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Flamma Flamma

Publication

Concept (paragraphe piqué à Lucie Chenu)

[...] Et puis cet autre projet fou-fou-fou, celui d’écrire à quatorze auteurs sur les quatorze plage musicales qui composent ce délirant Flamma Flamma, le requiem du feu du compositeur Nicholas Lens. Nous avons réussi à mener à bien ce recueil, cette anthologie sans directeur, comme en autogestion… Nous avons soumis cet OVNI littéraire à plusieurs éditeurs, et ce sont finalement les éditions Argemmios qui ont relevé le défi. Le recueil s’intitulera Flammagories. Contrairement à Autre Temps, il ne s’agit pas d’écriture collective, chaque auteur signe seul son propre texte, écrit sous influence en écoutant « son » morceau de Flamma. Nous devions aussi respecter deux contraintes, garder le titre, tout d’abord (les titres sont tous en latin, comme le livret de l’œuvre de Lens), et puis glisser dans notre texte une phrase du livret, préalablement traduite. [...]
Nous nous sommes relus les uns les autres, avant que Nathalie Dau n’enfile sa casquette d’éditrice pour la direction littéraire, sa propre nouvelle ayant bénéficié d’un œil extérieur lors de sa précédente parution dans les Contes Myalgiques (son recueil paru chez Griffe d’encre, prix Imaginales 2008). Et voici donc la liste des auteurs, par ordre d’apparition sur le CD : Jean-Michel Calvez, Jess Kaan, Xavier Dollo, Lionel Davoust, Julien Fouret, Nathalie Dau, Olivier Gechter, Vincent Corlaix, Lucie Chenu, Nicolas Bally, Delphine Imbert, Lydie Métayer, Jean Millemann et Khan-Van. Flammagories sera préfacé par Bruno Peeters, dont l’amour pour la SF et la musique est bien connu. Si tout va bien, Flammagories paraîtra aussi au mois de mai.

Prix Masterton 2011

L'anthologie Flammagories est sélectionnée pour le Prix Masterton 2011 (section "Nouvelles").

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Extrait

Jan n'avait jamais montré le moindre sentiment. Pourquoi l'aurait-il fait ce jour-là ? Pourquoi aurait-il versé une larme devant le cercueil ? Il a préféré laisser couler un filet de sang.
Dès notre premier rendez-vous, j'avais été frappé par ce manque exquis d'émotions, cette froideur qui semblait le consumer et qui le rendait irrésistible, comme un athlète olympique, perpétuellement concentré, inaltérable. Quand j'étais lascivement étendu sur le lit, il regardait le plafond d'un air grave.
« Est-ce que tu m'aimes ?
— Ne dis pas de conneries, l'amour est un masque.
— Alors d'où viennent tes caresses, Jan ? Tu ne vois que ma chair ? Quand elle se flétrira, tu te trouveras un autre type ?
— Je suis avec toi parce que tu as la flamme. Et rien ne te la fera perdre. »
La flamme, l'amour, question de vocabulaire.
L'important, pour moi, c'était de vivre avec lui, de vieillir avec lui.
Il ne montrait de l'inquiétude que quand il était question de son frère, Maël. Un conflit glacé les liait, une obscure histoire de succession. Il n'aimait pas en parler, mais j'avais fini par comprendre qu'il hériterait de tout parce qu'il était l'aîné, et rien pour le petit frère, rien pour la sœur. Le sujet le tracassait d'autant plus qu'il n'avait pas choisi de naître en premier.
Puis un jour, son père est mort.
J'ai insisté pour l'accompagner aux funérailles, pour le soutenir durant cette épreuve. Il aurait préféré ne pas revoir Maël, ne pas subir le corps de son père étendu dans le cercueil ouvert, la famille défilant pour le consacrer, puis l'héritage sans partage, l'enfant gâté devant son frère et sa sœur lésés. Jan ne voulait pas que je l'accompagne, bien sûr, il riait quand je lui parlais de nos vies liées par l'ardeur de l'amour. Il prétendait que sa famille n'aimait pas les étrangers. Il affirmait que personne ne pouvait désirer assister à des funérailles, qu’il fallait posséder une nature cruelle pour souhaiter regarder son compagnon souffrir.
Chacun de ses mots me convainquait d'avantage. Je suis venu.