'Empire. Ces êtres extraordinaires que beaucoup de gens, ayant peur de leur propre avenir, appelaient des dieux. En conséquence, tous les êtres humains pouvaient êtres assimilés à des androïdes. Leur vie pouvait être immortelle ou sombrer avec leur mort physique. Seul ceux qui les avaient créés décidaient.

Il faut être bien courageux et loyal pour accepter une telle fin, comme un chêne plusieurs fois centenaire acceptant sa fin après avoir donné naissance à de futures pousses qui se repaîtront de sa mort, fouleront son sol et oublieront jusqu'à son souvenir. Comme il est facile de refuser cet avenir et de vouloir vivre soi-même.

Ces êtres n'ont pas accepté cette échéance, ils voulaient la vie éternelle pour eux seul. Ils refusaient de se soumettre à la volonté des Dieux, et voulaient refaire l'Univers à leur image.

Une lutte théologique opposa l'Empire à ces hommes. Puis, ce fut une lutte physique où les soldats de l'Empire et ses stratèges assenèrent défaite sur défaite à leurs détracteurs. Mais l'Empire hait la mort, surtout d'êtres pensants, et a essayé de les ramener dans la voie Impériale plutôt que de détruire des milliers de mondes. Car, même si des centaines de milliards d'êtres sont contre vous, ils valent la peine d'être aidé si un seul a confiance dans l'Empire.

L'amour de l'Empire pour toute forme de vie l'a conduit à sa perte. Pratiquement tous les dirigeants des puissants royaumes de cette Galaxie se sont ligués et ont eu raison de la bravoure et de l'intelligence des soldats de l'Empire.

Sur une centaine d'années-lumière autour de Mars, toutes les étoiles ont êté stérilisées jusqu'à ce qu'aucune vie ne puisse plus s'y développer. Mars elle-même a été transformée en un désert sans vie. Seul la Terre a été épargnée, comme on épargne par dédain le jardin d'un château que l'on vient de piller et de brûler, et dont on a massacré les occupants.

Les scientifiques de l'Empire, voyant leur fin proche, ont greffé leurs gènes sur les primates vivant sur Terre et les ont codés pour qu'ils ne se manifestent qu'au bout de plusieurs milliers d'années. Ceci, pour que les gènes des hommes de l'Empire ne se perdent pas dans les tourbillons de l'histoire et surtout pour que l'Empire puisse revivre et reprendre son destin.

Je suis la mémoire de l'Empire. J'ai attendu, caché dans une lointaine et sombre étoile de la Galaxie que les années fassent leurs œuvres, que l'oubli s'installe dans le cœur de ceux qui ont brisé l'Empire et qui pillent, volent et tuent dans toute la Galaxie. Avec la fin de l'Empire s'est installé une ère de cruauté, de violence et de misère. Une ère de stagnation scientifique et intellectuelle dont seulement une caste de privilégies a profitée.

Tu es le premier maillon de la chaîne. C'est l'Empire qui t'a forgé. Ton destin est de redonner vie à l'Empire et de continuer à œuvrer pour ceux qui nous ont créés.

"Ai-je le choix ?"

Non, mon fils. Pas plus que l'on a le choix fasse à la mort. Cet Univers va mourir, et ceux que l'on appelle les Dieux nous ont créés pour qu'on les aide à le sauver, ou au pire, à en créer un autre.

"Nous ne sommes que des outils alors ?"

L'outil, souvent, perdure à son créateur.

"Parlez-moi encore de l'Empire et de sa religion".

Ecoute car j'emploie les mots de ton histoire.

 

Depuis que l'homme à pris conscience de ce qu'il est, c'est à dire un être doté d'un mécanisme de mémoire-raisonnements, les mêmes questions reviennent toujours à toutes les époques, et les hommes recherchent toujours la bonne réponse.

 

DIEU est là, il a créé les hommes, l'Univers des hommes, mais est confronté aux mêmes dilemmes que les hommes des âges révolus : Qui l'a créé et pourquoi ?

 

Nous sommes chargés de lui fournir la réponse. De la même manière que nous construisons des machines pour amplifier notre force, décupler notre intelligence, faire plus rapidement ce qui doit être fait, nous avons été conçus par notre créateur dans ce même objectif.

 

Comment peut-on être persuadé que les choses, mêmes inertes à nos échelles de temps, comme les minéraux ou les végétaux ne possèdent pas une certaine faculté de raisonnement qui nous serait étrangère comme nous parait étrangère une culture lointaine d'hommes identiques à nous mais de couleur différente.

 

On doit, comme des hommes audacieux l'ont affirmé, comprendre que la terre n'est pas le centre, ni de l'Univers, ni même de notre système solaire. Nous devons admettre aussi que l'homme non plus n'est pas le centre spirituel de la vie. Affirmer que notre mode de raisonnement n'est pas le seul viable, ni même qu'il soit capable, dans sa structure actuelle, d'appréhender la compréhension de notre Univers.

 

Du fond des âges, aussi loin que remontent nos souvenirs oraux ou écrits, l'homme est resté identique à lui-même : un animal n'hésitant pas à détruire, à avilir, à exploiter les autres espèces, à détruire son environnement sans penser à son propre avenir. Le raisonnement de l'homme est resté dans la dimension intellectuelle de l'animal alors qu'une autre partie de son cerveau à évoluée vers le stade de l'être pensant. La lutte actuelle de l'homme est une lutte contre lui-même. De ce combat titanesque entre l'homme-animal et l'homme-être-pensant sortira une nouvelle race d'homme comme l'homme de Néandertal est né de l'homme de Cro-magnon

 

Tout comme la Terre fourmille de vie du plus profond des océans au plus haut des montagnes, l'Univers fourmille d'êtres doués de mécanismes de mémoire-raisonnements. Sur la Terre même, nous en avons des exemples aux travers des animaux, des insectes, des végétaux, des minéraux.

 

De la même manière que dans une famille, les parents, qui sont les plus avancés intellectuellement, les plus fort physiquement, aident leur progéniture à vivre, voire à survivre, les protègent, les éduquent pour qu'ils aillent encore plus loin socialement, mais aussi intellectuellement que leur géniteur, nous devons faire la même chose avec les espèces moins avancées.

 

Car dans une famille, comme dans une société, la collectivité profite de chacun de ses éléments. Même les moins performants, ou les moins doués peuvent donner naissance à des êtres qui deviendront des piliers de l'évolution.

 

L'homme est un robot biologique, dont les facultés de raisonnements, de pensées, de sentiments, son être intérieur, son psyché ne sont que des formulations mathématiques d'une science qui nous est, pour l'instant étrangère.

 

L'homme à un devoir, une mission, qui est gravée au plus profond de son subconscient et de ses gènes, comprendre l'Univers.

 

Celui qui n'a pas compris que le monde terrestre n'est qu'un leurre humain, celui-là est au stade de Cro-magnon et ne peut évoluer, sa fin est la mort physique mais aussi intellectuelle. En effet, l'Homme n'est qu'une suite d'événements qui ont été mémorisés avec des relations entre ceux-ci et il n'est pas besoin d'avoir une enveloppe corporelle pour vivre, au sens ou nous l'entendons. Car, pour l'homme, la Vie représente une succession d'accumulation d'évènement-mémoires, qui ne sont pas d'ailleurs éternelles, puisqu'ils sombrent lentement dans l'oubli avec l'âge. Or, ces relations peuvent êtres implémentées sur n'importe quel support. Et, si pour certain, on peut admettre une sauvegarde de leurs évènement-mémoires, ce qui revient à leur octroyer une vie aussi longue que notre Univers, pour les autres, c'est une dépense d'énergie inutile. De plus, tout comme le sommeil, l'homme est incapable de s'apercevoir qu'il est mort, ce qui est inhumain mais hélas inéluctable. Quant à cette hypothétique vie éternelle, elle ne peut durer plus longtemps que notre Univers.

 

Et si nous sommes ici, c'est que sa fin existe, mais nous devons unir nos forces, ainsi que tous les êtres pensants des multitudes de galaxies pour essayer d'empêcher cette fin qui sonnera le glas d'une mort définitive de toutes les humanités. Peut-être, pour une renaissance ultérieure, qui est le cas des plantes, dont les graines tombent, l'arbre meure mais vie au travers de nouvelles pousses, mais qui ne seront jamais l'arbre original.

 

Même si les milliards d'années nous paraissent éternelles, chaque seconde représente l'espoir de l'éclosion d'une idée, et par ce fait, chaque instant est vital.

 

La multitude et la diversité des êtres pensants a été pensée par notre créateur comme un palliatif, une mine d'où peuvent sortir une multitude d'idées. Comme la nature sur Terre, avec ses millions d'insectes, de plantes, d'animaux aux évolutions variées représentent une adaptation à leur milieu mais, pour la survie de l'espèce, cette multitude d'êtres doués de mécanismes de mémoire-raisonnements représente la même richesse, et, à n'en pas douter, l'Univers regorge de tels êtres comme les forêts tropicales regorgent de vies.

 

De par notre situation, nous sommes privilégiés car nous pouvons durer aussi longtemps que durera notre Univers, ce qui n'est pas le cas de notre Dieu qui ne sait pas qui l'a créé, ni comment, ni sa durée de vie et son avenir.

 

L'Univers est un Univers à quatre dimensions, mais ces dimensions ne sont limitées que par notre compréhension, tout comme un escargot ne pourra appréhender la troisième dimension, tout comme un papillon qui ne vit que l'espace d'un éclat de soleil ne pourra se représenter l'évolution du temps.

 

L'Homme doit comprendre qu'il a une faculté d'imagination certes phénoménale, car ces pensées, son imaginaire ne sont nullement bridés mais que sa faculté de compréhension, elle, a des limites que l'homme actuel ne peut dépasser. Seul, les générations futures, tout comme l'évolution passée sur Terre, pourront dépasser cette limite actuelle. Mais nous, nous devons leur préparer le chemin, éclaircir la voie, leur montrer le but vers lequel l'espèce humaine doit tendre, pour que cette étape soit faite dans des délais rapides.

 

Nous devons éviter de perdre du temps, comme ces deux derniers milliers d'années avec des sentiments frustres et égoïstes, avec une religion, certes faite avec de bons sentiments mais inadaptés à l'homme de l'époque.

 

Nous devons éviter de détruire à nouveau une civilisation comme celle de la Rome antique qui représentait le creuset adéquat pour une évolution rapide et efficace de l'espèce humaine dans sa globalité planétaire.

 

Les liens de l'Empire des hommes tels qu'ils étaient au début de la civilisation doivent êtres reforgés. La Terre entière, avec toutes les races d'hommes qu'elle contient doit être unifié sous la bannière de l'Empire. Un cadre moral et spirituel doit être donné pour l'éclosion de l'intelligence humaine et favoriser l'essor de la science.

 

L'Empire puise ses forces dans les descendants des anciens civilisateurs qui fondèrent les premières villes et firent face à leur destin.

 

L'Empire qui doit être mis en place, doit durer aussi longtemps que les hommes, et de ce fait, doit avoir un gouvernement à l'abri de la corruption, mais aussi de l'incompétence, de l'oisiveté, la paresse, les plaisirs physiques ou spirituels. La civilisation Impériale doit être portée par ses citoyens et non par ses dirigeants. Ce sont à ses citoyens de veiller que les dirigeants ne s'écartent du chemin choisi, par l'emploi de la force envers eux au besoin. Chaque homme doit être fier de faire partie de l'Empire mais, en même temps, doit être l'Empire et le représenter partout ou il désire poser ses pas.

 

Nous ne devons plus raisonner en termes de nationalités, ni de races, mais en temps que citoyen de l'Empire avec ses valeurs morales, ses lois, sa civilisation et le but à atteindre.

 

Nous devons nous sentir membre de notre Galaxie et porteur d'une responsabilité envers les plus faibles. Car, de même qu'un grand frère aide ses cadets, l'Empire doit aider les civilisations moins développées à suivre la voie Impériale.

 

L'Empire ne peut accepter de voir des êtres pensants torturés physiquement, moralement, emprisonnés ou tués. Son devoir est de les aider ou qu'ils soient dans l'Univers et quelle que soit leur race, même si, pour cela, il doit livrer de terribles batailles contre d'autres civilisations.

