Normale Sup' en lutte

Communiqués de la CNU, du 6 avril au 20 avril 2009

publié le ‎‎24 avr. 2009 02:25‎‎ par ej s   [ mis à jour le·‎‎24 avr. 2009 02:29‎‎ ]
Communiqué de la Coordination Nationale, 6 avril 2009

Cours à l’université : pas de reprise sans le retrait des réformes contestées
Ayant pris connaissance du communiqué de Lionel Collet, président de la Conférence des Présidents d’Université, diffusé le lundi 6 avril 2009, la Coordination Nationale des Universités (CNU) réunie ce même jour tient à réaffirmer sa détermination à combattre les réformes qui menacent l’Université et la Recherche. Le mouvement inédit initié par la communauté universitaire depuis plus de deux mois a forcé les Ministères à manœuvrer ; mais aucune de nos revendications n’a été pour l’instant satisfaite. La durée du mouvement de grève est à imputer au seul gouvernement. Les prétendues avancées obtenues ne sont que des trompe-l’œil et ne modifient en rien la logique des réformes. En outre, la Conférence des Présidents d’Université n’a aucune légitimité à décréter unilatéralement la reprise des cours.
La CNU appelle donc le monde de l’éducation et de la recherche à poursuivre la lutte et à mener les actions nécessaires à son amplification et à son succès, en prenant part massivement aux manifestations, de la Maternelle à l’Université, prévues notamment :
- mercredi 8 avril
- mardi 28 avril
- vendredi 1er mai.

Ce printemps 2009, l’Université et la Recherche sont dans la rue.

Liste des porte-parole :

David Berrué, étudiant, Tours

Yvon Le Bourhis, BIATOSS, Univ Marne-la-Vallée

Manon Tertrain, étudiante, Paris 4

Sarah Hatchuel, PU, Le Havre

Nathalie Vienne-Guerrin, PU, Montpellier 3

Mathieu Bonzom, Paris 10

Rémi Georges, vacataire, UMLV

Communiqué de la Coordination Nationale des Universités, 8 avril 2009

La Coordination Nationale des Universités répond à Nicolas Sarkozy :
« Monsieur le Président, nous n’avons pas les mêmes valeurs »

Quoique moins méprisantes dans la forme que son discours du 22 janvier, les déclarations de Nicolas Sarkozy du 7 avril 2009 révèlent la même conception mercantile de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Si, pour Nicolas Sarkozy, les études ne servent qu’à « créer de la valeur ajoutée », les universitaires en lutte continuent d’affirmer que l’université n’est pas une entreprise et que le savoir n’est pas une marchandise.

Là où Nicolas Sarkozy parle de « valeur ajoutée », nous parlons de valeurs républicaines : droit à la connaissance pour tous, droit de choisir sa filière sans discrimination financière ni territoriale, droit de s’engager dans des études qui n’ont aucune rentabilité immédiate mais qui sont d’une valeur essentielle pour la société.

Là où Nicolas Sarkozy parle « d’accélérer la commercialisation des brevets », nous lui opposons la nécessité, pour les générations futures, de préserver une recherche fondamentale forte et libre des dictats du marché.

Quand Nicolas Sarkozy estime que l’autonomie des universités est préférable au fait de « se retrouver au ministère pour qu'on vous dise d'un bureau parisien ce qu'on doit faire », nous tenons à rappeler que les universités n’ont jamais autant reçu de directives émanant des Ministères que depuis le vote de la loi LRU (sigle qui signifie pourtant « liberté et responsabilité »).

Si Nicolas Sarkozy est de bonne foi en annonçant que « donner l'autonomie aux universités, c'est leur faire confiance », alors qu’il fasse enfin confiance à la communauté universitaire qui dénonce, dans un mouvement inédit par sa durée et son intensité, les conséquences désastreuses de ces projets de réforme. Or, la politique actuelle a conjugué, jusqu’à présent, irresponsabilité et inefficacité, autoritarisme et ignorance des problèmes posés.

Le monde de l’enseignement et de la recherche n’est pas hostile à toute réforme. Mais il conteste une logique d’économie budgétaire et de mise en concurrence systématique des institutions, des équipes et des individus, qui met en péril la création et la transmission des savoirs. A la concurrence et à la rentabilité à court terme, il préfère l’émulation, la coopération et la liberté de recherche. A l’autoritarisme et à la concentration des pouvoirs, il préfère la collégialité et le gouvernement par les pairs. Aux nommés, il préfère les élus.

L’Education Nationale, de la Maternelle à l’Université, doit continuer à transmettre connaissances et culture gratuitement, sur tout le territoire, pour garantir la traduction dans les faits de nos idéaux républicains.

Ce printemps 2009, pour défendre ces valeurs, le monde de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche est dans la rue.



