Conférence « Naturaliser la morale » - Programme mis à jour

ATTENTION: à cause de risque fermeture ou blocage, changement de lieu. La conférence n'a plus lieu en Sorbonne, mais:


Vendredi 15 mai (salle Jules Ferry - 29 Rue d'Ulm)

 

Chair : Alberto Masala

 

14h-15h15 Christine Clavien (Université de Lausanne) « Trois sortes d’altruisme et leurs rapports à la morale »

15h15-16h30 Jérôme Ravat (Paris IV) « Fondements méta-éthiques et conséquences normatives de la critique du réalisme moral naturaliste : de l’absolutisme moral au pluralisme moral naturaliste »

16h30-17h  pause

17h-18h15 Hichem Naar  (Institut Jean Nicod) « Le nouveau fossé de l’explication: émotion, valeur et l’hypothèse de la grammaire morale universelle »

 

 

Samedi 16 mai matin (salle Cavaillès - 45 Rue d'Ulm)

 

Chair : Jérôme Ravat

9h-10h15 Philippe Descamps (CNRS) « Naturaliser la morale, moraliser la nature : le tournant bioéthique de l'éthique de la discussion »

10h15-11h30 Alberto Masala (Paris IV) « Les limites de la psychologie morale de la vertu classique »

11h30-12h00 pause

12h-13h15 Ruwen Ogien (CNRS) « Extension du domaine de l'éthique »

 

13h15-15h déjeuner- buffet

 

Samedi 16 mai après-midi (salle de conférences - 46 Rue d'Ulm)


Chair : Hichem Naar

 

15h-16h15 Florian Cova – Pierre Jacob (Institut Jean Nicod) « Psychologie morale : état des lieux »

16h15-17h30 Alex Rosenberg (Duke) « Must naturalism be nihilistic? »

17h30-17h45 pause

17h45-19h Nicolas Baumard (Nash/Institut Jean Nicod) « Une approche mutualiste de la naturalisation de la morale »

 

19h diner final


ABSTRACTS


Jérôme RAVAT (Université Paris 4)

Fondements méta-éthiques et conséquences normatives de la critique du réalisme moral naturaliste : de l’absolutisme moral au pluralisme moral naturaliste

              Selon les défenseurs contemporains du réalisme moral naturaliste,  il serait possible de fonder objectivement la morale au moyen d’une analyse naturaliste des phénomènes moraux. Ainsi, les philosophes de l’ « école de Cornell » (Richard Boyd, Nicholas Sturgeon, David Brink) soutiennent qu’une approche naturaliste de la morale pourrait mettre un terme à la très grande majorité des désaccords moraux, en identifiant ces derniers à des désaccords portant sur des faits connaissables empiriquement, notamment au moyen des sciences naturelles. De même, pour William Casebeer, (Natural Ethical Facts) la théorie de l’évolution associée à l’éthique de la vertu aristotélicienne conduit à identifier valeurs morales et fonctions biologiques, à l’encontre de la traditionnelle dichotomie entre faits et valeurs.

Nous soulignerons dans un premier temps les limites du réalisme moral naturaliste. Pour ce faire, nous mettrons d’abord l’accent sur le fait qu’il existe des désaccords moraux fondamentaux, c’est-à-dire des désaccords typiquement moraux,  impossibles à dissiper au moyen des analyses naturalistes. Nous montrerons également, contre le réalisme moral naturaliste, qu’il est possible de rendre compte de la convergence morale sans affirmer pour autant que cette dernière résulte de la découverte de faits moraux objectifs et de vérités morales s’y rattachant.

Enfin, dans une perspective naturaliste modérée, nous soutiendrons que la connaissance scientifique de la nature humaine permet de défendre ce que nous pourrions nommer un « pluralisme moral naturaliste » dans le domaine de l’éthique normative : en vertu de cette position, si les investigations empiriques relatives à la nature morale de l’homme ne sauraient fonder de manière absolue un système normatif univoque, elles permettent néanmoins de légitimer une pluralité (mais non une infinité) de codes moraux compatibles avec la nature humaine.


Alberto Masala (Université Paris 4)

Les limites de la psychologie morale de la vertu classique

Depuis le début de la philosophie grecque, la tradition philosophique a conçu l’excellence morale à partir du modèle psychologique de l’excellence pratique dans des domaines tels que l’artisanat, la navigation ou le sport. A partir des théories psychologiques de l’expertise répandues à l’époque, les philosophes ont avancé un modèle « généraliste » ou « globaliste » de l’excellence morale. Pour être vertueux (= moralement excellent) il faut être expert dans plusieurs domaines de la vie morale, par exemple dans la gestion de situations dangereuses (vertu du courage), dans la redistribution de ressources et de mérites (vertu de la justice),  dans l’aide à autrui (vertu de la générosité), etc. Ces vertus ne peuvent être apprises et maîtrisées qu’en même temps : c’est la thèse classique de l’unité des vertus.