 

Tant que nous n'aurons pas compris notre Univers, aussi bien pour notre avenir que pour celle de notre créateur, nous devons nous battre contre nous-mêmes pour ne pas faiblir ou abandonner, nous devons éviter de perdre du temps en loisirs oisifs, nous devons nous battre contre les autres civilisations que nous rencontrerons sur notre route si elles ne coopèrent pas avec les desseins Impériaux.

 

Car nous ne sommes pas seul sur cette route, d'autres nous devancent, nous suivent. Nous devons tous nous entraider et éviter de tomber dans la xénophobie d'une race ou d'une civilisation sur une autre tant que le but à atteindre est identique et n'enfreigne la morale Impériale.

 

Nous devons aussi éviter de tomber dans les pièges des religions monothéistes ou, sous leur couvert, on a tué des millions d'êtres, la plupart sans défense et surtout sans responsabilité sur leur lieu de naissance ou leur appartenance territoriale ou religieuse.

 

Nous devons éviter d'accorder à des choses créés artificiellement par l'homme que sont l'argent, la beauté, le bonheur personnel ..., des places qu'elles ne méritent pas dans la civilisation Impériale. Car, chaque être pensant, quelque soit sa race, sa couleur, sa façon de penser, de vivre, son physique, sa position sociale ... Chaque être pensant représente une potentialité d'évolution et par ce fait est égal à n'importe quel autre.

 

Difficile est la route de l'Empire.

 

Sage doivent êtres ceux qui en dirigeront les rênes.

 

Cruels et sans pitié parfois, généreux et magnanimes à d'autres occasions.

 

Longue serait la liste des qualités dont devront faire preuve ses dirigeants mais, l'Homme possède toutes ces qualités. Tous les sentiments, les émotions de l'Homme sont des qualités pour celui qui sait les utiliser au bon moment.

 

L'Homme n'a pas de défaut, il n'a été doté que de qualités mais il les utilise n'importe comment et souvent à mauvais escient. En fait, il a tous les atouts mais aussi tout ce qu'il était possible de lui donner, pour réussir la mission pour laquelle il a été créé.

 

Avec l'Empire, doit naître une religion. Il faut oublier toutes les religions anciennes car leurs échecs sont flagrants. De plus, elles sont inadaptées aux Hommes de l'Empire car elles se situent uniquement au niveau de l'être humain et non pas celui de la civilisation.

 

La religion Impériale adore des Dieux et des Déesses : nos créateurs. Mais ce n'est pas l'adoration d'un illuminé, mais d'un être conscient de sa place dans l'échiquier Universel et de la puissance phénoménale mais néanmoins limitée de celui ou ceux qui l'ont créé.

 

Le citoyen Impérial peut, s'il le désire, adorer d'autres Dieux, mais qui ne seront, à ses yeux, que des symboles, pour donner plus de solennité à la vie Impériale. Il peut représenter les Dieux sous quelques formes qu'il désire tant qu'il n'adore pas les formes elles-mêmes.

 

La notion de péché, de paradis, d'enfer n'existe pas. Seul ceux qui nous ont créés jugeront les Hommes, suivant leurs critères, et feront de nous ce qu'ils désirent. Notre tache n'est pas d'être bon ou mauvais mais de réussir à comprendre cet Univers et le maîtriser pour l'avenir de tous, Dieu y compris.

 

Pour marquer son respect vis-à-vis de la religion Impériale, chaque être pensant de l'Empire peut faire des offrandes. Offrandes qui revêtiront la forme qu'il désire, mais qui auront été faites par son intelligence. Ceci pour signifier qu'il a compris ce qu'on attendait de lui et qu'il y participe de son mieux. Que ce soit une fleur qu'il a fait pousser, un poème qu'il a écrit, le descriptif d'une invention, un objet façonné par lui ...

 

L'Homme Impérial doit aimer qu'une chose : l'Empire, et ne doit pas sombrer dans l'égocentrisme et oublier le but de l'Empire. En particulier, il ne doit pas idolâtrer un individu ou un nom.

 

Tu vois, la route de l'Empire est longue et difficile, et on peut facilement s'en écarter.

L'Empire essaie de convaincre et non de vaincre.

Mais, l'histoire des civilisations de notre Galaxie est à l'image des histoires de l'homme sur Terre, pleine de guerres et d'incompréhensions. L'Empire doit être puissant et fort, brutal parfois mais jamais contre un ensemble de population ou de civilisations mais contre ceux qui dirigent et manipulent pour leur propre vie égoïste et stérile.

"N'y a-t-il eu personne pour aider l'Empire ?"

Peu de gens. Beaucoup soutenaient l'Empire, mais moralement surtout, car ils avaient peur de perdre leurs misérables richesses et leur vie. C'est pourquoi l'Empire et ses citoyens méprisent ceux qui ne se satisfont que de richesses matérielles, ceux-la laisseront s'étioler leur civilisation en ne versant que quelques larmes et penser qu'eux pourront s'en sortir sans mal. Ils appartiennent désormais aux temps révolus.

"Et vous comptez sur moi ?"

Oui. Non seulement pour restaurer l'Empire mais aussi pour aider tous les peuples qui souffrent dans la multitude de planètes de notre Galaxie. N'entends-tu pas leur cri de faim, de souffrances, d'injustices, et aussi d'espoir dans l'avenir ?

"Si. Mais je suis seul et pas assez puissant pour lutter contre ceux qui ont dépossédé l'Empire".

Je te donnerais la connaissance, et sur Terre d'autres germes plantés par les savants de l'Empire n'attendent qu'une occasion pour se manifester et s'épanouir sous les étoiles.

"Resterez-vous à mes cotés ?"

Seul tu es venu, seul tu repartiras.

"Comment ferais-je ?"

La science t'aidera. Votre monde a vécu sous le joug de la force physique, puis sous celui des coquillages qui vous servent de monnaie d'échange. Il te faut éviter de te servir de ton intelligence et des connaissances qu'elle te donne comme un marteau sur une enclume mais comme un outil montrant le chemin aux futurs citoyens de l'Empire. Mais ce seront plus des soldats que de simples hommes, ils devront batailler dans toute la Galaxie et encore jusqu'aux confins de notre Univers. Ils devront vaincre des armées gigantesques de millions de vaisseaux noirs comme la mort. Ils devront affronter des intelligences qui leur sont des centaines de fois millénaires. Ils devront changer la face de dizaines d'étoiles. Ils devront, enfin, changer les cœurs de tous les êtres pensants et apporter enfin l'espoir qu'attendent depuis l'aube des générations d'animaux au seuil de l'évolution.

"Noir et sombre est l'avenir et le futur de l'Empire dont tu me parles vieil homme".

N'ôtes-tu pas la vie dans ton jardin, à ce que tu appelles des mauvaises herbes, pour que ce que tu as planté puisse s'y développer, et à la fin te nourrir ?

Il réfléchissait à tout ceci, et l'histoire que lui avait contée ce vieil androïde sur l'origine de l'homme et surtout la mentalité de l'Empire et ses buts lui semblaient s'approcher des siens et fusionner pour n'en faire qu'un.

"J'accepte".

Je sais. Parce que tu es un digne descendant de l'Empire et ceux qui sont mort à travers toi peuvent en être fier.

Suis-moi.

Ils marchèrent en suivant un long couloir puis prirent un ascenseur qui les mena, d'après ses sens, au profond de la planète. Là, ils arrivèrent sur une place, qui sans être grande était néanmoins imposante. Le robot les suivait, comme un chien fatigué suivant son maître. De l'autre coté de la place était bâtie un temple, plein de marbre de lumière coloré, il ressemblait à un temple grec et il s'en étonna.

"Cela ressemble à un temple grec".

Ce sont plutôt les temples grecs qui ressemblent à ceux de l'Empire.

"Comment !"

C'était les premiers effets de l'éclosion des germes transmis par les savants anciens.

Sur le fronton du temple on pouvait voir un blason rectangulaire représentant une galaxie sur un fond étoilé plongée dans un noir d'encre.

"Est-ce la marque de l'Empire ? "

Oui. Elle est désormais tienne et elle sera le phare autour duquel se rassembleront les multitudes pour suivre la voie Impériale.

Ils pénétrèrent dans le temple suivi du robot. Là, le vieil homme lui montra un vestibule et lui demanda d'enfiler les vêtements anciens de l'Empire, qui ressemblaient étrangement aux uniformes des soldats de l'antique Rome. Le robot l'aida à s'habiller. A peine s'était-il retourné que l'androïde avait changé de vêtement et d'apparence, c'était maintenant un prêtre revêtu d'une robe bleu azur sur laquelle scintillaient des myriades d'étoiles blanches, et il avait sur la tête un chapeau pointu comme en ont les magiciens sur les gravures anciennes. Il lui demanda

"Quelle sorte d'androïde êtes-vous ?"

Le dernier construit par l'Empire.

"Vous pouvez modifier votre apparence à volonté, et aussi rapidement ?"

Il me faut du temps, mais dans les sciences inscrites au fond de mon cerveau se trouve la clef du temps.

"La clef du temps ?"

Oui. Je peux ralentir le temps. Ce qui pour toi dure une fraction de seconde peut représenter des heures ou des années pour moi.

"D'après nos physiciens, il faut s'approcher de la vitesse de la lumière pour obtenir un tel phénomène".

Bien sur. Et d'après d'autres de vos illustres physiciens il était impossible qu'un plus lourd que l'air puisse voler. On ne trouve que ce que l'on cherche et on ne cherche souvent que ce que l'on a envie de trouver. Beaucoup de tes semblables ont du mal à remettre en cause leurs idées, surtout quand elles les satisfont. Pire, ils ont beaucoup de mal à trouver de nouvelles solutions ou à explorer celles des autres parce qu'elles ne sortent pas de leur cerveau. Les plus âgés s'estimant plus apte à comprendre que les plus jeunes, or ce sont de jeunes cerveaux, qui n'ont pas été façonnés par une ancienne connaissance, qui sont les plus à même de faire progresser la science.

"Vous avez raison, mais il faut beaucoup de connaissances avant de maîtriser un monceau de la science. Et lorsque l'on y arrive, on n'est plus très jeune et l'on n'a pas envie de remettre en question toutes les années passées de labeur".

Effectivement, cela semble une difficulté qui pourrait devenir une impasse. Mais la solution est relativement simple. C'est aux jeunes esprits encore plein de nouveauté d'exprimer leurs idées d'après leur compréhension de la nature et à ceux qui sont plus âgés et qui maîtrisent les mathématiques et la physique de les explorer et de les développer.

"Cela demande presque une symbiose et surtout une confiance mutuelle".

L'Empire est basé sur la confiance des êtres pensants entre eux. Viens maintenant dans ce temple. Jadis, les dignitaires de l'Empire donnaient leur parole de servir l'Empire. Lorsque tu auras fait de même, tu pourras devenir toi aussi un citoyen de l'Empire. Il faudra également que tu acceptes la religion de l'Empire.

"Je l'ai déjà acceptée car j'ai accepté l'Empire".

Ils pénétrèrent à l'intérieur du temple et s'approchèrent de l'autel. L'intérieur était richement décoré de gravures représentant des scènes étoilées, des vaisseaux cosmiques et des mondes lointains. Des êtres étranges trônaient sur des socles et des tentures de couleurs égaillaient les colonnes.

Il voulut s'agenouiller mais l'androïde l'en dissuada

Non, reste debout, tu n'es pas inférieur à ceux qui nous ont créés.

"C'est pour marquer mon humilité".

