A chaque génération, sa mission politique; la servir ou la trahir

A CHAQUE GENERATION, SA MISSION POLITIQUE ; LA SERVIR OU LA TRAHIR !!!

L’actualité politique de notre pays a été marquée ces temps-ci par une implication de plus en plus visible de la société civile, avec l’avènement de nouveaux mouvements citoyens cautionnés par de fortes personnalités ; entre autres, on peut noter d’éminents intellectuels, religieux et artistes qui ont pris l’engagement devant Dieu et les hommes de veiller scrupuleusement sur la gouvernance du pays. Cette irruption fracassante de la société civile dans la sphère politique est diversement appréciée par les uns et les autres ; certains y voient une volonté de positionnement ou de chantage ; par contre, l’immense majorité des sénégalais y voient une nouvelle prise de conscience d’une exigence de tout patriote  à participer à l’édification de la cité ; pour eux, il n’y a pas d’autres alternatives : soit servir la mission de construction nationale, sinon la trahir. Ainsi, ces mouvements citoyens se proposent de constituer de véritables contre-pouvoirs ; il faut interpréter leur proximité avec l’opposition comme le fait d’une certaine radicalisation induite par les nombreuses dérives du pouvoir libéral ; c’est donc une opposition de circonstance susceptible d’évoluer en fonction des réponses apportées par l’exécutif - On peut en rapprocher le comportement de la presse, d’une manière générale. Il faut savoir que ce ne sont pas les militants des partis politiques qui font la différence lors des scrutins ; c’est incontestablement la ‘’société civile’’ qui a toujours constitué la majorité silencieuse ; dès lors, son intrusion fracassante dans le champ politique, par le biais de mouvements citoyens, pourrait faire très mal, en dépit de son caractère informel et donc difficilement quantifiable.

A l’évidence, ces mouvements citoyens vont relativement affaiblir les partis politiques traditionnels et très certainement contribuer à l’aggravation de la dispersion des forces politiques du pays. En vérité, ce pluralisme ne traduit que l’effectivité de la liberté d’opinion qui est le premier échelon de la démocratie ; oui, cette étape est certes indispensable, mais constitue un facteur d’inertie ; ainsi, elle doit être dépassée par la concertation nationale et le dialogue politique, pour confronter les divers points de vue et se focaliser sur l’essentiel ; ceci devrait permettre de faire des regroupements programmatiques et aboutir à une réduction notable des partis politiques et mouvements citoyens. En effet, schématiquement, il ne devrait pas y avoir plus de trois offres politiques : soit on est d’accord avec le groupe le plus représentatif, soit on s’oppose à lui, soit on est contre les deux ; en clair, on est soit avec le pouvoir, soit avec l’opposition, et à défaut d’un minimum de convergence avec les uns ou les autres, on choisit le non-alignement (ni avec le pouvoir ni avec l’opposition). En vérité, un vrai patriote doit pouvoir faire des concessions et se ranger dans l’une des trois entités politiques ; sinon il a très certainement d’autres desseins et ambitions inavoués et on pourrait logiquement douter de sa volonté réelle d’œuvrer pour  la construction nationale.

A vrai dire, ce sont les partis politiques traditionnels qui ont vocation de conquérir le pouvoir ; ils sont structurés pour cet objectif et du fait de leur représentativité dans tout le pays, ils sont les seuls à pouvoir superviser tout le processus électoral de façon fiable. Par contre, les mouvements citoyens doivent être considérés soit comme des arbitres ou contre-pouvoir, soit de ‘’grands électeurs’’ ; ainsi, ils doivent être très attentifs tant sur la gestion du pouvoir que sur les propositions de l’opposition ; et de par leur liberté idéologique et la diversité de leurs expertises, ils peuvent se prévaloir d’être des conseillers privilégiés, des modérateurs et censeurs des partis politiques. Eventuellement, certains de leurs membres pourraient participer à la formation de gouvernements, sur la base de compétences avérées et non de marchandages électoralistes.