Communiqué de la Coordination Nationale des Universités, 9 avril 2009

« Oui Madame Pécresse, il est temps de vous inquiéter ! »

Après plus de deux mois d’un mouvement inédit dans les universités françaises, Valérie Pécresse daigne enfin se préoccuper des conséquences de sa politique. Elle s’inquiète des menaces qui pèsent sur les examens et la validation de l’année universitaire.
Valérie Pécresse se préoccupe de « la crédibilité de nos universités à l’étranger et de la valeur de nos diplômes ». Nous sommes heureux d’apprendre que nos universités, si médiocres, à en croire Nicolas Sarkozy, jouissent donc néanmoins d'un certain prestige et que les diplômes qu’elles délivrent ont encore quelque valeur.
Valérie Pécresse ne veut pas que soient délivrés des diplômes dévalués ? Ce sont ses réformes qui instaurent une dévaluation généralisée des diplômes en mettant notamment en place une « masterisation » des concours de recrutement d'enseignants qui réduit leur contenu disciplinaire, repousse d'un an le droit à un salaire, et menace de précariser celles et ceux qui n'auraient pas obtenu à la fois le master et le concours.
Notre ministre se demande comment, si le mouvement perdure, le caractère national des diplômes « pourrait être préservé si tous les étudiants n’ont pas bénéficié de la même formation ». C’est précisément parce que nous voulons préserver le caractère national des diplômes que nous luttons. La mise en concurrence des universités instaurée par la LRU, la création de quelques « pôles d'excellence », de diplômes « professionnels » d’entreprise et de masters d'enseignement aux contenus variables localement ne peut en effet que mettre en péril le caractère national des diplômes.
« Il est impensable de boycotter le baccalauréat », nous dit-elle.  Ce qui est impensable, c’est qu’après des mois d’actions menées par l’ensemble des acteurs de l’université, notre gouvernement n’ait toujours pas écouté nos revendications, qu’il n’ait toujours pas pris la mesure de notre détermination. Valérie Pécresse agite le spectre de la pénalisation des étudiants, au sujet des diplômes de cette année, afin de pousser l’université à abandonner la grève. Nous construisons ensemble cette lutte, enseignants-chercheurs, BIATOSS et étudiants ; c’est ensemble que nous trouverons les solutions pour qu’aucun étudiant, gréviste ou non, ne soit pénalisé.
Madame Pécresse nous parle du respect des élèves et des étudiants. Il est étonnant d’entendre parler de respect lorsque le monde de l'enseignement et de la recherche est confronté chaque jour au mépris des ministres et du Président de la République. C’est parce que nous respectons élèves et étudiants que nous luttons pour que l’université française ne repose pas sur des lois de rentabilité immédiate et pour que nos formations ne mènent pas à un avenir fait de précarité.
Elle attribue enfin la poursuite du mouvement à quelques « bandes encagoulées » et au climat de peur qui règnerait en ce moment. Lorsque nous sommes témoins des violences policières envers des grévistes pacifiques, personnels comme étudiants, nous nous demandons quel genre de climat cela peut instaurer, et qui en est responsable.

Communiqué de la Coordination Nationale des Universités, 11 avril 2009

« Sans l’accord des universitaires, les réformes ne passeront pas ! »

L’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES), dans un communiqué du 10 avril, vient de décider de ne pas évaluer les masters « métiers de l’enseignement » que Valérie Pécresse avait demandé aux universités de mettre en place. Ces masters devaient devenir un passage obligé, à la rentrée 2009, pour les étudiants souhaitant préparer les concours de recrutement de l’Education Nationale.
Pourquoi un tel refus ?
L’AERES a estimé que ces masters étaient en nombre trop faible pour être évalués : seule une dizaine d’universités (sur plus de 80) avait finalement fait « remonter » des propositions de masters au Ministère.
Valérie Pécresse et Xavier Darcos comptaient sur une mise en concurrence effrénée des établissements qui devait mener chaque université à faire remonter sa proposition (ou « maquette »), de peur que l’université voisine ne le fasse, et n’attire, par là même, tous les étudiants souhaitant devenir enseignants.
Mais c’était compter sans le refus catégorique des universitaires de participer à la mise en place d’un système qui attaque de plein fouet le service public d’Education Nationale. D’initiatives personnelles en accords régionaux, de décisions d’UFR en votes de conseils d’administration, le « blocage » de la remontée des masters s’est organisé tout au long de l’hiver, faisant fi des pressions des Ministères qui ne cessaient de reporter la date limite de remise des maquettes, dans l’espoir de gagner à l’usure contre des universitaires déterminés.
Cette détermination s’explique aisément. Les universitaires ont compris le vrai sens de la « mastérisation ».
Les concours seraient d’abord vidés de leur contenu disciplinaire, notamment pour permettre aux étudiants de les préparer tout en rédigeant des mémoires de master et en effectuant des stages. Les étudiants seraient interrogés sur « les programmes des collèges et lycées » et sur le « système éducatif » en général. Au lieu de prouver leur capacité à réfléchir et leurs connaissances disciplinaires, les étudiants devraient avant tout montrer qu’ils savent obéir à leur hiérarchie. Quant à l’année de stage rémunéré et de formation en alternance, elle disparaîtrait, privant ainsi les nouveaux enseignants d’une année de salaire et d’une année de cotisation à la retraite.
En prétextant recruter les jeunes enseignants à Bac+5 afin de revaloriser leur salaire, le gouvernement souhaite avant tout réduire le nombre de fonctionnaires. Des bataillons d’étudiants « reçus » au master d'enseignement mais « collés » au concours, pourraient être recrutés comme contractuels (par exemple pour quelques heures de remplacement dans les collèges et lycées), sans obtenir un poste de titulaire. Les étudiants « mastérisés » iraient frapper aux portes des établissements, espérant être embauchés en CDD, voire en CDI, mais certainement pas comme fonctionnaires d’Etat, ce qui remet en cause l’indépendance et les conditions de travail des enseignants.
La « mastérisation » institutionnaliserait la précarité d’enseignants moins bien formés.
Valérie Pécresse et Xavier Darcos doivent comprendre qu’ils ne pourront pas mettre en place ce système inique. Si les universitaires ont pu bloquer la remontée des masters cette année, ils pourront le faire à nouveau les années suivantes. Si les Ministres souhaitent vraiment l’autonomie des universités, alors qu’ils entérinent la décision des universitaires de ne pas collaborer à la destruction du service public et à la précarisation de leurs étudiants.
    Cette réforme dangereuse et contestée doit être retirée. C’est l’une des conditions, non négociables, à la reprise des cours, que Valérie Pécresse appelle tant de ses vœux.