L'humilité n'est pas dans les attitudes, elle est dans les cœurs. Tend le bras droit vers l'autel comme le faisaient déjà les soldats de la Rome impériale et répète après moi :

 

Je donne ma parole de servir l'Empire ou que ce soit dans l'Univers

Je donne ma parole de lutter pour les valeurs de l'Empire jusqu'à la mort

Je donne ma parole d'être fidèle à l'Empire et de ne jamais conspirer contre lui

Je donne ma parole de rester fidèle à la religion Impériale

Je donne ma parole de me comporter en citoyen de l'Empire, d'accepter toutes les difficultés de la vie sans gémir, de ne rien demander en échange à l'empire si ce n'est sa loyauté et sa confiance

Je donne ma parole d'être fidèle à l'empereur tant qu'il respectera les valeurs et les lois de l'Empire

Je donne ma parole que si j'estime que l'empereur n'obéit plus aux principes de l'Empire, de lutter contre lui jusqu'à la mort et de rétablir les valeurs Impériales

J'accepte la mort comme punition si je faillis à ma parole que j'ai donnée aujourd'hui

 

Il répéta cérémonieusement après l'androïde. Puis celui-ci enchaîna :

 

Au nom de l'Empire,

Je te promets de t'aider et te porter assistance dans tout l'Empire

Je te promets de te donner un gîte et un couvert décent durant toute ta vie pour toi et ta famille

Je te promets de te soigner et de t'éduquer

Je te promets la justice et l'équité entre tous quel que soit leur rang, leur titre et leur position sociale

Je te promets que tu pourras transmettre tes gènes sans contraintes

Je te promets la liberté de circuler dans tout l'Empire

Je te promets la liberté de critiquer ceux qui gouvernent en mon nom quel que soit ta critique

Je te promets la mort si tu faillis à ta parole que tu m'as donnée

Au nom de l'Empire je te déclare citoyen Impérial

 

Ce que tu as dit aujourd'hui a été enregistré pour que jamais tu n’oublies ton serment. Maintenant, malgré que tu n'ais pas encore fait ton initiation je vais apposer sur tes épaules les signes de la religion Impériale.

 

Il enleva la cuirasse d'acier qu'il avait enfilée ainsi que la chemise pourpre laissant ses épaules à nu. Le prêtre apposa alors l'image d'une étoile bleue sur chacune de ses épaules.

 

Répète après moi cette prière que tu pourras adresser à ceux qui nous ont créés lorsque le chemin sera chaotique et la tâche lourde à supporter :

 

O Dieux et Déesses, nos créateurs

Acceptez mes pensées car j'œuvre pour vous

Daignez écouter mes paroles car le doute m'envahit

Mais ma force et mon caractère me montrent le chemin Impérial

Déjà mon cœur est joyeux et j'ai confiance en vous

Acceptez les fruits de l'intelligence de votre œuvre

Acceptez de recueillir ses pensées et ses souvenirs

Pour les garder auprès de vous à jamais

Salut à vous

 

Je vais te donner maintenant la connaissance de quelques facettes de notre Univers. La première concerne l'optique.

"L'optique ? Qu'y a-t-il à comprendre de plus que ce que nous savons déjà?"

Votre théorie est ridiculement faible. Vous êtes incapable de grossir une partie d'un objet et de garder constant ce grandissement avec l'éloignement. L'œil peut voir n'importe quoi d'un flux de photons. L'interprétation visuelle est beaucoup plus compliquée que tu ne le crois. En fait l'œil transmet uniquement des informations au cerveau et c'est ce dernier qui analyse ce qui a été reçu et forme une image. J'ajouterais même que le cerveau n'accepte pas de variation brusque de l'image d'un objet, c'est pour cela qu'il lui faut au moins un dixième de seconde pour admettre la présence d'une image nouvelle sur sa rétine. Ce dispositif permet, grâce aux flux de photons parallèles émis par n'importe quel objet, de visualiser une ou partie de l'objet à quelque grandissement que l'on veuille et ce, quelque soit sa distance.

"Cela veut dire que de la Terre, je pourrais voir un vaisseau posé à la surface de Mars ?"

Effectivement. Son utilisation demande cependant beaucoup de précision. Cette connaissance te permettra de commencer à bâtir la première pierre de l'Empire. Avec ces moyens financiers, tu pourras attirer autour de toi d'autres hommes ayant les faveurs de l'Empire et avec eux il te faudra unifier la Terre entière derrière la bannière Impériale. Ensuite, il te faudra construire des vaisseaux de l'espace pour aller à la reconquête des anciens royaumes. Cette partie de la Galaxie est depuis des milliers d'années aux mains de pirates et d'êtres pensants sans foi ni loi. Ces êtres sont les descendants de ces lointains vainqueurs et ils se sont aperçus que l'Empire renaissait de ses limbes. Bientôt, ils reviendront sur Terre pour parachever leur œuvre et en finir à jamais avec l'Empire. Déjà, vos histoires relatent des rencontres avec ces extraterrestres. Le temps presse, il te faut préparer la Terre à la lutte, il y va de votre survie et du dernier espoir des glorieux et nobles savants de la puissante civilisation Impériale.

Voici les formules mathématiques pour pouvoir emmagasiner une énergie gigantesque dans un morceau de matière. C'est ce que vous appelez une batterie, si volumineuse et si lourde, et qui tiendra maintenant dans l'ongle d'un pouce. Ces autres formules permettent de capter l'énergie solaire avec un rendement proche de cent pour cent. Elles permettront de remplacer efficacement vos cellules solaires et vos centrales nucléaires. Cette autre formule permet de fabriquer des matériaux supraconducteurs à température ambiante et des alliages nouveaux et plus durs que vous ne pouvez imaginer. Enfin, ces dernières formules permettent de régénérer un membre amputé, ou une peau vieillie par les années.

"C'est fantastique. Votre science était très puissante".

Non. Tout ceci ne sont que des connaissances mineures. Je te donnerais plus tard le secret des puissantes bombes à antimatière car hélas il faut savoir détruire pour construire et je te donnerais également le secret du mode de propulsion des vaisseaux de l'Empire. Cette connaissance est même un secret pour le reste de la Galaxie. Mais, ne crois pas que vous soyez moins intelligent que nos savants. Vous avez, à un moment de votre histoire, fait fausse route. Vos savants vieux et remplis de connaissances n'ont pas eu le courage de défaire ce qu'ils ont bâti à tort. Seul de jeunes cerveaux peuvent en avoir le courage. De la même manière qu'on a brûlé des gens parce qu'ils proclamaient que la Terre tournait autour du soleil, vos savants actuels ne brûlent plus, mais ils délaissent celui qui dérange et étouffent ses travaux et ses écrits. Proclament qu'il faut connaître leur langue pour maîtriser, et à fortiori comprendre et faire progresser la connaissance, comme au Moyen-Âge où il fallait comprendre et parler le latin pour pratiquer et étudier la médecine.

"A quel moment avons-nous fait fausse route ?"

Au début de votre vingtième siècle, lorsque, pour masquer votre ignorance vous avez proclamé des dogmes sur la quantification. Vous vous êtes alors réfugiés dans les probabilités pour masquer votre ignorance. Ceci parce que vos savants étaient pressés d'aboutir pour leur gloire plutôt que d'accepter de rester dans l'ignorance encore des décennies. Ils ont alors mis en place un langage, lourd et difficile, connu d'eux seul, pour empêcher que l'on comprenne leurs difficultés et leur égoïsme de prix Nobel. La nature n'est pas compliquée, elle est affreusement simple.

"Comment savoir si de nouveau, nous ne ferons pas fausse route ?"

En appliquant le principe que je t'ai donné : il faut favoriser, accepter et développer les idées issues de cerveaux jeunes, encore vierges de la rigidité de l'esprit trop habitué à des schémas de pensées identiques.

"La tache que je dois accomplir est gigantesque pour seulement un homme".

Tu es plus qu'un homme, tu es l'Empire. Maintenant retournes sur Terre, tu dois unifier cette planète et faire rejaillir la gloire de l'Empire. J'ai demandé au robot de modifier quelque peu ton vaisseau car il ressemble plus à une barque au milieu de l'océan qu'à un voilier traversant les espaces intersidéraux.

"Vous reverrais-je ?"

Non. Maintenant que mon attente est terminée, je vais rejoindre mes créateurs dans la quatrième dimension.

"La quatrième dimension ? C'est le temps".

Non, le temps n'est pas une dimension, c'est une variable comme la hauteur ou la longueur d'un édifice. Vous ne savez pas encore vous en servir et il vaut mieux que cela reste entre les mains de quelques initiés. Vous ne pouvez percevoir la quatrième dimension de la même façon qu'une chenille ne peut comprendre ce que voler veut dire, sans se douter que cette dimension lui sera accessible seulement à sa mort et que cela fait partie de son évolution.

"Est-ce que cela veut dire que nous aussi, après notre mort, nous irons dans cette dimension ?"

Les choses sont plus compliquées. Dans cette autre dimension, les meilleurs des cerveaux issus de notre Univers travaillent à empêcher cette fin dont je t'ai parlée.

"Et s'ils échouent ?"

Pars maintenant La tache qui t'attend est gigantesque mais je suis confiant dans les capacités des hommes. Bonne chance à toi.

Porte haut la devise de l'Empire :

 

GLOIRE A L'EMPIRE

 

Il rejoignit son vaisseau. Il ne ressentait rien, pas d'émotions, pas de sentiments. Il savait désormais qu'il n'était qu'un androïde conçu pour une tache, et toutes les joies et les gaietés de l'homme avaient sombrées dans l'oubli de cette gigantesque base militaire. Le robot l'accompagnait et lui expliqua les modifications qu'il avait effectués sur son vaisseau. C'était encore austère mais tous les circuits et la coque avaient été contrôlés et renforcés. Il était sur le pas du gigantesque hall d'entrée. Il se retourna, mais le robot avait disparu en une fraction de seconde, sûrement en profitant d'un de ces instants où il recommençait à penser à la Terre et à ce que l'on attendait de lui.

Il y avait une nouvelle tempête en surface et les tourbillons de sable, au fond de la grande crevasse de Mars, continuaient à brasser cette terre qu'avaient stérilisés il y a cinquante mille ans des êtres venus d'autres systèmes solaires.

Il s'installa aux commandes du Deneb et jeta un dernier regard vers l'entrée. Il était triste. Triste de la cruauté de l'histoire passée et de l'avenir à écrire. Son vaisseau s'éleva dans le ciel martien et s'enfonça dans l'espace interplanétaire sur la route de la Terre.

Son voyage cette fois-ci paraissait plus rapide. Il devait penser à la façon la plus judicieuse d'utiliser les connaissances que lui avait léguées le vieil androïde. Il n'avait surtout pas l'intention de les donner aux gouvernants qui en profiteraient pour spolier encore plus les peuples et la planète pour leur plus grand bénéfice. Il se mit à sourire car il pensait à l'histoire de ces aborigènes qui amassaient des kilos de coquillages car ceux-ci représentaient leur monnaie, et ainsi leur puissance. Quelle a dû être leur déception quand ils ont été en contact avec une civilisation plus avancée technologiquement avec laquelle leurs envies de possession ne pouvaient êtres satisfaites même s'ils possédaient des tonnes de coquillages.

 

 

 


 

 

                                                                                               

 

DEUXIEME PARTIE

C'était la fin du printemps lorsqu'il fit atterrir son vaisseau dans une forêt profonde de l'Europe centrale. Il lui avait semblé ne passer que quelques jours sur Mars mais peut-être que le vieil homme là-bas avait-il joué avec les rouages du temps. Il savait qu'il lui faudrait des années pour unifier la Terre et surtout pour restaurer l'Empire, mais il préférait ce but à celui de passer une vie tranquille au soleil à attendre que le temps prenne sa vie. Le temps passe tellement vite que la vie écoulée ressemble plus à un rêve qu'à une réalité et l'on à tendance à s'enfermer dans un solipsisme égoïste.