A l’évidence, le caractère très éclaté de la nouvelle configuration politique du pays confirme qu’aucun parti ne peut à lui seul gagner des élections ou exercer à lui seul le pouvoir. Oui, actuellement, aucun candidat ne pourrait remporter l’élection présidentielle au premier tour. Et à notre avis, la suppression du deuxième tour que certains agitent ne règle pas le problème – bien au contraire, car un Chef d’Etat élu avec moins de la moitié des électeurs ne peut pas être véritablement ‘’légitime’’. Et à l’évidence, une telle situation entraînerait forcément un réchauffement du front social qui compromettrait toutes les velléités de développement et de quête de paix.

Ainsi, dans ce contexte mondial très incertain, à 1 an et ½ des élections présidentielles, le Président de la République devrait prendre la mesure exacte de la situation, et entreprendre dans les plus brefs délais des concertations avec les uns et les autres, en vue d’un dialogue politique inclusif ; mais, pour la réussite d’une telle entreprise, il faudra nécessairement un sursaut patriotique de la part de tous les protagonistes ; oui, c’est la voie obligée pour notre salut ; il faut donc ; que chacun lâche du lest – il y va de notre avenir, voire de notre survie, à un moment critique où tout est en train de crouler sous nos yeux ; oui, tout est en train de basculer, en direct. Ainsi, le Président Wade devra renoncer définitivement à son projet de succession du pouvoir et à ses ambitions démesurées de leadership africain ; ce n’est qu’à ce prix qu’il accèdera à la dimension des grands leaders charismatiques et passera, comme bienfaisant, dans les langues de la postérité. On ne peut pas lui souhaiter une meilleure fin de carrière.

Au-delà de toutes ces considérations, il faut considérer cette dispersion des forces politiques de notre pays, en une multitude de partis et de mouvements citoyens, comme une véritable épreuve, pour les musulmans que nous sommes ; en vérité, ceci entre dans le cadre des maux qui nous frappent, du fait de notre option laïque ;  le Hadith est très explicite :

- Abdallah b. Amr rapporte : « L’Envoyé de Dieu - sur lui la grâce et la paix - s’approche de nous et se mit à nous entretenir des scélératesses qui éclateraient à la fin des temps (même si on peut considérer) que certaines d’entre elles s’étaient déjà produites. (Puis, il nous dit :) « Ô émigrés Mecquois, il est cinq turpitudes dont je prie Dieu de vous préserver :

  - Il n’est pas un peuple qui ne soit ouvertement livré à la débauche sans que la peste (fléau d’une manière générale) ne l’ait frappé ainsi que des maladies qu’ignoraient ses ancêtres.

  - Il n’est pas un peuple qui n’ait trafiqué les poids et mesures sans être victime de la sécheresse, du manque de vivre et de la tyrannie du prince (dictature).

  - Il n’est pas un peuple qui ait refusé de s’acquitter de la Zakât, sans que la pluie ne lui ait fait défaut. Si ce n’étaient les animaux domestiques (et les arbres) il n’y aurait plus eu la moindre goutte de pluie.

  - Il n’est pas un peuple qui ait rompu le pacte le liant à Dieu et à ses envoyés, sans que Dieu ne l’ait soumis à un ennemi étranger qui l’ait dépossédé d’une partie de ses biens.

  - (Et enfin,) Dieu éprouvera, en les dressant les uns contre les autres, les peuples dont les gouvernants ne se soumettent pas au Livre de Dieu et qui tourneront en dérision ce que Dieu a révélé. [Voilà les véritables raisons de nos dissensions !!!]. ».

C’est évident, nous sommes sur cette trajectoire de perdition ; une perspective pessimiste, tant que la religion ne sera pas revivifiée ; ainsi, désillusion sur désillusion, crise sur crise, on s’achemine inexorablement vers l’échec, tant que les comportements ne seront pas changés. Et donc seul le retour à Dieu et son adoration en un culte pur renversera cette tendance. Oui, point de salut en dehors d’un changement de comportement – il y va de la crédibilité de Dieu, du Prophète (PSL) et du Saint Coran :

(11) … En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que (les individus qui le composent) ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. Et lorsqu' Allah veut (infliger) un mal à un peuple, nul ne peut le repousser : ils n’ont en dehors de lui aucun protecteur.

