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Periode semimoderne

Le Musée de la Carte Postale 4 Avenue TOURNELLI 06600 ANTIBES tel : 0493342488
 

LA PERIODE SEMI-MODERNE

 

Pour désigner les cartes postales produites de 1920 à 1975 on emploie le qualificatif de « semi moderne ».

La plupart des auteurs spécialisés dans les études cartophiles s’accordent pour dire qu’il s’agit du « purgatoire » de la carte postale. Il est exact qu’à cette époque la qualité d’impression va en se dégradant. On réutilise des clichés ayant déjà beaucoup servis. On imprime des carnets de 10 ou de 20 cartes à détacher (suivant le pointillé) en ne cherchant qu’à obliger l’acheteur à acquérir 10 ou 20 cartes à la fois. On ne privilégie que la quantité sans se soucier de la qualité.

L’héliogravure et la simili gravure se généralisent et le résultat de ces techniques d’impression est souvent moins précis ou moins séduisant que celui obtenu par la phototypie.

En bref, les éditeurs artisanaux de l’Âge d’Or disparaissent peu à peu, laissant place à une production de masse, qui ne vise qu’à imposer un objet standardisé, la créativité étant réduite à l’effort minimum.

            Ce phénomène s’observe surtout en ce qui concerne les sites dits « touristiques » les plus fréquentés où le visiteur ne fait que passer. On sait que d’une façon quasi obligatoire il va acheter des cartes pour « prouver » à ses amis et relations qu’il était bien sur place. Dans ces conditions le touriste ne se préoccupe que fort peu du contenu artistique de ces cartes postales.

            On peut sans trop se donner de mal, se constituer une belle collection des cartes les plus moches de cette époque, insuffisamment ou trop encrées, surchargées d’improbables couleurs dans les teintes à l’aspect de vomi, etc. etc.

Carte légendée "CALAIS : Soleil couchant" Colorisée à la main.Reprodution à l'identique de l'original, aucune retouche. Y'a pas à dire... On reconnaît drôlement bien CALAIS (comme dirait l'ami BIDASSE qui lui, est natif d'ARRAS) 
Carte légendée :"Soleil couchant sur le Cap Ferrat" Reproduite à l'identique de l'originale, aucune retouche.Edité par l'Agence Nationale des Voyages, 12 boulevard des Capucines Paris. (On est bien obligé de citer l'auteur de ce chef d'oeuvre). Vous reconnaissez là, toute la poésie et le charme Méditerranéen dans ces tâches lie de vin, où l'on devine des rails au premier plan (ce qui signifie qu'il va y avoir du bruit à chaque passage de train) à droite cela pourrait être des éclaboussures d'encre à moins qu'il ne s'agisse du  feuillage d'un arbre, allez savoir ? Au loin une masse plus ou moins informe semble s'avancer sur la mer. On se demande comment et pourquoi les millionnaires du monde entier veulent venir ici s'acheter d'énormes villas qui coûtent la peau des fesses, alors que sur la Côte Bretonne les jours de tempête le paysage est à peu près le même.
 

Voilà  pourquoi on parle de période « purgatoire » de la carte postale.

Cependant on aurait tort de rejeter le bébé avec l’eau du bain. Car même en cette période de disgrâce pour la production cartophile on peut découvrir ça et là, quelques petits joyaux, rares bien sûr, mais de petits joyaux quand même. Tout d’abord de 1920 à 1975, en dehors des vues purement touristiques, de nombreux et talentueux illustrateurs ont produit des cartes d’une haute teneur artistique.

Car le qualificatif de « purgatoire » ne s’applique uniquement qu’aux vues de sites, monuments et autres lieux à forte fréquentation. En revanche les cartes dites d’illustrateurs ne cesseront de générer une production d’excellent qualité, notamment dans le style « art déco » qui tire son nom de l’Exposition des Arts Décoratifs qui s’est déroulée à Paris en 1925.Les meilleures de ces créations d’artistes Français ou Italiens se situent dans la période du « purgatoire ». Il en est de même d’un Francisque POULBOT ou d’une Germaine BOURET, créateurs on ne peut plus populaires, dans des genre tout à fait différents. Le premier rend compte de la misère de l’enfance au quotidien, la seconde célèbre les jeux d’enfants et le bonheur familial. Dans le genre humoristique les cartes d’Albert DUBOUT connaîtront un franc succès. Mais il est impossible de citer ici tous les illustrateurs ayant produit d’excellentes cartes dans la période dite de « purgatoire ».

Dans le domaine de la « carte vue » certains photographes vont s’appliquer à fournir des clichés d’une qualité nettement supérieure.

LE MONT-DORE (Puy de Dôme) Etabliseement Thermal Editeur : L. CHATAGNEAU 92 Cours Victor Hugo à BORDEAUX     Véritable photo au bromure Un peu d'animation dans ce cliché avec les baigneurs et les baigneuses qui quittent les Thermes. Une vieille voiture PEUGEOT bien lustrée, un étalage de cartes postales en exposition, et l'affiche du Cinéma OLYMPIC qui projette le film "PICNIC" avec William HOLDEN et Kim NOVAC. Nous sommes en 1956.
 Bientôt aucune voiture ne figurera sur les clichés pour éviter de "dater" la carte ou de la voir se démoder trop rapidement.
    

Parmi ces combattants de la médiocrité ambiante,  on peut citer « YVON » de son vrai nom Pierre PETIT, Robert DOISNEAU photographe à la notoriété désormais consacrée et Albert MONIER qui produisait artisanalement ses premières cartes.

Après la deuxième guerre mondiale, certains éditeurs conscients qu’ils ne pouvaient pas servir indéfiniment la même soupe insipide à leur clientèle eurent l’idée de photographier la France « vue d’avion ». A cette époque peu de gens avaient le privilège de découvrir leur ville ou leur village vu du ciel. Il s’agissait d’un bon argument de vente pour relancer l’intérêt pour les cartes postales.