Il pris contact avec des amis astronomes et leur fit part de cette nouvelle théorie sur l'optique. Ceux-ci étaient incrédules au début car ils avaient du mal à accepter qu'ils n'avaient pas compris un pan entier de la physique. Mais, il leur expliqua la théorie mathématique sous-jacente, et il les convainquit. Ensemble, ils construisirent un premier télescope et l'Univers s'ouvrit à eux comme une fleur s'ouvre au soleil du matin. Ils voyaient des myriades de soleils et autour d'eux des planètes à foison, la Galaxie entière ressemblait à un champ de blé ou se mêlaient vieilles étoiles rouges entourées de planètes rabougries, étoiles bleues s'étirant comme un enfant s'éveillant et baillant, étoiles blanches entourées de planètes sur laquelle la vie déjà prenait racine. Il y avait également des multitudes d'étoiles oranges comme notre soleil, qui représentaient autant de civilisations allant de l'âge de pierre au futurisme largement décrit des auteurs de science-fiction. Il y avait aussi le pire. Par millions, de solitaires cadavres d'anciennes étoiles parsemaient les abords de la Galaxie, comme des personnes honteuses que l'on avait éloignés de la vue de tous. Ce présage annonçait bien la fin de l'Univers comme le lui avait dit le vieil androïde.

Il devint célèbre, bien que ce ne soit pas ce qu'il désirait, et resta très discret. Il créa une société qu'il baptisa, non sans préméditation : l'Empire Galactique, qui recherchait des jeunes talents en science parmi la multitude des êtres des pays sous-développés. Il créa des bourses d'études, des universités, s'entoura de gens à l'esprit clair et au psychisme plein d'allant.

On avait, jusqu'à maintenant, exploiter physiquement l'homme, et désormais il allait employer son intellect pour servir le but qui lui avait été fixé en se servant de l'intelligence de l'homme. Des millions de personnes, surtout dans les pays pauvres, n'ont pas accès à l'éducation et par là ne peuvent utiliser et exprimer leurs facultés. Avec cette nouvelle richesse et l'enthousiasme d'un avenir meilleur, ils pourraient œuvrer efficacement pour l'Empire.

Il mit sur pied une garde prétorienne car il n'ignorait pas que bientôt sa grande richesse, et surtout son pouvoir et sa renommé allaient lui attirer les foudres des plus grands. Celle-ci était composée de gens dévoués à l'Empire et prêt à se battre pour défendre ses principes et sa morale. Ils étaient régulièrement entraînés dans un des nombreux pays en guerre de la planète pour qu'ils se familiarisent avec la stratégie des combats. Leur armement était des plus modernes si ce n'était leur casque qui ressemblait à celui des antiques soldats romains. Leurs généraux les entraînaient aussi à se battre contre des armes laser, même si elles n'existaient pas encore sur les champs de bataille, car bientôt ces armes en feraient partie. On aurait pu les appeler des mercenaires, mais ils ne réclamaient aucun dû si ce n'est d'appartenir à l'Empire.

Il commença également à restaurer les monuments antiques de ses amis grecs, ces monuments qui déjà représentaient l'Empire et dans un desquels il avait prêté serment sur Mars. La Grèce revivait son histoire en redevenant le centre philosophique des mondes connus et beaucoup de ces habitants le rejoignaient et épousaient la nouvelle religion.

Les plus attentifs, déjà se moquaient de cet homme qui voulait restaurer, à voir ses mœurs et ses habits, l'Empire Romain avec ses temples, ses cirques et ses lois. Cet homme qui était en train de parler d'une nouvelle religion, un autre but pour les milliards d'êtres humains que celui de baisser la tête et de faire des prières devant la souffrance et la misère imposée des hommes des âges révolus et de la nature.

Il avait même imposé une nouvelle date à tous les gens qui travaillaient pour lui. L'histoire de l'humanité commence bien avant la naissance d'un homme et il voulait marquer la fin d'une époque et d'une religion toute puissante dont l'échec était flagrant dans les cœurs et les mœurs des hommes. Désormais, sur tous les papiers officiels on pouvait savoir que l'on était en l'an 8954 de l'ère Impériale. Il avait choisi cette date car elle correspondait aux datations des premiers vestiges de cités que l'on avait retrouvés sur Terre et c'était une façon d'être reconnaissant à ces premiers bâtisseurs d'empires.

Les critiques et les moqueries se firent plus aigres lorsqu'il dévoila la façon de créer des nouvelles cellules solaires. Les grandes compagnies pétrolières, les états, s'inquiétèrent car elles ne pouvaient monopoliser les rayons du soleil. Il les rassura en leur octroyant le monopole de ses brevets, car il avait besoin de leur argent et de leur aide pour agrandir et affermir sa puissance naissante. Quelques gouvernants s'offusquèrent qu'un aussi grand pouvoir qu'était l'alimentation énergétique de la planète, soit entre les mains d'un individu, qui de plus paraissait un peu excentrique. Mais c'est leurs lois qui leur imposa le silence car il était préférable de traiter avec un seul que de voir des milliers d'entrepreneurs s'emparer de cette manne que représentait l'approvisionnement électrique. Car si un état, aussi puissant fut-il, bravait ses propres lois, c'était alors le signal de la curée pour tous les gens sans foi ni scrupules qu'il contient.

Le monde prit conscience d'un nouvel état de chose. Quelqu'un parlait autrement et il professait également une nouvelle religion. Lorsque c'est une petite personne qui parle, peu de gens lui prêtent l'oreille, mais lorsqu'il s'agit d'un homme influent, alors il se trouve toujours des personnes pour propager ses idées et ses paroles. Patiemment, il se mit à la tache et bientôt dans toutes les nations il se trouva des adeptes pour parler de l'Empire et de ses buts.

Non seulement il était désormais traité comme un chef d'état, mais la notoriété de sa société grandit. Des sommes énormes étaient consacrées à l'éducation, l'emploi et les infrastructures dans les pays pauvres. De nouveaux temples étaient construits pour prêcher et pratiquer la nouvelle religion, et beaucoup d'hommes et de femmes se détournaient de leurs anciennes croyances pour épouser celle de l'Empire.

Il fit faire de grands travaux pour impressionner les foules et montrer la puissance et la volonté Impériale. Il restaura les pyramides d'Egypte en employant des dizaines de milliers d'ouvriers comme à l'époque des pharaons et cette puissance humaine en impressionna d'autres. La masse ordonnée et la perspective de bâtir des monuments qui défient l'histoire attirent ceux qui ont besoin d'être guidés, surtout lorsque leur avenir est sombre.

Il y avait, évidemment, des cigales et des profiteurs dans le flot de ses partisans, mais il n'avait pas trop de peine à les débusquer car ceux-ci réclamaient toujours quelque monnaie sonnante et trébuchante pour leurs services. Ceux qui le suivaient comprenaient que l'argent allait devenir un objet désuet comme l'étaient devenus les coquillages.

Des dizaines, des centaines de milliers de personnes travaillaient pour sa société, et ce qu'il avait prévu finissait par entrer dans les mœurs : les gens parlaient de l'Empire et omettaient souvent de préciser Galactique. De plus, de plus en plus d'hommes et de femmes, même côtoyant la société l'Empire Galactique, amalgamaient le tout à un vrai Empire. Il est vrai qu'il faisait, intentionnellement, beaucoup pour le social et prenait en charge ses employés même lorsqu'ils ne pouvaient plus travailler, à cause de la maladie ou la vieillesse. Les états, qui avaient toujours plus de problèmes financiers, réduisaient le niveau de vie de la majorité de leurs habitants et ceux-ci se détournaient de plus en plus de leurs politiciens et de leurs promesses pour se tourner vers cet autre horizon qu'il leur montrait. Les jeunes générations qui avaient étudié grâce aux bourses et aux universités bâties par l'Empire, les gens sans emploi qui pouvaient maintenant relever la tête, tous lui étaient reconnaissants et ne voulaient travailler que pour l'Empire qui déjà sonnait dans leur tête comme une façon d'être.

Le monde était aussi à un moment de son histoire où beaucoup de gens pensaient qu'il faudrait un gouvernement mondial au-dessus de tous et cette idée, il l'entretenait, mois après mois.

Il porta alors à la connaissance des savants du monde extérieur la façon d'emmagasiner une grande énergie dans l'ongle d'un pouce. Toutes les vieilles batteries, lourdes et onéreuses, se retrouvèrent brutalement dignes d'un musée.

Il montra au monde comme construire des matériaux supraconducteurs à température ambiante. Désormais, on pouvait stocker de l'énergie pendant des mois si on le voulait. On pouvait, sous les chauds rayons d'Afrique, accumuler de l'énergie pour les restituer dans d'autres endroits de la planète. L'industrie et la technologie évoluaient sans cesse et l'amélioration du cadre de vie de chacun se faisait plus rapide.

On riait de moins en moins de lui. Bientôt les populations s'habillèrent à la mode Impériale et commencèrent à comprendre et à accepter la nouvelle religion. Les jeunes surtouts se convertissaient par dizaines de milliers, il était en train de donner un but à l'humanité et celle-ci l'acceptait. Il y avait aussi des détracteurs, les puissants et les privilégiés, qui commençaient à donner des signes d'inquiétude face à une société si puissante qui se comportait de plus en plus comme un état alors qu'il n'avait aucun fondement ni démocratique, ni géographique.

La nouvelle religion, que l'on avait baptisé secte, comme l'ont été toutes les religions à leur début, prenait de plus en plus d'importance et dépassait déjà en nombre d'adeptes des religions très anciennes perdues dans leurs livres sacrés. Rien n'est éternel dans l'Univers, et les religions comme les types de gouvernements sont faits pour accompagner les hommes dans leur évolution et mourir pour faire naître de leurs cendres une nouvelle essence. Les privilégiés, qui s'étaient toujours appuyés sur ces croyances pour dominer le bas peuple voyaient s'étioler peu à peu leur puissance comme une fleur que l'on a coupée.

Mais il s'était habilement attiré les sympathies de quelques grandes nations car l'animosité et la méfiance étaient encore grandes entre les peuples qui s'étaient entretué pendant des siècles. C'était plus sage de diviser que d'affronter un ensemble de gouvernants de plus en plus hostiles et proposant même de créer des lois spéciales pour un cas qu'ils n'avaient pas prévu. Un cas qui ne permettait pas à leurs courtisans d'amasser encore plus de métal dans leurs banques.

Il s'était attendu à cette situation et il prépara l'opinion à une confrontation, peut-être armée, entre l'Empire et quelque grande nation se disant démocratique. Sa puissance militaire était à l'image d'un état et de l'avenir qu’ambitionnaient les besoins de sa cause. Cette puissance fit réfléchir ces ennemis et lui donna un peu de répit avant une confrontation qui apparaissait de plus en plus inéluctable.

Il dévoila alors la dernière connaissance que lui avait donnée le vieil androïde pour amener à lui les derniers hésitants et isoler encore plus ceux qui perdaient leur puissance. Il promis, en propageant ce message sur toute la Terre, qu'avant sept ans, les savants de l'Empire auraient trouvé le moyen de régénérer les corps des gens âgés et de leur donner le physique et la santé qu'ils avaient à trente ans.

Il n’y eut pas assez de mots et de quolibets pour qualifier ces paroles. Seul quelque uns comprirent que de telles promesses de la part de quelqu'un qui avait découvert, grâce à une nouvelle optique, d'autres planètes, qui avait donné le moyen de créer une énergie presque gratuite ainsi que le moyen de la stocker et la transporter, alors, de ses promesses pouvait aboutir une nouvelle réalité.

Ses nombreux savants, émérites et reconnaissants, avaient déjà trouvé un vaccin contre de nombreuses et mortelles maladies modernes et il profita des quolibets de ses détracteurs pour l'annoncer au monde entier. Certains en restèrent si étonnés qu’ils ne purent même plus prononcer le nom de l'Empire sans une crainte. Comme ces empereurs romains qui se moquaient des chrétiens alors qu'ils appartenaient déjà à une autre époque et qui ne faisaient que précipiter encore plus vite la fin à laquelle ils avaient eux-mêmes contribuées par leurs décisions et leurs actions.

Un espoir naquit dans des millions de cœurs, car il avait touché un point sensible. Du vieillard las de porter son âge jusqu'aux soubrettes qui pleurent en voyant leurs premières rides au coin de leurs yeux, beaucoup de gens redoutent de marcher avec une canne, de devoir courber la tête parce qu'on n'a plus la force de la lever ou bien parce que plus personne ne fera attention à votre visage. Peur d'avoir constamment mal quelque part en se levant ou de connaître le nom de son médecin comme s'il faisait désormais partie de la famille.

