Anne, dépitée, s'efforçait à me guillotiner les côtes, sans résultat. Plus de guiliguili pour Nicolas. « No more guiliguili. — C'est pas drôle ! » soupira-t-elle. Eh non, ça n'était plus drôle, c'était fini. Hier encore, j'étais sensible au clapotis de ses doigts sur ma peau, et aujourd'hui plus rien, j'étais comme recouvert d'une côte de maille mentale, armure sans faille contre cet attirail de doigts cruels. La volonté avait suffit à me faire grandir, à me faire passer de l'âge où l'on se met à rire aux éclats au moindre chatouillis vicieux, à l'âge adulte où l'on est serein en toute circonstance. Non, je n'étais plus chatouilleux, désolé belle ensorceleuse, tu ne me feras plus rire à la commande. La volonté m'avait aidé déjà à perdre mon vertige, à être moins frileux, moins dépendant des désirs. La volonté était bien plus puissante que je ne l'avais jamais imaginé. J'en étais même arrivé à ne plus être chatouilleux. Anne semblait triste, elle avait perdu un pouvoir sur moi. Le seul, pensai-je. Elle chercha à me prendre par surprise, à tâter les endroits plus sensibles, plus vulnérables. Oh, j'ai bien esquissé quelques sourires, je me suis laissé pouffer, mais chacune de ses blessures était la dernière. En dégotant mes ultimes brèches, elle les colmatait. A la tombée de la nuit, j'étais plus fort d'un pouvoir, d'un contrôle sur mon corps. Je n'étais plus chatouilleux, plus du tout. |