L’un des plus efficaces sur ce créneau fut l’éditeur COMBIER à MACON, qui achète trois avions PIPER CLUB et des appareils de prise de vues aériennes réformés de l’armée. Il réalisera de nombreux clichés de ville et de village, et embauchera d’autres pilotes : Robert JUNIAU à la fois photographe et représentant de la maison COMBIER, Jean GOIZET (ancien pilote de chasse), M.RANCUREL et  enfin Michel GLATZ qui réalisera des photos aériennes en couleurs à partir de année 70.  Vous trouverez des précisions concernant cette période dans l’excellent livre de Marc COMBIER « Un siècle de carte postales » paru aux Editions ALTERNATIVES en 2005. Dans ces pages de souvenirs en retraçant l’histoire des éditions COMBIER l’auteur nous apporte un précieux éclairage sur la période dite semi moderne qui est en définitive beaucoup moins connue que celle de l’Âge d’Or de la carte postale.

Carte publicitaire des Editions COMBIER vers 1960.
 

Les photographes « pilotes opérateurs » qui possédaient le double talent de piloter l’avion et de réaliser des photos, permettaient à leurs employeurs de faire des économies de personnel. Certains d’entre eux signaient leurs clichés. Ce fut le cas pour R.HENRARD pour le compte des Editions « La Cigogne » 74 rue aux Ours à ROUEN. M. CHEVRET réalisera de nombreux clichés pour une série intitulée « La France vue du ciel » aux éditions DUBRAY à CONCHES (27190). Michel LE COLLEN « pilote photographe » basé à l’aéroport de BORDEAUX, et RAY DELVERT travailleront pour l’éditeur ARTAUD à NANTES.

L’un des plus gros concurrent de l’éditeur COMBIER  furent les éditions LAPIE 125 rue Garibaldi à SAINT MAUR qui fournirent de nombreuses cartes de vues aériennes.

ATTIGNY (Ardennes) par un concurent de COMBIER, l'éditeur LAPIE. Photomontage de 3 vues aériennes colorisées. La présence de l'hélicoptère avec son pilote seul à bord, est là pour ajouter du "modernisme" à la conception de la carte.

Pendant de nombreuses années les collectionneurs ont boudé ces cartes postales. Probablement à tort, car pour des localités de petites ou moyenne importance, elles constituent un excellent témoignage de la modification ou de l’extension du paysage urbain.

 SURE(Orne) par COMBIER Typique cliché vu d'avion. La moindre agglomération faisait l'objet d'une carte postale (Suré comptait moins de 300 habitants sur toute la commune en 1965 époque où a été réalisé la photo)Le dépeuplement des zones rurales au profit des villes mettra fin à ce genre de carte dont le succès commercial n'était plus assuré.

A l’époque où elles furent diffusées, plus personne ne collectionnait les cartes postales, et leur format 15X10 cm ne facilitait pas leur rangement dans les albums traditionnels. Enfin s’agissant de photos dites « au  bromure industriel » leur conservation s’avère plus délicate que celle des cartes en phototypie. Il faut noter que ce genre de cartes portait souvent la mention « photo véritable » ou « tirage au bromure », comme pour bien marquer une nette différence avec la production des autres éditeurs, qui, à en croire cette inscription, ne produisaient pas des photographies mais de quelconques ersatz !

TOURNUS(Saône et Loire). Quand il ne fait pas de "vues d'avion" l'éditeur COMBIER produit des cartes "classiques". Nous voici à TOURNUS, dans la rue du Centre. Notez la présence des 3 jeunes gens à mobylette (le scooter fera fureur quelques années plus tard).On constate que la présence d'un photographe en action suscite encore de la curiosité et de l'intérêt. A la fenêtre au deuxième étage de la tourelle, un jeune garçon prend ostensiblement la pose dans l'espoir de figurer sur la photo!

La production des cartes postales en « vues aériennes » a été stoppée le jour les autorités en charge de la sécurité des habitants de villes et des villages survolés, se sont avisées, qu’en cas de panne, de défaillance humaine ou mécanique provoquant la chute d’un avion, on risquait de nombreuses victimes.  Le survol des localités fut interdit et par voie de conséquence l’édition de ce genre de cartes, qui d’ailleurs devenait de moins en moins rentable en raison du dépeuplement des campagnes au profit des grandes agglomérations.

 Une "curiosité"semi moderne : La boutique de l'Editeur Pierre POUJADE  à SAINT CERE (Lot) qui  propose des cartes postales de sa production.Il  inventa le "Poujadisme", qui de 1953 à 1958 exerça une certaine influence en politique.

Il existe de nos jours des entreprises artisanales qui vous proposent de photographier votre domicile « vu du ciel » depuis un petit ballon aérostatique arrimé et télécommandé depuis le sol. C’est certainement moins dangereux mais il est permis de douter que ces innovateurs fassent rapidement fortune.

Publicité pour le restaurant d' ANGELO à NAPLES (Italie).
Le Chef prépare sa "PIZZA AVEC UN SECRET". Le genre de carte semimoderne que l'on a plaisir à découvrir.

Nous conclurons provisoirement ces lignes par une note d’espoir qui s’adresse à tous les collectionneurs de cartes contemporaines : Il existe de nos jours de nombreux photographes qui privilégie la qualité artistique de leurs travaux cartophiles. La difficulté pour l’acheteur étant de détecter leur production parmi le fatras de banalités qui s’offrent à leurs regards.

A vous de découvrir ces artistes inconnus aujourd’hui mais qui seront peut être les grands noms de demain.

Christian DEFLANDRE

 

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