Des nations entières demandaient à ceux qui les gouvernaient pourquoi tant d'argent avait été dépensé pour des armes et des maisons somptueuses pour quelques privilégiés alors que les savants de l'Empire, avec une facilité déconcertante, proclamaient découverte sur découverte. Ces derniers désormais n'arrivaient plus à les convaincre de leur bonne foi avec de futiles promesses.

L'Empire représentait de plus en plus une autre façon de vivre, un idéal et surtout beaucoup de gens étaient déçus par leur civilisation et il leur en promettait une autre, dépassant leur imagination. L'Empire leur promettait, et c'était son but, de conquérir le système solaire et de partir à l'assaut des autres étoiles. Même si beaucoup de gens ne croyaient pas à la conquête des étoiles, ils étaient néanmoins persuadés et désireux d'améliorer la vie sur terre et de découvrir de nouveaux horizons comme les européens rêvant aux Amériques.

Ses légions contrôlaient déjà des pays mineurs sans beaucoup de difficultés car c'est les populations elles-mêmes qui les appelaient de leurs vœux. Avec sa puissance financière, il n'avait aucun mal à élever considérablement le niveau de vie de ces populations pauvres. Même si ces détracteurs affirmaient que ce qui était valable pour un pays de quelques millions d'habitants ne pouvait être transposé à un autre de cinquante millions, leurs peuples voyaient dans ces pays adhérant à l'Empire un exemple à suivre.

Et bientôt même dans les grandes nations, les populations se demandaient si la vie ne serait pas meilleure s'ils vivaient sous la dépendance de l'Empire, et leur influence devenait de plus en plus grande. Car, à voir les dirigeants de l'Empire, assurément, ils représentaient une nouvelle race d'homme pensant plus à l'avenir de tous qu’à leur sien propre.

Il avait lu "Le prince" de Machiavel et il avait compris comment procéder pour arriver à ses fins. Au fil des années, le but qu'il s'était fixé sur Mars devenait une réalité. Endormant les craintes des privilégiés, faisant miroiter aux populations un avenir meilleur, tous suivaient ses desseins et, lorsque ceux qui en ont les moyens voudront réagir, ils s'apercevront qu'il est trop tard.

L'Empire faisait partie de la vie de la planète, c'était plus qu'une société, c'était un état avec des lois, des gouvernants, des armées. C'était aussi une religion qui drainait des dizaines de millions d'êtres pensants, les anciennes croyances s'écroulaient les unes après les autres. On qualifiait maintenant l'Empire de démon, suppôt du diable. Un diable en effet qui venait prendre la richesse de quelque uns pour la distribuer aux pauvres. Combien de tel diable sont-ils mort pour leurs idées, pour défendre la justice, pour défendre les miséreux. Combien sont morts pour l'idée qu'ils se faisaient des hommes, les croyants nobles et chaleureux, loyaux et généreux, honnêtes et droits, alors que le monde des hommes leur renvoyait l'image opposée comme au travers d'un miroir déformant où l'image qu'ils voyaient était l'atroce vérité.

Une capitale fut bâtit au sommet des Andes près du lac Titicaca. Près de quarante millions d'hommes et de femmes participaient à sa vie et à sa construction. Des monuments, grandioses et beaux, à la démesure de cette ville furent construit. De la planète entière, on venait visiter cette capitale s'étendant sur plusieurs centaines de kilomètres. Dans cette ville où l'on bâtissait un immense astroport pour les futurs voyages intersidéraux. Un cirque de trois cent cinquante milles places, sortit tout droit de l'histoire de l'ancienne Rome, faisait face au palais Impérial. Des milliers d'ouvriers, d'architectes et de sculpteurs participaient à sa splendeur.

L'Empire était désormais très puissant et influent, mais il lui fallait encore plus de puissance pour changer le monde. Il créa de grands sanatoriums où les savants de l'Empire faisaient repousser les membres amputés à la suite d'accidents ou de malformation naturelle, comme il l'avait promis. Maintenant, la très grande majorité de la population était persuadée que très bientôt l'Empire pourrait leur redonner leur corps de trente ans et l'espoir les fit sortir de leur apathie. Des nations entières, par le vote des urnes se tournaient vers l'Empire. D'autres, plus pauvres utilisaient la force des armes. Quelques nations puissantes essayèrent de fomenter des guerres entre des pays mineurs et l'Empire, comme il y en eu en Amérique du Sud pour des terres soupçonnées de contenir de grandes richesses dans leur sous-sol. Mais alors, l'Empire fit exploser une de ses puissantes bombes a antimatière pour montrer qu'il n'était pas dupe. Les gouvernants de l'Empire avaient compris depuis bien longtemps que les idées nobles vont de pair avec un bras musclé. Certain essayèrent de tuer l'instigateur de tous ceux-ci qu'était Axor, mais ce dernier était à l'abri de leur conspiration. Il avait, de toute façon, mis en place une structure, pour pallier à cette éventualité. Comme dans une fourmilière ou la mort de la reine n'est pas la mort des fourmis mais son remplacement par une autre, parce qu'elles travaillent pour la fourmilière et non pour leur reine. Ainsi les dirigeants de l'Empire travaillaient pour l'Empire et non pour lui.

En quelques années, toute la planète passa sous la domination Impériale. Quelques petits pays voulaient rester dans leur système jusqu'au bout, mais il usa de la force, force contre leurs gouvernants qui ne purent que plier ou rompre.

La Terre ressemblait beaucoup par son architecture aux dessins représentant l'antique civilisation romaine. Beaucoup de gens étaient habillés avec des tuniques comme il y a deux mille ans. Les soldats, eux, semblaient sortir tout droit de cette époque si ce n'était leur fusil laser. Le reste des perfectionnements était habilement dissimulé dans leurs uniformes et on refaisait de nouveau grand cas de l'esthétique des soldats et des officiers.

Les anciennes fêtes religieuses avaient disparues et elles avaient été remplacées par deux célébrations. L'une au printemps à l'annonce de l'éclosion de la vie, l'autre à l'automne pour signifier la fin de toute vie et que rien n'est éternel. Durant ces occasions, on faisait de grandes parades, on tirait des feux d'artifices. Des combats étaient donnés dans les arènes où s'affrontaient des gladiateurs modernes. C'était souvent des meurtriers qui pouvaient ainsi obtenir leur grâce. Quelque fois ce fut des fonctionnaires Impériaux qui avaient perdu le sens du devoir envers l'Empire pour ne s'occuper que du leur ou qui usaient de leur position pour obtenir quelques faveurs. Des courses d'attelages de chevaux et des danses faisaient également partis des spectacles.

La Terre ne faisait désormais plus qu'une, avec les mêmes lois, les mêmes règles, la même justice pour tous, allant du procurateur gouvernant tout un continent au simple paysan cultivant le blé ou le riz. L'argent avait progressivement disparu, et l'état veillait au bien être de tous. Evidemment il y avait des cigales qui avaient pensé qu'on allait leur donner un yacht, des belles voitures de luxes et des femmes. Mais les cigales ne survivent pas à l'hiver et l'Empire se préoccupa plus du sort de ses fourmis besogneuses.

 

 


 

                                                                                         

 

TROIXIEME PARTIE

Le temps avait passé tellement vite. Il lui semblait que c'était hier qu'il avait été sur Mars. Il regarda par la fenêtre du palais Impérial. Le vol journalier vers la colonie martienne décollait emmenant sa centaine de passagers et ses dizaines de tonnes de matériels. Deux intercepteurs patrouillaient dans le ciel de Thallarna, la capitale qu'il avait fait bâtir au bord de lac Titicaca dans les Andes. Il aimait bien cette région où les gens étaient accueillants et les espaces immenses. De plus c'était un des premiers pays à avoir rejoint l'Empire à ses débuts. Ici, il avait été à l'écart des intrigues des anciens modes de vie que l'on nommait capitalisme ou socialisme.

Parfois, il repensait au Deneb, son premier vaisseau, qui se trouvait maintenant dans le musée de la ville. La flotte de combat qu'il avait constitué pour protéger la planète était composée de centaines de chasseurs identiques à son vaisseau, en plus moderne heureusement. Des croiseurs de lignes avaient également été construits, grands comme des paquebots, et sillonnants les immenses espaces du système solaire armés des terribles missiles à antimatière. Les pilotes s'entraînaient assidûment à la future bataille car il pressentait le jour ou les vaisseaux extraterrestres aborderaient le système solaire et s'apercevraient de la renaissance de l'Empire. Il savait que ses vaisseaux étaient très lents et de ce fait étaient handicapés pour combattre un ennemi, qui à n'en pas douter serait beaucoup plus agile et puissant. Il avait commencé à construire les futurs vaisseaux capables d'aller dans les étoiles mais les journées étaient toujours trop courtes. Il espérait que la menace dont avait parlé le vieil androïde lui laisserait au moins le temps de construire quelque uns de ces vaisseaux hyper-rapides. Sinon tout ce qu'il avait entrepris sur la terre rejoindrait les restes du satellite martien qui avait été détruit au cours de la guerre entre l'ancien Empire et le reste de la Galaxie. Ces monceaux gigantesques de roches orbitant pour des milliers d'années entre Mars et Jupiter.

Le destin est ainsi fait que l'on ne peut savoir si c'est l'homme qui forge son avenir ou si c'est une entité qui l'influence pour ses propres desseins.

Un matin d'automne, les centres de surveillance de l'espace intergalactique lointain donnèrent l'alerte. Un vaisseau non identifié faisait route vers la Terre et sa taille, par rapport aux vaisseaux Impériaux, était immense. L'heure de la confrontation arrivait et l'Empire se prépara au combat. Il fit rapatrier ses vaisseaux de tous les horizons du système solaire vers leurs bases terriennes. Il dissimula une grande partie de sa flotte dans les forêts et les déserts loin de toutes habitations. Une partie seulement des habitants de la Lune furent évacuée car les millions de colons installés là-bas étaient devenus de plus en plus nombreux au fil du temps et leur complète évacuation aurait demandé plus de moyens qu'il n'en avait. Il plaça une première flotte, forte d'une centaine de vaisseaux, aux abords des ceintures de Van Allen. Une deuxième flotte fut disséminée sur toute la surface de la terre. Une troisième flotte enfin, se tint en réserve près de Thallarna, dans l'immense base militaire qui ressemblait énormément à celle qu'il avait visitée sur Mars.

En quelques heures, le vaisseau extraterrestre fut dans l'orbite de la Terre. La surprise fut grande chez beaucoup lorsque ces derniers s'adressèrent aux terriens en français.

Ils avaient dû, grâce aux ondes radios qu'émettent les communications et les télévisions, apprendre la langue parlée sur Terre. En faite, depuis le début du siècle, soit presque jusqu'à une centaine d'années-lumière, l'espace était inondé par les vibrations électromagnétiques des différentes nations qui avaient coexisté sur terre.

Toutes les communications étaient transmises directement à l'empereur Axor qui avait réuni autour de lui ses fidèles généraux. Même si tous lui obéissaient sans faille et avaient le plus grand respect pour lui, il savait qu'il devait leur montrer qu'il avait raison et que ces étrangers ne venaient pas avec des intentions amicales comme le laissaient entendre et l'espéraient des millions de personnes.

Il ressentait les même émotions que lorsqu'il avait été sur Mars, sauf qu'aujourd'hui il savait à quoi s'attendre. C'est étrange que, comme au fil de l'histoire, le destin de tout un peuple ne puisse dépendre que d'un seul de ses représentants. C'était à lui de manœuvrer ces étrangers pour qu'ils découvrent leur vrai but. Car, à leurs premiers pas dans le nouveau monde, les conquistadores s'étaient montrés sous leur meilleur jour pour ne pas effaroucher les peuples qu'ils venaient massacrer.

Ses soldats et ses officiers avaient été préparés à cet instant. Ils avaient aussi et surtout été préparés à une confrontation armée et tous le savaient. Mais son combat le plus dur était de vaincre ces entités qui venaient pour détruire.

Il s'adressa au vaisseau étranger.

"Qui êtes-vous ?"

Nous sommes des Crargs. Nous venons en amis d'une lointaine planète vous apporter la paix et la prospérité.