(13. Le Tonnerre : 11 - Ar-Ra’d)

Et donc nous sommes tous responsables, dans une certaine mesure, de tout ce qui nous arrive ; et nous ne devons donc nous en prendre qu’à nous-mêmes.

(30) Tout malheur qui vous atteint est dû à ce que vos mains ont acquis. Et Il (Dieu) pardonne beaucoup.

(42. La Consultation : 30 – Ach-Chûrâ)

Au demeurant, il est aussi bon de rappeler qu’une élection n’est rien d’autre que l’arbitrage du peuple entre diverses approches, diverses visions, à priori inconciliables, pour conduire le pays vers le salut, et donc le développement durable. Ainsi, tous les protagonistes devraient respecter le verdict populaire et se retrouver après, pour l’exécution du programme retenu – amendé en fonction de la représentativité des protagonistes. Et donc en vérité, si nos hommes politiques avaient réellement compris le sens d’un scrutin, il ne devrait plus y avoir que des gouvernements d’union nationale. Oui, il faut savoir autant perdre que gagner. Perdre et rallier, gagner et rassembler (tant au niveau national que local) ! Ainsi, la balle est donc dans le camp du Président de la République. Que Dieu l’illumine et l’assiste dans cette tâche de réconciliation nationale ! Telle est, en vérité, la mission de l’heure et on ne peut que la servir ou la trahir.

- Awf Ibn Malik (Qu’Allah l’agrée) rapporte : j’ai entendu le Messager d’Allah (PSL) dire : « Les meilleurs de vos chefs d’Etat sont ceux que vous aimez et qui vous aiment, ceux à l’endroit de qui vous formulez des prières et qui formulent à votre endroit des prières ; les pires de vos chefs sont ceux que vous haïssez et qui vous haïssent, ceux que vous maudissez et qui vous maudissent.

Il (le rapporteur) dit : nous dîmes : « Ô Messager d’Allah ! Est-ce qu’on les combat par l’épée ? ».

Il (le Prophète) répondit : « Non ! Tant qu’ils appliqueront la prière parmi vous ! Tant qu’ils accompliront la prière parmi vous, vous formulez des prières à leur endroit ». [C’est une obligation pour tout musulman de prier pour son Chef d’Etat].

(Muslim) [Rapporté dans (*)]

- [Dans une autre version] Le Messager d’Allah (PSL) a dit en ce sens : « Vous aurez des chefs et vous les verrez agir en bien et en mal. Celui qui réprouve (les mauvaises actions) sera considéré comme innocent et non celui qui les suit avec satisfaction.

On lui demanda : « Est-ce qu’on les combat par la force (ceux qui agissent en mal) ? ».

Il (le Prophète) répondit : « Non ! Tant qu’ils accomplissent la prière ». Si vous constatez quelque chose de répréhensible chez vos chefs, réprouvez l’action et n’enlevez rien de votre obéissance à leur égard. ».

(Muslim) [Rapporté dans (*)]

Ainsi, nous réitérons nos prières à l’endroit du Président de la République, pour que Dieu - le Tout Puissant, le Très Miséricordieux - le réhabilite, le dirige et l’assiste ; qu’Il fasse qu’il s’élève d’avantage au dessus de tous et lui facilite la refondation de la République, la réconciliation de tous les patriotes ; afin qu’il puisse se retirer dignement et mériter une retraite honorable. Oui, à chaque étape, la réponse citoyenne adaptée ; ‘’à chaque génération, sa mission ; la servir ou la servir’’ (Frantz Fanon). Et ça, c’est plus que du concret ! N’est-ce pas ?

 

Docteur Mouhamadou Bamba NDIAYE

Ancien Interne des Hôpitaux de Dakar

Pédiatre à Thiès

Recteur de l’Université Virtuelle « La Sagesse » de la Fondation Serigne Babacar SY Ihsaan – Bienfaisance (Thiès).

 

(*) Interview de Son Eminence Serigne El Hadj Madior CISSE sur « l’Islam, la laïcité et le terrorisme » par le Prof. Abdoullah CISSE, Agrégé en Droit. Spécial Ihsaan, Janvier 1999.