A partir de la psychologie contemporaine de l’expertise, je montrerai que le modèle généraliste doit être abandonné : il faut concevoir l’excellence morale comme une forme de spécialisation dans un nombre limité de vertu.

Quel que soit le domaine, atteindre un niveau d’excellence demande beaucoup de temps et engendre des transformations psychophysiques profondes : il est rare d’être expert ne serait-ce qu’en deux domaines.

Les théoriciens de la vertu classique pourraient objecter que la psychologie contemporaine de l’automatisation a démontré la possibilité d’automatiser complètement (naturaliser = acquérir comme une deuxième nature) une quantité énorme de compétences raffinées. Selon cette interprétation de la psychologie de l’automatisation, il parait qu’un individu devrait être en mesure d’acquérir le corpus énorme de compétences et de connaissances nécessaires pour être vertueux dans tous les domaines de la vie morale. Je montrerai qu’il y a des limites de complexité à ce qu’on peut automatiser : la nécessité de la spécialisation morale ne peut être contournée.


Christine Clavien (Université de Lausanne)

Trois sortes d’altruisme et leurs rapports à la morale

Aux yeux des philosophes et des psychologues, l’altruisme est lié à la morale. Certains le considèrent comme une des plus grandes vertus humaines, d’autre en font une composante nécessaire à la morale. Mais depuis quelques décennies, l’altruisme est également devenu un objet de recherche dans d’autres sciences. Depuis le milieu des années 1960, un grand nombre de biologistes se sont intéressés à l’altruisme chez les espèces animales sociales (y compris les fourmis !). Plus récemment, l’altruisme est devenu une notion importante en économie expérimentale et en anthropologie évolutionniste.

L’hétérogénéité des disciplines intéressées à l’altruisme en ont fait une notion extrêmement complexe et difficile à saisir. L’objectif de cette présentation est de dénouer l’enchevêtrement des explications de cette notion et la place que cette dernière prend dans les débats propres aux différentes sciences qui l’utilisent. Il s’agira de montrer comment l’altruisme est traité par diverses sciences empiriques et théoriques et quels liens peuvent être tirés entre les différentes analyses proposées. Il s’agira également de réfléchir aux liens qu’entretiennent ces différentes formes d’altruisme avec la morale.


Nicolas Baumard (Nash/Institut Jean Nicod)

Une approche mutualiste de la naturalisation de la morale

La théorie mutualiste considère, à la suite des philosophes du contrat (Hobbes, Rousseau, Kant, Rawls), que le sens moral vise au respect mutuel des intérêts de chacun. Je présenterai  d’abord les principaux éléments d’une théorie naturaliste et mutualiste, ainsi que la façon dont elle se distingue des principales théories naturalistes (altruistes et continuistes). Je montrerai ensuite comment, dans l’environnement ancestral, le respect mutuel des intérêts de chacun donnait un avantage aux individus sur le marché de l’entraide. J’expliciterai enfin les mécanismes psychologiques qui sous-tendent la logique mutualiste du sens moral.



Florian Cova – Pierre Jacob (Institut Jean Nicod)

Psychologie morale : état des lieux.

La psychologie morale et plus largement le projet de naturalisation de la morale constituent un champ de plus en plus vaste et diversifié. On tentera ici d’en proposer une vision synthétique en distinguant quatre grands domaines de recherche. Le premier concerne l’attribution d’une action et de la responsabilité morale de cette action à un agent : de nombreux travaux ont abordé de manière empirique les concepts d’action intentionnelle et de liberté de l’action. Le second, s’inscrivant dans le cadre d’une psychologie morale intuitionniste, consiste à établir une théorie complète des intuitions automatiques et infra-rationnelles qui sont à l’origine de nos jugements. Le troisième vise à comprendre le rôle possible joué par les processus de haut niveau (comme le raisonnement) dans notre vie morale, si celle-ci est avant tout dirigée par des processus inconscients. Enfin, un quatrième et dernier domaine, le moins développé des quatre, consiste à se pencher sur la « méta-éthique naïve » du sens commun, et sur la façon dont les gens considèrent leurs jugements moraux comme différents de leurs jugements de goûts. Pour chacun de ces domaines, on montrera comment la recherche psychologique y prend ses racines dans la tradition philosophique et comment cette dernière est susceptible d’être enrichie en retour.