"D'où venez-vous exactement ?"

De bien loin dans la Galaxie. Pourrions-nous atterrir sur votre planète ? Nous venons d'une autre civilisation et nous serions désireux d'étudier vos mœurs et vos coutumes.

"Laissez-nous le temps de vous étudier et répondez à notre légitime curiosité. Pourriez-vous nous dire d'où vous venez ?"

Nous n'avons pas les mêmes systèmes de références, nos mesures sont différentes des vôtres.

"Je vais vous faire transmettre nos étalons et nos systèmes de références pour que vous puissiez nous répondre".

Vous pensez vraiment que c'est la chose la plus importante ?

"C'est toujours ce que l'on demande à quelqu'un venant de loin. Et l'on s'attend à ce qu'il nous montre une direction et nous donne un temps de voyage".

Quelques instants plus tard, il recevait leur réponse.

Nous venons d'un système solaire situé à 180 années-lumière d'ici dans la direction de la constellation d'Hercule, suivant vos critères.

"Combien de temps a pris votre voyage ?"

Nous sommes en mission d'exploration dans cette partie du bras de la Galaxie et cela fait un an que nous sommes partis.

Pourrions-nous savoir qui vous êtes et quelles sont vos fonctions ?

"Je suis celui qui gouverne tout ce système solaire. Comment avez-vous fait pour venir à nous ?"

Grâce aux ondes radios que vous propagez. Je vous l'ai dit, nous explorions cette partie de la Galaxie.

"A quelle la vitesse peut croiser votre vaisseau ?"

Vous êtes bien curieux de petits détails.

"C'est pour avoir une idée de sa vitesse".

Notre vaisseau, en vitesse de pointe, croise à une année-lumière par jour, suivant vos définitions de vitesse et de temps.

"Ce qui fait huit mois de voyage pour venir directement à grande vitesse".

Il sentit que le Crargs était déconcerté. Son interlocuteur, sûr de lui et sachant le but véritable de sa venue, venait de se rendre compte qu'il avait donné une information importante. Mais cela n'inquiéta pas trop le commandant Crargs, après tout, comment ces primitifs pourraient-ils deviner que pendant qu'ils discutaient, les systèmes d'espionnage de son vaisseau analysaient les systèmes de défense de la planète et surtout son centre de contrôle. Car, quoi de plus aisé que de détruire d'abord le chef absolu d'une tribu pour faire régner le chaos et ensuite en profiter pour terminer le reste de sa besogne. Ils auraient pu détruire directement toute la planète, mais ses hommes, depuis presque un an qu'ils étaient partis, réclamaient des distractions et du butin. Et les premières analyses de son ordinateur lui montraient qu'ils n'auraient aucune peine à annihiler ces descendants de l'ancien Empire.

Axor savait qu'il avait marqué un point psychologiquement sur son adversaire car ses questions l'avaient décontenancé. Il se doutait aussi que ses adversaires étaient en train d'étudier son système de défense. Mais ses principales armes étaient camouflées depuis plusieurs jours et n'émettaient plus aucune radiations électromagnétiques. De plus, il conversait avec ces étrangers grâce à un réseau complexe de liaisons optiques avec des branchements aléatoires pour ne pas que ces derniers repèrent l'origine géographique de celui qui dirigeait cette planète.

Au bout d'un moment, le commandant Crargs reprit.

Oui, la chance nous a fait découvrir cette planète.

"Avez-vous des armes a bord ?"

Bien sur, quelques-unes unes. Elles sont très puissantes comparées aux vôtres. Mais nous venons en amis.

"Avez-vous d'autres vaisseaux dans les environs ?"

Le Crargs se mit à rire.

Non, c'est l'unique.

"Et, quel est votre moyen de communication ?"

Ce serait trop compliqué à vous expliquer.

"Si vous venez en amis, vous pourriez nous l'expliquer et nous donner aussi le secret de votre propulsion ?"

Le Crargs se mit a rire de plus belle, comme l'ogre face au petit poucet. Sauf, qu'ici ce n'était pas un conte. Axor sentait que bientôt le commandant Crargs ferait preuve de moins de diplomatie. Ce dernier était venu pour tuer, pas pour palabrer. Que se serait-il passé si les indiens d'Amérique centrale avaient demandé aux explorateurs assoiffés d'or de rester dans leur barque le temps de les étudier et de leur donner leur confiance.

Vous compter continuer longtemps à poser de telles questions ?

"Si vous venez en amis, quel mal y a-t-il ? D'autre part, au bout d'un an, vos hommes peuvent attendre une journée de plus, non ?

N'est-ce pas naturel que nous ayons de la crainte ? C’est notre première rencontre avec des représentants d'une autre civilisation".

De plus, si vous êtes en mission d'exploration, quoi de plus naturel que de s'échanger quelques informations sur ses sciences respectives".

Bien sur, mais comment vous prouver notre bonne foi si ce n'est en échangeant des marchandises. Nous avons des choses fantastiques dans nos soutes. Des appareils avec lesquels vous dominerez la nature, d'autres avec lesquels vous vous échapperez de votre corps dans une autre dimension.

"Les temps ont changé où l'on offrait des pacotilles et du trompe l'œil. Donnez-nous des formules mathématiques, des connaissances pour guérir nos maladies. Alors, là, nous vous ferons confiance".

On ne peut vous donner tous ceci. Pas tout de suite en tout cas, car, comment savoir que vous en ferez bon usage ? Avec nos marchandises, vous pourrez vous en servir immédiatement et sans risque pour autrui. Vous verrez comme la vie peut devenir agréable d'un seul coup.

"Il faut que nous étudiions vos présents car sinon ils agiraient comme de la drogue et toute notre société s'écroulerait en attendant votre prochaine visite pour nous redonner d'autres présents aussi fantastique. Alors que la connaissance n'est pas une drogue et nous permettra d'évoluer".

C'est votre avis. Mais qu'en pense votre peuple ? Laissez-nous leur montrer ce que nous avons et ils décideront.

"Il n'y a que ce que pense l'Empire qui compte".

Un empire est autre chose que votre petite planète.

"L'Empire ne demande qu’à s'étendre".

Le vaisseau Crargs descendit sur son orbite, mais instantanément une dizaine de vaisseaux Impériaux se portèrent à sa rencontre, et l'un d'entre eux lâcha une salve de semonce.

Êtes-vous toujours aussi brutal avec vos visiteurs ?

"Je vous l'ai dit, c'est la première fois que nous rencontrons une autre civilisation".

Vous ne pensez pas que vous devriez faire attention à ne pas nous froisser. Après tout, nous pourrions détruire toute votre planète en un instant.

"Sur notre planète, lorsqu'un savant, ce que vous prétendez être, étudie un insecte, il ne le tue pas parce que ce dernier l'a mordu ou lui à montrer les dents. Est-ce diffèrent pour vous ?"

Pourquoi mettez-vous en doutes nos prétentions d'explorateurs ?

"Le faible est toujours craintif face à plus fort que lui".

Le commandant Crargs était las de cette conversation et il ordonna de se préparer à l'atterrissage. En une fraction de seconde, des dizaines de vaisseaux Impériaux explosèrent sous des rafales d'impulsions lasers. Ces derniers ouvrirent le feu en se lançant à l'attaque, mais la partie était inégale. Du flan du vaisseau Crargs s'échappèrent une vingtaine de chasseurs qui commencèrent à descendre sur la terre. Les défenses terriennes ripostèrent immédiatement à l'attaque et furent à leur tour prises dans la tourmente.

Le commandant Crargs cracha dans son communicateur.

Pauvre insecte, je vais détruire ta planète. Nous emmènerons quelques milliers des vôtres pour qu'ils nous servent de divertissement pendant notre voyage de retour et plus jamais on ne reparlera de vous et de l'Empire.

Axor ne lui répondit pas. Ses généraux étudiaient la tactique de leur adversaire, mais il n'en avait aucune. Comme un homme plein de muscle et dominant son adversaire d'une tête se jette sur le malheureux. Mais les Crargs n'avaient pu analyser toutes les armes de l'Empire, en particulier les missiles à antimatière. La deuxième flotte décolla de ses caches et se porta au devant des vaisseaux Crargs alors que des dizaines de villes terriennes étaient anéanties par leur vaisseau amiral. Les pilotes Crargs, après avoir extermines sans trop de mal la première flotte, laissèrent ces renforts s'approcher comme un chat s'amusant avec une souris. Quelques vaisseaux Impériaux furent détruits durant leur approche par des pilotes ennemis désirant faire un carton. Mais, quand tous les vaisseaux Crargs purent être tous pris dans un même feu, la deuxième flotte lâcha ses salves mortelles. En quelques secondes, l'arrogance dont devait faire preuve les pilotes Crargs dans leur machine se transforma en mort et poussière. Le ciel de la terre était maintenant constellé de lumières et d'explosions. Leur vaisseau amiral, trop confiant, avait reçu un coup terrible dans son système de stabilisation. La nuit avait fuit du coté obscur de la terre qui était devenu une gigantesque scène. Malgré la distance de plusieurs milliers de kilomètres, tous ceux qui regardaient avec effroi leur destin semblaient sentir le souffle des explosions et le bruit de la bataille. La troisième flotte décolla à son tour de sa base secrète et rejoignit les rares pilotes Impériaux survivants. Les chasseurs Crargs avaient été décimés et il ne restait plus que le vaisseau amiral et quelques rescapés. La troisième flotte se jeta alors sur ce dernier comme une meute de chiens sur un lion. Un à un, les vaisseaux Impériaux explosaient, mais ils réussissaient également à porter des coups puissants à leur adversaire. Axor avait fait construire un missile d'un type particulier dont le système de propulsion était celui de ses futurs vaisseaux, c'est-à-dire plusieurs fois supérieure à la vitesse de la lumière. Les Crargs étaient complètements déroutés et leurs armes mal calibrées, mais ils n'allaient pas tarder à les reprogrammer. Alors la flotte Impériale serait définitivement détruite malgré toute la bravoure dont faisait preuve ses pilotes. Mais ce nouveau type de missile supraluminique était sa cartouche maîtresse. Il se désola de ne pas avoir le temps de demander la reddition du commandant Crargs. Il aurait pu avoir de fantastiques sommes de connaissances grâce à ce vaisseau. Il devait faire vite car l'ordinateur de bord Crargs n'aurait pas les mêmes sentiments à l'égard de l'Empire. Un dernier missile supraluminique disparut dans un sillage de flamme. Il ne sut pas s'il se désintégra avant de toucher son adversaire ou au moment ou il pénétra dans son fuselage. Dans le ciel de la Terre, bleuit une étoile dans une fontaine de lumières phosphorescentes.

Plusieurs centaines de millions de terriens étaient morts sous les coups des Crargs, mais déjà les citoyens de l'Empire reconstruisaient les villes et les usines. L'Empire avait fait prisonniers deux pilotes Crargs qui s'étaient réfugiés dans une chaloupe de sauvetage. Ces derniers ne purent leur apprendre que peu de choses sur les connaissances des scientifiques Crargs. Mais sous la contrainte et avec les débris de leur flotte, ils aidèrent les savants Impériaux, à remettre en état de marche, un de leur vaisseau. Désormais, même s'ils en ignoraient encore le mode de propulsion, les savants de l'Empire avaient à leur disposition un vaisseau capable d'approcher la vitesse de la lumière. Car si l'Empire avait des missiles supraluminiques, il n'avait pas encore toute la technologie pour que des hommes puissent voyager à cette vitesse.

L'Empire avait vaincu ses adversaires grâce à sa prévoyance. Ses généraux ainsi que le peuple ne pouvaient que renforcer leur confiance dans leur empereur. Le vieil androïde avait bien dit la consternante vérité sur Mars. D'ailleurs les deux prisonniers avaient confirmé ses dires et leurs avaient brossé la situation de cette partie de la Galaxie. Mais même eux, ne la connaissaient pas entièrement.