Communiqué de la Coordination Nationale des Universités, 16 avril 2009

Des porte-parole de la Coordination Nationale des Universités sont venus ce matin apporter leur soutien à la manifestation des agents du secteur énergie place de la bourse à Paris. Ils ont souligné à quel point les revendications portées par les salariés en grève rejoignent celles des universités en lutte depuis bientôt trois mois. Les bas salaires, la précarité, les suppressions d'emplois, l'externalisation des services et des fonctions, tout cela participe au fond d'une politique globale de destruction des services publics.
Comme l'ont scandé les manifestants en réponse à l'intervention des porte-parole, c'est le « tous ensemble » qui doit être notre réponse au gouvernement.

À Paris le 16 avril 2009,
les porte-parole de la coordination nationale des universités


Communiqué de la Coordination Nationale des Universités, 20 avril 2009

 « Mesdames et Messieurs les Conseillers d’Etat : refusez de statuer sur le décret des enseignants-chercheurs, contesté par l’écrasante majorité de la communauté universitaire ! »

La Section Administrative du Conseil d’Etat va être appelée, mardi 21 avril, à examiner le projet de décret concernant le statut de enseignants-chercheurs.

Ce texte fait toujours l’objet d’un rejet massif de la part de la communauté universitaire, comme en témoigne le mouvement de contestation qui anime les universités françaises depuis des mois. Les différentes réécritures qu’il a subies n’ont en rien modifié une logique qui, en voulant imposer une modulation de services nécessairement à la hausse dans un contexte d’économie budgétaire, dénature le métier d’enseignant-chercheur et détériorerait les conditions d’enseignement à l’université.

En outre, la mise en place d’une évaluation systématique des enseignants-chercheurs tous les quatre ans est toujours prévue, alors qu'elle est contre-productive et ne pourra s’effectuer que sur des critères quantitatifs ineptes. Avec le projet de contrat doctoral, la formation à l’enseignement supérieur et à la recherche se trouverait, elle aussi, dénaturée.

Une modification profonde des conditions d’exercice d’un métier ne devrait pas pouvoir être décrétée sans un minimum  de consensus et de sérénité. En l’état actuel, il est ainsi permis de s’interroger sur l’opportunité administrative de statuer sur un décret qui suscite une telle opposition et dont la Coordination Nationale des Universités n’a cessé d’exiger le retrait.

Une éventuelle validation du décret par le Conseil d’Etat en pleine période de vacances universitaires serait une marque supplémentaire de mépris à l’égard des universitaires, et viendrait  confirmer l’impression largement partagée que Valérie Pécresse souhaite passer en force, sans entendre le rejet massif exprimé par la communauté universitaire.

En conséquence, la Coordination Nationale des Universités demande à la Section Administrative du Conseil d’Etat de ne pas statuer sur la version actuelle du projet modifiant le décret n° 84-431, sinon en délivrant un avis défavorable.

La Coordination Nationale des Universités appelle le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche à se rassembler mardi 21 avril 2009 à 13h30 devant le Conseil d’Etat pour réaffirmer son opposition aux décrets contestés et à leur cadre législatif, la loi LRU.

La Coordination Nationale des Université reste plus que jamais résolue à lutter contre une politique globale du gouvernement qui met en péril le service public d’éducation et de recherche. Même si, en dépit du bon sens, ce décret se trouvait validé, le combat pour défendre l’indépendance et la qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche, continuerait avec la même détermination.

Ce Printemps, le monde de l’enseignement et de la recherche est plus que jamais dans la rue !