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Sang visage

Publication

  • Monk 1 en 2007

Lecture

Le texte fût lu par Céline lors du festival Des Livres et Vous ! à Boulogne-sur-Mer (62) le samedi 19 mai, de 10h à 12h, à la Bibliothèque des Annonciades, salle Cassar (évènement "La Babel de voix").

Extrait

Il me semble que j'étais mort.
J'étais penché sur cette machine, cette machine puissante et cuivrée, superbe comme la guerre.
Elle m'a happé le visage, m'a arraché la vie d'un coup sec.
Les rues noires que je parcours sont-elles celles de la Mort ? Ma mère m'avait raconté l'histoire de cette ville qui est à la fois la Mort et l'Hiver, cette ville brumeuse aux pavés humides.
J'y suis sûrement, les pavés sont glissants.
Un spectre écarlate fait mine de me poursuivre, mais passe finalement sans me voir, moi qui ne cherche pourtant pas à fuir, moi qui suis perdu.
Il souffle je ne sais quelles imprécations, il se déplace dans le pourpre de sa cape, comme on se débat avant de succomber à la noyade.
Son murmure torturé me rappelle une berceuse que me chantait ma mère.
« Rouge est la couleur de la passion et de la joie.
Rouge est la couleur des profonds voyages en soi. »
Cette chanson, je l'ai réentendue, ensuite, sur les champs de bataille, mais criée au rythme des tambours. Plus de chuchotement ni de douceur. Le même air, pourtant, les mêmes paroles, la berceuse devenue hymne martial.
Elle me revient en tête alors que je cherche des yeux celui qui me traque. Je l’entends à nouveau, dans ses deux versions contradictoires, les murmures contre les tambours.

Illustration

© Fabien Fernandez (Fablyrr)