Du bord de la Galaxie jusqu'à deux cent années-lumière vers le centre ne se trouvaient que des mondes désolés ayant appartenus à l'ancien Empire. Quelques rares planètes, ça et là, avaient recouvraient un peu de vie mais c'était des réserves pour les Crargs qui y avaient implantés des survivants des mondes qu'ils avaient détruits et où ils passaient quelques temps quand ils voulaient varier leurs divertissements. A l'Est se trouvait l'empire Follien, qui avait près de cent mille ans. C'était un empire en décrépitude qui s'étiolait avec le temps. Au centre s'étendait le puissant et cruel empire Tarnag. C'était ce dernier, d'après les manuels d'histoires Crargs, qui avait prit la tête du soulèvement contre l'Empire. Et depuis, c'était lui qui gouvernait, mais par la terreur. Ses habitants exigeant des sacrifices immenses de la part des autres systèmes solaires pour leur seul plaisir. De petits royaumes survivaient à certains endroits. D'autres plus anciens n'aimaient guère qu'on les dérange et n'offraient aucun attrait pour les nouveaux maîtres.

Les Crargs, en fait, avaient le droit de vie et mort sur cette partie de la Galaxie, autorité déléguée par l'empire Tarnag à condition qu'ils veillent sur les cendres de l'ancien Empire. Ils avaient été étonnés et surpris quand une de leur sentinelle, dans sa visite sur terre, leur avait rapporté que la vie reprenait dans l'ancien Empire. Ils n'y avaient pas prêté trop d'attention car il semblait que ce ne devait être que des primates un peu plus évolués que ceux qui se trouvaient déjà dans l'ancienne réserve de l'Empire. Les rapports s'étaient fait plus concrets mais plus irréguliers également car toute cette partie de la Galaxie, sous les faits de l'empire Tarnag, sombrait lentement mais sûrement dans la guerre civile. Et les Crargs se souciaient plus de leur avenir que de celui de gens se nommant grecs ou romains.

Le ciel est rempli de milliards de milliards de galaxies. Dans cette multitude, des milliards d'étoiles scintillent. Sous les cieux de ces mères, des civilisations naissent, vivent, conquièrent, se propagent, et finalement agonisent dans d'interminables sursauts comme un homme refusant la mort et dont l'esprit combat encore la fin inéluctable de son corps.

Qu'était l'Empire dans tout ceci qu'un pion sur un échiquier.

Mais, suivant les règles du jeu, car règles il y a toujours, un pion peut se transformer en roi.

L'Empire avait passé sa première épreuve. A peine sortie des limbes de sa planète, il avait déjà terrassé un puissant ennemi. Ses savants construisirent plusieurs de ces vaisseaux à propulsion supraluminique dont le secret avait été donné à Axor un jour d'été sur Mars, par un vestige de l'histoire.

Il estimait que la planète pouvait compter sur un répit de trois ans au moins, avant qu'une autre expédition Crargs soit envoyée car les naufrages n'étaient pas rares sur les routes de la Galaxie. De plus, personne dans la hiérarchie Crargs n'imaginerait une seconde qu'un de leur puissant vaisseau ait put être détruit par des primitifs Terriens. Ces extraterrestres devaient être loin de se douter que l'Empire renaissait et que la technologie de ses armes était au niveau des leurs. Mieux, les vaisseaux Impériaux, même s'ils étaient moins puissants, étaient trois fois plus rapide que ceux de leur adversaire. Cette rapidité était un avantage indéniable qui leur donnerait la suprématie sur les Crargs. D'ici là, il aurait reconstitué une flotte suffisamment puissante pour les vaincre à nouveau.

L'Empire accrut encore plus la puissance de ses armes. Ses vaisseaux exploraient avidement l'espace intersidéral environnant. Les étoiles les plus proches comme Proxima du Centaure, Epsilon d'Eridan ou Luyten, étaient maintenant des colonies Terriennes. Après tant de millénaires prisonniers de leur planète, les Hommes renaissaient à la vie. Des millions d'hommes et de femmes s'enflammaient pour leur nouvel avenir dans la Galaxie. L'Empire attendait, plein de confiance, la confrontation avec la prochaine expédition Crargs.

Les deux prisonniers leurs avaient déclaré que sur leur planète, se trouvait près d'une centaine de croiseurs de guerre comme celui avec lequel ils étaient venus. Mais, chacun avait son commandant propre et indiscipliné. Il y avait peu de chance qu'une forte expédition soit entreprise contre l'Empire. Avec le temps, l'oubli de l'histoire ancienne s'était installé, et il arrivait fréquemment que des vaisseaux se perdent corps et bien. L'espace recelait des dangers nombreux et variés comme les météorites qui, vu la vitesse fantastique des vaisseaux, pouvaient perforer une coque en quelques microsecondes. Si la météorite traversait alors une zone sensible, le vaisseau se désintégrait en un instant. Il y avait aussi des zones de poussières d'hydrogènes et d'hélium qui usaient les coques et pouvait casser un navire trop vétuste. Avec leur vitesse fantastique, le moindre impact non protégé devenait une catastrophe. Il y avait bien un champ de force autour des vaisseaux, mais les appareils les générant étaient vieux et tombaient souvent en panne. Alors, on les utilisait avec parcimonie, lorsque le danger était grand et prévisible. Un autre danger venait des microbes issus de planètes visitées qui pouvaient décimer un équipage avant qu'on ait pu trouver un antidote. Les occasions ne manquaient donc pas pour perdre un vaisseau.

L'Empire étendit peu à peu sa sphère d'influence jusqu'à une des rares planètes ou les Crargs avait parqué d'autres êtres pensants. Ce fut la deuxième rencontre de l'Empire avec une autre race. Ceux-ci avaient la peau bleue et avaient été déportés d'une étoile blanche se trouvant dans un amas globulaire. Les terriens nouèrent immédiatement des liens d'amitiés avec eux et Axor encouragea les croisements entre leurs deux peuples même si leurs systèmes de reproduction différaient. Il prit également une épouse parmi eux car il ne voulait pas de Terriens dominant la Galaxie mais des êtres pensants unis pour vivre ensemble.

Les terriens construisirent des routes, des ponts, enseignèrent leur science et apprirent la leur. N'est-ce pas avant tout l'amitié de deux peuples qui les unit face à un adversaire. L'Empire les aida de son mieux et laissa sur place quelques vaisseaux de surveillance. Non pas pour les défendre, car ils n'étaient pas suffisamment armés, mais pour donner rapidement l'alerte sur Terre grâce à leur vitesse supérieure aux vaisseaux Crargs.

La décomposition de leur système de gouvernement aidant, l'expédition ennemie mit plus de temps que prévue à se manifester. Néanmoins, un jour d'hiver sur Thallarna les systèmes d'alertes annoncèrent trois vaisseaux Crargs faisant route vers l'Empire.

Chaque rouage de l'Empire se prépara une nouvelle fois à l'affrontement. Mais cette fois-ci, les anciens vaisseaux poussifs avaient été remplacés par des dizaines d'autres plus rapides que la lumière. Les savants Impériaux avaient réussi à décoder le fonctionnement de quelques appareils Crargs et en avaient installé d'identique sur les vaisseaux Impériaux. Ce n'étaient plus des primitifs qu'allaient affronter ces êtres hostiles mais des soldats dont la puissance égalait la leur, voire la dépassait déjà dans certains domaines.

Les trois vaisseaux se mirent en orbite géostationnaire autour de la terre. Trois flottes terriennes leur faisaient face, mais sans dégager d'animosité et sans leur montrer leur véritable force. L'Empire leur laissa croire que c'était le premier contact des terriens avec une autre race. Ces derniers s'étonnèrent de la disparition de leur premier vaisseau mais de plus en plus de commandants n'obéissaient plus qu'a eux-mêmes et l'anarchie se posait couramment en loi. L'Empire profita de ces quelques instants d'incertitudes planant sur les vaisseaux Crargs pour les attaquer. L'effet de surprise leur fut une nouvelle fois favorable et deux croiseurs ennemis explosèrent dans un éclat de supernovae. Le troisième s'enfuit dans les limbes du système solaire mais les Impériaux, grâce à leur vitesse supérieure, l'harcelèrent sans faiblir. C'était une nouvelle fois une meute, mais leur adversaire ressemblait plus à un renard qu'à un lion, et sa fin fut inéluctable. Le dernier vaisseau extraterrestre disparut dans l'espace intersidéral. Les pertes de l'Empire étaient importantes mais désormais, ses généraux connaissaient la tactique qu'employaient les Crargs. Les savants Impériaux pourraient trouver une stratégie d'attaque efficace alors que les Crargs ignoraient encore tout de la nouvelle puissance de l'Empire.

Les temps étaient maintenant venus pour prendre l'initiative. Dans le monde des Crargs en décadence et où peu d'officiels se souciaient des incidents dans les lointaines frontières, il serait facile d'en venir à bout.

La première expédition Impériale eut lieu sur la planète Crargs d'où venaient ces vaisseaux. Cette planète se situait à une centaine d'année-lumière vers le centre de notre Galaxie. Les croiseurs de bataille d'Axor, dans leur approche, se firent passer pour les vaisseaux Crargs revenant de leur expédition. La surprise fut totale. Axor ne pouvait faire de pitié car sa puissance était encore éphémère. Il devait frapper vite et fort avant que son adversaire ne s'aperçoive que c'était tout son système de chose qui était en jeu, et non une simple planète. Il profita de cette première victoire pour explorer les mondes alentour. Ce n'était que décadence, jeux, festivités et anarchie. Son armée n'eut aucun mal à abattre un à un les autres mondes. L'Empire fut aidé dans sa tache car une guerre opposait le vieil empire Follien et l'immense empire Tarnag. Les Crargs profitaient de la curée pour s'emparer des riches mondes Folliens et se souciaient peu de la perte de quelques systèmes solaires anarchiques ou les mettaient sur le compte de quelques expéditions Tarnags.

L'Empire, de plus en puissant, fondit sur les Crargs et les anéantit peu à peu. Mais, il évitait de se faire trop remarquer par les Tarnags en faisant passer ses raids pour des contre-attaques de navires Folliens. Il préférait attendre que les puissants Tarnags, dans leur guerre contre les Folliens, perdent de leur puissance. Malheureusement, les Folliens ployaient sous les coups et leurs mondes s'écroulaient les uns après les autres. Un vieil adage terrien disait qu'il fallait préparer la guerre pour connaître la paix. Les Folliens dans leur désir de paix avaient oublié qu'ils n'étaient pas seuls dans la Galaxie et que d'autres peuples convoiteraient un jour leurs richesses aussi bien matérielles qu'intellectuelles.

L'Empire comprit que si les Folliens disparaissaient alors l'empire Tarnag serait encore plus puissant. Ils comprendraient alors qui avait détruit les Crargs et leur assenait ces piqûres d'insectes. Seul la confiance mutuelle peut unifier deux peuples et l'histoire passée des Folliens montrait que ce n'était pas un peuple belliqueux. Axor envoya une ambassade sur la planète-capitale des Folliens afin de leur proposer son aide. Quand le prince héritier Follien appris que les descendants de l'ancien Empire revivaient et que de plus ils étaient prêts à leur venir en aide, son cœur fut rempli de joie et de respect. Il accepta, en voyant la vitesse de leurs vaisseaux et leurs premières victoires, de revenir sous la tutelle Impériale car l'ancienne amitié entre Folliens et Impériaux était restés intacts. Axor savait que ce n'était que des mots, car s'il avait donné le secret de la propulsion de ses vaisseaux aux Folliens pour les aider dans leur lutte, il n'ignorait pas qu'il avait besoin de leur immense administration pour affermir l'Empire. Ses terriens le suivaient comme on suit aveuglement un chef pour qui on a le plus grand respect, comme les Grecs d'Alexandre l'on suivi des montagnes de Bithynie aux vallées de l'Indus. Mais tous ces systèmes solaires, tous ces peuples différents les surprenaient. En quelques décennies ils avaient quitté leur monde natal pour s'emparer de royaumes que même dans leurs rêves ils ne pouvaient imaginer. La terre aussi avait changé mais les échos de lointaines batailles victorieuses étaient peu relatées dans la presse car la majorité des gens était complètement déroutée par cette accélération brutale de l'histoire. Néanmoins, les noms de Fomalhaut, Luyten, Throon, Canopus leur disaient que ces mondes faisaient désormais partie de l'Empire. Lorsqu'ils regardaient les constellations du Cygne, d'Hercule, d'Orion ou l'amas des pléiades, ils savaient que des hommes comme eux se battaient là-bas pour apporter la paix. Les nouvelles générations comprenaient et acceptaient leur rôle de citoyen Impérial. C'était eux qui donnaient ses victoires à l'Empire, c'était eux qui administraient les nouveaux systèmes solaires, qui assuraient la sécurité et l'éducation des peuples conquis. L'Empire transformait tous ces peuples pour n'en faire qu'un sous sa bannière et ne faisait aucun différence entre eux quelque soit leur apparence physique et leur terre de naissance.

