Blanc, Jaune : couleurs d'hier et d'aujourd'hui

De l'usage des couleurs du Moyen-Âge à nos jours, pour la teinture des étoffes ou la peinture. 

Sommaire 

Le Blanc, le Jaune

Le Rouge, le Violet 

Le Bleu, le Vert

Le Brun, le Noir 

LE BLANC 

Petit contexte historique et symbolique :

Le blanc, c'est la pureté absolue, la Lumière divine.
C'est aussi parfois la couleur du deuil.

Au Moyen-Âge les costumes de deuil (en particulier ceux des veuves) reprennent souvent la coupe des habits monastiques, et sont taillés dans des étoffes brutes en signe d'humilité et de pénitence. Ainsi, les reines de France porteront le deuil en blanc jusqu'au XVIe siècle.

# On ne peut pas teindre en blanc, on peut seulement souhaiter un matériaux le plus clair possible...
# Le blanc est aussi la "couleur" idéale d'un support avant teinture.

Le LIN est naturellement clair (écru, entre le beige et le blanc) et fournira la plupart des vêtements de l'Antiquité. Le COTON ne fera son apparition qu'au XVIe siècle, et on ne saura le filer comme il faut qu'au XVIIIe. La LAINE fournit des fibres légèrement jaunes.

 

Teintures

Au Moyen-Âge, on a tenté de blanchir le lin en le faisant tremper dans une solution diluée d'acide sulfureux. La recette était très délicate à appliquer, et le tissu ressortait souvent blanchi, mais irrémédiablement rongé.

(Dès la Renaissance, le souffre connaît un nouvel essor, car les riches marchands réclament des soieries d'un blanc pur...)

Les Gaulois lavaient le dos du mouton à la saponaire (plante qui lave et mousse comme du savon), puis renouvelaient l'opération sur la laine filée et tissée.

Jusqu'au XVIIIe siècle, l'Occident a pratiqué le "blanchiment au pré" : les draps de laine ou de soie étaient étendus sur l'herbe au petit matin, pour y être baignés de rosée. Le dégagement d'oxygène lié à la photosynthèse des herbes se trouvant dessous faisait le reste du boulot :)

En 1791, les propriétés blanchissantes du chlore sont découvertes, et c'en est fini des anciennes méthodes.
 

Pigments

Craie, kaolin, blanc de plomb

Craie et kaolin sont des pigments minéraux connus depuis les premières peintures pariétales...
Le blanc de plomb ne sera mis au point que plus tard, dans l'Antiquité, en exposant des lamelles de plomb à l'action conjointe du fumier animal et du vinaigre. Le fumier fournit la chaleur et le dioxyde de carbone nécessaires... Après quelques semaines, un dépôt blanc (la céruse) s'est formé sur le plomb, que l'on peut gratter. Malheureusement c'est extrêmement toxique, et ce pigment a été interdit au début du XXe siècle pour être remplacé par le blanc de zinc. Le blanc de zinc est moins couvrant, et ne permet pas les infimes détails qui étaient possibles d'un seul trait de pinceau avec le blanc de plomb... Autre substitut : le blanc de titane.


LE JAUNE

 Petit contexte historique et symbolique

Le jaune, c'est l'éclat et la chaleur du soleil. C'est l'abondance.
Mais à peine terni, il devient la couleur des déserts stériles, de la bile, du soufre des enfers.

Alors que le jaune est très recherché dans l'Antiquité (pour représenter les ors dans les tombes égyptiennes, pour les voiles des mariées à l'époque Romaine...), il est au Moyen-Âge considéré comme un "sous-blanc". Peu à peu il est empreint de négativité, au point qu'il représentera Judas, puis les non chrétiens (Juifs et Musulmans). Déjà sous Saint Louis, les Juifs doivent porter un chapeau pointu, puis une rouelle, et doivent teindre en jaune ces insignes.

A partir du XIIIe, le jaune, associé au vert, est la couleur de la folie. On "safrane" les maisons en signe de déshonneur, de rébellion, de banqueroute. Si, pendant une grande partie du Moyen-Âge, le noir est la couleur la plus négative, le jaune la surpasse rapidement.

# A peu près n'importe quelle poignée de matières végétales (feuilles, écorces, racines...) bouillie avec un tissu à peu près blanc fera que ce dernier en ressortira à peu près jaune.
# Le safran est un jaune universellement connu dès l'Antiquité, mais très coûteux : pour un kilo de stigmates de crocus, il faut 20.000 fleurs. L'épice se négocie autour de 4000 € le kilo aujourd'hui.

Teintures

Les teintures jaunes anciennes sont toutes végétales, la plus connue étant celle au safran. A la fin du Moyen-Âge, les Turcs créent des difficultés sur les routes commerciales vers l'Asie, et les safranières se multiplieront dans le sud de la France, ou en Normandie.

Ceux qui ne peuvent pas se payer une teinture au safran choisiront une teinture à la gaude, ou réséda, plante aujourd'hui quasiment éteinte en France... Mais les tons obtenus sont loin d'être aussi beaux que ceux du safran.

La découverte d'espèce tinctoriales exotiques, puis les colorants de synthèse sonnent le glas du safran comme teinture au XXe siècle...

Pigments

Ocre jaune, orpiment, jaune de Naples

L'usage des ocres est connu depuis la préhistoire. De l'Australie à Lascaux, toutes les premières peintures pariétales ont été faites à base de ces pigments naturels broyés et lavés.

L'orpiment (dérivé de l'arsenic), très toxique, est aussi très apprécié pour la beauté de ses tons dorés. Cennino Cennini trouve cette couleur incomparable. Si elle a été interdite un peu partout au XIXe à cause de sa toxicité, les Chinois continuent de l'utiliser, ses nuances étant irremplaçables pour la peinture traditionnelle. En Occident, on utilise à la place le jaune de cadmium (qui est moins toxique, mais moins beau.)

Le jaune de Naples est un mélange de plomb et d'oxyde d'antimoine que l'on calcine. Inventée par les verriers égyptiens, cette couleur disparaît sous l'empire romain au profit du stannate de plomb, mais réapparaît au Moyen-Âge.