 

Hichem Naar  (Institut Jean Nicod)

Le nouveau fossé de l’explication: émotion, valeur et l’hypothèse de la grammaire morale universelle

The New Explanatory Gap: Emotion, Value and the Universal Moral Grammar Hypothesis

The scientific study of moral judgment is generally divided into two main camps that have their counterpart in moral philosophy: the rationalist camp, claiming that reasoning is at the basis of our moral judgments, and the sentimentalist camp, claiming that emotion best accounts for the production of moral judgment. Recently, a number of theorists have argued that both views are mistaken and that our capacity to judge morally must have an innate basis, reasoning and emotion being, though perhaps recruited in its production, not necessary parts of the explanation of moral judgment. Drawing from an analogy between the study of linguistics and the study of morality, they propose that humans possess a moral faculty constituted by innate principles that constrain the range of possible moral systems. According to them, we are indeed endowed with a grammar of action that assesses the causes and consequences as well as intentional structure of morally charged situations, triggering in turn a moral judgment. In this talk, I will first give a general overview of the Universal Moral Grammar (UMG) research program. I will then discuss the model UMG-theorists propose for the explanation of moral judgment production, and their argument for the rejection of reasoning and emotion as significant components of this explanation. In order to assess their model, I will propose a number of criteria that a given psychological process has to meet in order to be part of the explanation of moral judgment. Given these criteria, I will then turn to the study of reasoning and emotion. I will conclude that reasoning should not be part of the explanation of moral judgment, for it both isn’t necessary for the production of moral judgment and has been shown not to play a significant role in the production of most of our moral judgments. However, I will argue that emotion must be part of the explanation of moral judgment, despite UMG-theorists’ contention that it should not. I will conclude this talk by showing how emotion could be integrated into a UMG model of moral judgment.


Philippe Descamps (CNRS)

Naturaliser la morale, moraliser la nature : le tournant bioéthique de l'éthique de la discussion 

S’accordant en cela à un courant déjà fortement présent dans le débat éthique, Jürgen Habermas a formulé dans son ouvrage L’avenir de la nature humaine la nécessité, nouvelle et inédite, de repenser l’éthique en fonction de l’agir biotechnologique récemment acquis par les sociétés modernes libérales. Sans pouvoir être soupçonné de vouloir amorcer un retour à un humanisme pré-moderne et essentialiste à la lumière des acquis de la génétique, Habermas prétend néanmoins, à l’instar d’auteurs comme Fukuyama, les progrès des biotechnologies et de la maîtrise du vivant nous incitent et nous force :

- À repenser la nature de l’homme, du fait des changements que la technique y introduit.

- À évaluer les bouleversements de la condition de l’homme qui pourraient en résulter.

- À prévoir et prévenir l’incidence de ces changements sur les fondements de la morale et de la politique.

De manière générale, il nous semble que cette démarche comporte certains dangers, dont l’introduction de l’espèce humaine en droit n’est que l’un des premiers avatars. Puisque c’est, d’une part, un nouveau sujet du droit qui se dessine à la faveur des réactions aux avancées de la biotechnologie et que, d’autre part, ce sont de nouvelles modalités de l’immixtion de l’Etat dans la considération et la détermination de l’individu qui s’annoncent, il convient d’essayer d’évaluer l’ampleur de ces deux bouleversements. Il s’agit en outre de se demander quel agent moral est  esquissé par ce nouveau paradigme moral qui affirme cette double exigence de moraliser la nature et de naturaliser la morale.

 

Alex Rosenberg (Duke)

Must naturalism be nihilistic?

A naturalistic, Darwinian explanation of the emergence, persistence and refinement of the moral core shared across many or most human societies inevitably explains away our conviction that moral norms have any foundation. This nihilism is unattractive to almost all naturalists. None however have found a way of circumventing Hume's argument. Furthermore, none have noticed that the combination of a Darwinian explanation of our moral core and the claim that our moral core has a nonnaturalistic foundation is, if not logically inconsistent ,scientifically intolerable to a naturalist. The nihilistic conclusion for naturalists, that no moral norms have any adequate foundation appears hard to avoid.

 

Ruwen Ogien (CNRS)

Extension du domaine de l'éthique

Je vais essayer de montrer que dans l’état présent du débat, il n’existe aucun argument décisif en faveur de l’unité psychologique des intuitions relatives à l’extension du domaine de l’éthique, ni même en faveur de la distinction entre intuitions et rationalisations morales, laquelle est à la base de l’analyse psychologique de l’éthique et du projet de naturaliser l'éthique en général.

 

 

 

 

 

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Alberto Masala,
24 sept. 2009 03:01
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Alberto Masala,
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Alberto Masala,
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Alberto Masala,
24 sept. 2009 03:02
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Alberto Masala,
24 sept. 2009 03:02