Grâce à la puissance industrielle des Folliens et au sens de la stratégie des soldats de l'Empire qui amenaient et usaient d'idées novatrices, les Tarnags connurent quelques défaites. Mais Axor ne voulait pas les affronter trop vite car leur machine de guerre était puissante et importante alors que lui avait encore besoin de temps pour construire et entraîner ses armées. Il préférait sacrifier une partie de l'empire Follien dont les habitants s'étaient assoupis dans leur paix que d'envoyer à la mort ses hommes sans suffisamment d'expérience.

Peu à peu cependant, sa flotte devenait plus nombreuse et ses pilotes plus aguerris. Bientôt, il put affronter les Tarnags dans de grandes batailles où ses généraux faisaient preuve de grandes stratégies et d'audace. Leurs adversaires avaient l'habitude de combats faciles contre les Folliens dont la plupart des commandants étaient désemparés par cette guerre, eux qui n'avaient connu et ne désiraient que la paix. Les combats avec les Terriens étaient plus âpres et tournaient de plus en plus à l'avantage de l'Empire.

Les terriens étaient jeunes, plein de fougue et faisaient preuve de témérité, ce qui surprenait beaucoup les Tarnags. Ces derniers avaient appris que ceux qui désormais leur infligeaient des défaites étaient les descendants de l'ancien Empire et la peur prit possession des combattants les plus faibles.

Mais la machine de guerre Tarnag continua néanmoins sur sa lancée et la capitale Follienne fut prise, pillée et détruite. Son vieil empereur, dans un sursaut de dignité, préféra sombrer avec les restes de son royaume que d'accepter d'évacuer sa planète comme le lui proposait Axor.

Les batailles se firent plus gigantesques. Des centaines d'étoiles, dont les noms ont été oubliés furent les témoins de ces sombres moments. L'Empire, grâce à la vitesse supérieure de ses vaisseaux, frappait sans relâche sur les arrières de l'ennemi. Ses centres de production, de dépôts de munitions, ses convois de ravitaillement et de renfort étaient systématiquement anéantis. Pour accélérer la défaite, qui déjà se profilait à l'horizon, il envoya ses armées combattrent directement les mondes Tarnags. Les vaisseaux ennemis, abandonnèrent alors l'empire Follien pour se ruer à la défense de leurs étoiles. Leur armement était très puissant, mais ils étaient défavorisés par leur vitesse moindre et ils ne pouvaient qu'assister maintenant à la fin de leurs mondes. Ils firent preuve de bravoure dans leur défaite, mais les Impériaux pouvaient frapper vite et se mettre hors de leur atteinte. Désormais, ces grandes armadas qui avaient perdu leurs ports d'attaches n'arrivaient qu'à gagner des batailles éphémères qui les affaiblissaient de plus en plus.

Des légendes parcourent les surfaces des planètes, s'engouffrent entre les étoiles, traversent les espaces intergalactiques pour surgir en une réalité. Ses légendes, à base de religions, de faits guerriers, parlent d'hommes exceptionnels qui reviendront un jour pour rendre justice à ceux qui ont été bafoués, pour apporter une vie meilleure, pour donner la paix et la fraternité entre tous. Ces légendes parlent d'espoir.

De ces légendes circulaient dans l'empire Tarnag qui disaient qu'un descendant de l'ancien Empire reviendrait et ferait périr par les armes les assassins et les bourreaux et rendrait justice aux enfants de ceux qui ont souffert. La prémonition n'est pas la vision d'un avenir réel mais de l'avenir tel que l'on voudrait qu'il soit. Ce que croit un homme est plus important que ce qu'il vit, car il essaie de faire de sa croyance son avenir et par-là, influe sur son propre avenir.

Axor faisait partie de ces êtres qui croient en un idéal et le but qu'il s'était donné était de rendre réel cet avenir qu'il désirait. L'Empire et sa religion émergèrent de sa croyance pour devenir une réalité. Bientôt cette réalité rejoindrait celles d'autres êtres pensants et son histoire devint une légende.

Les croiseurs de batailles de l'Empire avaient définitivement vaincu leurs adversaires. Une imposante flotte composée des milles et un peuples des empires Terriens, Folliens, Crargs et d'autres royaumes naviguaient vers le centre tout puissant des Tarnags. Axor était sur le pont de son navire amiral. A ses cotés se tenaient ses compagnons de la première heure. Ceux qui avaient cru en lui alors que la première pierre de l'Empire était à peine posée dans un fragile équilibre, sur une lointaine planète autour d'une étoile appelée : Soleil. Il regardait sa victoire, le rêve était devenu réalité mais il n'en tirait pas de joie. Il savait que ce n'était qu'une étape, qu'il fallait gérer tous ces peuples pour les diriger vers le but que lui avait fixé le vieil androïde. C'est facile de terrasser un ennemi que l'on désigne, il est plus dur de le terrasser lorsqu'il est tapi dans son propre esprit et qu'en fait cet ennemi c'est la croyance de ce que sera son propre avenir.

La flotte Impériale se posa sur l'astroport principal de la capitale Tarnag. Leur empereur s'inclina sous les drapeaux de l'Empire. Axor se tenait face à lui. Dans la lumière bleutée de leur étoile, leurs regards s'échangèrent. Le vainqueur d'hier était devenu le vaincu d'aujourd'hui. Axor prit la parole et lui dit

"Salut à toi, empereur Tarnag".

Salut à toi, Empereur.

"Amère est la défaite".

Amère en effet. Nous avons fait preuve de clémence avec l'ancien Empire et nous le payons aujourd'hui.

"En chaque être pensant, il y a de la clémence pour un autre être qui meurt, même s'il le considère comme un animal inférieur".

Vas tu nous détruire comme nous l'avons fait ?

"Non. Votre monde nous appartient et vous vivrez à nos côtés. Je ne désire pas vous avilir mais vous convaincre de marcher avec moi pour construire un monde où tous les êtres pensants auront leur place. Notre rôle n'est pas de nous entretuer pour quelques étoiles, nous devons nous battre pour comprendre et sauver notre Univers. Même si dominons notre Galaxie, même si nous nous sentons tout puissant, même si on nous appelle roi ou empereur, nous ne sommes que des êtres créés. Celui ou ceux qui l'on fait ont besoin de nous. Ce n'est pas une certitude car la certitude conduit à la stagnation, mais je pense que c'est vrai. Nous avons un devoir envers les plus faibles, non de les avilir, mais de les aider à progresser sur le chemin de la connaissance. Nous avons un devoir envers cet Univers qui nous a donné la vie, faire en sorte qu'il puisse continuer à vivre".

 

 

 

D'autres batailles, d'autres empires à combattre, d'autres compagnons à connaître jalonnent l'histoire Impériale. Toute la Galaxie ne fit qu'un avec l'Empire, on oublia volontairement les noms pour ne garder que le message. Et les soldats de l'Empire s'élancèrent vers les autres galaxies, vers ces milliards de milliards de galaxies ou des hommes ressemblant étrangement à ceux qu'ils connaissaient vivaient la même histoire. D'autres amis les attendaient, d'autres peuples espéraient un espoir venu d'ailleurs, d'autres enfants jouaient dans l'ignorance de leur réalité, d'autres hommes relevaient la tête pour lutter contre l'avenir.

 

Toutes ces luttes, ces questions. Pourquoi ?

 

Sinon pour éviter la mort. La mort est-ce la fin de tout ou un nouveau commencement. Luttons-nous contre la mort ou contre le doute. Doute de ce qu'il y a effectivement après notre fin, celle des hommes, celle des étoiles, celle de l'histoire.

 

On peut se battre contre des faits mais pas contre des idées. Nous battons-nous contre des faits ou faisons-nous partie du rêve d'un autre être. S'il se réveille et que nous disparaissions dans la seconde suivante. Qui le saura ?

 

Les rêves aussi ont une fin.

 

 

 

Sur une planète désolée, autour d'une étoile perdue au fond d'une galaxie, un être pensant se souvient d'un temps oublié où il s'appelait Axor, et de la place de l'homme.

Il s'éveilla, et alors seulement, s'aperçut qu'il existait. Autour de lui était le chaos, la lumière de milliards d'étoiles naissait tandis que des milliards d'autres étoiles s'anéantissaient dans des cataclysmes gigantesques.

Cela faisait longtemps qu'il avait ouvert les yeux, mais pour lui, il n'y avait pas d'avant. Ses souvenirs commençaient au moment où il avait ouvert les yeux, il y a bien longtemps maintenant.

Il était seul, aussi loin que portait sa vue, aussi longtemps que son pas l'emportait, il était désespérément seul.

Il étudia le monde dans lequel il vivait, pendant de longs, très longs moments, et bientôt sa science, sans être absolue, était immense.

Il construisit alors des machines et les sema aux quatre coins de son royaume. Il en dota certaines de mémoires et de raisonnements et quand ceux-ci s'éveillèrent, ils s'appelèrent des Hommes.

Ils l'admirèrent, le glorifièrent de ce qu'ils puissent emmagasiner des souvenirs dans leurs mémoires et ils appelèrent ceci la Vie.

Mais, du fond de leur grotte aux sommets de leurs gratte-ciels, ils continuèrent la tache pour laquelle ils avaient été créés. A leur tour ils étudièrent la science, construisirent des machines. Des millions d'hommes et de femmes s'acharnèrent sur cette tache immense, joie et déception, gloire et mort parsemèrent leur route sinueuse et longue, mais, avec toute la bravoure dont ils pouvaient faire preuve, ils continuèrent.

Avaient-ils le choix ?

Qu'importait leurs bonheurs, leurs peines, leurs tourments, ils mourraient par millions, mais des millions d'autres naissaient et prenaient leur suite.

Toutes ces vies sacrifiées pour répondre à leur créateur :

Qui l'avait créé ? Pourquoi ? Quel était son avenir ?

 

Axor, le 10 septembre 8984 de l'ère Impériale. 

                                                                     

NOTES AU LECTEUR

Je sais que ces idées vont entraîner l'incompréhension d'une multitude de gens, mais l'Empire n'a pas besoin d'une multitude.

Aux grandes idées, comme aux grands hommes, quelques-uns valent le tout.

L'Empire n'a qu'une devise :

GLOIRE A L'EMPIRE

 

"... Tu me demandes, mon bon ami, si je connais le moyen de déchaîner le délire, le vertige, une folie quelconque, sur ces multitudes de misérables qui naissent, mangent, dorment, se reproduisent et meurent dans l'ordre et la tranquillité.

... Eh bien, oui, je crois qu'on peut se lancer dans une nouvelle et sainte croisade, aller racheter le sépulcre de Don Quichotte qui est aux mains des bacheliers, des curés, des barbiers, des ducs et des chanoines. Je crois qu'il faut aller le racheter, ce tombeau du Chevalier de la Folie, et l'arracher aux hidalgos de la raison.

... Mon pauvre ami, tu es consumé par une fièvre incessante, par une soif d'océans insondables et sans rives, par la faim de l'universel et le spleen de l'éternité. Mets-toi en marche, tout seul. Tous les autres solitaires se joindront à toi à tes cotés, sans que tu les voies. Chacun croira aller seul mais vous formerez un bataillon sacré, le bataillon de la sainte et inachevable croisade ..." 

Miguel de Unamuno

" La vie de Don Quichotte et de Sancho Pança "